Un seul monde N° 4 / Décembre 2018 : LES DROITS HUMAINS SOUS PRESSION

Report
from Swiss Agency for Development and Cooperation
Published on 06 Dec 2018 View Original

PAS DE SECURITÈ NI DE DEVELOPPEMENT SANS RESPECT DES DROITS HUMAINS

Un collegue arnericain me racontait recemment une discussion avec un diplomate originaire d'Asie de l'Est, après la guerre en Irak. II etait question, entre autres, de l'universalité des droits humains. "Ce principe peut-il faire débat?", vous demanderez-vous peut-être. En français comme en anglais, l'intitulé du texte adopté à Paris it y a 70 ans manifeste, en effet, à lui seul la volonté de formuler des droits valables partout et pour tous: "Déclaration universelle des droits de l'homme".

Critiqués, des gouvernements ont régulierement, au cours des 70 derrieres annees, rétorqué que les droits humains étaient l'invention d'un Occident devoré par l'individualisme. Ainsi, dans une societe où les interets de la communauté priment ceux de l'individu, la validite de ces prérogatives n'est, selon eux, que relative.

Mon collegue fut surpris: son interlocuteur asiatique concéda en toute franchise que, dans son pays, personne n'avait jamais réellement accordé de crédit à cette rhetorique de la relativisation. Chacun sentait bien, au fond, qu'il était juste de denoncer le traitement brutal réserve aux dissidents par le pouvoir en place. Les révelations de tortures dans les prisons irakiennes, d’exécutions ciblées sans procès aucun et d’autres agissements des forces armées et de sécurité «occidentales», en contradiction éclatante avec les droits fondamentaux, ont marqué une césure radicale. De par son propre comportement, l’Occident a non seulement perdu sa légitimité à critiquer d’autres États, mais également ouvert la voie à une remise en question des droits humains.

On peut contester l’honnêteté du raisonnement. Il n’en demeure pas moins que des pays, qui se sont revendiqués des décennies durant comme garants des droits humains, se sont, dans une large mesure, discrédités. «Nous avons perdu notre grandeur morale», comme le relève mon collègue. «Sans développement, pas de sécurité; sans sécurité, pas de développement. Et ni l’un ni l’autre ne sont possibles sans le respect des droits humains», avait déclaré un jour l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, décédé en août dernier.

Dans cet esprit, la coopération suisse soutient plus de 50 projets visant à renforcer les droits humains dans des pays partenaires. L’accent est mis sur la bonne gouvernance, la transparence des décisions gouvernementales, l’État de droit ainsi que la participation de toutes les catégories de la population, en particulier les minorités et les femmes, aux processus politiques et sociaux. En Albanie et en Serbie, la DDC mène des projets en faveur des Roms. En Tunisie, dans la région des Grands Lacs d’Afrique et en Tanzanie, elle contribue à professionnaliser et à rendre indépendant le paysage médiatique local, en encourageant les journalistes à s’affirmer davantage en tant que contrepoids critique au pouvoir étatique. Lors de rencontres personnelles avec certains d’entre eux, dans le Sud-Kivu notamment, j’ai été profondément impressionné par leur courage et leur idéalisme.

Alors que l’«autorité morale» s’affaiblit à certains endroits, elle se renforce ailleurs. Dans les deux cas, la tendance ne va pas de soi. Dans les deux cas, elle n’est pas immuable.

Manuel Sager

Directeur de la DDC