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TAPE : outil pour l’évaluation de la performance de l’agroécologie - processus de développement et guide d’application (version test)

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INTRODUCTION

POURQUOI ÉVALUER L’AGROÉCOLOGIE?

L’agroécologie renvoie à la fois à une discipline scientifique, à un mouvement social et à un ensemble de pratiques (Wezel et al., 2009). Elle a considérablement gagné en importance depuis son apparition dans les années 1930, lorsque les scientifiques ont commencé à l’utiliser pour appliquer des principes écologiques à l’agriculture. Dans les années 1960, les préoccupations sociales liées à l’environnement et l’opposition à l’agriculture industrialisée ont donné une nouvelle dimension à l’agroécologie, qui est alors devenue un mouvement social, en Amérique latine notamment, mais également en Europe occidentale dans une certaine mesure. Plus tard, dans les années 1980, l’agroécologie est finalement décrite comme un ensemble de pratiques agricoles mettant particulièrement l’accent sur les substituts aux engrais et pesticides de synthèse, ainsi que sur les techniques de conservation des sols et de l’agrobiodiversité. D’abord appliquée à l’échelle du champ ou de la parcelle, l’agroécologie s’est ensuite étendue à l’agroécosystème entier et, plus récemment, à tout le système alimentaire, notamment aux chaînes d’approvisionnement agricole dans leur intégralité, mais également aux consommateurs.

Du fait de ces évolutions et des origines plurielles du terme, qui ont également donné lieu à diverses traductions dans différentes langues, la définition de l’agroécologie est confuse. Aujourd’hui, les trois facettes de l’agroécologie, à savoir la science, le mouvement et les pratiques, continuent de coexister. Sous l’influence des spécialistes, experts scientifiques, militants et producteurs, l’agroécologie peut de plus en plus être définie comme une approche de la production, de la transformation et de la consommation des denrées alimentaires intégrant les problématiques environnementales, sociales et économiques. Ces personnes élaborent différents processus et cadres pour soutenir la transition vers des systèmes alimentaires plus agroécologiques.

L’agroécologie fait également l’objet d’un intérêt politique grandissant en raison de sa capacité à améliorer la durabilité de nos systèmes alimentaires. Un nombre croissant de données mettent en évidence l’impact positif de l’agroécologie, en particulier sur l’environnement et sur les revenus des ménages. Toutefois, ces résultats restent fragmentés en raison de l’hétérogénéité des méthodes et des données, des échelles et des périodes. Les connaissances en la matière demeurent insuffisantes. En outre, une grande partie des données se trouve dans la «littérature grise» (études de cas, descriptions de l’expérience locale, observations sur le terrain, etc.), qui est généralement très dépendante du contexte et ne fait pas l’objet d’un examen par les pairs. Il est nécessaire de disposer de données mondiales et harmonisées sur les performances multidimensionnelles de l’agroécologie, afin d’éclairer le processus d’élaboration des politiques. Ces données doivent être constituées avec un éventail d’acteurs opérant à des échelles, sur des périodes et dans des contextes différents, et s’intégrer à leurs travaux existants.

CONTEXTE ET MANDAT

Depuis 2014, la FAO joue un rôle de premier plan dans la facilitation du dialogue mondial et régional sur l’agroécologie. Elle a en effet organisé neuf réunions multipartites régionales et internationales qui ont rassemblé plus de 2 100 participants de 170 pays. Ces réunions ont permis de dégager les besoins et les priorités en matière de développement de l’agroécologie en tant qu’approche stratégique pour atteindre l’objectif Faim «zéro» et les autres objectifs de développement durable (ODD).

Chacune des réunions régionales a donné lieu à une série de recommandations convenues par les participants. Une recommandation claire et cohérente a été formulée: la nécessité de renforcer et de consolider les données factuelles sur l’agroécologie.

Il s’agit d’une étape importante pour recenser les expériences agroécologiques réussies afin de les transposer à plus grande échelle, et pouvoir plaider en faveur d’un renforcement du soutien politique et financier prêté à l’agroécologie. Par exemple, le Symposium international sur l’agroécologie qui s’est tenu en Chine appelait les parties prenantes à: «identifier et élaborer des indicateurs sur les dimensions environnementales, sociales, culturelles et économiques de l’agroécologie à différentes échelles spatiales (exploitation, société, pays) et rassembler des données sur l’agroécologie, y compris à très long terme. La FAO devrait constituer un groupe de travail pour participer à cette tâche».

Le deuxième Symposium international sur l’agroécologie, organisé en 2018, a marqué le point d’orgue du processus de dialogue mondial et régional, en faisant le bilan des enseignements des réunions régionales. Le dialogue a alors marqué le pas pour laisser place à l’action. Le Résumé du Président (FAO, 2018a) et les diverses recommandations des pays et organisations partenaires soulignent la nécessité pour la FAO de «prendre la tête du développement de nouvelles méthodologies et indicateurs pour mesurer la performance de durabilité des systèmes agricoles et alimentaires au-delà du rendement à l’échelle du paysage ou de la ferme, sur la base des 10 éléments de l’agroécologie, et l’expérience de l’élaboration de l’indicateur 2.4.1».

En 2018, le vingt-sixième session du Comité de l’agriculture a accueilli favorablement l’initiative «L’agroécologie – passer à l’échelle supérieure», appuyé les 10 éléments de l’agroécologie et «demandé à la FAO d’aider les pays et les régions à s’engager plus efficacement dans les processus de transition vers des systèmes agricoles et alimentaires durables en renforçant les travaux normatifs, scientifiques et factuels sur l’agroécologie, en développant des mesures, des outils et des protocoles [ajout de l’éd.] pour évaluer la contribution de l’agroécologie et d’autres approches à la transformation des systèmes agricoles et alimentaires durables».

En 2019, le Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition a publié un rapport (HLPE, 2019) intitulé «Approches agroécologiques et autres approches novatrices pour une agriculture et des systèmes alimentaires durables propres à améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition». Ce rapport préconise en particulier d’établir et utiliser des cadres complets de suivi et de mesure des résultats des systèmes alimentaires, et recommande spécifiquement à la FAO d’encourager la collecte de données au niveau national, la constatation par écrit des enseignements tirés de l’expérience et le partage d’informations à tous les niveaux, de façon à faciliter l’adoption des approches agroécologiques et des autres approches novatrices et à encourager les transitions vers des systèmes alimentaires durables; et en collaboration avec les pays Membres, de procéder à l’évaluation – et de réunir des preuves – de la contribution des approches agroécologiques et des autres approches novatrices à la sécurité alimentaire et à la nutrition aux niveaux national et mondial.

La FAO est bien placée pour mener ces travaux en concertation avec les partenaires clés. Les réunions régionales et internationales lui ont permis d’établir un réseau mondial de partenaires constitué d’instituts de recherche, de la société civile et d’organisations de producteurs œuvrant de concert dans le domaine de l’agroécologie. Dans le même temps, la FAO entretient de longue date des relations de collaboration privilégiées avec les gouvernements et les décideurs – les utilisateurs finaux des données et des informations qui seront créées.

La FAO joue également un rôle important à l’échelle mondiale en ce qui concerne les données et statistiques relatives à l’alimentation, à l’agriculture et au développement rural. Elle est l’institution garante de 21 indicateurs des ODD et elle a contribué à l’élaboration de l’indicateur 2.4.1 des ODD, défini comme la «proportion des zones agricoles exploitées de manière productive et durable». Les départements de l’Organisation ont une riche expérience en matière de développement de méthodologies, d’outils et de cadres, comme l’Observatoire des agricultures du monde, l’Évaluation de la durabilité des systèmes alimentaires et agricoles (SAFA), l’Indice de l’autonomisation des femmes dans l’agriculture et bien d’autres encore.

PUBLIC VISÉ ET MODE D’EMPLOI DU DOCUMENT

Ce document s’adresse aux communautés de pratique mondiales et régionales dans le domaine de l’agroécologie, qui regroupent des scientifiques, des militants, des producteurs et des agents de vulgarisation. Parmi le public visé, citons également les décideurs et le personnel des ONG et des organisations internationales ou des organismes de financement.

Ce document donne des indications sur la manière d’évaluer l’agroécologie en réalisant un diagnostic des systèmes de production au regard de différentes dimensions (environnementale, sociale, économique...) et dans des contextes variés (systèmes de production, communautés, territoires, zones agroécologiques, etc.). Il expose le développement du cadre analytique proposé par la FAO, présente ses principes sous-jacents et ses composantes méthodologiques.

Ce document peut être utilisé pour concevoir des projets visant à rassembler des éléments concrets et recueillir des données sur l’agriculture durable et le rôle particulier des approches agroécologiques. Il peut également servir à déterminer dans quelle mesure les efforts menés actuellement pour évaluer l’agroécologie contribuent à la constitution d’un ensemble de données harmonisées et pertinentes à l’échelle mondiale. Étant donné que le développement de ce cadre a nécessité de consulter et d’examiner les autres cadres utilisés pour évaluer l’agroécologie dans différents contextes, il est possible de prendre appui sur ces cadres afin de faciliter la comparaison des situations et des performances.