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Sommet mondial sur la santé : Déclaration de Rome

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Nous, dirigeants du G20 et d’autres États, en présence des responsables d’organisations régionales et internationales réunis pour le sommet mondial sur la santé organisé à Rome le 21 mai 2021, ayant partagé notre expérience de la pandémie de COVID-19 à laquelle le monde est actuellement confronté, et saluant les travaux essentiels menés à cet égard, notamment ceux présentés aujourd’hui au cours du pré-sommet:

réaffirmons que la pandémie demeure une crise sanitaire et socio-économique mondiale sans précédent, ayant des effets directs et indirects disproportionnés sur les plus vulnérables, sur les femmes, les filles et les enfants, ainsi que sur les travailleurs de première ligne et les personnes âgées. Cette crise ne prendra pas fin tant que tous les pays ne seront pas en mesure de maîtriser la maladie. C'est pourquoi une vaccination à grande échelle, mondiale, sûre, efficace et équitable, combinée à d’autres mesures de santé publique appropriées, reste notre priorité absolue, parallèlement au retour à une croissance forte, durable, équilibrée et inclusive;

présentons nos condoléances à ceux qui ont perdu des proches et exprimons notre gratitude envers tous les travailleurs de première ligne et le personnel de santé pour leurs efforts cruciaux face à la pandémie;

saluons la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de désigner 2021 comme l'Année internationale des personnels de santé et d'aide à la personne et réaffirmons notre soutien sans réserve au rôle de chef de file et de coordination qu'assume l’OMS dans la lutte contre la COVID-19 et, plus largement, aux priorités en matière de santé fixées à l'échelle mondiale;

soulignons que des investissements soutenus dans la santé mondiale, destinés à parvenir à une couverture santé universelle centrée sur les soins de santé primaires, l'approche «Une seule santé», la préparation et la résilience constituent de vastes investissements sociaux et macroéconomiques dans les biens publics mondiaux, et que le coût de l’inaction serait bien plus élevé;

reconnaissons les effets très néfastes de la pandémie sur les progrès dans la réalisation des objectifs de développement durable (ODD). Nous réaffirmons notre détermination à atteindre ces objectifs en redoublant d’efforts pour «reconstruire en mieux» (comme indiqué dans la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 septembre 2020), ainsi que notre attachement au règlement sanitaire international (RSI) de 2005, qui, combinés, amélioreront la résilience et les résultats en matière de santé au niveau mondial;

soulignons avec force qu’il est urgent d’intensifier les efforts, notamment grâce à des synergies entre les secteurs public et privé et des efforts multilatéraux, pour améliorer l’accès rapide, équitable et mondial à des outils sûrs, efficaces et abordables contre la COVID-19 (vaccins, traitements, diagnostics et équipements de protection individuelle, ci-après dénommés «outils»). Nous reconnaissons la nécessité de soutenir ces efforts par un renforcement des systèmes de santé, comme indiqué lors du sommet extraordinaire du G20 du 26 mars 2020;

reconnaissant le rôle de la vaccination à grande échelle contre la COVID-19 en tant que bien public mondial, nous réaffirmons notre soutien à tous les efforts de collaboration à cet égard, en particulier l’accélérateur d'accès aux outils contre la COVID-19 (accélérateur ACT). Nous soulignons l'importance de combler le déficit de financement de l’accélérateur ACT afin de l’aider à remplir son mandat. Nous prenons acte de l’intention de procéder à un examen stratégique complet, qui pourra servir de base à une éventuelle adaptation et extension du mandat jusqu’à la fin de 2022. Nous réaffirmons notre soutien au partage mondial de doses de vaccin sûres, efficaces, de qualité et à un prix abordable, y compris en travaillant avec le pilier «vaccins» de l'accélérateur ACT (le mécanisme COVAX), lorsque les situations nationales le permettent. Nous nous félicitons du sommet organisé en juin 2021 sur la garantie de marché pour les vaccins contre la COVID-19 (AMC COVAX), et prenons note de la charte pour un accès équitable aux outils contre la COVID-19;

notons le travail mené par le groupe de travail COVAX sur la fabrication de vaccins, qui soutient la task force COVAX sur la fabrication, dirigée par l’OMS, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), GAVI et UNICEF, comprenant des partenaires tels que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et le Medicines Patent Pool. Nous affirmons notre soutien aux efforts visant à renforcer les chaînes d’approvisionnement et à stimuler et diversifier les capacités mondiales de fabrication de vaccins, notamment pour ce qui concerne les matériaux nécessaires à la production de vaccins, y compris en partageant les risques, et nous saluons la plateforme de transfert technologique des vaccins mise en place par l’OMS. Nous demandons au groupe de travail et à la task force de rendre compte de leurs progrès au G20 à temps pour le sommet des dirigeants qui se tiendra en octobre. Ce rapport comprendra les informations fournies par l’OMC et d’autres parties concernées et organisations internationales, conformément à leurs mandats et à leurs règles décisionnelles, sur la manière d’améliorer l’accès équitable dans le contexte de la crise actuelle;

saluons l'exploit sans précédent de mettre au point des vaccins contre la COVID-19 sûrs et efficaces en l'espace d’une année et soulignons l’importance de poursuivre les investissements dans la recherche et l’innovation, y compris dans les efforts multilatéraux et les autres actions de collaboration, afin d’accélérer encore la mise au point d’outils sûrs et efficaces;

soulignons l'importance de travailler rapidement avec tous les partenaires publics et privés concernés afin de renforcer la disponibilité équitable des outils et d’en améliorer l’accès. Les options à court terme sont les suivantes: partager les produits existants, y compris des vaccins, par l’intermédiaire de COVAX, diversifier les capacités de production, détecter et éliminer les goulets d’étranglement dans la production, faciliter les échanges et la transparence tout au long de la chaîne de valeur, promouvoir une efficacité renforcée dans l'utilisation des capacités et la répartition mondiale par la coopération, ainsi que l’expansion des capacités existantes, notamment en travaillant de manière cohérente dans le cadre de l’accord sur les ADPIC et de la déclaration de Doha de 2001 sur l’accord sur les ADPIC et la santé publique, et promouvoir l’utilisation d’outils tels que les accords volontaires de licence portant sur la propriété intellectuelle, les transferts volontaires de technologies et de savoir-faire et la mise en commun de brevets à des conditions convenues d’un commun accord;

saluons les dirigeants politiques de haut niveau pour la préparation et la réaction face aux urgences sanitaires. Nous prenons note des propositions relatives à un éventuel instrument ou accord international en matière de prévention et de préparation aux pandémies, dans le cadre de l’OMS, et des efforts déployés par l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé animale, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et le Programme des Nations unies pour l’environnement, entre autres, en vue de renforcer la mise en œuvre de l’approche «Une seule santé» par l’intermédiaire de leur groupe d’experts de haut niveau «Une seule santé».

Au-delà de ces déclarations relatives à la pandémie en cours, nous exposons ci-après des principes et des engagements directeurs. Ceux-ci ont pour vocation d'orienter, sur une base volontaire, les actions en cours et à venir pour la santé à l'échelle mondiale, en vue de soutenir le financement, le renforcement et le maintien des capacités et des compétences de systèmes de santé efficaces et d'une couverture santé universelle, afin d'améliorer la préparation, l'alerte précoce, la prévention, la détection, la réaction coordonnée et la résilience face à la pandémie actuelle et aux urgences de santé publique qui pourraient survenir à l'avenir, ainsi que la relance.

Ces principes qui se renforcent mutuellement confirment notre engagement en faveur de la solidarité, de l’équité et de la coopération multilatérale au niveau mondial, d'une gouvernance efficace, de la nécessité de placer les personnes au cœur des efforts de préparation et leur donner les moyens de réagir efficacement, du fait de s'appuyer sur des politiques fondées sur des données scientifiques probantes et de créer un climat de confiance, et de la promotion d'un financement durable de la santé à l'échelle mondiale.

Principes de la déclaration de Rome

Nous nous engageons à promouvoir ces principes et à accomplir des progrès tangibles vers leur réalisation et celle des actions qu’ils orientent, d’ici au sommet du G20 qui se tiendra à Rome en octobre, et au-delà, et nous invitons la prochaine Assemblée mondiale de la santé (AMS) et d’autres instances pertinentes, ainsi que toutes les parties concernées, à les prendre en considération. Nous entendons:

1) Soutenir et renforcer l’architecture multilatérale de santé existante en ce qui concerne la préparation, la prévention, la détection et la réaction, conçue autour d’une OMS efficace bénéficiant d’un financement adéquat, durable et prévisible, en tenant compte de la prochaine AMS et de divers processus d’examen récents et en cours, y compris ceux résultant de la précédente AMS. Soutenir la réalisation des ODD, de leurs objectifs et d’initiatives spécifiques telles que le plan d’action mondial pour une vie saine et le bien-être pour tous, en vue de mieux aider les pays à accélérer leurs progrès vers la réalisation des ODD liés à la santé, y compris la couverture santé universelle. Soutenir l’objectif d’une reprise durable, inclusive et résiliente qui favorise la concrétisation progressive du droit de tous à jouir du meilleur état de santé possible.

2) Favoriser et mieux soutenir la mise en œuvre intégrale, le suivi et le respect du RSI, ainsi que l’amélioration de la mise en œuvre de l'approche multisectorielle «Une seule santé» fondée sur des données probantes, afin de faire face aux risques découlant de l’interaction entre l’être humain, l’animal et l’environnement et à la menace constituée par la résistance aux antimicrobiens, en prenant acte du rôle des organisations internationales compétentes à cet égard et en encourageant de nouvelles orientations en matière de santé publique, en consultation avec les organisations sanitaires concernées en matière de voyages internationaux par voie aérienne ou maritime, y compris les navires de croisière.

3) Favoriser les approches qui associent la société dans son ensemble et celles qui intègrent la santé dans toutes les politiques, avec des éléments nationaux et communautaires se renforçant mutuellement, et promouvoir la responsabilité aux plus hauts niveaux de gouvernance en vue d’améliorer la préparation, la prévention, la détection et la réaction.

4) Promouvoir le système commercial multilatéral, en soulignant le rôle central de l’OMC, et l’importance de chaînes d’approvisionnement mondiales ouvertes, résilientes, diversifiées, sûres, efficaces et fiables tout au long de la chaîne de valeur liée aux urgences sanitaires, y compris celle des matières premières servant à produire des vaccins, ainsi que pour la fabrication de médicaments et l’accès à ceux-ci, les diagnostics, les outils, le matériel médical, les biens non pharmaceutiques et les matières premières permettant de faire face aux urgences de santé publique.

5) Permettre un accès équitable, abordable, rapide et mondial à des outils de grande qualité, sûrs et efficaces en matière de prévention, de détection et de réaction, en tirant parti de l’expérience de l’accélérateur ACT, ainsi qu’aux mesures non pharmaceutiques, à l’eau potable, à l’assainissement, à l’hygiène et à une alimentation appropriée, ainsi qu’à des systèmes de santé solides, inclusifs et résilients. Et favoriser des systèmes solides de distribution de vaccins, la confiance en la vaccination et la diffusion des connaissances en matière de santé.

6) Aider les pays à revenu faible et intermédiaire à acquérir une expertise et constituer des capacités locales et régionales de fabrication d’outils, notamment en s’appuyant sur les efforts de COVAX, en vue de développer de meilleures capacités de production, de manutention et de distribution aux niveaux mondial, régional et local. Continuer à favoriser l’utilisation accrue des technologies de la santé et la transformation numérique des systèmes de santé.

7) Tirer parti des synergies et s’appuyer sur l’expertise des organisations et plateformes concernées pour faciliter le partage de données, le renforcement des capacités, les accords de licence et les transferts volontaires de technologies et de savoir-faire selon des modalités convenues d’un commun accord.

8) Renforcer le soutien aux structures existantes de préparation et de prévention en vue d’une protection équitable contre les maladies à prévention vaccinale, ainsi qu’aux programmes de surveillance et de santé relatifs à ces maladies et à d’autres, dont le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, ainsi qu’à d’autres maladies non transmissibles, dans le cadre de la prestation de services intégrée et en veillant à ce que personne ne soit laissé pour compte.

9) Investir dans le personnel de santé et de soins dans le monde entier, afin d’obtenir le triple dividende de l’amélioration de la santé, de l’accélération du développement et des progrès en matière d’inclusion sociale et d’égalité entre hommes et femmes, en développant des compétences mutuellement reconnues grâce à l’éducation et à la formation, y compris dans le cadre d’initiatives pertinentes de l’OMS, dont l’Académie de l’OMS. Investir dans la santé communautaire et dans les systèmes de santé pour mettre en place des services de santé renforcés, résilients, inclusifs et de grande qualité, la continuité des soins, les soins locaux et à domicile, ainsi que des capacités en matière de santé publique dans tous les pays. Investir dans des mécanismes multilatéraux dirigés par l’OMS pour faciliter la mise en place de capacités d’assistance et de réaction en vue de leur utilisation dans les pays en développement et ceux touchés par des crises. Investir également dans l’assainissement de l’eau et l’hygiène dans les établissements de soins de santé afin de réduire les risques d’infection et de protéger les professionnels de la santé.

10) Investir suffisamment dans les ressources, la formation et le personnel des laboratoires de diagnostic en matière de santé publique et de santé animale, y compris les capacités de séquençage génomique, et partager rapidement et en toute sécurité les données et les échantillons en cas d’urgence aux niveaux national et international, conformément à la législation applicable et aux accords, réglementations et autres dispositions pertinents en vigueur.

11) Continuer à investir dans la mise au point, le renforcement et l’amélioration des systèmes d’information, de surveillance et d’alerte précoce interopérables, conformément à l'approche «Une seule santé». Investir dans de nouvelles mesures visant à renforcer la surveillance et à analyser les données relatives à de potentielles épidémies, y compris le partage rapide et transparent d’informations et de données transsectorielles et internationales, conformément au RSI.

12) Investir de manière prévisible, efficace et adéquate, conformément aux capacités nationales, dans la coopération nationale, internationale et multilatérale en matière de recherche, de développement et d’innovation, pour les outils des systèmes de santé et les mesures non pharmaceutiques, en tenant compte des questions d’évolutivité, d’accès et de fabrication à un stade précoce.

13) Coordonner les mesures pharmaceutiques et non pharmaceutiques et la réaction d’urgence (y compris la coordination en ligne des centres de crise et d’opérations), dans le cadre d’une relance durable et équitable, avec des investissements dans les domaines de la santé, de la préparation et de la réaction et des politiques fondées sur des avis scientifiques. Les politiques menées devraient accélérer les progrès vers la réalisation des ODD, lutter contre les causes profondes des urgences sanitaires — y compris les déterminants sociaux de la santé, la pauvreté, les inégalités structurelles et la dégradation de l’environnement —, renforcer le capital humain, accélérer les transitions écologique et numérique et stimuler la prospérité pour tous.

14) Accroître l’efficacité des mesures de préparation et de réaction en soutenant et en promouvant un dialogue constructif et inclusif avec les communautés locales, la société civile, les travailleurs de première ligne, les groupes vulnérables, les organisations, notamment de femmes, et tous les autres acteurs concernés, et en luttant contre la mésinformation et la désinformation. Étayer cette action par la confiance et la transparence en matière de gouvernance et de processus décisionnel, résultant de la communication rapide et adaptée d’un point de vue culturel d’informations précises, d’éléments de preuve et d’incertitudes, ainsi que des enseignements tirés de la réaction à la pandémie de COVID-19 et des urgences de santé publique antérieures. Promouvoir la santé et travailler sur les déterminants sociaux de la santé, afin de résoudre d’autres problèmes de santé cruciaux, tels que les maladies non transmissibles, la santé mentale, l’alimentation et la nutrition, dans le cadre des efforts visant à renforcer la résilience globale face aux crises sanitaires futures, et réagir aux autres crises à venir en tenant compte des questions d’âge et d'égalité des sexes.

15) Répondre à la nécessité de disposer de mécanismes renforcés, rationalisés, durables et prévisibles pour financer la préparation, la prévention, la détection, la réaction et la capacité d’intensification à long terme face aux pandémies, afin de pouvoir mobiliser rapidement des fonds et des ressources privés et publics d’une manière coordonnée, transparente et collaborative, en disposant de mécanismes de responsabilité et de contrôle solides. Dans un esprit de solidarité, unir les efforts visant à soutenir en particulier la fabrication et la fourniture de vaccins et d’autres matériels et/ou la fourniture de financements pour l’achat de vaccins aux pays à revenu faible et intermédiaire.

16) Veiller à garantir l’efficacité de ces mécanismes de financement, notamment en mobilisant des financements mixtes, des mécanismes innovants, des sources publiques, privées et philanthropiques, ainsi que des fonds provenant des institutions financières internationales. Chercher à éviter les doubles emplois et souligner la nécessité pour les pays de financer leurs capacités nationales en matière de RSI et de R&D, principalement au moyen de ressources nationales et conformément à leur situation nationale, tout en mobilisant du soutien pour ceux qui ne sont pas en mesure de le faire. Souligner l’importance des efforts multilatéraux destinés à répondre aux besoins de financement des pays à revenu faible et intermédiaire, y compris la nouvelle allocation générale de droits de tirage spéciaux proposée par le FMI, l’ambitieux processus IDA20 de reconstitution des ressources et les mesures existantes approuvées par le G20. Saluer les travaux en cours des banques multilatérales de développement et des organisations internationales et les appeler à accroître, dans le cadre de leurs mandats et de leurs budgets respectifs, leurs efforts en vue de mieux soutenir la préparation, la prévention, la détection, la réaction et le contrôle face aux menaces pour la santé, ainsi qu’à améliorer leur coordination.