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Résumé : l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde : Réorienter les politiques alimentaires et agricoles pour rendre l'alimentation saine plus abordable

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MESSAGES CLÉS

  • Malgré les espoirs d’une sortie de la crise engendrée par la pandémie de covid-19 et d’un début d’amélioration de la sécurité alimentaire, la faim a encore gagné du terrain dans le monde en 2021. L’aggravation de la faim à l’échelle mondiale en 2021 témoigne d’inégalités qui se sont accentuées entre et dans les pays, sous l’effet d’une reprise économique dont l’ampleur n’est pas la même partout et de pertes de revenus que les populations les plus touchées par la pandémie n’ont pas réussi à compenser.

  • Après être restée relativement stable depuis 2015, la prévalence de la sous-alimentation (PoU) a bondi de 8,0 pour cent à 9,3 pour cent entre 2019 et 2020, puis a augmenté à un rythme moins soutenu en 2021, passant à 9,8 pour cent. Entre 702 millions et 828 millions de personnes ont souffert de la faim en 2021. Ce chiffre a augmenté de quelque 150 millions depuis que la pandémie de covid-19 s’est déclarée – 103 millions de personnes supplémentaires entre 2019 et 2020, et 46 millions de plus en 2021.

  • D’après les projections, près de 670 millions de personnes souffriront encore de la faim en 2030 – 8 pour cent de la population mondiale, soit la même proportion qu’en 2015, date à laquelle le Programme de développement durable à l’horizon 2030 a été lancé.

  • Après une forte hausse en 2020, la prévalence mondiale de l’insécurité alimentaire modérée ou grave est restée globalement inchangée en 2021, mais l’insécurité alimentaire grave a augmenté, ce qui témoigne une nouvelle fois de la dégradation de la situation des populations qui étaient déjà en proie à des difficultés majeures. Quelque 2,3 milliards de personnes étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2021, et 11,7 pour cent de la population mondiale faisait face à une insécurité alimentaire grave.

  • On estime qu’en 2020, sur l’ensemble des enfants de moins de 5 ans à l’échelle mondiale, 22 pour cent présentaient un retard de croissance, 6,7 pour cent étaient émaciés et 5,7 pour cent étaient en surpoids. Les enfants vivant en milieu rural et dans des ménages pauvres, et dont les mères n’ont pas bénéficié d’un enseignement scolaire, sont plus exposés au retard de croissance et à l’émaciation. Les enfants vivant dans des zones urbaines et des ménages plus aisés présentaient plus de risques d’être en surpoids.

  • Des progrès constants ont été accomplis s’agissant de l’allaitement maternel exclusif: 43,8 pour cent des nourrissons de moins de 6 mois étaient exclusivement nourris au sein en 2020, contre 37,1 pour cent en 2012. Il faudra toutefois les accélérer si l’on veut atteindre la cible fixée pour 2030. Les nourrissons de sexe féminin vivant en milieu rural, dans des ménages pauvres, et dont les mères n’ont pas bénéficié d’un enseignement scolaire, sont davantage susceptibles d’être nourris au sein.

  • En 2019, près d’une femme sur trois âgée de 15 à 49 ans dans le monde (571 millions) souffrait d’anémie, une situation qui n’a connu aucune amélioration depuis 2012. L’anémie touche davantage les femmes qui vivent en milieu rural, dans des ménages pauvres, et qui n’ont pas suivi d’enseignement scolaire.

  • Près de 3,1 milliards de personnes ne pouvaient pas se permettre une alimentation saine en 2020. Ce chiffre supérieur de 112 millions à celui de 2019 s’explique par l’inflation des prix à la consommation des produits alimentaires provoquée par les répercussions économiques de la pandémie de covid-19 et des mesures mises en place pour l’endiguer.

  • Les récents retours en arrière révèlent que les politiques ne produisent plus de rendements marginaux croissants en matière de réduction de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition sous toutes ses formes. Les économies fragiles sont en outre confrontées à des contraintes budgétaires dans le cadre de la transformation des systèmes agroalimentaires. Il est temps pour les États de commencer à examiner le soutien qu’ils apportent actuellement à l’alimentation et à l’agriculture.

  • À l’échelle mondiale, le soutien public à l’alimentation et à l’agriculture se chiffre à près de 630 milliards d’USD par an en moyenne sur la période 2013-2018. La plus grande part cible directement les agriculteurs au moyen de politiques visant les échanges et le marché, et au moyen de subventions liées en grande partie à la production ou à l’utilisation sans contraintes de facteurs variables de production. Ce soutien, outre qu’il est à l’origine de distorsions des marchés, ne bénéficie pas à beaucoup d’agriculteurs, est néfaste à l’environnement et n’encourage pas la production d’aliments nutritifs.

  • Le soutien à la production agricole est largement concentré sur les aliments de base, les produits laitiers et d’autres aliments d’origine animale riches en protéines, en particulier dans les pays à revenu élevé et les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Le riz, le sucre et les différents types de viande sont les aliments dont la production est la plus encouragée dans le monde, tandis que les fruits et les légumes sont globalement moins soutenus, voire sont pénalisés dans certains pays à faible revenu.

  • Les mesures d’encadrement des échanges et d’intervention sur les marchés peuvent constituer des obstacles au commerce d’aliments nutritifs, et influer négativement sur les disponibilités alimentaires nécessaires à une alimentation saine et sur l’abordabilité de cette alimentation. Dans de nombreux pays, les subventions ont augmenté les disponibilités alimentaires et abaissé les prix des aliments de base et de leurs produits dérivés, et ont découragé, en la rendant relativement plus coûteuse, la consommation de produits non subventionnés, ou moins subventionnés, tels que les fruits, les légumes et les légumineuses.

  • Si elle est faite de manière intelligente, à partir de données probantes, en mobilisant l’ensemble des parties prenantes, en gardant à l’esprit les économies politiques et les capacités institutionnelles des pays, et en tenant compte des engagements pris par les pays et des flexibilités dont ils bénéficient dans le cadre des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la réorientation du soutien public actuel peut concourir à accroître les disponibilités en aliments nutritifs proposées aux consommateurs. Elle peut contribuer à rendre l’alimentation saine moins coûteuse et plus abordable dans le monde entier, condition nécessaire mais non suffisante pour que les populations puissent avoir accès à une telle alimentation.

  • Lorsqu’ils réorientent le soutien public pour réduire le coût d’une alimentation saine, les responsables politiques doivent éviter les déséquilibres générateurs d’inégalités qui peuvent apparaître si les agriculteurs ne sont pas en mesure de se spécialiser dans la production d’aliments nutritifs en raison de contraintes liées aux ressources. Pour éviter de créer des déséquilibres au regard des émissions de gaz à effet de serre (GES), il convient d’adopter des technologies à faibles émissions pour produire des aliments nutritifs, et la surproduction et la surconsommation de produits qui génèrent de fortes émissions doivent être réduites dans les pays à revenu élevé et les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, conformément aux recommandations nutritionnelles.

  • Dans les pays à faible revenu, mais aussi dans certains pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure où l’agriculture joue un rôle essentiel au regard de l’économie, de l’emploi et des moyens d’existence, les pouvoirs publics doivent accroître les dépenses publiques et les affecter en priorité à la fourniture de services qui soutiennent plus collectivement l’alimentation et l’agriculture. Ces efforts seront cruciaux pour combler les déficits de productivité de la production d’aliments nutritifs et permettre la génération de revenus aux fins de l’amélioration de l’abordabilité d’une alimentation saine, mais nécessiteront un volume important de financement pour le développement.

  • La seule réorientation du soutien public apporté actuellement à l’alimentation et à l’agriculture ne sera pas suffisante. Il conviendra, au moyen de politiques complémentaires relatives aux systèmes agroalimentaires, de favoriser des environnements alimentaires sains et de donner les moyens aux consommateurs d’adopter une alimentation saine. La protection sociale et les politiques relatives aux systèmes de santé devront atténuer les éventuelles conséquences indésirables de la réorientation du soutien public pour les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants. Des politiques en matière d’environnement, de transport et d’énergie et des politiques portant sur le système des services de santé seront aussi nécessaires pour renforcer les résultats positifs engendrés par la réorientation du soutien public, dans les domaines de l’efficience, de l’égalité, de la nutrition, de la santé, de l’atténuation du changement climatique et de l’environnement.

  • La réussite des initiatives de réorientation du soutien dépendra en outre du contexte politique et social, de la gouvernance, de l’équilibre ou du déséquilibre des pouvoirs et des intérêts, des idées et de l’influence des parties prenantes. Compte tenu de la diversité des contextes des différents pays, il sera essentiel, dans le cadre des initiatives de réorientation, de disposer d’institutions fortes aux niveaux local, national et mondial, mais aussi d’inciter les parties prenantes du secteur public, du secteur privé et des organisations internationales à adhérer à ces initiatives, et d’obtenir leur participation effective.