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Rapport Goalkeepers 2024: La course pour nourrir un monde qui se réchauffe

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Points clés

La malnutrition représente la crise mondiale la plus grave en matière de santé infantile. Aucun pays, aussi riche soit-il, n’est à l’abri.

Plus de 400 millions d’enfants ne reçoivent pas les nutriments dont ils ont besoin pour grandir et s’épanouir.

Le changement climatique rend le problème encore plus difficile à résoudre.

Nous disposons de nouveaux outils et de recherches prometteuses pour veiller à ce que les enfants soient en meilleure santé, même dans un monde qui se réchauffe.

Introduction

La course pour nourrir un monde qui se réchauffe

La malnutrition représente la pire crise mondiale en matière de santé infantile, et le changement climatique aggrave encore plus ce défi. Pour protéger les enfants du monde des effets les plus graves de la faim, il faut investir dans la santé mondiale.

Lorsque les historiens écriront sur le premier quart du XXIe siècle, je pense qu’ils pourront le résumer ainsi : vingt ans de progrès sans précédent suivis de cinq années de stagnation.

Cela est vrai pour la quasi-totalité des sujets sur lesquels travaille la Fondation Bill & Melinda Gates, de la réduction de la pauvreté à la scolarisation à l’école primaire. Mais le contraste n’a jamais été aussi flagrant et tragique que dans le domaine de la santé.

Entre 2000 et 2020, le monde a connu un « boom sanitaire mondial ». La mortalité infantile a baissé de 50 %. En 2000, plus de 10 millions d’enfants mourraient chaque année, contre cinq millions aujourd’hui. La prévalence des maladies infectieuses les plus mortelles au monde a également diminué de moitié. Mieux encore, les progrès ont été réalisés dans les régions où la charge de morbidité était la plus élevée. C’est en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud que les progrès ont été les plus importants.

Cet essor de la santé résulte de la convergence de nombreux facteurs. Une nouvelle génération de dirigeants politiques a adopté une approche humanitaire. Des centaines de milliers de professionnels de la santé ont parcouru le monde entier pour fournir les traitements les plus avancés dans des régions rarement desservies par les médecins. Mais l’on oublie souvent qu’un des facteurs de progrès a été l’augmentation modeste, mais cruciale, du financement.

À partir de 2000, les pays les plus riches ont commencé à augmenter régulièrement leurs financements pour soutenir les pays à faible revenu tout en augmentant leurs propres investissements dans le domaine de la santé. Ce financement a stimulé le travail d’organisations comme Gavi, l’Alliance du vaccin et le Fond Mondial deLutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme, qui ont permis aux pays les plus pauvres d’accéder à des vaccins vitaux, des médicaments ainsi qu’à d’autres avancées médicales.

L’aide est relativement faible. En 2020, les pays riches consacraient moins de 0,25 % de leur budget à l’aide. Cela représente en moyenne 10,47 dollars par personne pour la santé dans les pays les plus pauvres. Mais ces 10,47 dollars ont eu un impact remarquable.

Puis le COVID-19 a frappé et les progrès ont été brutalement interrompus. Le monde est aujourd’hui confronté à plus de défis qu’à tout moment de ma vie adulte : inflation, dette, nouvelles guerres. Malheureusement, l’aide ne suit pas le rythme de ces besoins, surtout dans les régions qui en ont le plus besoin.

Par exemple, plus de la moitié des décès infantiles surviennent encore en Afrique subsaharienne. Depuis 2010, la proportion de personnes pauvres vivant dans cette région a également augmenté de plus de 20 points de pourcentage. Malgré cela, au cours de la même période, la part de l’aide étrangère totale destinée à l’Afrique a chuté pour passer de 40 % à seulement 25 %, soit le niveau le plus bas depuis 20 ans. Moins de ressources signifie que plus d’enfants mourront de causes évitables.

Le boom sanitaire mondial est terminé. Mais pour combien de temps ? C’est la question que je me pose depuis cinq ans : regarderons-nous cette période comme la fin d’une ère dorée ? Ou s’agit-il simplement d’un bref intermède avant le début d’un nouveau boom sanitaire mondial ?

Je reste optimiste. Je pense que nous pouvons donner un nouveau souffle à la santé mondiale, même dans un contexte où les défis imposent des choix difficiles et pressent les gouvernements à restreindre leurs budgets.

Pour ce faire, nous aurons besoin d’une approche à deux volets. Le monde doit tout d’abord réaffirmer son engagement envers le travail qui a permis de réaliser les progrès du début des années 2000, en particulier les investissements dans les vaccins et les médicaments essentiels. Ils permettent encore de sauver des millions de vies chaque année, et nous ne pouvons pas nous permettre de faire marche arrière.

Mais nous devons également nous tourner vers l’avenir. Les projets de R&D en cours regorgent d’innovations extraordinaires et étonnamment rentables. Il ne nous reste plus qu’à les mettre en oeuvre pour lutter contre les crises sanitaires les plus répandues dans le monde. Et cela commence par une bonne nutrition. On me demande parfois ce que je ferais si j’avais une baguette magique. Je donne la même réponse depuis des années : je résoudrais le problème de la malnutrition.

Cet été, l’UNICEF a publié son premier rapport sur la précarité alimentaire chez les enfants. Les conclusions sont sans appel. Deux tiers des enfants dans le monde, soit plus de 400 millions d’enfants, ne reçoivent pas suffisamment de nutriments pour grandir et s’épanouir, ce qui les expose à un risque accru de malnutrition. En 2023, l’OMS estimait que 148 millions d’enfants supplémentaires souffraient d’un retard de croissance et 45 millions d’enfants supplémentaires étaient émaciés, les formes les plus graves de malnutrition chronique et aiguë. Cela les empêche de développer tout leur potentiel et, dans le pire des cas, de se développer physiquement.

Quand un enfant meurt, dans un cas sur deux, le facteur sous-jacent est la malnutrition.

Et aujourd’hui, un obstacle majeur rend le problème de la malnutrition encore plus difficile à résoudre : le changement climatique. Nous avons travaillé avec nos partenaires de l’Institute for Health Metrics and Evaluation afin de mieux saisir l’ampleur de cette difficulté :

Entre 2024 et 2050, le changement climatique entraînera un retard de croissance chez 40 millions d’enfants de plus et 28 millions d’enfants supplémentaires seront émaciés.

Il s’agit d’une projection importante qui devrait permettre aux dirigeants d’orienter leur aide financière de manière à inverser les tendances actuelles et le fardeau croissant de la malnutrition.

Il est évident que la lutte contre le changement climatique est cruciale. Mais ces données montrent que la crise sanitaire et la crise climatique vont de pair dans les pays les plus pauvres situés près de l’équateur. Le meilleur moyen de lutter contre les effets du changement climatique consiste à investir dans la nutrition.