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Rapport 2021 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions : ça chauffe - un ensemble de promesses pour le climat non tenues (résumé exécutif)

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Introduction

La parution de cette douzième édition du Rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) intervient au cours d’une année de rappels constants que le changement climatique n'appartient pas à un futur lointain. L’actualité mondiale a été marquée par une succession de phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, sécheresses, feux de forêt, ouragans et vagues de chaleur) qui ont provoqué la mort ou le déplacement de milliers de personnes, ainsi que des pertes économiques se chiffrant en milliers de milliards de dollars. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié en août 2021, le premier rapport de son sixième cycle d’évaluation, axé sur les preuves scientifiques d’un changement climatique dont les signes sont de plus en plus patents. Qualifié d’« alerte rouge pour l’humanité » par le Secrétaire général des Nations Unies, le rapport du GIEC montre, de manière bien plus détaillée et étayée que les évaluations précédentes, que le changement climatique et les phénomènes extrêmes sont attribuables à l’accumulation d’émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère. Il y a une chance sur deux pour que le réchauffement climatique mondial dépasse 1,5 °C au cours des deux prochaines décennies. À moins d’observer une réduction immédiate, rapide et à grande échelle des émissions de GES, il sera impossible de contenir le réchauffement en deçà de 1,5 °C ou même de 2 °C d’ici à la fin du siècle.

Sur la base des dernières données du GIEC, la vingt-sixième Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26) vise à encourager, au niveau mondial, l’affirmation d’ambitions et l’accélération de la mise en œuvre de mesures axées sur l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, dont le besoin se fait de plus en plus pressant. Cette année, la plus grande attention est portée sur les contributions déterminées au niveau national (CDN), nouvelles ou mises à jour, que les pays ont été invités à soumettre en amont de la COP26. D’après le rapport de synthèse sur les CDN publié par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en septembre 2021, les CDN, nouvelles ou mises à jour, sont insuffisantes pour atteindre l’objectif de température de l’Accord de Paris.

Le présent rapport sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions confirme les conclusions du rapport de la CCNUCC. Il propose une évaluation élargie, prenant en compte les engagements d’atténuation à l’horizon 2030 ainsi que les CDN, nouvelles ou mises à jour. Il montre ainsi que lesdits engagements et CDN n’ont pas d’incidence significative sur les émissions mondiales ou sur l’écart attendu entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions en 2030. En effet, la quantité d’émissions prévu d’ici à 2030 n’est réduite que de 7,5 % par rapport aux précédentes CDN inconditionnelles, alors qu’une réduction de 30 % serait nécessaire pour contenir le réchauffement en deçà de 2 °C, ce chiffre passant à 55 % pour espérer limiter le réchauffement en deçà de 1,5 °C. Même appliqués jusqu’à la fin du siècle en cours, ces engagements ne permettront pas de contenir le réchauffement climatique en deçà de 2,7 °C. L’atteinte de l’objectif de zéro émission nette auquel s’engagent actuellement un nombre croissant de pays permettrait d’améliorer la situation, en limitant le réchauffement à environ 2,2 °C d’ici à la fin du siècle. Cependant, les engagements à l’horizon 2030 demeurent insuffisants pour garantir que les membres du G20 (qui sont responsables de près de 80 % des émissions de GES à l’échelle mondiale) atteindront bel et bien cet objectif.

Alors que le G20 en tant que groupe ne s’est pas doté de politiques communes lui permettant, au minimum, de pleinement mettre en œuvre les CDN, la perspective d’atteindre l’objectif de zéro émission nette paraît encore moins réaliste. Le rapport étudie également certaines des pistes possibles pour combler l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions ainsi que pour avancer vers l’objectif de zéro émission nette, en examinant la manière dont les mesures de relance budgétaires liées à la pandémie de COVID-19 ont été utilisées au service de l’accélération d’une transition verte. Il examine les possibilités de réduction des émissions de méthane, le deuxième GES le plus important au regard de l’actuel forçage climatique anthropique, en vue de combler l’écart pour se rapprocher de l’objectif de zéro émission nette. Enfin, le rapport se penche sur un enjeu de négociation clé pour la COP26 à savoir l’application de l’article 6 de l’Accord de Paris, qui traite des démarches concertées et des mécanismes de marché. Un grand nombre de pays ont inclus l’utilisation de mécanismes de marché dans leurs plans de mise en œuvre des CDN et attendent qu’en soient convenues les modalités. Pourtant, le recours à des mécanismes de marché et de compensation pour atteindre les objectifs de zéro émission nette demeure généralement assez flou.

Comme les années précédentes, le Rapport 2021 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions a été mené par un comité directeur expérimenté et élaboré par une équipe internationale de scientifiques renommés, qui a évalué toutes les données disponibles, y compris celles publiées par le GIEC dans ses rapports spéciaux, ainsi que dans d’autres études scientifiques récentes. Cette évaluation a été réalisée de manière transparente et participative. La méthode d’évaluation utilisée et les conclusions préliminaires ont été communiquées aux gouvernements des pays expressément mentionnés dans le rapport, afin qu’ils puissent faire part de leurs commentaires.