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Résumé : L’état de la securite alimentaire et de la nutrition dans le monde 2021 : Transformer les systèmes alimentaires pour que la sécurité alimentaire, une meilleure nutrition et une alimentation saine et abordable soient une réalité pour tous

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MESSAGES CLÉS

  • Bien avant la pandémie de covid-19, nous n’étions déjà pas en voie d’éliminer la faim et toutes les formes de malnutrition dans le monde d’ici à 2030. Aujourd’hui, la pandémie a rendu la tâche encore plus difficile.

  • La prévalence de la sous-alimentation, qui était restée à peu près stable pendant cinq ans, a progressé de 1,5 point de pourcentage en 2020, pour atteindre 9,9 pour cent environ – ce qui rend plus difficile la réalisation de l’objectif «Faim zéro» d’ici à 2030.

  • En 2020, entre 720 et 811 millions de personnes dans le monde ont été confrontées à la faim, soit environ 118 millions de personnes de plus qu’en 2019 si l’on prend en compte le milieu de la fourchette (768 millions).

  • Par rapport à 2019, environ 46 millions de personnes de plus ont été touchées par la faim en Afrique en 2020, 57 millions de plus en Asie et environ 14 millions de plus en Amérique latine et dans les Caraïbes.

  • Encore 660 millions de personnes environ pourraient connaître la faim en 2030, en partie à cause des effets à long terme de la pandémie de covid-19 sur la sécurité alimentaire mondiale – soit 30 millions de plus que dans un scénario où il n’y aurait pas eu de pandémie.

  • Alors que la prévalence mondiale de l’insécurité alimentaire modérée ou grave augmente lentement depuis 2014, l’augmentation estimative pour l’année 2020 était égale à celle constatée sur l’ensemble des cinq années précédentes. En 2020, près d’une personne sur trois dans le monde (2,37 milliards) n’avait pas accès à une nourriture adéquate, soit une augmentation de près de 320 millions de personnes en seulement un an. è Près de 12 pour cent de la population mondiale était en situation d’insécurité alimentaire grave en 2020, ce qui représente 928 millions de personnes – soit 148 millions de plus qu’en 2019.

  • Au niveau mondial, l’écart entre les femmes et les hommes dans la prévalence de l’insécurité alimentaire modérée ou grave s’est encore accentué durant l’année de la pandémie de covid-19. è Le coût élevé d’une alimentation saine et la persistance de fortes inégalités de revenu ont mis une alimentation saine hors de portée de quelque 3 milliards de personnes, en particulier les pauvres, dans toutes les régions du monde, en 2019.

  • À l’échelle mondiale, la malnutrition sous toutes ses formes reste aussi un défi. Il n’est pas encore possible de tenir pleinement compte de l’incidence de la pandémie de covid-19, mais on estime qu’en 2020, le retard de croissance a touché 22,0 pour cent (149,2 millions) des enfants de moins de 5 ans, l’ émaciation 6,7 pour cent (45,4 millions) et le surpoids 5,7 pour cent (38,9 millions). Les chiffres effectifs devraient être plus élevés par suite des effets de la pandémie.

  • Plus de neuf enfants sur dix souffrant d’un retard de croissance, plus de neuf enfants sur dix souffrant d’émaciation et plus de sept enfants sur dix en surpoids, dans le monde, vivent en Afrique et en Asie.

  • On estime qu’au niveau mondial, en 2019, l’anémie chez les femmes âgées de 15 à 49 ans – désormais un indicateur (2.2.3) des objectifs de développement durable (ODD) – s’établissait à 29,9 pour cent. L’obésité chez les adultes est en forte progression dans toutes les régions.

  • Le monde n’est en voie d’atteindre les cibles fixées pour 2030 pour aucun des indicateurs de nutrition. Le rythme actuel des progrès réalisés concernant le retard de croissance des enfants, l’allaitement maternel exclusif et l’insuffisance pondérale à la naissance est insuffisant, et les résultats concernant le surpoids et l’émaciation chez les enfants, l’anémie chez les femmes en âge de procréer et l’obésité chez les adultes stagnent ou régressent.

  • La pandémie de covid-19 a probablement eu des répercussions sur la prévalence de multiples formes de malnutrition et pourrait avoir des effets durables, au-delà de 2020. Ces effets seront aggravés du fait de la dimension intergénérationnelle de la malnutrition et des conséquences qui en résulteront pour la productivité.

  • Les conflits, la variabilité du climat et les phénomènes climatiques extrêmes, ainsi que les ralentissements et les fléchissements économiques (exacerbés par la pandémie de covid-19), sont de grands facteurs de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition; ils continuent de croître en intensité et en fréquence et surviennent de plus en plus souvent ensemble.

  • Le renversement de tendance qui s’est produit en 2014 dans la prévalence de la sous-alimentation et l’augmentation constante de celle-ci, sont en grande partie le fait des pays touchés par des conflits, des phénomènes climatiques extrêmes ou des fléchissements économiques et des pays où règne une grande inégalité des revenus.

  • Sur la période 2017-2019, la prévalence de la sous-alimentation a augmenté de 4 pour cent dans les pays touchés par un ou plusieurs de ces grands facteurs et a diminué de 3 pour cent dans les pays non touchés. Les fortes inégalités de revenu ont amplifié l'incidence négative de ces facteurs, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire.

  • Sur la même période, les pays touchés par des facteurs multiples ont connu l’augmentation la plus marquée de la prévalence de la sous-alimentation, avec une augmentation 12 fois supérieure à celle constatée dans les pays touchés par un seul facteur.

  • Des facteurs externes (conflits ou chocs climatiques, par exemple) et internes (faible productivité ou chaînes d'approvisionnement alimentaire inefficaces, par exemple) aux systèmes alimentaires poussent à la hausse le coût des aliments nutritifs dans l’ensemble du système alimentaire, ce qui, associé à de faibles revenus, rend l’alimentation saine plus inaccessible financièrement, en particulier dans les pays touchés par des facteurs multiples.

  • En 2020, presque tous les pays à revenu faible ou intermédiaire ont été confrontés à des fléchissements économiques par suite de la pandémie. Là où les fléchissements se sont accompagnés de catastrophes liées au climat, de conflits ou des deux, la hausse la plus importante de la prévalence de la sous-alimentation a été observée en Afrique et en Asie.

  • Du fait que ces grands facteurs ont une incidence négative sur la sécurité alimentaire et la nutrition, en raison de leurs effets multiples et cumulatifs sur l’ensemble du système alimentaire, il est essentiel de les aborder sous l’angle des systèmes alimentaires, pour mieux comprendre leurs interactions et déterminer les points d’entrée des interventions.

  • Transformés de manière à accroître la résilience et à agir spécifiquement face aux principaux facteurs, les systèmes alimentaires peuvent fournir une alimentation saine et abordable de façon durable et inclusive et devenir de puissants moteurs de la lutte contre la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition sous toutes ses formes, au service de tous.

  • Six voies peuvent être empruntées, en fonction du contexte, pour transformer les systèmes alimentaires: intégrer l’action humanitaire, les politiques de développement et la consolidation de la paix, dans les zones touchées par des conflits; renforcer la résilience face aux changements climatiques dans l’ensemble du système alimentaire; renforcer la résilience des plus vulnérables face à l’adversité économique; intervenir le long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire en vue de réduire le coût des aliments nutritifs; lutter contre la pauvreté et les inégalités structurelles en veillant à ce que les interventions soient favorables aux pauvres et inclusives; et renforcer l’environnement alimentaire et changer le comportement des consommateurs afin de favoriser des habitudes alimentaires ayant une incidence positive sur la santé humaine et sur l’environnement.

  • Étant donné que les systèmes alimentaires sont le plus souvent touchés par plus d’un facteur, des portefeuilles complets de politiques, d’investissements et de lois pourraient être élaborés sur plusieurs voies simultanément. Cela permettra de maximiser leurs effets conjugués sur la transformation des systèmes alimentaires, de tirer parti de solutions gagnant-gagnant et de limiter les compromis indésirables.

  • La cohérence dans la formulation et la mise en oeuvre des politiques et des investissements, entre les différents systèmes (alimentation, santé, protection sociale et environnement), est également essentielle pour créer des synergies en vue de solutions plus efficientes et plus efficaces applicables aux systèmes alimentaires.

  • Des approches par système doivent être mises en place pour élaborer des portefeuilles de politiques, d’investissements et de lois qui permettent d’aboutir à des solutions gagnant-gagnant tout en gérant les compromis, à savoir des approches territoriales, des approches écosystémiques, des approches par système alimentaire des peuples autochtones, et des interventions qui apportent des solutions systémiques aux situations de crise prolongée.

  • L’année 2020 a été celle d’un énorme défi pour le monde. Si l’on ne passe pas plus résolument à l’action pour changer le cours des choses, elle pourrait être aussi un avertissement annonciateur de phénomènes qu’on ne voudrait pas voir se produire. En effet, les principaux facteurs ont chacun leur propre trajectoire et des cycles qui leur sont propres, et ils se reproduiront.

  • Le Sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires qui aura lieu en 2021 débouchera sur une série de mesures concrètes à l’appui d’une transformation des systèmes alimentaires mondiaux. Les six voies de transformation mises en évidence dans le présent rapport sont nécessaires pour accroître la résilience et agir spécifiquement contre les effets des grands facteurs qui ont causé la récente hausse de la faim et le ralentissement de la progression vers une réduction de la malnutrition sous toutes ses formes.