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Protéger les travailleurs de la santé

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Les soins de santé sur la ligne de front © David Swanson/IRIN

BANGKOK, 25 mai 2014 (IRIN) - Les experts appellent au renforcement des mesures de protection des travailleurs de la santé et des patients qui évoluent dans des situations de crise. Cet appel intervient à la suite d'une augmentation du nombre d'attaques ciblant les infrastructures de santé qui remet en question leur obligation de neutralité.

« Nous avons besoin de moyens multiples et renforcés pour protéger les systèmes de santé dans les situations de violence, et notamment des mécanismes bien développés de surveillance des droits de l'homme, de rapport et de responsabilisation », a dit à IRIN Leonard Rubenstein, président de la Safeguarding Health in Conflict Coalition, qui regroupe des organisations humanitaires et des droits de l'homme, depuis l'Assemblée mondiale de la santé (AMS), qui s'est tenue du 19 au 24 mai à Genève.

Selon un rapport publié conjointement en 2014 par la Safeguarding Health in Conflict Coalition et Human Rights Watch (HRW) et documentant des attaques perpétrées dans 18 pays, la fréquence et la gravité des attaques contre les personnels et les établissements de santé ont augmenté au cours des dernières années. Ces attaques comprennent les cas de torture et de meurtre de travailleurs de la santé et les dommages aux infrastructures et aux ambulances.

En janvier 2012, l'AMS a émis une resolution confiant à l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) des Nations Unies la tâche de collecter et de diffuser les données concernant les attaques contre les établissements de la santé, les agents de santé, les transports sanitaires et les patients.

« Nous nous réjouissons de voir que l'OMS, dans le cadre de son initiative de réforme humanitaire, va de l'avant en exerçant un leadership mondial dans la recherche de méthodes pour la collecte et la diffusion systématiques des données concernant les attaques contre les établissements, les personnels et les véhicules de santé ainsi que contre les patients dans les situations d'urgence humanitaire complexes », a dit M. Rubenstein.

Des consultations sont en cours avec des humanitaires et des organisations non gouvernementales (ONG) afin d'établir le mécanisme en question. Les militants et les experts estiment que le manque de données centralisées constitue un obstacle majeur dans la lutte contre l'augmentation des violences ciblant les infrastructures de santé.

D'après les experts toutefois, le tableau est incomplet, car de nombreuses attaques ne sont pas signalées et leurs auteurs ne sont pas nommés, ce qui complique la mise en place de réponses efficaces à la violence. Les spécialistes attirent également l'attention sur l'importance de tenir compte de la complexité de la protection au niveau local dans l'élaboration des systèmes mondiaux.

Selon Rudi Coninx, coordinateur de la gestion des risques urgents et de l'action humanitaire à l'OMS : « L'objectif premier de la méthodologie centralisée de collecte de données que nous proposons est de documenter les attaques et de récolter des informations sur les tendances. Le second objectif est d'agir : nous devons fonder toutes les mesures de lutte contre ces horribles attaques sur des preuves. »

Hostilités et santé

« Les attaques contre les personnels et les établissements de santé nuisent souvent à des systèmes de santé déjà fragiles », a dit Joe Amon, directeur de la division Santé et droits de l'homme à Human Rights Watch (HRW).

Des attaques contre des personnels et des établissements de santé et contre des patients se sont produites dans le cadre des conflits qui sévissent actuellement dans le monde - de l'Ukraine au Yémen en passant par le Soudan du Sud. Le 26 avril dernier, une attaque contre un centre médical en République centrafricaine, un pays aux prises avec un violent conflit interne, a fait 22 victimes civiles.

Selon un rapport publié en 2013 par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 1 809 attaques ont été commises contre des installations de santé dans 23 pays entre janvier 2012 et décembre 2013 : 91 pour cent des incidents impliquaient des violences à l'encontre des travailleurs de la santé. Les données du rapport ont été compilées par 23 délégations du CICR à partir d'interviews réalisées auprès de personnels hospitaliers et de victimes et de témoins d'attaques.

Les fournisseurs de soins de santé et les acteurs humanitaires ont utilisé tout un éventail de méthode de protection.

L'organisation médicale humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) fait par exemple appel à des gardes armés pour assurer la sécurité de certaines de ses infrastructures en Somalie - ce qui, de l'aveu des responsables de MSF, n'est « pas idéal ». Une recherche réalisée au Myanmar suggère que les stratégies « communauté-collectivité », qui présentent les attaques ciblant les infrastructures de santé comme affectant l'ensemble de la population plutôt que les individus, constituent un autre type de stratégie d'aversion à la violence. Le CICR a entrepris des négociations confidentielles avec des attaquants pour limiter les attaques contre les ambulances au Yémen.

« Il n'existe pas de solution unique permettant de faire évoluer la situation et d'assurer la sécurité des personnels et des établissements de santé. De nombreuses mesures ont été adoptées par les parties prenantes dans plusieurs pays du monde pour améliorer la fourniture des soins de santé », a dit Pierre Gentile, chef du projet « Les soins de santé en danger » du CICR.

Les militants espèrent que l'amélioration de la collecte de données permettra d'augmenter la capacité des acteurs humanitaires et des droits de l'homme à réagir à la violence en élargissant la portée des méthodes de protection des travailleurs de la santé.

Les médecins ne peuvent pas toujours être neutres

« Le principe humanitaire de neutralité est important, mais le droit à des services médicaux sans interférence n'est pas conditionnel à l'adhésion à la neutralité », a expliqué M. Rubenstein, qui dirige le Centre pour la santé publique et les droits de l'homme de l'université Johns Hopkins, aux États-Unis.

« Contrairement aux fournisseurs d'aide humanitaire [.], les médecins, les infirmières et les autres travailleurs de la santé locaux n'ont pas l'obligation de rester neutres - et, souvent, ne peuvent rester neutres - c'est-à-dire qu'ils ne peuvent s'abstenir de 'prendre parti dans les conflits ni [de] s'engager dans des controverses de nature politique, raciale, religieuse ou idéologique' », a-t-il écrit dans un article publié en 2013 dans la Revue internationale de la Croix-Rouge.

Des etudes ont montré comment les travailleurs de la santé ouvrant dans des zones de conflit développent des mécanismes d'adaptation leur permettant de poursuivre leur travail. Leur capacité à fournir des services de santé plus que nécessaires est cependant limitée.

Les experts disent que l'adoption d'une approche de la protection des travailleurs de la santé fondée sur les droits de l'homme est essentielle pour soutenir les personnels de santé qui doivent travailler dans des situations tendues. Cette approche doit par ailleurs tenir compte des dissidents, des minorités et des personnes marginalisées qui prennent parti dans les conflits.

« Des contextes différents exigent des solutions différentes, mais il est important de disposer des meilleures informations possible afin de pouvoir agir ensemble », a soutenu M. Coninx, de l'OMS.

« Il faut commencer par changer les normes et les attentes afin qu'on ne considère plus comme légitime que les États et les groupes armés attaquent des fournisseurs de soins de santé parce qu'ils soignent des personnes affiliées à un opposant politique », a dit M. Rubenstein.

« Nous devons accorder la priorité à la santé des gens plutôt qu'aux manouvres politiques », a dit Valerie Amos, secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires et coordonnatrice des secours d'urgence, à l'occasion de la conférence de la semaine dernière.

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