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Pour une justice sociale de l’eau : garantir l’accès à l’eau aux agricultures familiales du Sud

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Résumé

L’eau est un bien essentiel dont les paysanneries du Sud dépendent fortement pour leur subsistance et, plus généralement, pour la production de denrées alimentaires. Or la concurrence pour l’eau ne cesse de s’aiguiser du fait de la croissance démographique, de l’industrialisation, de l’urbanisation, et de modes de consommation alimentaire de plus en plus gourmands en eau. L’eau agricole est de plus en plus accaparée par d’autres acteurs économiques au mépris des droits historiques des agricultures familiales, souvent politiquement plus faibles et moins organisés. Face aux 925 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde dont 75 % en milieu rural, il est pourtant urgent de garantir l’accès à l’eau aux agricultures familiales. Elles détiennent en effet un potentiel immense pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire, d’équité sociale et de durabilité environnementale. Dans 70 % des cas, les personnes en situation d’insécurité alimentaire dans le monde sont des agriculteurs pauvres. Pourtant, ils fournissent jusqu'à 70 % de la production alimentaire mondiale et 80 % de celle des pays en développement ! Depuis longtemps, les 1,8 milliards d’agriculteurs familiaux ont développé des pratiques agricoles et des techniques simples de gestion de l’eau, pertinentes pour l’adaptation au changement climatique et la mise en valeur des terres pluviales. Or les investissements ne sont pas encore à la hauteur des besoins, loin s’en faut.

Ce rapport, centré sur les enjeux de l'accès à l'eau agricole des agricultures familiales, affirme que la question de l'eau pour l'agriculture ne peut être traitée par l'approche « efficience de l'eau » ou encore celle de « more cash per drop ». L'eau est un bien commun, qui concerne l'ensemble des acteurs d'un territoire et ses citoyens. L'eau agricole doit être réflé-chie en tenant compte du fait qu'elle constitue pour les paysans une garantie essentielle pour la sécurité alimentaire : la leur bien sûr, mais aussi celle des villes, et un élément essentiel d'adaptation au changement climatique. La « justice sociale de l'eau » et l'accès garanti à l'eau pour les paysanneries ne sont donc pas des revendications illégitimes, mais des droits légitimes. Le droit à une alimentation suffisante, issu du droit international, exige un accès durable à la ressource en eau.

Loin des solutions « toutes faites » et dénonçant les fausses idées trop largement répandues sur l'eau agricole, ce rapport met en avant trois axes fondamentaux pour garantir l'accès à l'eau aux agricultures familiales :

– investir intelligemment dans l’eau agricole pour les agricultures familiales par la diffusion de techniques simples de collecte, de stockage et de distribution de l’eau et la promotion d’infrastructures adaptées ;

– protéger les droits d’accès et d’usage à l’eau pour produire, face à la montée des appropriations à grande échelle de terres et des ressources en eau ;

– favoriser la gestion concertée et démocratique de l’eau par la promotion d’instances de dialogue qui visent une répartition équitable de l’eau entre les usagers, les secteurs d’activité, les villes et les campagnes.

Enfin, il s'agit de renforcer la mobilisation des usagers et de la société civile. La redevabilité des auto-rités en charge de l'eau vis-à-vis des usagers et des citoyens n'est pas un processus spontané. Les luttes sociales et une représentation bien organisée des groupes d'usagers paysans dans les diverses arènes de négociation permettront de faire évoluer les règles, de faire valoir leurs droits, et d'influencer la formulation de nouveaux cadres pour des politiques publiques plus inclusives.