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Pour le chef du HCR, l’aide doit être maintenue afin de sauver des vies et de protéger les personnes vulnérables

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Le maintien de l’aide pendant la pandémie permettra de réduire la marginalisation qui serait bien plus coûteuse à corriger ultérieurement, a fait valoir Filippo Grandi lors d’une réunion de haut niveau.

GENÈVE – Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés a déclaré ce jour que le maintien des niveaux d’aide humanitaire est un moyen comparativement peu coûteux de sauver des vies et de protéger les réfugiés et les communautés d’accueil qui sont confrontés à une « pandémie de pauvreté » du fait de la pandémie de Covid-19.

Les conséquences économiques et financières du coronavirus pèsent sur tous les pays, y compris ceux dont les contributions constituent le gros du revenu annuel du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, a déclaré Filippo Grandi à l’occasion de la réunion annuelle du Comité exécutif du HCR à Genève.

Toutefois, le maintien de l'aide et, surtout, des budgets de l'aide humanitaire constituera « un moyen relativement peu coûteux de sauver des vies, de protéger les personnes vulnérables et de les aider à vivre dans la dignité et la sécurité », a indiqué Filippo Grandi.

« Il permettra d’atténuer l’instabilité qui naîtra en toute probabilité de foyers croissants de marginalisation qui seraient bien plus coûteux à résorber à une date ultérieure », a-t-il ajouté.

Malgré l’appel à un cessez-le-feu mondial lancé par le Secrétaire général des Nations Unies au début de la pandémie, Filippo Grandi a rappelé que les conflits, la violence, la discrimination, les violations des droits humains et les crises politiques n’ont pas cessé, poussant le nombre total de personnes déracinées à près de 80 millions, soit le double par rapport au chiffre enregistré il y a 10 ans.

Parmi les nouveaux déplacements intervenus dans l’année écoulée, 600 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers dans le centre du Sahel et plus de 140 000 autres ont été déracinées au Yémen où la menace de la famine plane sur 24 millions de personnes. Parallèlement, en Amérique centrale, 100 000 Nicaraguayens ont fui en exil en quête de sécurité, la plupart d’entre eux au Costa Rica.

Bien que les gouvernements du monde entier aient adopté de strictes mesures pour enrayer la propagation du virus, souvent avec la fermeture des frontières, Filippo Grandi a exhorté les États à s’assurer que ces restrictions « demeurent temporaires et non discriminatoires et à respecter… leurs obligations internationales en matière de droits humains. »

Plus de 110 États ont trouvé le moyen de maintenir l’activité de leurs systèmes d’asile tout en prenant les précautions de santé publique nécessaires. Filippo Grandi a cité le cas de l’Ouganda, pays qui accueille d’ores et déjà plus de 1,4 million de réfugiés et qui a, malgré tout, rouvert ses frontières à quelque 3000 personnes - en fuite depuis la République démocratique du Congo face aux violences meurtrières des milices – et qui ont été autorisées à venir trouver refuge sur son territoire.

« Enrayer la propagation du virus et assurer la protection n’est pas et ne doit pas être une équation impossible. Les deux sont possibles et des vies peuvent être sauvées », a-t-il souligné.

Même si les déplacements humains continuent de peser majoritairement sur des pays à faible revenu, certains réfugiés continuent de se diriger vers l’hémisphère nord, souvent aux côtés de migrants en quête d’opportunités pour une vie meilleure.

Sans chercher à minimiser les difficultés liées à cette situation, « la solution ne peut pas consister à fermer la porte », a précisé Filippo Grandi. « Nous ne pouvons autoriser les réactions xénophobes – qui n’ont pas d’autre objet que d’obtenir des consensus faciles et des voix électorales – à dicter les réponses apportées à des difficultés certes complexes, mais gérables. »

Il a mis en garde contre « de dangereux axes de réflexion » apparus dans certains pays, dont « l’externalisation » de l’asile hors des frontières des pays, une approche susceptible de « violer le droit international, de mettre en péril la vie des personnes les plus vulnérables et de créer des précédents qui viennent menacer l’asile à travers le monde », a-t-il ajouté.

Filippo Grandi a cité l’exemple de mères et d’enfants qui ont fui la violence des gangs dans le nord de l’Amérique centrale pour se retrouver refoulés, voire renvoyés dans leurs pays d’origine ; de bateaux chargés de réfugiés rohingyas errant de port en port en Asie du Sud-Est sans être autorisés à débarquer ; et en Méditerranée, le cas du pétrolier Maersk Etienne qui n’a pu accoster pendant plus d’un mois avec 27 personnes secourues en mer, car les États « n’ont pas su assumer leurs responsabilités. »

« Les gens continueront de fuir tant que les causes profondes de leur départ ne seront pas résolues », a prévenu le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. « Réduire les capacités de recherche et de sauvetage, faire obstacle à ceux qui s’engagent pour sauver des vies ou refouler les gens sans procédure légale n’empêchera pas les gens de fuir, cela ne fera que contribuer à davantage de morts et à toujours plus de dégradation de la protection des réfugiés. »

Dans un contexte marqué par des déplacements croissants et la pandémie de Covid-19, Filippo Grandi a affirmé que l’aide humanitaire ne suffirait pas à elle seule. L’inclusion des réfugiés, des déplacés internes et des apatrides dans les réponses nationales est nécessaire elle aussi.

L’inclusion s’applique également aux services sociaux, aux dispositifs et mesures de protection sociale visant à enrayer l’insécurité alimentaire et au soutien apporté aux réfugiés et aux communautés hôtes dans les régions accueillant de vastes populations de déracinés. L’accès à l’éducation et le droit au travail sont tout aussi essentiels.

Avec l’augmentation des menaces liées aux changements climatiques, Filippo Grandi a demandé l’élaboration de meilleurs outils de prévision et d’analyse afin de mieux cibler les interventions avant même la survenue de déplacements.

« Nous savons que les déplacements dus aux changements climatiques vont se poursuivre et s’aggraver. La question est aussi de savoir comment les prévenir, les réduire et s’y préparer avant qu’ils ne surviennent », a-t-il précisé.

Même si la plupart des réfugiés préfèrent rentrer chez eux, la réinstallation dans des pays tiers demeure une solution vitale, au moins pour les plus vulnérables. Filippo Grandi s’est dit « profondément déçu » par le niveau général des places de réinstallation disponibles dans le monde. En 2019, à peine plus de 100 000 réfugiés ont été réinstallés, soit moins d’un quart de 1% de l’ensemble des réfugiés dans le monde, une tendance en recul constant.

Malgré les restrictions de mouvement dus à la pandémie de Covid-19, certains pays sont parvenus à garder leurs portes ouvertes. Filippo Grandi a félicité le Canada, premier pays de réinstallation l’année dernière et chef de file pour les approches innovantes.

« Mais cela ne suffit pas, et j’en appelle aux gouvernements pour qu’ils s’attachent à réinstaller les cas les plus urgents et à augmenter les possibilités offertes via des voies complémentaires d’admission », a-t-il indiqué.

Selon lui, les vulnérabilités mises en évidence par la pandémie doivent inciter à « rechercher des solutions aux déplacements, même si les circonstances favorables sont rares. »

Il a félicité les dirigeants du Soudan et du Soudan du Sud pour les efforts engagés en vue de mettre fin au conflit et de trouver des solutions globales pour les personnes déracinées dans le cadre des processus de paix.

Il s’est également félicité des contacts transfrontaliers entre des responsables du Myanmar et des réfugiés au Bangladesh qui ont permis aux réfugiés de s’informer des conditions dans leurs villages d’origine.

Enfin, il a félicité le personnel du HCR qui est resté en poste pour apporter une assistance vitale dans des lieux difficiles où la pandémie s’est installée, ainsi que les réfugiés, les déplacés internes et les apatrides qui ont œuvré aux côtés des communautés d’accueil pour assurer la sécurité de tous.

« Aux prises avec la pandémie, l'urgence climatique et les conflits incessants, nous y puisons beaucoup de force et, même en cette année sombre, tout particulièrement en cette année sombre, ces événements nous inspirent l'espoir… d'être ensemble et, en dépit de tout, capables d’améliorer concrètement les choses. »