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Pas le temps d’attendre : assurer l'avenir contre les infections résistantes aux médicaments - Rapport au Secrétaire général des Nations Unies, avril 2019

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MESSAGES CLÉS CONTENUS DANS CE RAPPORT

La résistance aux antimicrobiens est un problème mondial qui menace un siècle entier de progrès dans le domaine de la santé, en même temps que la réalisation des objectifs de développement durable.

  • Les agents antimicrobiens (notamment les antibiotiques, les antiviraux, les antifongiques et les antiprotozoaires) sont des outils essentiels pour lutter contre les maladies chez l'homme, les animaux et les plantes terrestres et aquatiques, mais ils deviennent peu à peu inefficaces.

  • Des niveaux de résistance alarmants ont été signalés dans des pays de tous niveaux de revenus, avec pour conséquence que des maladies communes deviennent incurables et que des procédures médicales conçues pour mettre les patients hors de danger deviennent plus risquées à mettre en œuvre.

  • La résistance aux antimicrobiens pose un défi formidable pour la concrétisation de la couverture de santé universelle et elle menace la marche vers la concrétisation de bon nombre d'objectifs de développement durable (ODD), notamment en ce qui concerne la santé, la sécurité alimentaire, l'accès à une eau saine et à l'assainissement, une consommation et une production responsables, la réduction de la pauvreté et des inégalités.

  • L'usage à mauvais escient ou l'usage abusif des antimicrobiens existants, que ce soit chez les humains ou pour les animaux ou les végétaux, contribue à accélérer le développement et l'expansion de la résistance aux antimicrobiens.

  • Un manque d'accès adéquat à l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans les établissements de soins de santé, les exploitations agricoles, les établissements scolaires, les foyers ou encore les lieux publics, des mesures insuffisantes de prévention et de lutte contre les infections, un manque d’accès équitable à des médicaments, vaccins et produits de diagnostic abordables et de qualité garantie et, enfin, des systèmes lacunaires de production dans les domaines de la santé, des aliments pour les humains et des aliments pour animaux, de la sécurité des denrées alimentaires et de la gestion de l’environnement alourdissent la charge de morbidité imputable aux maladies infectieuses chez les êtres humains et les animaux et contribuent à l'émergence et la diffusion d'agents pathogènes pharmacorésistants.

Pas le temps d’attendre. À défaut d'actions urgentes déployées à l'échelle planétaire, la résistance aux antimicrobiens aura des effets catastrophiques dans moins d'une génération.

  • Les infections pharmacorésistantes sont d’ores et déjà la cause de 700 000 décès chaque année, dont 230 000 imputables à une tuberculose multirésistante, chiffres qui, si rien n'est fait, pourraient atteindre les 10 millions par an d'ici 2050 selon le scénario le plus pessimiste. Sans un effort soutenu de lutte contre la résistance aux antimicrobiens, près de 2,4 millions de personnes pourraient perdre ainsi la vie entre 2015 et 2050 dans les pays à haut revenu.

  • Si l'on ne parvenait pas à enrayer le phénomène de résistance aux antimicrobiens, le préjudice économique pourrait être comparable aux chocs infligés par la crise financière mondiale de 2008–2009, avec une augmentation écrasante des dépenses en soins de santé, des répercussions sur la production alimentaire, les échanges commerciaux et les modes d'existence, et une aggravation supplémentaire de la pauvreté et des inégalités.

  • Dans les pays aux revenus les plus élevés, une série d'interventions simples en riposte à la résistance aux antimicrobiens, pourraient se payer d'elles-mêmes par les coûts évités. Dans les pays à plus faible revenu, des investissements supplémentaires – mais relativement modestes – devraient être déployés d'urgence.

  • Si l'on différait encore les investissements et les mesures qui doivent être mises en place dès aujourd'hui, la planète entière devrait payer encore plus cher à l'avenir pour affronter alors les effets catastrophiques d'une résistance aux antimicrobiens ayant échappé à tout contrôle.

Puisque les facteurs de la résistance aux antimicrobiens sont à rechercher du côté des êtres humains, des animaux, des végétaux, des denrées alimentaires et de l'environnement, une démarche durable, fondée sur la stratégie "Un monde, une santé", sera essentielle pour mobiliser et unir toutes les parties prenantes autour d'une vision et des objectifs communs.

  • Les plans d'action nationaux de lutte contre la résistance aux antimicrobiens sont bien au cœur d'une riposte multisectorielle ancrée dans la stratégie "Un monde, une santé", mais les difficultés de financement et de capacités que connaissent de nombreux pays doivent être réglées de toute urgence pour pouvoir accélérer leur déploiement.

  • Renforcer la prévention et la lutte contre les infections dans les établissements de soins de santé et les exploitations agricoles en utilisant les outils disponibles et assurer un accès adéquat à l’eau, l’assainissement et l’hygiène dans les établissements de soins de santé, les exploitations agricoles, les établissements scolaires, les foyers ou encore les lieux publics sont essentiels pour parvenir à enrayer la transmission des maladies ainsi que l'émergence et la propagation de facteurs de résistance aux antimicrobiens chez les êtres humains, les animaux et les végétaux, et dans les denrées alimentaires et l'environnement.

  • Renforcer la surveillance, les cadres réglementaires, l'éducation et la formation professionnelles ainsi que la supervision de la prescription et de l'usage des antimicrobiens, et intensifier la sensibilisation chez toutes les parties prenantes sont aussi des défis importants, qui doivent être relevés d'urgence pour parvenir à instaurer une utilisation responsable des antimicrobiens et maîtriser la résistance à ces agents chez l'homme, les animaux, les végétaux et dans les denrées alimentaires et l'environnement.

  • Arrêter immédiatement l'utilisation en tant que stimulants de la croissance des antimicrobiens figurant sur la liste OMS des plus hautes priorités en tant qu'agents antimicrobiens d'importance critique pour la médecine humaine sera une première étape essentielle vers la suppression totale de l'utilisation des antimicrobiens à des fins de stimulation de la croissance.

  • Plus d'efforts, d'investissements et de mesures incitatives sont nécessaires pour stimuler l'innovation en matière de médicaments antimicrobiens, produits de diagnostic et vaccins, instruments de gestion des déchets, produits de substitution sûrs et efficaces aux antimicrobiens et pratiques alternatives, de même que la recherche opérationnelle et les études de mise en œuvre dans les domaines de la santé humaine, animale et végétale.

  • Beaucoup de gens dans le monde n'ont encore pas accès aux antimicrobiens. Assurer un accès équitable et à bon marché à des agents antimicrobiens de qualité et assurer une utilisation responsable et durable de ces agents sera une composante essentielle de la réponse mondiale à la résistance aux antimicrobiens.

  • Il faut une plus forte volonté politique et, à tous les niveaux, plus de résolution, sur les plans de la sensibilisation, la coordination et la responsabilisation, pour parvenir à mettre en place une riposte durable au problème de la résistance aux antimicrobiens, qui sera fondée sur le concept "un monde, une santé". Toutes les parties prenantes - les gouvernements, la société civile et le secteur privé - doivent s'engager et collaborer dans un effort sans précédent qui mobilisera les secteurs de la santé humaine, animale et végétale, de la production alimentaire destinée aux humains et aux animaux et de l'environnement, en s'appuyant sur une vision et des objectifs communs.

  • Les défis que pose la résistance aux antimicrobiens sont complexes et multiformes, mais ils ne sont pas insurmontables. La mise en œuvre des recommandations contenues dans le présent rapport permettra de sauver des millions de vies humaines, de préserver les bienfaits du progrès économique et du développement à d'autres égards, et d'être paré à l'avenir contre les maladies pharmacorésistantes.