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Ouverture de la session 2016 du Comité des 34 chargé d’examiner les opérations de paix de l’ONU dans un contexte de plus en plus complexe

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AG/PK/223

Comité spécial des opérations de maintien de la paix, 244e & 245e séances – matin & après-midi
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
COUVERTURE DES RÉUNIONS

À l’ouverture, ce matin, de la session de fond de 2016 du Comité spécial des opérations de maintien de la paix, dit « Comité des 34 » (C34), les recommandations du Groupe indépendant de haut niveau sur les opérations de paix ont servi de fil conducteur aux délégations d’États Membres pour proposer des améliorations dans ce domaine. Le Comité, dont les travaux se dérouleront jusqu’au vendredi 11 mars 2016, est saisi du rapport de ce groupe publié le 17 juin 2015 et des rapports du Secrétaire général prévoyant les moyens de traduire ces recommandations en pratique.

Conscient du fait que la dernière grande évaluation externe de ces opérations avait été menée en l’an 2000, le Groupe, constitué en octobre 2014, a effectué une évaluation complète de l’état des opérations de paix de l’ONU et des besoins futurs, dans l’optique d’apporter des changements pour s’assurer que ces opérations restent un outil indispensable et efficace de promotion de la paix et de la sécurité internationales.

Le Vice-Secrétaire général de l’ONU, M. Jan Eliasson, a souligné que les 125 000 membres de ces opérations dans le monde avaient besoin de mandats et de stratégies politiques adaptés, d’accords de sécurité efficaces, d’accès aux technologies de pointe, ainsi que de responsables responsabilisés. Il a également souhaité que ces opérations soient à la hauteur de la confiance qui leur est accordée, prônant en particulier une tolérance zéro pour les cas d’abus sexuels commis par leur personnel.

« Les efforts de l’ONU visant à professionnaliser et moderniser les opérations de maintien de la paix ne peuvent se faire sans l’engagement et le soutien des États Membres », a pour sa part prévenu le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Hervé Ladsous. Un appel qui a été entendu par les intervenants, dont de nombreux pays fournisseurs de contingents, qui ont réaffirmé leur détermination à adapter l’architecture du maintien de la paix à l’ONU à la complexité croissante des situations.

De manière générale, et comme le recommande le Secrétaire général, des appels ont été lancés pour que les opérations de maintien de la paix soient conçues et axées sur l’humain, avec deux grandes priorités: la protection des civils et la sécurité du personnel des missions.

M. Ladsous s’est appuyé sur l’incident de Kidal, dans le nord du Mali, qui a fait la semaine dernière 7 morts et 35 blessés parmi les soldats de la paix, pour plaider en faveur du renforcement de la protection des hommes sur le terrain. Le Secrétaire général adjoint à l’appui aux missions, M. Atul Khare, quant à lui, a tenu à préciser à ce sujet que le camp touché par l’attaque serait reconstruit dans un délai de quatre semaines. La sécurité du personnel des missions a d’ailleurs figuré au premier plan des questions abordées par les délégations.

La Présidente par intérim de l’Assemblée générale a rappelé, au nom du Président de cet organe, M. Mogens Lykketoft, que les recommandations du Groupe indépendant et du Secrétaire général avaient été entérinées par l’Assemblée générale dans une résolution adoptée en novembre 2015. Pour conserver cet élan, elle a annoncé la tenue d’un débat thématique à l’Assemblée générale, les 10 et 11 mai 2016, pour identifier les questions et les synergies communes aux différents examens menés sur le système de maintien de la paix, un débat qui se nourrira des travaux du Comité spécial.

En ce début de session, les délégations n’ont pas manqué de souligner l’importance des travaux du C34 qui, a-t-on souvent rappelé, est le seul organe intergouvernemental chargé d’examiner l’ensemble de la question du maintien de la paix de l’ONU. Cette tâche est particulièrement pertinente à une époque marquée par l’augmentation de la demande et la complexité croissante des tâches à entreprendre.

Déjà, à l’époque du mandat de l’ancien Secrétaire général de l’ONU Boutros Boutros Ghali, décédé aujourd’hui, l’ONU avait connu une forte augmentation du nombre d’opérations de maintien de la paix. C’est ce qu’a rappelé le Vice-Président du Comité spécial, M. Michael Grant, en rendant hommage au sixième Secrétaire général de l’Organisation, avant la minute de silence consacrée à sa mémoire.

En début de journée, le Comité spécial des 34 a adopté l’ordre du jour de ses travaux* ainsi que son programme de travail**. Il a élu à sa présidence, par acclamation, M. Usman Sarki, Représentant permanent adjoint du Nigéria auprès des Nations Unies, qui n’a toutefois pas pu présider cette première séance à cause d’un empêchement personnel. Il a par ailleurs reconduit les mandats de MM. Mateo Estreme (Argentine), Michael Grant (Canada), Takeshi Akahori (Japon) et Jacek Stochel (Pologne) aux postes de vice-présidents, ainsi que celui de M. Seif-alla Kandeel (Égypte) en tant que Rapporteur.

Outre le rapport du Groupe indépendant, les 151 délégations d’États Membres du Comité spécial étaient saisies de trois rapports*** du Secrétaire général portant sur ces recommandations et sur celles du Comité spécial.

Le Comité spécial poursuivra son débat général demain, mercredi 17 février, à partir de 10 heures.

*A/AC.121/2016/L.1; **A/AC.121/2016/L.2/Rev.1 et A/AC.121/2016/L.3; ***A/70/95, A/70/357, A/70/579 et A/70/579/Add.1

Débat général

Mme MARLENE MOSES, Présidente par intérim de l’Assemblée générale, au nom du Président de cet organe, M. Mogens Lykketoft, a rappelé les recommandations importantes du rapport du Groupe indépendant de haut niveau sur les opérations de paix et dans le rapport y afférant du Secrétaire général, ainsi que la résolution adoptée en novembre 2015 par l’Assemblée générale qui exprime l’engagement des États Membres à mettre en œuvre ces recommandations. La présente session du Comité spécial des opérations de maintien de la paix, a-t-elle prédit, sera cruciale dans l’examen des différentes dimensions du maintien de la paix. Évoquant la montée de l’extrémisme violent, la prolifération de toutes sortes d’armes, le caractère asymétrique de la guerre et les nouvelles menaces, comme celles émanant du cyberespace et des épidémies comme l’Ebola, elle a souligné que les menaces à la paix mondiale changeaient sans cesse.

Elle a également fait remarquer que, dans un monde de plus en plus complexe et interconnecté, les opérations de paix de l’ONU méritent d’être toujours plus affinées, en utilisant les capacités analytiques et opérationnelles et en tirant au mieux parti des nouvelles technologies. Elle a recommandé, par exemple, d’accorder une attention particulière à la diplomatie préventive, aux accords politiques, aux approches intégrales et à la souplesse sur les questions budgétaires et de gestion. Elle a annoncé la tenue d’un débat thématique à l’Assemblée générale, les 10 et 11 mai 2016, pour identifier les thèmes et les synergies communs aux différents examens menés sur le système de maintien de la paix, un débat qui se nourrira des travaux du Comité spécial.

M. JAN ELIASSON, Vice-Secrétaire général de l’ONU, a expliqué que le caractère changeant des conflits met sous pression la communauté internationale. Il a relevé les dangers que les Casques bleus affrontent et cité, à cet égard, le cas de l’incident survenu, la semaine dernière, au Mali. Il a salué les travaux du Groupe de haut niveau indépendant sur le maintien de la paix, espérant que ce processus entrainerait des changements et un engagement afin de façonner les opérations pour l’avenir. Il a rappelé que ces opérations permettent de trouver des solutions politiques et non militaires aux conflits. Elles sont aussi le reflet de nos valeurs telles que l’état de droit, a-t-il ajouté.

Le Vice-Secrétaire général a plaidé en faveur du renforcement des opérations de maintien de la paix, dans le cadre du programme pluriannuel lancé dans ce sens. Les 125 000 membres des OMP ont besoin de mandats adéquats et de stratégies politiques, d’accords de sécurité efficaces, d’accès aux technologies de pointe, ainsi que de responsabilités, a-t-il indiqué. Il a également souligné l’importance d’être à la hauteur de la confiance placée dans ces opérations, avant de prôner une tolérance zéro pour les abus sexuels.

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. HERVÉ LADSOUS, a déclaré que cette session des travaux du Comité spécial des opérations de maintien de la paix intervenait après une année 2015 qui aura été un « moment pivot » autant pour l’ONU que pour le maintien de la paix. Il a souligné que les efforts de l’ONU visant à professionnaliser et moderniser les opérations de maintien de la paix ne peuvent se faire sans l’engagement et le soutien des États Membres. Il est en outre revenu sur l’incident de Kidal, dans le nord du Mali, en déplorant le bilan de sept morts et 35 blessés parmi les soldats de la paix. Il a souhaité que des efforts soient consentis afin de « renforcer au mieux possible la protection des hommes sur le terrain ».

Pour sa part, le Secrétaire général adjoint à l’appui aux missions, M. ATUL KHARE, est également revenu sur le drame de Kidal, précisant que les blessés ont été transportés par voie aérienne vers des centres hospitaliers à Gao, dans le nord du Mali, à Bamako, la capitale, et à Dakar, au Sénégal. Il a affirmé que le camp touché par l’attaque serait reconstruit dans un délai de quatre semaines, saluant au passage le soutien de l’opération française Barkhane qui a prêté une centaine de tentes pour loger provisoirement les soldats de la paix. Le Secrétaire général adjoint à l’appui aux missions a en outre invité les participants à transmettre deux messages clefs à leurs capitales: le premier est que la communauté internationale doit agir de concert pour renforcer la sécurité des soldats de la paix, et en second lieu, qu’elle veille à ce que les auteurs des attaques de Kidal soient traduits devant la justice pour crime de guerre.

M. YASSER HALFAOUI (Maroc), s’exprimant au nom du Mouvement des non-alignés (MNA), a fait remarquer que les opérations de maintien de la paix de l’ONU sont arrivées à une jonction critique, en raison de l’augmentation de la demande et de la complexité des tâches à entreprendre. Il a souhaité que ces opérations soient le fruit d’une vision cohérente et non un moyen de gérer les conflits, afin de permettre une transition souple vers une paix et un développement durables. Se disant prêt à examiner avec soin les recommandations du Groupe de haut niveau indépendant sur le maintien de la paix, il a rappelé que le développement de concepts, de politiques et de stratégies devait se faire au niveau intergouvernemental et par consensus. Le Comité spécial, aussi appelé « C34 », est le seul organe intergouvernemental mandaté par l’Assemblée générale pour examiner de façon complète toute la question du maintien de la paix, a-t-il précisé, assurant de vouloir faire preuve de souplesse et d’un esprit positif pour garantir le succès de la session.

Pour le MNA, le rôle des pays contributeurs de troupes reste une priorité dans tout le processus de maintien de la paix, a-t-il indiqué, avant de citer d’autres questions cruciales comme la sécurité, la conduite et la discipline, en particulier la lutte contre les exploitations et abus sexuels, la protection des civils, la coopération avec les accords régionaux et le renforcement des capacités de maintien de la paix de l’Afrique. Le représentant a ensuite énuméré 17 principes auxquels les membres du NMA sont attachés. Il a d’abord mis l’accent sur la nécessité de respecter strictement les buts et principes de l’ONU lors de la création d’opérations de maintien de la paix ou d’extension de mandats existants, tels que l’égalité de souveraineté, l’indépendance politique, l’intégrité territoriale des États et la non-ingérence dans les affaires nationales. Il est également nécessaire, a-t-il ajouté, de fournir tout le soutien nécessaire aux opérations de paix sur le plan financier comme en termes de ressources humaines. Le représentant a aussi demandé au Conseil de sécurité de définir des mandats réalisables, en se fondant sur des évaluations objectives. Il a apprécié à cet égard la recommandation du Groupe de haut niveau indépendant sur le maintien de la paix qui prône une nouvelle approche en plusieurs étapes pour la formulation des mandats.

Le représentant a, par ailleurs, plaidé en faveur d’une coopération triangulaire efficace entre les pays fournisseurs de troupes, le Secrétariat et le Conseil de sécurité. Il faut aussi consulter les États Membres sur les façons d’assurer la sécurité du personnel des missions, a-t-il estimé. En outre, il a demandé d’élaborer des plans de réaction aux crises tant dans les missions qu’au Siège de l’ONU. Le représentant a ensuite conseillé d’accorder davantage d’attention à la stratégie de sortie d’une mission, avant de souligner la nécessité de renforcer l’intégration entre le maintien de la paix et la consolidation de la paix. L’objectif n’est pas de réduire les dépenses de maintien de la paix, a-t-il argué, mais de renforcer le potentiel des États pour éviter leur rechute dans le conflit. La protection des civils, l’appropriation nationale, le rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, les mesures de protection des enfants par le système de l’ONU, sont parmi les autres points jugés importants par le MNA, a-t-il précisé. Il y a aussi l’importance du soutien à fournir à la police des Nations Unies et le rôle des accords régionaux dans le maintien de la paix. En conclusion, le représentant a rappelé que le MNA regroupe le plus grand nombre de pays fournisseurs de contingents, ce qui démontre l’engagement de ses membres en faveur du maintien de la paix internationale.

M. ORGROB AMARACHGUL (Thaïlande), s’exprimant au nom de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN), a souhaité que l’année 2016 soit celle de la mise en œuvre des recommandations qui ont découlées de plusieurs processus de revue menés l’an dernier sur le maintien de la paix. Il a relevé que la protection des civils n’incombe plus seulement aux États d’accueil, mais également aux opérations de maintien de la paix. À ce propos, il a souhaité que ce mandat soit clairement défini et que les soldats de la paix reçoivent une formation adéquate à cette fin avant leur déploiement. Il s’est en outre inquiété de la montée du nombre d’attaques contre les soldats de la paix, notamment au Mali et en République centrafricaine (RCA), ainsi que des enlèvements dont ils sont la cible.

M. Amarachgul a ensuite fait part du soutien de l’ASEAN à la politique de tolérance zéro du Secrétaire général de l’ONU en cas d’abus et d’exploitations sexuels commis par des soldats de la paix. Il a invité les pays contributeurs de troupes à sévir immédiatement contre les hommes de leurs troupes auteurs de tels actes. Il a également plaidé pour le renforcement du partenariat entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat de l’ONU, les pays contributeurs de troupes et les acteurs régionaux et précisé que l’ASEAN comptait 5 000 soldats de la paix engagés dans des missions onusiennes de maintien de la paix.

S’exprimant ensuite en sa capacité nationale, le représentant s’est félicité du fait que depuis 1945, plus de 27 000 Thaïlandais avaient contribué à 24 opérations de maintien de la paix de l’ONU, ajoutant que son pays se tient prêt à faire davantage dans sa collaboration avec l’ONU. Il a relevé que les soldats de la paix thaïlandais participaient aux activités des communautés où ils sont déployés en leur apportant leur savoir-faire. Il a par ailleurs estimé que la présence de femmes parmi les soldats de la paix serait nécessaire, car elles bénéficient d’une haute marque de confiance, un atout non négligeable en cas d’enquête portant sur des cas d’abus et d’exploitation sexuels. Il a enfin invité les participants à assister, ce soir, au vernissage de l’exposition sur « La contribution de la Thaïlande au maintien de la paix des Nations Unies », qui se tient du 16 au 26 février, commémorant ainsi le soixante-dixième anniversaire de l’adhésion de la Thaïlande aux Nations Unies.

M. FRANCISCO ANTONIO CORTORREAL (République dominicaine) a souhaité, au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), que les opérations de maintien de la paix bénéficient, dès le départ, d’un soutien politique et de ressources humaines, financières et logistiques suffisantes, dans le cadre d’un mandat clairement défini et réalisable. Il faut aussi prévoir des stratégies de sortie assorties de délais précis pour la transition et le retrait à terme de la mission, en privilégiant le développement des capacités nationales du pays hôte. En outre, il faut garantir aux pays fournisseurs de contingents le remboursement de leurs frais dans les délais prévus, pour qu’ils puissent continuer à contribuer à ces opérations, a-t-il dit. Au sujet du rapport du Groupe de haut niveau indépendant sur le maintien de la paix, le représentant a souhaité que ses recommandations soient prises comme des éléments de discussion pour les travaux du C34, celui-ci étant, a-t-il rappelé, le seul organe intergouvernemental chargé d’examiner l’ensemble de la question du maintien de la paix à l’ONU. C’est pourquoi il a plaidé en faveur du renforcement de cet organe, ainsi que pour une interaction plus forte entre le Comité spécial, le Conseil de sécurité, la Commission de consolidation de la paix (CCP), la Cinquième Commission et le Secrétariat, et avec les Départements des opérations de maintien de la paix, de l’appui aux missions et des affaires politiques. Cela est particulièrement utile, a-t-il précisé, lorsque l’on traite de situations complexes comme la création de la Brigade d’intervention au sein de la MONUSCO. Il a conseillé, dans de tels cas, de consulter les pays fournisseurs de troupes, en soulignant la nécessité pour le Conseil de sécurité de le faire.

Le représentant a par ailleurs attiré l’attention sur le rôle crucial des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, souhaitant le renforcement de leur participation. Il a salué à cet égard les recommandations pertinentes du Groupe de haut niveau indépendant. En ce qui concerne la protection des civils -mandat confié à 10 missions de maintien de la paix en cours- il a rappelé que la responsabilité première dans ce domaine revenait aux pays hôtes des missions. Toutefois, a-t-il souligné, la nécessité de protéger les civils ne doit pas servir de prétexte pour passer outre le principe de souveraineté des États. Sur cette question aussi il a prôné une meilleure coopération entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents. Les directives établies pour la protection des civils par le Secrétariat devront être examinées et approuvées par le Comité spécial, a-t-il indiqué.

Il est également indispensable, a poursuivi le représentant de la CELAC, de garantir le plus haut niveau d’éthique et de conduite chez le personnel des opérations de maintien de la paix. Il s’est donc inquiété du nombre croissant d’allégations d’exploitation sexuelle et demandé des enquêtes, et des poursuites en justice le cas échéant. Enfin, il a prôné une bonne coordination entre les opérations de maintien de la paix, la CCP et les fonds et agences des Nations Unies. L’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030 est l’occasion pour tous les acteurs du développement de collaborer, a-t-il noté. Le représentant a aussi exprimé son soutien à la Mission en Haïti, la MINUSTAH, en recommandant une transition bien planifiée et exécutée de manière progressive.

Mme CAITLIN WILSON (Australie), s’exprimant au nom du Groupe des CANZ (Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), a estimé que la protection des civils était essentielle pour garantir la crédibilité et l’efficacité des missions de maintien de la paix. Elle a souhaité que les missions onusiennes aient des stratégies préventives et proactives en rapport avec la protection des civils. Elle a estimé, à ce propos, que les Principes de Kigali étaient l’un des documents idoines en matière de protection des civils, précisant que la protection des civils pouvait et devait se faire à travers des stratégies militaires. Elle a précisé que la meilleure protection que l’on pouvait apporter aux civils, en fin de compte, était la prévention des conflits, soulignant que des solutions politiques devaient être privilégiées à cette fin.

Mme Wilson a par ailleurs indiqué que la participation des femmes dans les opérations de maintien de la paix était de la plus grande importance, notamment en tant que personnel militaire, de police ou relevant du personnel civil. Elle a aussi souhaité que l’approche genre soit pleinement prise en compte dans le cadre de la mise en œuvre des activités des missions. Elle a également fermement condamné les abus et exploitation sexuels des civils par les soldats de la paix qui sont censés les protéger, faisant mention du soutien du CANZ à la politique de tolérance zéro du Secrétaire général en la matière.

La représentante a en outre plaidé pour le renforcement de la sécurité des personnels déployés dans les missions de maintien de la paix. Elle a préconisé l’utilisation des technologies modernes à cette fin, surtout pour les missions opérant dans « des environnements dangereux ». Elle a insisté sur l’importance pour les soldats de la paix de bénéficier des technologies et de l’innovation nécessaires leur permettant de riposter contre des attaques dont ils sont les cibles. Elle a aussi souligné l’importance des formations adéquates pour les responsables des missions comme pour les soldats de la paix et plaidé pour une collaboration renforcée entre le Conseil de sécurité, les pays contributeurs de troupes et le Secrétariat.

M. JOAO VALE DE ALMEIDA, Union européenne, a partagé l’avis exprimé par le Secrétaire général dans son rapport de juin 2015 sur le fait que le manque de respect pour le droit international humanitaire par certains États et certains groupes armés non étatiques, ainsi que l’impunité pour les violations commises, constituait désormais l’un des plus grands défis pour la protection des civils. Il a donc salué le fait que la protection des civils soit placée au cœur du maintien de la paix de l’ONU dans les rapports du Groupe de haut niveau indépendant sur le maintien de la paix et du Secrétaire général. La mise en œuvre de cette protection exige une meilleure planification du soutien aux missions, a-t-il prévenu, en demandant que les opérations soient équipées d’outils pour traiter des causes profondes des crises. Les missions, a-t-il ajouté, doivent aider les pays hôtes à assumer leur responsabilité de protéger. Il a recommandé de dispenser une meilleure formation au personnel des OMP, pour permettre une plus grande interaction avec la population locales et les organisations de la société civile, notamment avec les groupes locaux de femmes. L’appropriation locale est également un facteur important dans la protection des civils, a-t-il expliqué, en mettant également l’accent sur l’importance de parler la langue locale.

L’UE, a indiqué le représentant, accorde une grande importance à la formation du personnel qu’elle envoie sur le terrain, en particulier sur les questions de protection des enfants, de violence sexuelle et sexiste et d’exploitation sexuelle. Il a salué à ce propos les efforts menés par le Secrétaire général pour mettre en œuvre la politique de tolérance zéro, ainsi que la nomination de Mme Jane Holl Lute comme Coordonnatrice spéciale du Secrétaire général sur la réponse des Nations Unies en matière d’exploitation et d’abus sexuels. Il s’est prononcé pour l’intégration d’une analyse sur le genre dans la réponse à ce problème et recommandé d’aider les États à renforcer leurs systèmes judiciaires et pénitenciers en matière de responsabilisation des auteurs de tels crimes. Dans les cas où les États ne le feraient pas, la Cour pénale internationale devrait avoir compétence dans ces affaires, a-t-il estimé.

S’agissant de la question de la protection du personnel des missions, M. Vale de Almeida a recommandé une meilleure utilisation des technologies modernes et des capacités de renseignement et a souhaité la pleine mise en œuvre du programme sur les femmes, la paix et la sécurité, dans toutes les dimensions du maintien de la paix. À son avis, il faudrait également que chaque mission de maintien de la paix dispose d’un conseiller sur le genre et d’un conseiller sur les enfants. Il a par ailleurs estimé que les opérations de maintien de la paix disposent de mandats clairs, cohérents et réalisables qui incluent un élément « droits de l’homme ». Quant aux accords de transition et aux stratégies de sortie, il faut les prévoir dès le départ, a-t-il estimé.

Le représentant a également rappelé l’importance des partenariats régionaux et sous-régionaux dans le maintien de la paix, faisant valoir le rôle de l’UE dans ce domaine, en particulier avec le Partenariat stratégique entre l’UE et l’ONU sur le maintien de la paix et la gestion des crises 2015-2018. L’UE apporte non seulement son soutien aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, mais gère aussi 17 missions propres, ce qui lui permet de partager le fardeau, a-t-il expliqué. Il a indiqué que l’UE était prête à augmenter les montants alloués à sa Facilité de paix africaine, en les faisant passer de 750 à 900 millions d’euros pour 2014-2016. Sur cette question financière, il a plaidé en faveur d’une bonne utilisation des ressources, de manière transparente.

M. KAIRAT ABDRAKHMANOV (Kazakhstan) a plaidé pour que le mandat de la protection des civils soit renforcé dans toutes les missions de maintien de la paix. Il a aussi souhaité que l’approche genre soit plus présente dans les missions, notant que le composant genre devrait œuvrer afin que les femmes des missions de la paix soient parties prenantes de toutes les rencontres avec les dirigeants du pays hôte, pour marquer les esprits et susciter la participation des femmes aux affaires publiques dans le pays d’accueil. Il a par ailleurs salué les innovations que les soldats de la paix européens notamment apportent avec eux dans les missions onusiennes, estimant que ce savoir-faire contribue à diminuer le nombre de victimes parmi les soldats de la paix. Il a aussi souhaité que soit renforcée la coopération Nord-Sud, Sud-Sud et triangulaire dans ce contexte, afin que les soldats de la paix des pays en développement puissent aussi bénéficier de ces technologies.

M. RICARDO ALDAY (Mexique) a indiqué que les opérations de maintien de la paix doivent aujourd’hui s’adapter aux mutations du monde. Il a aussi insisté sur l’importance de l’image de l’ONU véhiculée par son personnel, se prononçant pour la comparution systématique en justice des auteurs d’abus et d’exploitation sexuels parmi les soldats de la paix. Il a en outre estimé que les différends et conflits doivent d’abord et surtout être traités par voie diplomatique, car les activités militaires ne sont pas une fin en soi. Il a par ailleurs invité le Conseil et le Secrétariat à consulter régulièrement les pays contributeurs de troupes, précisant que l’établissement des mandats des missions de maintien de la paix devait se faire dans le respect de la Charte.

M. SYED AKBARUDDIN a estimé que les soldats de la paix devaient aujourd’hui se réinventer pour faire face à de nouveaux défis. Il a relevé que même si c’est le Conseil de sécurité qui décide de l’avenir des missions, tous les États Membres sont peu ou prou affectés par les opérations de maintien de la paix, car un conflit peut s’exporter dans d’autres pays. Il a précisé que son pays avait participé à 48 opérations de maintien de la paix, ayant ainsi apporté une contribution importante au maintien de la paix et de la sécurité internationales. Il a affirmé que les soldats de la paix indiens ont été à la pointe de la protection des civils bien avant que ce concept ne soit en vogue. Il a rappelé à ce sujet que 163 Indiens avaient perdu la vie dans le cadre des opérations de maintien de la paix, appelant au renforcement de la sécurité des soldats de la paix.

Le représentant a en outre exprimé son regret face au nombre croissant d’abus et d’exploitation sexuels dans les missions de maintien de la paix. Il a affirmé que l’Inde appliquait une politique de tolérance zéro à ce sujet et a souhaité que cela soit étendu à tout le système onusien. Il a aussi déclaré qu’en tant que pays ouvert aux technologies, l’Inde encourageait l’utilisation des technologies afin de rendre les opérations de maintien de la paix plus efficaces. Il a néanmoins averti que cet usage doit se faire avec responsabilité, et que les informations découlant desdites technologies ne doivent pas être accessibles aux acteurs non impliqués dans les opérations de maintien de la paix.

M. FREDERIC TISSOT-DAGUETTE (Suisse) s’est dit convaincu que la prévention et la médiation étaient les outils les plus adéquats avant et pendant les conflits. Il a donc conseillé de renforcer les capacités des acteurs engagés dans ces domaines, en augmentant leurs ressources et en facilitant les échanges entre les enceintes internationales. Les missions politiques spéciales sont également un instrument important dans le cadre de l’engagement des Nations Unies sur le terrain, a-t-il dit, en invitant aussi à les renforcer et à les doter d’un financement prévisible. Il a également dit soutenir toute démarche des Nations Unies visant à renforcer la protection des civils, telles que les stratégies globales pour une mission ou la présence d’experts sur cette question auprès de chaque Représentant spécial du Secrétaire général. Enfin, il a demandé que la priorité soit accordée au renforcement de la coopération et de la coordination entre les Nations Unies et les organisations régionales, telles que l’Union africaine et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Il est important, a-t-il expliqué, de pouvoir s’appuyer sur les outils et processus existants afin d’éviter toute redondance et surcoûts qui en découleraient.

M. TAKESHI AKAHORI (Japon) a fait deux propositions majeures dans l’optique du rapport de la présente session de la C34. Il a d’abord plaidé en faveur du renforcement des capacités des soldats de la paix à travers ce qu’il a appelé « la coopération triangulaire » entre les pays contributeurs de troupes, le Secrétariat des Nations Unies et un pays tiers qui fournirait des équipements ou des ressources pour les missions de maintien de la paix. Il a, à ce sujet, rappelé que l’an dernier, le Département de l’appui aux missions et le Japon ont lancé un projet pionnier visant à entraîner et équiper des militaires africains censés être déployés dans les missions. Il s’est félicité de voir qu’à la fin de leur formation, une dizaine de militaires originaires du Kenya, du Rwanda, de la Tanzanie et de l’Ouganda, étaient en mesure de conduire des engins de travaux publics et d’en assurer l’entretien. Au vu du succès de ce programme, a-t-il relevé, le Japon a décidé d’allouer 2,5 millions de dollars au Centre Intégré de formation en matière de Mission « Integrated Mission Training Centre », installé à Entebbe, en Ouganda. En second lieu, le représentant a noté l’importance des affaires civiles dans les missions de maintien de la paix. Il a expliqué que le maintien de bons rapports entre la mission de la paix et les autorités locales est crucial, d’où l’importance du rôle des spécialistes des affaires civiles.

Mme MALEEHA LODHI (Pakistan) a d’emblée présenté les condoléances du Pakistan à l’Égypte et à la famille de l’ancien Secrétaire général de l’ONU, Boutros Boutros Ghali. Elle a dit qu’autant 2015 a été une année d’examen pour les opérations de maintien de la paix, autant 2016 devrait être celle de la mise en œuvre des recommandations et résolutions arrêtées. En tant que l’un des plus grands contributeurs de troupes, le Pakistan attache du prix à l’efficacité de ses troupes déployées au sein des missions de maintien de la paix, a souligné la représentante. Elle a aussi affirmé que la véritable protection des civils se faisait par la prévention des conflits. Elle a aussi souhaité qu’en prenant des décisions en matière de maintien de la paix, le Conseil de sécurité tienne compte de l’avis des pays contributeurs de troupes qui sont au contact des réalités du terrain. « L’absence des pays contributeurs de troupes à la table de discussions sur les missions de maintien de la paix n’est pas acceptable », a-t-elle affirmé. La représentante a en outre indiqué que la tendance de croire que les troupes sur le terrain peuvent faire plus avec moins de ressources n’est pas viable, plaidant ainsi pour que des ressources adéquates soient affectées aux opérations de maintien de la paix.

M. GIORGI KVELASHVILI (Géorgie) a invité à mieux coordonner les mesures prises par les agences des Nations Unies et les États Membres pour s’adapter aux récents changements en termes de sécurité.Il a aussi conseillé d’utiliser davantage les technologies modernes dans les opérations de maintien de la paix, avant d’appuyer la politique de tolérance zéro dans la lutte contre les abus sexuels.Il a rappelé qu’après avoir bénéficié d’une opération de maintien de la paix au début des années 1990, son pays était passé dans une phase de transition en intervenant aux côtés des partenaires internationaux du maintien de la paix, notamment dans les Balkans, en Iraq et en Afghanistan.Nous sommes encore présents dans ce dernier pays dans le cadre de la mission post FIAS de l’OTAN, a-t-il dit, en remerciant cette organisation de l’avoir en outre inclus dans sa Force de réaction rapide.Depuis 2016, la Géorgie est engagée dans la gestion des crises sous la Politique commune de défense et de sécurité de l’Union européenne, a-t-il précisé, indiquant en outre qu’elle avait aussi contribué au contingent militaire de l’opération menée par l’UE en République centrafricaine en 2014.

En ce qui concerne les opérations de maintien de la paix de l’ONU, le représentant s’est rappelé la fin prématurée du mandat de la Mission d’observation des Nations Unies en Géorgie (MONUG) en 2009, qui jouait pourtant un rôle important dans le maintien de la paix et de la stabilité dans la région de l’Abkhazie, en raison du véto d’un membre permanent du Conseil de sécurité.Il a regretté le précédent dangereux que cela a créé dans l’histoire de l’ONU.Il a fait remarquer à ce sujet que cette mission était limitée à la surveillance de la force du Commonwealth des États indépendants qui violait les principes acceptés de maintien de la paix, et qui s’est par la suite transformée en force d’occupation russe en 2008.Tirant les leçons de cette expérience, il a recommandé d’éviter qu’un pays qui prend position dans un conflit interétatique puisse occuper un poste de commandement.

M. MUHAMMAD ANSHOR (Indonésie) a estimé que, plus que jamais, le système de l’ONU devait doter les Casques bleus, ainsi que le personnel de police et civil des missions, des meilleurs moyens opérationnels, financiers et politiques. S’il doit y avoir un degré d’innovation et de souplesse dans ce domaine, il faudra toujours respecter les principes applicables au maintien de la paix, comme le consentement, l’impartialité et le non-usage de la force, sauf en cas d’autodéfense ou de défense du mandat. Ces principes, a-t-il expliqué, sont cruciaux pour le soutien et la crédibilité des missions. Il a aussi partagé l’avis du Secrétaire général selon lequel les opérations de maintien de la paix ne sont pas destinées à imposer des solutions politiques par la force, ni un outil de lutte militaire antiterroriste.

Le représentant a invité à tirer des leçons du rapport du Groupe indépendant de haut niveau sur le maintien de la paix pour façonner l’avenir du maintien de la paix à l’ONU, en mettant l’accent sur la prévention, le maintien et la consolidation de la paix et les efforts de médiation. En ce qui concerne l’établissement de la paix, qui est différent du maintien de la paix, il a estimé que ces tâches devraient être exceptionnelles et limitées dans le temps. S’agissant du matériel utilisé par les missions, il a demandé de résoudre le problème de confiscation et de destruction de biens qui sont la propriété de l’ONU ou de ses contingents. En outre, a ajouté le représentant, il faudra améliorer l’utilisation des technologies modernes pour élever le niveau de sécurité des personnels des missions, en complément de la collecte d’information humaine. Il a aussi apporté son soutien à la politique de tolérance zéro du Secrétaire général en matière d’abus sexuels. Enfin, M. Anshor a indiqué que 2 850 Casques bleus indonésiens servaient actuellement au sein de 10 opérations de maintien de la paix de l’ONU, précisant que son pays avait l’intention d’en faire passer le nombre à 4 000 d’ici à 2019.

M. GEIR O. PEDERSEN (Norvège) a estimé que la meilleure réponse à une situation de tension est la prévention des conflits par la voie politique. Il a dit soutenir les recommandations contenues dans le rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix des Nations Unies, qui avait estimé que les solutions politiques doivent être au cœur des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Il a aussi relevé que la protection des civils doit être primordiale et bénéficier des technologies modernes telles que des drones. Il a aussi apporté son soutien à l’initiative les droits avant tout, afin de prévenir l’éclatement des conflits en mettant l’accent sur le respect des droits de l’homme.

Il a en outre salué l’évaluation externe des unités de police du maintien de la paix, souhaitant que les conclusions du rapport qui en a découlé soient mises en œuvre. M. Pedersen a ensuite estimé que les cas d’exploitation et d’abus sexuels dans les missions de la paix contribuent à saper la crédibilité de l’ONU, et a salué la nomination d’une Coordonnatrice spéciale pour l’amélioration de la réponse des Nations Unies à l’exploitation et aux abus sexuels. Il a enfin appelé à une meilleure protection des soldats de la paix, proposant que ceux-ci disposent de véhicules blindés, notamment au Mali, où leurs unités ont enregistré des pertes humaines. Il a aussi souhaité que l’approche genre soit davantage prise en compte dans les opérations de maintien de la paix.

M. RAMLAN IBRAHIM (Malaisie) a rappelé que depuis 1960, son pays a participé à 35 missions de la paix des Nations Unies avec un déploiement de plus de 29 000 militaires et policiers, dont 867 servent à l’heure actuelle dans 6 missions de la paix des Nations Unies. Il a ensuite plaidé pour la prévention des actes répréhensibles envers les soldats de la paix, estimant que les auteurs de tels actes devaient être punis. Il a précisé à cet effet que sous la présidence de la Malaisie en mars dernier, l’ASEAN avait discuté de l’opportunité de mettre sur pied un groupe de militaires de la région prêt à être déployés à tout moment pour apporter son soutien aux activités humanitaires dans les zones de conflit. Il a précisé que la formation était la clef pour avoir des soldats de la paix hautement qualifiés et à la conduite irréprochable. Le représentant a par ailleurs souligné l’importance de la protection des civils en temps de conflit, notamment les enfants.

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA VELASQUEZ (Pérou) a dit que la perception d’impartialité qu’avait l’opinion publique de l’ONU était importante pour la protection du personnel déployé, ainsi que pour assurer l’efficacité à long terme des missions. Il a, dans ce contexte, souligné que bien que la mission de la Brigade d’intervention de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO) ait été couronnée à de succès, il ne fallait pas pour autant que cela crée un précédent et que les troupes onusiennes soient engagées aux côtés des belligérants. Il a aussi affirmé soutenir la politique de tolérance zéro du Secrétaire général en cas d’exploitation et d’abus sexuels contre des civils et souhaité que des sanctions exemplaires soient appliquées si tel est le cas. Il a en outre prôné une meilleure formation des soldats de la paix, proposant aussi que ceux-ci soient armés de gadgets technologiques leur permettant de mieux se protéger. Il a enfin plaidé pour que des fonds nécessaires soient affectés au maintien de la paix.

M. MACHARIA KAMAU (Kenya) a rappelé que son pays avait pris, pour 2016, la présidence de la Commission de consolidation de la paix. Il a plaidé en faveur de la prévention des conflits, une tâche aussi importante que le développement à son avis. Le système de maintien de la paix est en train de connaître une transformation majeure, avec des missions de plus en plus complexes et multidimensionnelles, ce qui a un coût élevé, a-t-il relevé. Il s’est félicité des efforts menés pour améliorer les capacités des missions et a estimé que les quatre changements proposés dans le rapport du groupe indépendant devraient, s’ils étaient mis en œuvre, rendre ces opérations plus efficaces. Pour lui, les domaines clefs sur lesquels doivent porter les améliorations sont la planification, les capacités opérationnelles, l’aide au déploiement rapide et l’élargissement de la base des pays fournisseurs de contingents.

Le Kenya, a-t-il poursuivi, est aux premières lignes du maintien de la paix en fournissant de nombreux Casques bleus. Il a remercié à cet égard le Japon pour son soutien financier et pour l’équipement qu’il fournit aux pays contributeurs de troupes. En ce qui concerne l’exploitation sexuelle, il a estimé qu’elle ne devrait jamais faire l’objet d’immunité, se disant favorable, dans ce cas, à l’élimination de l’immunité dont jouit le personnel de l’ONU. M. Kamau a également soutenu les efforts visant à utiliser la médiation pour prévenir les conflits, souhaitant la mise en place d’une véritable culture de prévention. Il faut pour cela s’appuyer sur l’expérience des organisations régionales, des organisations non gouvernementales et des groupes de la société civile, notamment les groupes de femmes, a-t-il indiqué. Enfin, il a salué le rôle important des organisations régionales, comme l’Union africaine, dans le maintien de la paix.

M. MASUD BIN MOMEN (Bangladesh) a jugé essentiel d’améliorer les processus d’évaluation des risques, ainsi que les politiques de gestion des crises. Il faut investir dans la sécurité du personnel de maintien de la paix, a-t-il demandé, en considérant cette question comme une priorité. Ensuite, il a prôné une politique de tolérance zéro pour lutter contre les abus sexuels commis par des membres du personnel des missions de l’ONU, ainsi qu’un soutien adéquat pour les victimes. Le représentant a aussi demandé que le Conseil de sécurité et les autres parties concernées gèrent les attentes des civils dans les situations précaires. Il faut que ces populations bénéficient d’un appui permanent de la part du Conseil de sécurité et du pays hôte, a-t-il ajouté, en exigeant que les mandats de protection des civils soient dotés de ressources suffisantes.

Par ailleurs, le représentant du Bangladesh a demandé de faire preuve de pragmatisme dans la conduite des opérations de maintien de la paix. L’utilisation de drones, a-t-il estimé, doit permettre de collecter les renseignements nécessaires à la protection des hommes sur le terrain. Il a également recommandé d’améliorer la fourniture de soins médicaux sur le terrain, ainsi que la qualité et l’entretien des équipements, notamment pour le transport des troupes. Il a enfin demandé de renforcer la présence des femmes dans les opérations de maintien de la paix, avant de rappeler que son pays était un important fournisseur de contingents.

M. ABDOULAYE BARRO (Sénégal) a plaidé pour que la communauté internationale favorise l’action préventive au détriment des interventions a postériori. Il a estimé que le dialogue triangulaire entre le Conseil de sécurité, les pays contributeurs de troupes et de police et le Secrétariat était un volet crucial du maintien de la paix. Il a rappelé que son pays présidait cette année le Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les OMP, invitant tous les pays contributeurs à participer aux travaux du Groupe. Il s’est ensuite prononcé pour le renforcement de la coopération entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales qui ont une influence particulière dans le règlement des crises dans leur espace géographique. Il a par ailleurs affirmé que son pays soutenait la politique de tolérance zéro en cas d’exploitation ou d’abus sexuel commis par les soldats de la paix.

M. IHAB MOUSTAFA (Égypte) a remercié tous les États Membres qui ont présenté leurs condoléances à l’Égypte à la suite du décès de l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Boutros Boutros Ghali. Il a appelé le C34 à mettre en œuvre les recommandations du rapport du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix des Nations Unies, soulignant qu’en vertu de ce rapport, l’utilisation de la force par les soldats de la paix devait se faire en cas de nécessité, en accord avec le mandat de la mission de la paix considérée et dans le respect de la Charte des Nations Unies. Il a par ailleurs noté que le maintien de la paix devait constituer l’une des composantes de la résolution des conflits, ajoutant que la solution politique devait être privilégiée. Il a aussi tenu à faire une distinction entre la prévention des conflits, considérée comme une approche, et la médiation, qui est un outil utilisé pour la prévention ou la résolution d’un conflit.

M. Moustafa a en outre évoqué les cas où le conflit est créé ou animé par des groupes non étatiques, notamment des groupes terroristes. Dans un tel cas, il serait inefficace à son avis, de croire qu’un déploiement de soldats de la paix serait opportun, se prononçant plutôt pour une approche tenant compte des aspects militaires et civils. Il a ensuite souhaité que davantage de ressources soient accordées à l’Union africaine dans ses efforts de maintien de la paix dans des missions onusiennes, appelant également à la création d’un bureau de liaison du Conseil de sécurité au sein du Secrétariat de la Ligue des États arabes. Il a également salué la contribution de son pays aux opérations de maintien de la paix, notamment avec plus de 30 000 personnels déployés à ce jour dans 37 missions, et le rôle du Centre régional pour la résolution des conflits et pour les opérations de maintien de la paix en Afrique

M. J WOUTER ZAAYMAN (Afrique du Sud) a jugé important que la protection des civils soit placée au cœur des opérations de maintien de la paix, même si cette protection est la responsabilité première du gouvernement hôte. Les opérations doivent donc être dotées de moyens suffisants pour s’acquitter des tâches nécessaires à cette protection. Il a estimé à cet égard que les technologies modernes avaient un rôle à jouer dans le renforcement des capacités des Casques bleus. Le représentant a par ailleurs soutenu l’idée selon laquelle la recherche d’une solution politique doit être centrale dans les opérations de maintien de la paix, encourageant les organisations régionales et sous-régionales à œuvrer en ce sens par le biais de la médiation. Il a aussi conseillé d’accorder plus d’importance aux mesures préventives en traitant les causes profondes des conflits. L’expérience de mon pays avec la Brigade d’intervention de la Force des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC) montre le succès des mesures d’application lorsqu’elles sont mises en œuvre dans la recherche d’une solution politique, a-t-il précisé.

M. Zaayman a ensuite plaidé en faveur d’un plus grand partenariat avec les organisations régionales, notamment avec l’Union africaine. Il a en outre exprimé son soutien à la présence de femmes au sein des opérations de maintien de la paix, soulignant à cet égard que son pays est le plus grand contributeur de personnel féminin, dans les missions présentes au Soudan du Sud, au Darfour et en RDC. Il a d’ailleurs salué le rôle que joue ONU-Femmes pour faciliter l’intégration de la « perspective genre » dans la mise en œuvre des mandats de maintien de la paix. Enfin, il a réaffirmé son engagement à promouvoir une politique de tolérance zéro dans la lutte contre les abus et l’exploitation sexuels sur des femmes et des enfants.

M. HOSSEIN MALEKI (République islamique d’Iran) a souligné le rôle unique et indispensable du Comité spécial, seul organe intergouvernemental chargé par l’Assemblée générale d’examiner toute la question du maintien de la paix aux Nations Unies. Il a invité au respect des principes et buts énoncés dans la Charte de l’ONU avant le déploiement d’une opération de maintien de la paix ou l’élargissement de son mandat. En outre, à son avis, les activités de consolidation de la paix dans un pays touché par un conflit doivent viser le redressement économique et le développement, sur la base de l’appropriation nationale. Le représentant a rappelé par ailleurs que la protection des civils relève de la responsabilité première des pays hôtes et ne doit pas être utilisée comme prétexte pour intervenir militairement dans un pays.

Concernant le rôle des organisations régionales, M. Maleki a demandé de ne pas y voir un substitut des Nations Unies dont le rôle est primordial dans le domaine du maintien de la paix. Il a ensuite abordé la question des abus sexuels, plaidant en faveur de la tolérance zéro, et celle de l’utilisation des technologies modernes en faveur de la sécurité du personnel des missions. Cette utilisation doit se faire dans le plein respect des principes inscrits dans la Charte des Nations Unies, a-t-il exigé, en demandant aussi d’en préciser les aspects juridiques. Le représentant a par ailleurs souhaité que les pays fournisseurs de contingents soient inclus dans les processus de prise décisions à tous les stades des opérations de maintien de la paix. L’Iran, a-t-il enfin déclaré, est prêt à contribuer à ces opérations sur les plans logistique et militaire en déployant des troupes dans les opérations de maintien de la paix.

Mme ANA SILVIA RODRIGUEZ ABASCAL (Cuba) a estimé que les mandats des opérations de maintien de la paix semblaient s’écarter de plus en plus des principes de la Charte. En adoptant des décisions de cette nature, nous allons vers un terrain où le maintien de la paix se confondrait avec l’imposition de la paix, a-t-elle averti. Elle a affirmé que les opérations de maintien de la paix ne devaient pas être utilisées comme outils pour faire avancer des agendas politiques de pays tiers, rappelant que les principes d’impartialité, de consentement du pays hôte et de non-recours à la force devaient être privilégiés.

Elle a par ailleurs souhaité que les recommandations du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix des Nations Unies soient minutieusement examinées par le C34. La représentante a aussi plaidé pour que les opérations de maintien de la paix reçoivent les ressources adéquates pour mener à bien leur mandat, et a appelé le Conseil de sécurité à impliquer les pays contributeurs de troupes dans la prise de décisions concernant les pays où ils ont des troupes. En matière de protection des civils, la responsabilité première revient aux États, a-t-elle affirmé, mettant en garde contre ce prétexte fallacieux pouvant servir de prétexte pour des changements de régimes ou d’ingérence dans les affaires intérieures d’États tiers. Sur la question de l’usage des nouvelles technologies au sein des OMP, elle a souhaité que cela se fasse avec prudence.

M. U KYAW TIN (Myanmar) a fait observer que l’augmentation du nombre des soldats de la paix onusiens ne signifie pas que la paix pointe à l’horizon. Il a expliqué que cet état de fait traduit plutôt une multiplication des conflits à travers le monde. Il a affirmé que la solution privilégiée par la communauté internationale devrait être celle de la solution politique. Notant que certaines opérations de la paix ont reçu le mandat d’utiliser la force pour protéger les civils, le représentant a estimé que les soldats de la paix devaient d’abord soutenir les autorités locales qui ont la prérogative de protéger les civils. Il a en outre fait part de sa préoccupation face à l’augmentation du nombre des victimes parmi les soldats de la paix et a appelé au renforcement des mesures de sécurité pour leur protection, notamment l’utilisation de nouvelles technologies. Il s’est aussi félicité des mesures prises par le Secrétaire général pour lutter contre l’exploitation et les abus sexuels contre les civils.

M. Tin a par ailleurs souhaité que les pays figurant dans la liste des pays utilisant les enfants comme soldats aient l’opportunité de participer aux opérations de maintien de la paix. Il a rappelé que les cas d’exploitation et d’abus sexuels récemment survenus dans les missions de maintien de la paix n’ont pas été le fait de ces pays mis au ban de la communauté internationale. Il a ainsi souhaité que son pays puisse bénéficier de l’expérience de pays rompus aux opérations de maintien de la paix et aux formations de l’ONU, afin de pouvoir aussi apporter sa contribution « à cette noble cause qu’est le maintien de la paix ».

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