- Moins d’un tiers des Parties à l'Accord de Paris ont soumis de nouvelles CDN au 30 septembre 2025
- Les températures mondiales devraient désormais atteindre 2,3 à 2,5°C, contre 2,6 à 2,8°C l'année dernière
- Le manque d'ambition et d'action signifie que le dépassement de 1,5 °C approche
Nairobi, 4 novembre 2025 – Une évaluation du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) des nouveaux engagements climatiques disponibles dans le cadre de l’Accord de Paris révèle que la hausse prévue de la température mondiale au cours de ce siècle n'a que légèrement diminué, laissant le monde se diriger vers une aggravation des risques et des dommages liés au climat.
Le Rapport 2025 du PNUE sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions : À côté de la cible (Emissions Gap Report 2025: Off Target) indique que les projections de réchauffement planétaire au cours de ce siècle, fondées sur la mise en œuvre intégrale des Contributions déterminées au niveau national (CDN), sont désormais de 2,3 à 2,5 °C, contre 2,6 à 2,8 °C dans le rapport de l’année dernière. La mise en œuvre uniquement des politiques actuelles conduirait à un réchauffement pouvant atteindre 2,8 °C, contre 3,1 °C l’an dernier.
Cependant, les mises à jour méthodologiques expliquent 0,1 °C de cette amélioration, et le retrait imminent des États-Unis de l’Accord de Paris annulera un autre 0,1 °C, ce qui signifie que les nouvelles CDN elles-mêmes ont à peine eu d’impact. Les nations demeurent loin de l’objectif de l’Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement à bien moins de 2 °C, tout en poursuivant les efforts pour rester en dessous de 1,5 °C.
Le rapport indique que la moyenne multi-décennale de la hausse de la température mondiale dépassera 1,5 °C, au moins temporairement. Il sera difficile d’inverser cette tendance – ce qui nécessiterait des réductions supplémentaires, plus rapides et plus importantes, des gaz à effet de serre afin de minimiser le dépassement, de réduire les dommages causés aux vies humaines et aux économies, et d’éviter une dépendance excessive à des méthodes incertaines d’élimination du dioxyde de carbone.
« Les scientifiques nous disent qu’un dépassement temporaire du seuil de 1,5 degré, au plus tard à partir du début des années 2030, est désormais inévitable. Et la perspective d’un avenir vivable devient chaque jour plus incertaine », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans son message sur le rapport. « Mais ce n’est pas une raison de baisser les bras. C’est une raison de redoubler d’efforts et d’accélérer la cadence. Maintenir le réchauffement à 1,5 degré d’ici à la fin du siècle reste notre objectif premier. Et les données scientifiques sont claires : cet objectif demeure à notre portée, mais seulement si nous faisons preuve de nettement plus d’ambition. »
« Les nations ont eu trois occasions de tenir les promesses faites dans le cadre de l’Accord de Paris, et à chaque fois, elles sont passées à côté de la cible », a déclaré Inger Andersen, Directrice exécutive du PNUE. « Bien que les plans nationaux pour le climat aient permis certains progrès, ils ne sont pas suffisamment rapides, ce qui explique pourquoi nous avons toujours besoin de réductions d’émissions sans précédent dans une fenêtre de temps de plus en plus étroite, dans un contexte géopolitique de plus en plus difficile. »
« Mais c’est encore possible – de justesse. Des solutions ayant déjà fait leurs preuves existent. De la croissance rapide des énergies renouvelables peu coûteuses à la réduction des émissions de méthane, nous savons ce qui doit être fait. Il est temps pour les pays de s’engager pleinement et d’investir dans leur avenir avec une action climatique ambitieuse – une action qui favorise une croissance économique plus rapide, améliore la santé humaine, crée plus d’emplois, assure la sécurité énergétique et renforce la résilience. »
À côté de la cible
Le rapport indique que seules 60 Parties à l’Accord de Paris, couvrant 63 % des émissions de gaz à effet de serre, avaient soumis ou annoncé de nouvelles CDN contenant des objectifs d'atténuation pour 2035 au 30 septembre 2025. En plus du manque de progrès dans les engagements, un énorme écart de mise en œuvre subsiste, les pays n’étant pas sur la bonne trajectoire pour atteindre leurs CDN de 2030, sans parler des nouveaux objectifs pour 2035.
Se conformer à l’Accord de Paris nécessite des réductions rapides et sans précédent des émissions de gaz à effet de serre au-delà des engagements – tâche rendue plus difficile par une augmentation des émissions de 2,3 % par an, atteignant 57,7 gigatonnes d’équivalent CO₂ en 2024. Les émissions en 2030 devraient chuter de 25 % par rapport aux niveaux de 2019 pour les trajectoires à 2 °C, et de 40 % pour les trajectoires à 1,5 °C – avec seulement cinq ans pour atteindre cet objectif.
La mise en œuvre complète de toutes les CDN permettrait de réduire les émissions mondiales prévues en 2035 d’environ 15 % par rapport aux niveaux de 2019 – bien que le retrait des États-Unis modifie ces chiffres. Ces réductions restent largement inférieures aux 35 % et 55 % nécessaires en 2035 pour s’aligner respectivement sur les trajectoires à 2 °C et 1,5 °C.
Poursuivre l’objectif de 1,5 °C reste crucial
L’ampleur des réductions nécessaires et le peu de temps restant pour les réaliser signifient que la moyenne multi-décennale de la température mondiale dépassera désormais 1,5 °C, très probablement au cours de la prochaine décennie. Des réductions strictes et rapides des émissions à court terme pourraient retarder le dépassement, mais pas l’éviter complètement. Le grand défi à venir est de s’efforcer de rendre ce dépassement temporaire et minimal, grâce à des réductions rapides des émissions permettant de revenir à 1,5 °C d’ici à 2100, dans le domaine du possible.
Chaque fraction de degré évitée réduit l’ampleur des dommages, des pertes et des impacts sanitaires qui touchent toutes les nations – frappant particulièrement les populations les plus pauvres et vulnérables – et diminue les risques de points de basculement climatiques et d’autres impacts irréversibles. Minimiser le dépassement permettrait également de réduire la dépendance à des méthodes d’élimination du dioxyde de carbone incertaines, risquées et coûteuses, lesquelles devraient retirer et stocker de manière permanente l’équivalent d’environ cinq années d’émissions annuelles mondiales de CO₂ pour inverser chaque dépassement de 0,1 °C.
Le rapport examine un scénario de « mesures d’atténuation rapides à partir de 2025 », conçu pour limiter le dépassement à environ 0,3 °C avec une probabilité de 66 % et revenir à 1,5 °C d’ici à 2100. Dans ce scénario, les émissions de 2030 devraient diminuer de 26 % et celles de 2035 de 46 % par rapport aux niveaux de 2019.
Des outils existent pour agir plus rapidement, mais le climat politique est difficile
Depuis l’adoption de l’Accord de Paris il y a dix ans, les prévisions de température sont passées de 3‑3,5 °C à la fourchette de 2,3‑2,5 °C de cette année. Les technologies à faibles émissions de carbone nécessaires pour réduire considérablement les émissions sont disponibles. Le développement de l’énergie éolienne et solaire est en plein essor, réduisant les coûts de déploiement. Cela signifie que la communauté internationale peut accélérer l’action climatique si elle le souhaite. Cependant, des réductions plus rapides exigeraient de naviguer dans un environnement géopolitique complexe, d’accroître massivement le soutien aux pays en développement et de repenser l’architecture financière internationale.
L’action et le leadership du G20 seront déterminants, car les membres du G20 – à l’exception de l’Union africaine – représentent 77 % des émissions mondiales. Sept membres du G20 ont soumis de nouvelles CDN avec des objectifs pour 2035, tandis que trois membres ont annoncé de tels objectifs. Cependant, ces engagements ne sont pas suffisamment ambitieux, les membres du G20 ne sont collectivement pas sur la bonne trajectoire pour atteindre même leurs objectifs de CDN pour 2030, et les émissions du G20 ont augmenté de 0,7 % en 2024 – autant d’éléments qui soulignent la nécessité d’une intensification massive de l'action de la part des plus grands émetteurs.
NOTES AUX RÉDACTEURS
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