I. Introduction
1. Le présent rapport a été établi en application de la déclaration du Président du Conseil de sécurité en date du 26 octobre 2010 (S/PRST/2010/22), dans laquelle le Conseil a demandé que lui soit présenté un rapport annuel sur l’application de la résolution 1325 (2000). Il s’inscrit dans le prolongement des directives du Secrétaire général à l’intention de l’Organisation des Nations Unies et des cinq objectifs pour la décennie (2020 à 2030) énoncés dans les rapports du Secrétaire général sur les femmes et la paix et la sécurité de 2019 et de 2020, tout en accordant une attention particulière à l’objectif consistant à faire de la défense inconditionnelle des droits des femmes, et en particulier de la protection des défenseuses des droits humains, l’une des caractéristiques les plus visibles des travaux de l’ONU en matière de paix et de sécurité.
2. Bien que, depuis les années 2000, l’idée et le fait que l’égalité des genres offre un chemin pour parvenir à la paix durable et prévenir les conflits s’imposent, nous avançons dans le mauvais sens. Le monde connaît une inversion des gains générationnels en matière de droits des femmes, à l’heure où les conflits violents, les dépenses militaires, les coups d’État militaires, les déplacements de population et la faim continuent d’augmenter.
3. Les récentes attaques contre les politiques démocratiques et inclusives montrent une fois de plus que, bien souvent, la misogynie et l’autoritarisme se renforcent mutuellement et sont incompatibles avec des sociétés stables et prospères. Dans plusieurs pays, des acteurs militaires et des groupes extrémistes violents ont pris le pouvoir par la force, revenant sur des engagements pris antérieurement en matière d’égalité des genres et persécutant les femmes qui prennent la parole ou qui vaquent simplement à leurs occupations quotidiennes. Le présent rapport s’intéresse aux femmes et aux filles dans toute leur diversité et montre que la combinaison de la misogynie et de l’autoritarisme entraîne également une augmentation de la violence et de la discrimination liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre.
4. L’une des expressions les plus extrêmes de cette oppression s’observe en Afghanistan, où les Taliban ont nommé un gouvernement composé exclusivement d’hommes, fermé les établissements d’enseignement secondaire de filles, interdit aux femmes de montrer leur visage en public et restreint le droit des femmes à quitter leur domicile, pour ne citer que quelques-unes des nombreuses restrictions décrétées l’année dernière. La majorité des filles ont été éloignées des salles de classe pendant plus de 400 jours et ont été renvoyées de l’école le jour où elles pensaient pouvoir y retourner pour la première fois. Près de 20 millions de femmes et de filles afghanes sont privées de leurs droits humains, et 51 % des organisations de femmes qui avaient une activité en Afghanistan ont dû fermer1 .
5. L’Afghanistan n’est pas le seul endroit où les droits humains des femmes régressent, où des espoirs sont anéantis, où les réformes sont retardées, où les quotas ne sont pas atteints et où la répression et la violence à l’égard des femmes et des filles sont continues. Dans la plupart des pays touchés par un conflit, les hommes détiennent le pouvoir, les femmes sont structurellement ou directement exclues, et les droits et libertés des femmes sont délibérément pris pour cible.
6. Dans de nombreux pays, en particulier ceux touchés par un conflit, les femmes sont au premier rang des protestataires contre les dirigeants autoritaires et refusent fermement d’accepter des arrangements politiques qui ne garantissent pas leurs droits. Dans certains pays, elles remportent des victoires, notamment obtiennent l’adoption de lois plus égalitaires et une amélioration de leur participation à la prise de décision. Elles attendent des actions concrètes qui favorisent leur inclusion, et refusent qu’on se contente d’organiser des réunions purement symboliques avec des groupes de femmes ou d’insérer des formules dans des accords sans leur participation directe.
7. Le programme pour les femmes et la paix et la sécurité n’est pas qu’une réponse à la marginalisation et aux torts historiques, mais une occasion de faire les choses différemment. Ouvrir la porte à l’inclusion et à la participation de tous et toutes serait faire un pas de géant sur le chemin de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix.
8. Le présent rapport s’appuie sur des données et des analyses fournies par des entités des Nations Unies, notamment les opérations de paix et les équipes de pays, sur les contributions des États Membres, des organisations régionales et de la société civile, et sur les analyses d’autres sources de données mondialement reconnues. Il présente une évaluation des difficultés actuelles et des exemples de parcours de changement.