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Les aléas liés à l'eau en tête des catastrophes de ces 50 dernières années

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Genève, le 23 juillet 2021 (OMM) -- D'après une analyse détaillée effectuée par l'Organisation météorologique mondiale (OMM), les aléas liés à l'eau occupent la première place des catastrophes de ces 50 dernières années, tant en termes de pertes humaines que de pertes économiques.

Selon la prochaine édition de l'Atlas de la mortalité et des pertes économiques dues aux phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques extrêmes (1970-2019), sur la liste des 10 types de catastrophes les plus meurtriers de cette période figurent les sécheresses (650 000 décès), les tempêtes (577 232 décès), les inondations (58 700 décès) et les températures extrêmes (55 736 décès).

Toujours selon l'Atlas, à publier par l'OMM en septembre, les tempêtes (521 milliards de dollars É.-U.) et les inondations (115 milliards de dollars É.-U.) comptent parmi les 10 types de catastrophes les plus coûteux.

Il y est de plus indiqué que ce sont les inondations et les tempêtes qui ont infligé les plus grandes pertes économiques ces 50 dernières années en Europe, pour un montant de 377,5 milliards de dollars É.-U. Les inondations de 2002 en Allemagne se sont soldées par des pertes à hauteur de 16,48 milliards de dollars É.-U. Elles constituent l'épisode le plus coûteux qu'ait connu l'Europe entre 1970 et 2019. Toutefois, ce sont les vagues de chaleur qui ont entraîné le plus grand nombre de pertes humaines.

Pendant ce demi-siècle, à l'échelle mondiale, les aléas météorologiques, climatiques et hydrologiques ont représenté 50 % de l'ensemble des catastrophes (y compris technologiques) et causé 45 % de tous les décès signalés et 74 % des pertes économiques totales.

Changement climatique

«Sous l'effet du changement climatique, les phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques dangereux sont de plus en plus fréquents et intenses. Leurs répercussions humaines et économiques ont été rappelées de façon tragique par les pluies torrentielles et les inondations dévastatrices qui ont endeuillé l'Europe centrale et la Chine la semaine dernière», a déclaré le Secrétaire général de l'OMM, M. Petteri Taalas.

«Les récentes vagues de chaleur record en Amérique du Nord sont clairement liées au réchauffement climatique», a-t-il poursuivi, citant une analyse de détermination rapide des causes, selon laquelle le changement climatique, causé par les émissions de gaz à effet de serre, multiplie par au moins 150 la probabilité d'occurrence de telles vagues de chaleur.

«Toutefois, les épisodes de fortes précipitations portent aussi de plus en plus la marque du changement climatique. En se réchauffant, l'atmosphère retient davantage d'humidité, ce qui signifie qu'il pleut davantage pendant les orages et que le risque d'inondations s'accroît», a expliqué M. Taalas.

«Aucun pays, qu'il soit développé ou en développement, n'est à l'abri. Le changement climatique est bel et bien là. Il est impératif d'investir davantage dans l'adaptation au changement climatique, notamment en renforçant les systèmes d'alerte précoce multidangers.»

«C'est essentiellement par le biais de l'eau que le changement climatique se manifeste à nous. Pour relever efficacement les défis hydrologiques et climatiques, nous devons reconnaître que le changement climatique et l'eau sont intimement liés et les traiter comme un tout. Aussi, l'OMM pilote une nouvelle coalition sur l'eau et le climat, une communauté d'acteurs plurisectoriels, guidée par un encadrement de haut niveau et par les principes d'une action concertée en faveur de l'eau et du climat», a indiqué M. Taalas.

Épisodes de précipitations extrêmes

Le Service météorologique allemand, le DWD, a déclaré que, dans les régions les plus touchées d'Allemagne, de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg, les pluies qui étaient tombées en deux jours (14 et 15 juillet) sur des sols déjà proches de la saturation représentaient jusqu'à deux mois de précipitations. La Suisse et l'Autriche ont également connu de graves inondations.

Selon le DWD, environ 100 à 150 mm de précipitations sont tombés en 24 heures entre le 14 et le 15 juillet. En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la station météorologique de Wipperfuerth-Gardeweg a enregistré 162 mm, suivie par celles de Cologne-Stammheim, avec 160 mm, de Kall-Sistig, avec 152 mm, et de Wuppertal-Buchenhofen, avec 151 mm. Le DWD a émis en temps opportun des alertes précoces fiables.

Certaines régions de la province du Henan, au centre de la Chine, ont reçu entre le 17 et le 21 juillet des précipitations cumulées supérieures à la moyenne annuelle. Ainsi, la station nationale d'observation météorologique de Zhengzhou a enregistré 720 mm de précipitations, alors que sa moyenne totale annuelle est de 641 mm.

Zhengzhou, qui est la capitale du Henan, a reçu l'équivalent de la moitié de ses précipitations annuelles en l'espace de six heures. Les précipitations sur six heures ont atteint 382 mm. Les précipitations enregistrées le 20 juillet sur une heure, de 16 heures à 17 heures, dans cette ville ont dépassé les 200 mm.

Plus de 600 stations ont enregistré des précipitations supérieures à 250 mm. Les précipitations maximales ont atteint 728 mm. Pour faire face aux inondations correspondantes, le Service météorologique du Henan a déclaré le niveau d'intervention d'urgence le plus élevé.

Il est à noter qu'un nombre croissant d'études concluent à une influence humaine sur le risque de précipitations extrêmes. On a constaté par exemple que l'influence humaine accroissait de manière significative la probabilité d'un épisode de précipitations extrêmes tel que celui qui a été observé dans l'est de la Chine en juin et juillet 2016, le signal étant moins clair selon une troisième étude sur le sujet, validée par les pairs et publiée dans le supplément annuel du Bulletin of the American Meteorological Society.

Tendances européennes

Malgré la tragédie actuelle, le nombre de décès dus aux conditions météorologiques extrêmes est généralement en baisse grâce à l'amélioration des alertes précoces et de la gestion des catastrophes. Les vagues de chaleur européennes meurtrières de 2003 et de 2010 ont suscité la mise en place de nouveaux plans d'action canicule et d'alertes précoces qui auraient permis de sauver de nombreuses vies ces dix dernières années.

Au total, en Europe, pour la période 1970-2019, 1 672 catastrophes enregistrées ont causé 159 438 décès et entraîné des pertes économiques à hauteur de 476,5 milliards de dollars É.-U. Bien que les catastrophes enregistrées soient dues principalement aux inondations (38 %) et aux tempêtes (32 %), ce sont les températures extrêmes qui ont été à l'origine du plus grand nombre de décès (93 %), avec 148 109 victimes pendant ce demi-siècle.

Ce sont les deux vagues de chaleur extrême de 2003 et 2010 qui ont occasionné le plus de décès (80 %), faisant 127 946 victimes au total. Ces deux épisodes faussent les statistiques sur le nombre de décès en Europe. La canicule de 2003 a été responsable de la moitié des décès en Europe (45 %), avec un total de 72 210 victimes dans les 15 pays touchés, d'après l'un des chapitres de l'Atlas à paraître.

La répartition des catastrophes en fonction des dangers montre que les inondations fluviales (22 %), les tempêtes générales (14 %) et les inondations générales (10 %) sont les risques les plus répandus en Europe.

L'Atlas de la mortalité et des pertes économiques dues aux phénomènes météorologiques, climatiques et hydrologiques extrêmes (1970-2019) sera publié par l'OMM avant l'Assemblée générale des Nations Unies, en septembre. Il se fonde sur la base de données sur les situations d'urgence (EM-DAT) tenue par le Centre de recherche sur l'épidémiologie des catastrophes (CRED).

Il fait partie d'une série d'initiatives lancées par l'OMM pour fournir aux décideurs des informations scientifiques sur les phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes et sur l'état du climat mondial.