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Le virus qui a confiné le monde : le sort des réfugiés et des migrants

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Un homme âgé de 33 ans d'Afghanistan, avec sa famille sur l'île grecque de Lesbos, espère être réinstallé en Allemagne. © UNICEF/Canaj Magnum Photos

Dans le cadre de notre série sur l'impact mondial de la Covid-19, ONU Info examine les nouveaux défis auxquels sont confrontés les réfugiés et les migrants en 2020, qu’il s’agisse d'un risque accru d'attraper le virus dans des camps surpeuplés, d'être bloqué en raison de restrictions de voyage ou de devenir la cible de gangs criminels.

« Nous avons fui de chez nous pour sauver nos vies, pour échapper à la guerre, et maintenant nous sommes confrontés à ce nouveau coronavirus », a noté Rozhan, une réfugiée iraquienne qui a fait un long et pénible voyage vers la Bosnie-Herzégovine, en Europe, avec son mari Ibrahim et leurs trois enfants. En cours de route, la famille a été arrêtée, fouillée et détenue, et a dû affronter des conditions hivernales froides et dangereuses.

En avril, ils ont trouvé refuge dans un camp géré par l'agence des Nations Unies pour les migrations (OIM), où ils ont pris conscience du coronavirus. « Tout le monde en parlait et il y avait des affiches expliquant comment nous devions nous protéger ».

L'OIM a travaillé dur pour empêcher la propagation de la Covid-19 parmi les résidents de ses centres, en installant des stations d'assainissement, en éduquant le personnel et les résidents sur la sécurité et en fermant les cuisines communautaires pour éviter les grands rassemblements. Malgré la nouvelle perturbation de leur vie, Rozhan et sa famille ont déclaré avoir compris pourquoi les nouvelles mesures étaient nécessaires. « Nous sommes en sécurité ici », a-t-elle déclaré.

Tirer la sonnette d'alarme

Cependant, la sécurité et l'hygiène ont été plus difficiles à maintenir dans d'autres camps, en particulier dans les pays en développement. En avril, l'ONU a tiré la sonnette d'alarme sur le sort des réfugiés, des migrants et d'autres personnes déplacées pendant la pandémie, avertissant que les camps densément peuplés pourraient être la cause d'infections massives à la Covid.

Une déclaration publiée conjointement par des agences des Nations Unies, notamment l'OIM et l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, le HCR, a noté que de nombreux migrants vivaient dans des installations, des camps, des abris de fortune ou des centres d'accueil surpeuplés, où ils n'avaient pas un accès adéquat aux services de santé, à l'eau potable et à l'assainissement.

L’inquiétude concerne notamment les réfugiés et les migrants dans des centres de détention et ceux détenus sans base juridique suffisante. « Compte tenu des conséquences mortelles qu’une épidémie de Covid-19 aurait, ils devraient être libérés sans délai », indique le communiqué. « Cette maladie ne peut être maîtrisée que s'il existe une approche inclusive qui protège les droits de chaque individu à la vie et à la santé ».

En mai, l'OIM a annoncé que des équipes de l'agence apportaient un soutien aux migrants dans les régions désertiques d'Afrique occidentale, centrale et orientale, après qu’ils ont été, soit expulsés sans procédure régulière, soit abandonnés par des passeurs, un exemple de groupes de migrants bloqués en raison des restrictions de mouvement. Des milliers de personnes ont été touchées, partout dans le monde, souvent bloquées dans les zones frontalières, sans accès aux soins de santé.

En Inde, un grand nombre de travailleurs migrants ont vu leur vie bouleversée en avril, lorsqu'ils ont été forcés de quitter les villes où ils travaillaient après seulement quelques heures de préavis. Des rapports et des images ont également fait état de policiers frappant apparemment des personnes, notamment des migrants, avec des matraques, pour avoir enfreint les règles de quarantaine, et pulvérisant certains avec un désinfectant.

Manquant d'emplois et d'argent, et avec la fermeture des transports publics, des centaines de milliers de personnes ont été forcées de parcourir des centaines de kilomètres pour rentrer dans leurs villages d'origine, certaines mourant en cours de route. Leur situation désespérée a poussé la cheffe des droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet, à appeler les autorités à respecter la sécurité et les droits des migrants lors de l'application des mesures de confinement.

Ciblés par le crime organisé

Suite à l'imposition de restrictions liées à la Covid au Honduras, au Salvador et au Guatemala, une augmentation de l'extorsion, du trafic de drogue et de la violence sexuelle et sexiste a été enregistrée par le HCR, en mai.

En 2019, les violences dans la région ont contraint quelque 720.000 personnes à fuir leur domicile, même si près de la moitié d'entre elles sont restées dans leur propre pays. Alors que la pandémie s’installait en Amérique centrale, des groupes criminels organisés ont commencé à exploiter les mesures de confinement pour renforcer leur emprise, en recourant aux disparitions forcées, aux meurtres et aux menaces de mort, pour forcer la population locale à se soumettre.

Un porte-parole du HCR a déclaré que les restrictions de mouvement compliquaient la tâche de ceux qui avaient besoin d'aide et de protection pour l'obtenir, tandis que ceux qui avaient besoin de fuir pour sauver leur vie se heurtaient à de plus en plus d'obstacles pour rechercher la sécurité.

Au terme d'une année particulièrement sombre pour ceux qui ont été contraints de quitter leur foyer, leur pays et leur famille, la Journée internationale des migrants, célébrée le 18 décembre, a été l'occasion de souligner la contribution positive que les migrants et les réfugiés apportent aux sociétés du monde entier.

Mettre les migrants au coeur du rétablissement post-Covid

Hassan Akkad, cinéaste syrien primé et réfugié, a été salué pour la contribution qu'il a apportée à son pays hôte, le Royaume-Uni. Vivant dans l'est de Londres pendant la pandémie, il a décidé d'aider en travaillait au service de nettoyage dans son hôpital local.

« C'était comme un moyen direct de contribuer au bien-être de mes compatriotes londoniens », a-t-il déclaré. « C’est là que j’irais moi-même si je tombais malade. J'ai eu l'honneur de contribuer d'une manière modeste. Les personnes que j'ai rencontrées là-bas sont, sans aucun doute, certains des êtres humains les plus humbles, les plus travailleurs et les plus dévoués que j'aie jamais rencontrés de ma vie. Ils viennent des quatre coins du monde - Ghana, Italie, Pologne, Caraïbes, Espagne, Iran ».

« Les migrants ont joué un rôle démesuré en première ligne pour répondre à la crise, allant de la prise en charge des malades et des personnes âgées à la fourniture de nourriture pendant les confinements », a déclaré le chef des Nations Unies António Guterres à l'occasion de la Journée internationale des migrants. « Alors que les migrants font partie intégrante de nos sociétés, ils devraient être au cœur de notre rétablissement ».