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Le pacte mondial, une occasion de s’engager sur une autre voie

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Un père rohingya porte ses enfants à travers un champ de riz, près du passage de frontière d’Anjuman Para, entre le Bangladesh et le Myanmar. © HCR/Roger Arnold

Selon Filippo Grandi, le HCR ne doit jamais dire « c’est impossible » pour aborder et surmonter les défis d’aujourd’hui en termes de déplacements de populations.

Par Jonathan Clayton

GENÈVE – Un an après que le monde se soit engagé à collaborer pour améliorer sa réponse aux crises de réfugiés, la tragédie du déplacement forcé s’est aggravée, a déclaré aujourd’hui le chef du HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés.

Lors de l'ouverture d'une importante conférence sur le nouveau Pacte mondial pour les réfugiés qui se tenait à Genève, Filippo Grandi a souligné qu'à travers le monde, des gens continuent de devoir fuir leurs foyers, victimes de l'échec collectif de la communauté internationale à prévenir et résoudre les conflits.

« Notre mission est plus urgente que jamais… L’exode du Myanmar vers le Bangladesh est le plus visible, mais des civils innocents continuent de fuir pour avoir la vie sauve en République centrafricaine, en RDC, en Irak, au Soudan du Sud, en Syrie et ailleurs », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Filippo Grandi présentait l’allocution d’ouverture du 10e Dialogue du Haut Commissaire sur les défis de protection qui se tient ces 12 et 13 décembre.

L'objectif de la conférence est essentiellement de procéder à un état des lieux sur les consultations tenues depuis que 193 états membres et les Nations Unies ont adopté, en 2016, la Déclaration de New York par laquelle les membres s'engagent à mieux partager la responsabilité des réfugiés dans le monde et à soutenir les communautés qui les accueillent dans le cadre d'un pacte mondial. Ce travail comprenait la rédaction d'un Cadre d’action global pour les réfugiés.

« L’attention que le monde porte aux réfugiés peut croitre et décroître en fonction des aléas de la politique internationale, mais la Déclaration de New York reste un engagement politique de haut niveau en faveur d’une nouvelle réponse aux crises de réfugiés », a-t-il déclaré devant les délégués au Palais des Nations de Genève.

« Le pacte mondial devrait être l’instrument permettant de matérialiser cet engagement par des mesures concrètes, pour que les réfugiés aient un minimum de chances de reconstruire des vies productives et utiles, d’apporter leur contribution aux communautés qui les accueillent et de façonner ainsi leur propre avenir », a-t-il ajouté.

Dans son appel pour que ce pacte transforme l’approche de la communauté internationale sur les questions de réfugiés, Filippo Grandi a maintenu que l’échec de la coopération internationale a également affaibli la protection de ceux qui fuient les conflits et la persécution et qui rencontrent des frontières fermées, des restrictions d’accès et l’exploitation politique des mouvements de réfugiés.

« Les réfugiés (en) paient le prix, au même titre que la poignée de pays qui assument la plus grosse part de la charge de l’accueil de réfugiés sans pouvoir compter sur le soutien des autres qui disposent de moyens plus importants », a-t-il expliqué en ajoutant : « À une époque où le multilatéralisme est en perte de vitesse dans d’autres sphères, le pacte mondial pour les réfugiés est pour nous l’occasion de nous engager sur une autre voie grâce à un engagement et une coopération pratique reposant sur des valeurs humanitaires. »

Filippo Grandi a qualifié la Déclaration de New York de jalon qui offre une plus grande visibilité politique aux crises de réfugiés, suscite l’engagement et réaffirme fermement les valeurs humanitaires fondamentales.

Il a félicité les 13 pays qui ont déjà lancé la mise en place du Cadre global pour les réfugiés ainsi que ceux qui ont participé à l’examen des enseignements clés tirés jusqu’à présent et des observations découlant des autres crises de réfugiés de grande échelle. Il s’est également félicité des engagements pris au cours des récentes conférences.

Il a qualifié de ‘positives, orientées vers l'avenir et riches en idées’ les discussions thématiques, organisées de juillet à novembre 2017.

Quelque 500 représentants de gouvernements, d’autorités locales, de la société civile, du secteur privé, du monde universitaire, d’organisations et d’institutions financières internationales, et de jeunes délégués des réfugiés du monde entier sont attendus pour la conférence.

L’Ouganda a été le premier pays à appliquer le Cadre d’action global pour les réfugiés après l’adoption de la Déclaration de New York. En s’adressant à l’assemblée à Genève, l’adjoint du représentant permanent, Benedict Lawrence Lukwiya, a souligné à quel point la politique pour les réfugiés menée par son pays « a subi la pression de l’afflux constant » de plus d’un million de réfugiés.

« C’est parce que le gouvernement a réalisé très tôt qu’il était nécessaire d’aller au-delà de la protection des réfugiés et de l’intervention d’urgence, pour répondre aux besoins de développement à plus long terme. Deuxièmement, le gouvernement a également réalisé que l’intervention humanitaire doit être soutenue si nous voulons assurer une prestation efficace et obtenir des résultats tangibles dans les étapes ultérieures de l’accueil des réfugiés. »

« Le modèle de coordination des réfugiés de l’Ouganda et son plan d’intervention en faveur des réfugiés ont été centrés sur des solutions dès le tout début de l’afflux de réfugiés, ainsi que sur des interventions vitales et la protection de l’environnement. La réussite enregistrée dans ces domaines découle de la politique d’intégration de l’aide offerte aux communautés d’accueil et de l’inclusion des réfugiés dans la planification du gouvernement. »

Benedict Lawrence Lukwiya a conclu son intervention par un appel à tous les bailleurs de fonds et à toutes les parties prenantes à honorer leurs engagements pour « réaliser les objectifs de partage du fardeau que nous nous sommes fixés dans la Déclaration de New York. Et cela devrait également comprendre des offres de réinstallation dans des pays tiers pour les réfugiés en Ouganda. »

Le pacte mondial pour les réfugiés reposera sur le cadre international existant pour la protection des réfugiés, notamment sur la Convention pour les réfugiés de 1951, et son objectif est de répartir d’une manière plus équitable la responsabilité de l’accueil des réfugiés dans le monde et de les aider à reconstruire leurs vies.

Il dressera un ensemble de mesures concrètes que devront prendre les gouvernements et d’autres parties prenantes pour veiller à ce que les communautés d’accueil des réfugiés obtiennent l’aide dont elles ont besoin dans les meilleurs délais et que les réfugiés soient mieux inclus dans les communautés qui les accueillent (avec un accès à la santé, l’éducation et aux moyens de subsistance), et que des solutions au sort des réfugiés soient recherchées dès le tout début d’une crise de réfugiés. Le HCR entamera des consultations formelles sur le pacte avec les gouvernements et d’autres parties prenantes dès février 2018. Le Haut-Commissaire proposera un pacte à l’Assemblée générale des Nations Unies vers la fin 2018.