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Le Conseil des droits de l’homme entame son débat de haut niveau en entendant les déclarations d’une vingtaine de hauts dignitaires

Ce matin, le Conseil des droits de l’homme a entamé son débat de haut niveau en entendant les déclarations d’une vingtaine de haut-dignitaires, Président ou Ministre des affaires étrangères de leur pays.

De nombreux intervenants ont dénoncé l’« attaque » et l’ « agression » de la Fédération de Russie contre l’Ukraine. Ils ont souligné qu’il s’agissait d’une violation du droit international et une violation grave des dispositions de la Charte des Nations Unies. Plusieurs intervenants ont exprimé leur soutien à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine et ont appelé la Fédération de Russie à cesser de recourir à la force militaire.

Les hauts dignitaires sont également revenus, en particulier, sur les conséquences de la pandémie de COVID-19 sur les droits de l’homme. Nombre d’entre eux ont plaidé pour un accès équitable aux vaccins pour tous. Plusieurs intervenants ont aussi insisté pour maintenir la lutte contre les effets du changement climatique en haut de l’agenda international. A plus particulièrement été évoquée, la situation critique des petits états insulaires en développement qui subissent des conséquences disproportionnées du changement climatique.

Enfin, les hauts dignitaires ont évoqué leurs propres priorités nationales en matière de droits de l’homme.

Ont fait des déclarations ce matin : les Présidents de la Tunisie, de la Lituanie, de la Colombie, des Îles Marshall, du Venezuela ; ainsi que les Ministres des affaires étrangères du Kazakhstan, du Qatar, de la Chine, du Cambodge, du Paraguay, de l’Argentine, de l’Etat de Palestine, de l’Espagne, de la Serbie, de la République de Moldova, de la Thaïlande, de Maurice, de la Belgique, et de l’Arménie.

Cet après-midi, le Conseil doit poursuivre son débat de haut-niveau.

Débat de haut niveau

M. KAÏS SAÏED, Président de la Tunisie, a déclaré que le monde est aujourd’hui confronté à la « pire » situation jamais connue, avant de préciser qu’il parlait ici de la pandémie de COVID-19. Pour y répondre, des solutions mondiales sont nécessaires, a-t-il souligné. La Tunisie s’est engagée à réaliser tous les droits de l'homme pour toutes les générations et compte y parvenir y compris par le biais de la coopération internationale, a poursuivi le Président tunisien, plaidant pour que la communauté internationale conjugue ses efforts afin d’aider les États à se relever des conséquences de la pandémie.

Abordant la situation dans son pays, le Président tunisien a ensuite rappelé que dès le XIXème siècle, la Tunisie avait déjà adopté sa première charte des droits de l'homme. Les autorités actuelles continuent de garantir ces droits aujourd’hui, a-t-il souligné. La liberté de la presse, de même que celle de la circulation, tout comme l’état de droit sont garantis, a-t-il affirmé, souhaitant répondre à ceux qui « critiquent » les mesures prises en juillet dernier, au cours desquelles il avait gelé les activités du Parlement et démis le Premier Ministre de ses fonctions.

M. Gitanas Nausėda, Président de la Lituanie, a réitéré la détermination de son pays à préserver les droits de l’homme partout dans le monde. Malheureusement, l’ordre mondial s’effrite et le monde tel qu’on le connaît est menacé, a-t-il déploré. Le Président lituanien a dénoncé l’agression brutale de l’Ukraine par les autorités de la Fédération de Russie et du Bélarus, affirmant qu’elle aurait des conséquences sur la situation des droits de l’homme dans le monde durant des dizaines d’années. Il s’agit de l’événement le plus épouvantable de l’histoire récente, a-t-il insisté. Cette agression aurait dû être évitée grâce à des actions communes, car le monde a vu venir cette tragédie et a hésité à y croire, a-t-il fait observer. Le monde a le devoir d’aider les victimes ; il faut prendre des mesures décisives car ce conflit met en péril d’innombrables vies innocentes, a-t-il ajouté.

La communauté internationale doit s’opposer à ce que l’on qualifie les organisations non gouvernementales d’organisations extrémistes, a poursuivi M. Nauséda. Il faut mettre fin à la fermeture arbitraire d’ONG et aux procès fantoches à leur encontre. Une société civile libre doit permette de promouvoir et protéger les droits de l’homme partout dans le monde, a insisté le Président lituanien. Il faut mettre fin à la guerre en Ukraine ensemble, a-t-il conclu.

M. IVAN DUQUE MARQUEZ, Président de la Colombie, a présenté, chiffres à l’appui, la situation de son pays. La Colombie est pleinement engagée dans les efforts de paix et le pays accorde à ce jour une protection à 3600 dirigeant sociaux et à 1300 défenseurs des droits de l'homme, a-t-il précisé. Depuis 2018, environ quatre milliards de dollars ont été investis dans cette politique de pacification du pays, a souligné le Président colombien. Environ 13 000 anciens combattants ont entrepris leur réinsertion professionnelle dans plus de 4000 projets, a-t-il indiqué.

Sur le plan social et dans le cadre de la lutte contre la pandémie de COVID-19, plus de 75 millions de doses ont été administrées au bénéfice de plus de 33 millions de Colombiens, a poursuivi le Président. La Colombie se tient également aux côtés de ses « frères » Vénézuéliens ayant fui le « régime de Maduro », a-t-il rappelé. Près d’un million de permis de séjour et de travail ont été octroyés aux réfugiés vénézuéliens en Colombie, a-t-il précisé.

M. David Kabua, Président des Îles Marshall, a indiqué que 2022 marque la troisième et dernière année du mandat des Îles Marshall en tant que membre du Conseil des droits de l’homme. L’expérience a montré que les petits États insulaires en développement apportent des solutions novatrices, y compris dans le domaine des droits de l’homme, a-t-il souligné. Au cours des six dernières années, a-t-il précisé, les Îles Marshall ont adhéré à onze instruments et protocoles relatifs aux droits de l’homme.

Les Îles Marshall sont immensément fières du succès de la résolution portant création d’un mandat de Rapporteur spécial sur les changements climatiques, adoptée lors de la dernière (48ème) session du Conseil. Le changement climatique est une menace existentielle pour le peuple des Îles Marshall, ainsi que pour la souveraineté de ce pays et pour la pleine réalisation et la jouissance des droits de l’homme des Marshallais. Bien que les petits États insulaires en développement contribuent à moins de 1 % des émissions de gaz à effet de serre, ils sont en première ligne, subissant les impacts les plus désastreux du changement climatique, a insisté le Président. C’est pourquoi les réponses nationales ne sauraient suffire à elles seules à préserver un environnement sain ; il faut des approches multilatérales, multidisciplinaires et multipartites. Le climat ne connaît pas de frontières et ne connaît pas de limites, il menace les droits à la nourriture et à l’eau, à la vie, à la santé, au logement, à un environnement sain, à l’accès à la terre et à l’énergie, et même à l’autodétermination, a souligné le Président. L’élévation du niveau de la mer prévue dans des scénarios à fortes émissions conduit le monde vers un point de basculement où les atolls ne deviennent plus vivables, a-t-il ajouté.

Entre 1946 et 1958, a poursuivi M. Kabua, les Îles Marshall ont été utilisées comme site d’essai de bombes nucléaires. À l’époque, les Îles étaient administrées sous tutelle de l’ONU, a-t-il rappelé. Certains atolls ont été évacués pour ces essais nucléaires et ces personnes et leurs descendants restent déplacés à ce jour, désireux de rentrer chez eux mais empêchés de le faire par le poison qui reste. M. Kabua a plaidé pour la justice nucléaire pour le peuple marshallais – une justice qui ne peut plus être retardée, car elle est déjà en retard de 76 ans.

M. NICOLÁS MADURO, Président du Venezuela, a dénoncé le fait que son pays ait été la cible de quelque 502 mesures coercitives unilatérales et d'autres mesures « criminelles et illégales », directes et indirectes, visant à détruire son économie, à déstabiliser sa démocratie et à mettre fin au modèle social inclusif construit par la révolution bolivarienne du XXIe siècle. Le Président a néanmoins mis en avant le fait que son pays avait « réussi à atténuer et à contrôler la pandémie de COVID-19 malgré les grandes difficultés dues à l'imposition de mesures coercitives unilatérales, de sanctions illégales, criminelles et punitives» contre l’économie et le peuple du Venezuela. En effet, à ce jour, 100% de la population vénézuélienne est vaccinée et 97% des 508 000 personnes infectées se sont complètement rétablies. Tous les indicateurs placent le Venezuela parmi les pays ayant les meilleures performances dans la lutte contre le coronavirus, a déclaré le Président Maduro.

En outre, en 2021, après sept ans d'agression, le Venezuela a réussi à obtenir une croissance durable de l'économie pour la première fois depuis 2013, a poursuivi le Président. En 2022, « nous serons sur la voie d'une reprise continue. Nous consacrerons 77% du budget de la nation à l'investissement dans la protection sociale et la sécurité sociale », a fait savoir M. Maduro.

Le Président vénézuélien a par ailleurs condamné l’enlèvement illégal de son Ambassadeur Alex Saab en juin 2020 à Cabo Verde – alors qu'il était en mission officielle pour rapporter de la nourriture et des médicaments au Venezuela – et son enlèvement une nouvelle fois, en 2021, par un groupe de militaires américains pour être emmené illégalement vers l'État de Floride, malgré l'arrêt clair et catégorique de la Cour de la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest ordonnant sa libération immédiate.

M. MUKHTAR TILEUBERDI, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Kazakhstan, a déclaré que la volonté de son pays d’être à nouveau membre du Conseil des droits de l'homme montre son attachement à cet organe et aux droits de l'homme. Sur le plan interne et depuis 2019, le Président du Kazakhstan, M. Kassym-Jomart Tokaïev a entrepris des dialogues politique avec différentes parties du Kazakhstan. De ces dialogues est né le concept de « pays à l’écoute ». En matière de droits de l'homme, a poursuivi M. Tileuberdi, le Kazakhstan a en outre procédé à l’adhésion à nombre d’instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme ou à leur signature, notamment pour ce qui est du Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques visant à abolir la peine de mort. M. Tileuberdi a rappelé que le Kazakhstan avait en outre accepté 214 recommandations dans le cadre de son dernier Examen périodique universel (EPU). Des invitations permanentes ont en outre été envoyées aux titulaires de mandats au titre des procédures spéciales du Conseil. Le Président kazakhe a par ailleurs ordonné le blocage des prix des denrées de première nécessité, dans le contexte d’une augmentation des prix, a ajouté M. Tileuberdi. Enfin, en tant que nouveau membre de cet organe, le Kazakhstan est heureux de voir que des sujets qui lui tiennent à cœur comme l’abolition de la peine de mort sont inscrits à l’agenda du Conseil, s’est-il réjoui. En tant que membre constructif du Conseil, le Kazakhstan entend promouvoir le dialogue au sein du Conseil, a-t-il conclu.

M. Sheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al Thani, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères du Qatar, a expliqué avoir, ces derniers jours, suivi avec une profonde préoccupation l’escalade militaire en Ukraine. Le Qatar estime qu’à ce moment critique, une approche de dialogue constructif et des méthodes diplomatiques pour résoudre cette crise sont nécessaires. L’État du Qatar met également l’accent sur le respect de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues.

M. Al Thani a ensuite indiqué que la pandémie de COVID-19 demeure l’un des défis les plus importants auxquels l’humanité est confrontée. Il faut agir collectivement, dans un esprit de responsabilité partagée, pour éliminer cette crise une fois pour toutes, a-t-il insisté. Depuis le début de la pandémie, l’État du Qatar a adopté une approche équilibrée et efficace pour faire face aux multiples effets de la pandémie, a-t-il déclaré.

Rappelant que l’État du Qatar accueillera la coupe du monde de la FIFA 2022 à la fin de cette année, M. Al Thani a déclaré que ce serait le premier tournoi respectueux de l’environnement et « neutre en carbone ». Ce tournoi sera également l’occasion de diffuser et de renforcer les valeurs de solidarité et de paix, a-t-il ajouté.

L’État du Qatar, dans le cadre de l’intérêt qu’il attache à la médiation, au règlement pacifique des différends, à l’aide humanitaire et à l’aide au développement pour soutenir la paix et la protection des droits de l’homme, a déployé des efforts résolus pour mettre fin au conflit en Afghanistan en favorisant le dialogue direct entre les parties en conflit, pour mettre fin aux combats et pour commencer à construire la paix et le développement, a ensuite expliqué M. Al Thani. Il a en outre plaidé pour que la communauté internationale assume ses responsabilités morales et juridiques, et prenne les mesures appropriées pour que les Palestiniens jouissent de tous leurs droits légitimes, en premier lieu leur droit à l’autodétermination, leur droit au retour et leur droit à la création d’un État palestinien fondé sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale. En ce qui concerne la Syrie, le monde dans son ensemble devrait faire face sérieusement aux violations et crimes commis contre le peuple syrien depuis plus d’une décennie, a ajouté M. Al Thani.

M. WANG YI, Conseiller d’État et Ministre des affaires étrangères de la Chine, a fait observer que la COVID-19 aggrave toujours les inégalités et la pauvreté. Il a proposé que tous les pays protègent véritablement les droits de l’homme, ce qui suppose des efforts sans relâche de la part de tous les pays – des efforts qui doivent tenir compte des besoins des peuples et des réalités nationales, a-t-il souligné. Il faut faire en sorte que les fruits du développement et de la gouvernance profitent à tous et que personne ne soit laissé pour compte, a ajouté le Ministre.

Le Ministre a ensuite mis en avant l’initiative pour le développement mondial lancée par le Président chinois, qui vise un développement commun et la réalisation à temps du Programme de développement durable à l’horizon 2030. D’autre part, a souligné le Ministre, il importe de ne pas juger de la situation des droits de l’homme dans un pays selon les critères des autres. Le Ministre a espéré que le Conseil des droits de l’homme ne serait pas réduit à une scène de confrontation politique. Il a ensuite mis en avant les réussites obtenues par la Chine en ce qui concerne l’éradication de la pauvreté absolue. Il a aussi fait valoir le « développement économique et social réussi du Xinjiang », et a qualifié de mensonges les accusations de génocide, de travail forcé ou de répression religieuse portées contre la Chine. La Haute-Commissaire aux droits de l’homme se rendra en visite au Xinjiang, a indiqué le Ministre. Il a par ailleurs déclaré que le retour de [la Région administrative spéciale de] Hong-Kong dans la mère-patrie avait été couronné de succès, y compris avec la fin du chaos et le retour de l’ordre, ce qui permet de protéger les libertés et les droits des citoyens.

M. SOKHONN PRAK, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Cambodge, a mis en garde contre un « phénomène croissant » de « politisation » du Conseil qui risque de polariser et de paralyser les travaux de cet organe comme cela s'est produit avec son prédécesseur – l’ancienne Commission des droits de l'homme. Le Conseil doit être le pivot de dialogues authentiques et respectueux pour approfondir la compréhension de nos points communs et de nos différences en matière de droits de l'homme, a-t-il déclaré. Aujourd’hui, la politisation place le Cambodge à « un carrefour de perceptions nettement divergentes », a fait observer le Ministre des affaires étrangères. Pour les observateurs justes et modérés, a-t-il déclaré, le Cambodge est reconnu comme la « success story » d'un pays dévasté par les conflits armés et le génocide, un pays qui s'est réconcilié avec son propre peuple et a réalisé d'énormes transformations socioéconomiques. Malheureusement, toutes les histoires positives du Cambodge sont à peine reflétées dans les rapports « très sélectifs » des mécanismes des droits de l'homme de l'ONU, a poursuivi le Ministre. Les critiques présentent certains politiciens et ONG de l'opposition comme des martyrs des droits de l'homme et de la démocratie, mais ne condamnent jamais leurs méfaits, à savoir la rhétorique populiste nuisible, les fausses nouvelles, la collusion étrangère, l'incitation raciale et la provocation à la sédition, a-t-il déploré. Paradoxalement, les mêmes mesures, lorsqu'elles sont appliquées [par ceux qui émettent ces critiques] dans leur propre pays sont considérées comme nécessaires et légales pour maintenir l'ordre public, la stabilité sociale et la sécurité nationale, a-t-il insisté.

La démocratie n'est ni un bien importé ni un bien exporté ; elle est une valeur partagée issue de l'apprentissage, construite et renforcée progressivement, en tenant compte des particularités et du contexte national, a poursuivi le Ministre cambodgien, affirmant qu’aucun pays ne peut revendiquer le monopole du modèle des droits de l'homme et de la démocratie. En ce qui le concerne, le Cambodge reste déterminé à défendre ce qu'il croit être la voie légitime, c'est-à-dire défendre sa souveraineté, garantir les droits à la vie et à la survie, protéger les citoyens respectueux des lois et protéger sa paix durement acquise. Le Royaume reste déterminé à poursuivre son parcours démocratique irréversible avec le pluralisme, notamment en veillant à ce que les prochaines élections soient libres, équitables et pacifiques et reflètent la volonté du peuple, a conclu le Ministre des affaires étrangères.

M. Euclides Roberto Acevedo Candia, Ministre des affaires étrangères du Paraguay a indiqué que le monde est sous le choc face aux violations des droits de l’homme commises dans le cadre de la crise en Ukraine. Le Paraguay demande le respect du droit international, la cessation immédiate des hostilités et le recours aux mécanismes diplomatiques de résolution des conflits.

Pendant la pandémie, a poursuivi le Ministre, le Paraguay a réalisé que « nous sommes libres mais nous ne sommes pas égaux » ; l’exercice de l’égalité, de la liberté et de la fraternité universelle est inutile sans le plein exercice des droits de l’homme et c’est pourquoi il faut renforcer les mécanismes nationaux des droits de l’homme. Le Paraguay est un producteur d’énergie propre depuis longtemps et la défense de l’environnement, de l’écologie et de la maison commune qu’est la planète est une priorité pour le pays, a ajouté le Ministre, avant de se réjouir que le Conseil des droits de l’homme dispose d’un Rapporteur spécial sur les changements climatiques. Les droits de l’homme sont des droits pour tous : il n’y a pas d’exclusion, pas de droits de l’homme sélectifs, et le Paraguay estime qu’il faut que tout le monde s’engage dans cette voie.

M. SANTIAGO ANDRÉS CAFIERO, Ministre des affaires étrangères de l’Argentine, a déclaré que la communauté internationale n'avait pas le droit de condamner la préoccupation d'un État pour sa sécurité, non plus que de condamner une plainte pour non-respect présumé d'accords préexistants. « Toute préoccupation est légitime et doit faire en tout état de cause l’objet d'une discussion à la table des négociations ou dans le forum approprié. Ce qui n'est pas légitime, c'est le recours à la force et la violation de l'intégrité territoriale d'un autre État comme moyen de résoudre un conflit », a ajouté le Ministre argentin. « Les guerres préventives sont à condamner car elles ne sont pas licites», a-t-il insisté, avant d’appeler la Fédération de Russie « à cesser immédiatement l'usage de la force » et de condamner la poursuite des opérations militaires sur le territoire ukrainien.

Le Ministre argentin a rappelé que son pays avait, avec le Brésil, su mettre fin aux illusions absurdes de concurrence guerrière que certains dictateurs des deux pays avaient même poussées jusqu'au domaine nucléaire. L'Argentine et le Brésil sont devenus un exemple mondial de coexistence pacifique, a insisté le Ministre. L'expérience latino-américaine, a-t-il constaté, « nous apprend que la sécurité internationale (…) est une construction collective qui, pour être forte, doit s'enraciner dans des accords régionaux solides ». Il est impératif que la Fédération de Russie cesse de recourir à la force et que les grandes puissances assument leur responsabilité et interrompent une logique d'escalade aux conséquences imprévisibles, a souligné M. Andrés Cafiero.

M. RIAD AL-MALKI, Ministre des affaires étrangères de l’État de Palestine, a invité les autres orateurs présents à réfléchir à la situation mondiale actuelle qui, selon lui, est le résultat de la politique du deux-poids deux mesures qui fait que l’on accorde à certains ce que l’on refuse à d’autres. On a entendu dans cette salle des personnes justifier les pires et graves violations des droits de l'homme, dont la plupart sont commises contre le peuple palestinien, a-t-il illustré. Certains ici accorde à Israël un statut spécial qui lui donne le droit de tout faire contre les Palestiniens sans jamais devoir en rendre compte, a-t-il insisté.

A l’heure où nous parlons des centaines de Palestiniens risquent d’être expulsés de leurs terres, a poursuivi le Ministre palestinien. Des milliers de Palestiniens ont été tués, emprisonnés, soumis à un apartheid, sans jamais que la puissance occupante n’ait à s’en expliquer, a-t-il insisté. En réponse, la communauté internationale ne défend le peuple palestinien qu’avec des mots et de vaines condamnations, tout en protégeant le colonisateur, qui, lui, n’a jamais à répondre de ses actes, a-t-il déploré. Certains États vont jusqu’à accorder à Israël un statut spécial, y compris dans les accords commerciaux. Ces États et leurs entreprises tirent profit de la colonisation et vont jusqu’à criminaliser une initiative pacifique de boycott, tout en la justifiant contre d’autres pays où le boycott serait – selon eux – plus acceptable. Israël se voit accorder le droit de s’attaquer à la société civile, de bannir des ONG de défense des droits de l'homme, de refuser l’accès des procédures spéciales des Nations Unies sur son territoire, a regretté le Ministre, faisant observer que le soutien à Israël va jusqu’à la remise en cause du débat, au sein de ce Conseil, sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés. Tout ceci est une illustration du deux poids deux mesures qui aujourd’hui mine le contexte international, a de nouveau dénoncé le Ministre palestinien.

M. JOSÉ MANUEL ALBARES BUENO, Ministre des affaires étrangères de l’Espagne, a condamné dans les termes les plus vifs les actes d’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine, qui violent la souveraineté et l’intégrité territoriale de ce dernier pays et qui provoquent des destructions et des pertes de vie humaines. Poursuivant son propos, il a rappelé que les tensions internationales jettent une ombre sur la stabilité internationale et sur l’exercice des droits de l’homme. Pour nous orienter en ces temps difficiles, a-t-il indiqué, nous disposons du “Programme commun” présenté par le Secrétaire général des Nations Unies, et dont l’Espagne place la gouvernance multilatérale et les droits de l’homme au centre de ses priorités.

Mon pays, a poursuivi le Ministre espagnol des affaires étrangères, se situe parmi les cinq premiers donateurs de vaccins au monde via le mécanisme Covax et c’est en la matière le deuxième plus grand donateur en Amérique latine. M. Albares Bueno a également indiqué que la promotion de l’égalité des sexes était au cœur des actions de son pays et que l’Espagne ne ménagerait aucun effort pour que les femmes participent pleinement à la résolution des conflits, ainsi qu’au maintien de la paix. Les alliances sont essentielles pour que le Conseil puisse remplir son rôle de prévention et servir de système d'alerte précoce pour éviter les crises et les conflits, a ajouté le Ministre. Il a conclu son propos en rappelant la contribution de son pays au Conseil des droits de l’homme et a précisé que l’Espagne était à nouveau candidate pour un mandat triennal de membre du Conseil pour la période 2025-2027.

M. NIKOLA SELAKOVIC, Ministre des affaires étrangères de la République de Serbie, a indiqué que son pays s’engageait à s’acquitter pleinement de ses obligations à l’égard des traités onusiens et plus particulièrement dans le contexte de l’Examen périodique universel. Évoquant ensuite les événements survenus dans sa région dans les années 1990, le Ministre a rappelé que 9925 personnes étaient toujours portées disparues et que la Serbie accueillait le plus grand nombre de personnes déplacées en Europe. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), a précisé M. Selakovic, sur un total de 201 284 personnes déplacées à l'intérieur du pays, seules 7% ont été enregistrées comme rapatriées. Il s'agit de personnes de nationalité serbe et d'autres nationalités non albanaises, qui ont été forcées de quitter leur foyer au Kosovo et en Metohija.

Conformément à la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité des Nations Unies, assurer des conditions durables pour le retour des personnes déplacées au Kosovo-Metohija est la responsabilité première de la présence internationale et des institutions provisoires d'administration autonome, a ajouté le Ministre serbe. Poursuivant son propos, M. Selakovic a rappelé que son pays se situait sur la route migratoire des Balkans et qu’à cet égard, une approche humaine, fondée sur le principe de non-discrimination, a été adoptée par la Serbie pour garantir la protection internationale à ces personnes.

M. Nicu Popescu, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères et de l’intégration européenne de la République de Moldova, a d’emblée fait remarquer que cette session du Conseil des droits de l’homme était profondément marquée par les événements sans précédent qui se produisent en Ukraine et dans les environs. La République de Moldova s’est jointe à la communauté internationale pour condamner avec la plus grande fermeté l’acte de guerre que la Fédération de Russie a lancé contre l’Ukraine. Cet acte ne représente pas seulement une attaque contre l’Ukraine, mais constitue également une violation du droit international et une violation grave des documents et principes fondamentaux sur lesquels reposent l’Organisation des Nations Unies et l’ordre international, a dénoncé le Ministre. La République de Moldova réaffirme son soutien ferme et indéfectible à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, a déclaré M. Popescu. Tout en étant un pays neutre, la République de Moldova réitère son appel à la Fédération de Russie pour qu’elle cesse immédiatement de recourir à la force militaire et qu’elle reprenne la voie de la diplomatie, du dialogue et de la coopération, en tant que seuls outils pour assurer la paix et la stabilité sur le continent tout en préservant l’atout le plus précieux : l’être humain.

La crise de la COVID-19 a démontré que grâce à des efforts, des connaissances et une détermination combinés, il est possible de développer en un temps record des remèdes indispensables pour sauver des vies, a poursuivi le Ministre, exprimant l’espoir qu’une approche similaire pourrait être appliquée à tous les défis auxquels le monde est actuellement confronté. Le Ministre a ensuite mis en évidence un certain nombre de questions liées à l’agenda des droits de l’homme en République de Moldova, notamment l’adoption d’un plan ambitieux visant à élaborer et à mettre en œuvre la réforme du secteur de la justice, à lutter contre la corruption et à assurer l’équilibre entre la dignité humaine et les mesures de protection.

Le Ministre a ensuite attiré l’attention du Conseil sur la question du conflit prolongé dans la région de Transnistrie de la République de Moldova et la grave situation des droits de l’homme dans cette région. Au cours de l’année écoulée, il y a eu une tendance alarmante de cas de persécution et de privation de liberté de personnes critiquant l’administration de Tiraspol, a indiqué M. Popescu. La situation de la plupart des personnes détenues reste inconnue, notamment pour ce qui a trait à leurs conditions de détention, à leur état de santé ou aux accusations portées à leur encontre. Le Ministre a réitéré l’appel de la République de Moldova à la communauté internationale pour qu’elle dénonce les violations des droits de l’homme dans la région [de Transnistrie].

M. DON PRAMUDWINAI, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de la Thaïlande, a souhaité partager quelques réflexions sur la pandémie de COVID-19 qui, a-t-il observé, met à nu les failles sociales en plus d’avoir des impacts inégaux sur divers groupes de personnes. Premièrement, la pandémie souligne la nécessité pour la communauté internationale de coopérer de manière « constructive » à l'éradication de la pauvreté, à la lutte contre les inégalités et à la lutte contre la discrimination, la violence et l'exclusion sous toutes leurs formes, en mettant notamment en œuvre le Programme de développement durable à l'horizon 2030 qui appelle à une inclusion sociale « qui ne laisse personne de côté ». En second lieu, pour faire face aux impacts de la pandémie, les États doivent faire preuve de créativité dans leurs investissements dans la protection sociale, le défi le plus difficile étant de rendre ces programmes durables : pour répondre à ce défi des milliards de dollars et une coopération multilatérale seront nécessaires. Par ailleurs, du fait que l’espace numérique expose aux risques de désinformation, la communauté internationale a besoin d'une approche plus équilibrée entre la surveillance et l'accès à l'information – une approche qui devrait être mise en œuvre conformément au droit international des droits de l'homme.

La Thaïlande continue de plaider en faveur de la coopération technique et du renforcement des capacités dans la promotion et la protection des droits de l'homme. Elle attend avec impatience l'adoption du rapport issu de son dernier EPU et se félicite de l'introduction d’une base de données nationale pour le suivi des recommandations, a indiqué le Ministre.

Le Ministre a par ailleurs dit être « gravement » préoccupée par les conflits armés dans de nombreuses régions du monde, y compris en Ukraine. La Thaïlande souligne « le besoin critique » d'engagements pour un dialogue pacifique, de manière à éviter toute action qui aggravera davantage la situation et pourrait conduire à de graves crises humanitaires.

M. ALAN GANOO, Ministre des affaires étrangères, de l'intégration régionale et du commerce international de la République de Maurice, a attiré l’attention sur « le processus de décolonisation incomplet de l'île Maurice » et a déploré que, malgré l’avis consultatif de la Cour internationale de justice, la « puissance coloniale n’ait toujours pas mis fin à son administration coloniale sur l’archipel des Chagos ». Le Gouvernement mauricien considère que les Mauriciens d'origine chagossienne ont été lésés et méritent pleinement d'être réhabilités. M. Ganoo a ajouté que son pays attendait avec intérêt les discussions sur cette question qui se tiendront lors de la session du Conseil des droits de l’homme en septembre prochain. Il a souhaité que ces discussions aboutissent à “une feuille de route concrète traçant la voie à suivre pour une libération totale des chaînes du colonialisme”.

M. Ganoo a par ailleurs mis l’accent sur les changements climatiques qui impactent particulièrement les petits pays insulaires en développement (PIED) comme Maurice. La récente éruption volcanique à Tonga et le tsunami qui s’en est suivi témoignent de notre impuissance face aux catastrophes naturelles, a-t-il souligné. Il a indiqué qu’au cours de cette session, les Maldives et Maurice allaient présenter un projet de résolution en vue d’accroître les activités de renforcement des capacités des pays les moins avancés (PMA) et des PEID. Enfin, concluant son propos, le Ministre a précisé que son pays allait contribuer à hauteur de dix mille dollars au Fonds d’affectation spéciale constitué à la demande de Maurice en 2011.

Mme Sophie Wilmes, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères, des affaires européennes et du commerce extérieur et des institutions culturelles fédérales de la Belgique, a rappelé que l’agression militaire de la Fédération de Russie contre l’Ukraine constitue une violation flagrante du droit international et de la Charte des Nations Unies. Cette violation des principes fondamentaux de l’Organisation concerne tout le monde et ne peut pas rester sans réponse, a-t-elle déclaré. Cette agression a des conséquences désastreuses pour la population civile, à travers le non-respect du droit international humanitaire et des droits humains, a-t-elle insisté.

Mme Wilmes a ensuite déploré que certains cherchent à relativiser les droits humains en expliquant qu’ils ne s’ajustent pas à leurs traditions, ou qu’ils correspondent à un agenda occidental, alors que d’autres préfèrent instrumentaliser les droits humains ou les appliquer de façon sélective. Ni le relativisme culturel, ni la souveraineté nationale ne peuvent être utilisés pour priver certains citoyens d’un pays ou d’une région de leurs droits, qu'ils soient civils et politiques, ou encore économiques et sociaux, a déclaré la Ministre belge des affaires étrangères.

Les principes d’égalité et de non-discrimination sont au cœur des droits humains, a expliqué Mme Wilmes. Beaucoup de progrès ont déjà été réalisés pour réduire les discriminations, mais l’égalité des genres reste le plus grand défi du monde en matière de droits humains : les droits des femmes et des filles sont loin d’être respectés dans de nombreux endroits du monde, a souligné la Ministre. Il en va de même des discriminations fondées sur l’origine ethnique ou la religion. Il faut continuer à unir nos efforts pour vaincre le fléau du racisme qui remet en question l’égalité fondamentale de tous les êtres humains, a plaidé Mme Wilmes.

La Belgique s’est toujours activement engagée en faveur de la promotion et de la protection des droits humains par la voie du multilatéralisme, a déclaré la Ministre, avant d’annoncer qu’afin de pouvoir poursuivre sur cette voie, le pays a décidé de présenter sa candidature pour devenir membre du Conseil des droits de l'homme pour la période 2023-2025.

M. ARARAT MIRZOYAN, Ministre des affaires étrangères de l’Arménie, a déclaré qu’« avec tant de crises (…) dans le monde entier, les droits de l'homme des personnes en situation de conflit devraient faire l'objet d'une attention particulière de la part du Conseil des droits de l'homme et de ses procédures spéciales ». Après « les difficultés et la crise politique qui ont suivi la guerre de 44 jours déclenchée par l'Azerbaïdjan », a-t-il poursuivi, des élections législatives anticipées ont été organisées, au cours desquelles le peuple arménien a reconfirmé ses engagements et son attachement aux valeurs de la démocratie et des droits de l'homme. « Le droit à l'autodétermination a été l'un des principaux objectifs des Nations Unies ; le recours à la force contre ce droit peut déclencher toute une chaîne de violations des droits de l'homme, y compris des atrocités de masse et un nettoyage ethnique », a mis en garde le Ministre, avant d’affirmer que « c'est ce que nous avons observé pendant et après la guerre lancée par l'Azerbaïdjan contre le peuple du Haut-Karabakh en 2020 ». Le Ministre a appelé la communauté internationale à assumer la responsabilité de garantir un accès inconditionnel à l'ensemble du territoire du Haut-Karabakh.

Outre le Haut-Karabakh, « l'Azerbaïdjan poursuit sa politique de violation des droits de l'homme dans les zones frontalières de la République d'Arménie », a dénoncé le Ministre arménien, avant d’exiger que la population du Haut-Karabakh ne fasse pas l'objet de discriminations en raison de son origine, de sa langue, de sa religion, de ses opinions politiques ou autres, de son origine nationale ou de tout autre statut.

« Ce n'est qu'en abordant d'urgence ces questions que nous pourrons assurer la stabilité, la paix, la justice et la protection des droits de l'homme universels dans notre région », a conclu le Ministre.

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