La stérilisation des moustiques : une nouvelle solution pour lutter contre le chikungunya, la dengue et la maladie à virus Zika

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from World Health Organization
Published on 14 Nov 2019 View Original

Une technique de stérilisation des moustiques mâles par irradiation sera bientôt mise à l’essai dans le cadre des efforts mondiaux de lutte contre des maladies telles que le chikungunya, la dengue et la maladie à virus Zika.

La technique de l’insecte stérile (TIS) est une forme de contrôle des naissances d’insectes. Le processus consiste à élever de grandes quantités de moustiques mâles stérilisés dans des installations spécialisées, puis à les relâcher pour qu’ils s’accouplent avec des femelles dans la nature. Comme celles-ci ne donnent naissance à aucune progéniture, la population d’insectes diminue avec le temps.

Le Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales (TDR) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), en partenariat avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ont élaboré un document d’orientation pour les pays ayant exprimé le souhait de tester la technique de l’insecte stérile pour les moustiques du genre Aedes.

La moitié de la population mondiale est menacée par la dengue

« La moitié de la population mondiale est aujourd’hui menacée par la dengue », déplore la D

re Soumya Swaminathan, Scientifique en chef à l’OMS. « Et malgré tous les efforts que nous déployons, c’est insuffisant. Nous avons désespérément besoin de nouvelles approches, et cette initiative est à la fois prometteuse et passionnante ».

Au cours des dernières décennies, l’incidence de la dengue a augmenté de façon spectaculaire en raison des changements environnementaux, de l’urbanisation non réglementée, des transports et des déplacements, ainsi que de l’insuffisance des outils de lutte antivectorielle durable et de leur mise en œuvre.

Des flambées de dengue ont actuellement lieu dans plusieurs pays, en particulier du sous-continent indien. Le Bangladesh est ainsi confronté à la pire flambée de dengue depuis sa première épidémie enregistrée en 2000. Dans ce pays d’Asie du Sud, le nombre de cas augmente depuis janvier 2019 et dépasse aujourd’hui les 92 000, avec, ces dernières semaines, plus de 1500 nouveaux patients admis chaque jour dans les hôpitaux. Et le Bangladesh est l’un des pays à s’intéresser à la technique de l’insecte stérile.

Les maladies transmises par les moustiques, comme le paludisme, la dengue, la maladie à virus Zika, le chikungunya et la fièvre jaune, représentent environ 17 % des maladies infectieuses dans le monde, faisant plus de 700 000 victimes chaque année et causant des souffrances à un nombre de personnes plus important encore. La flambée d’infection à virus Zika au Brésil en 2015 était liée à une augmentation du nombre de nouveau-nés atteints de microcéphalie.

Une technique efficace contre les insectes attaquant les cultures et le bétail

La technique de l’insecte stérile a d’abord été mise au point par le Ministère de l’agriculture des États-Unis d’Amérique et a été utilisée avec succès pour cibler les insectes ravageurs qui attaquent les cultures et le bétail, comme la mouche méditerranéenne des fruits et la lucilie bouchère. Elle est actuellement utilisée dans le secteur agricole sur tous les continents.

Les lignes directrices sur l’utilisation de cette technique pour lutter contre les maladies chez l’être humain recommandent l’adoption d’une approche progressive qui laisse le temps de tester l’efficacité des insectes stérilisés. Des indicateurs épidémiologiques permettent de suivre l’impact de la méthode sur la transmission de la maladie. Ces lignes directrices fournissent également des recommandations sur la production de masse de moustiques stériles, la participation des pouvoirs publics et des communautés, la mesure de l’impact de la technique et l’évaluation du rapport coût-efficacité.

« Les pays fortement touchés par la dengue et la maladie à virus Zika ont manifesté leur volonté de tester cette technologie car elle peut aider à éliminer les moustiques qui développent une résistance aux insecticides, qui ont eux aussi un impact délétère sur l’environnement », explique Florence Fouque, scientifique au TDR.

La collaboration englobe des plans destinés à appuyer trois équipes multinationales d’institutions de recherche, d’agences de lutte antivectorielle et d’acteurs de santé publique qui testeront la technique de l’insecte stérile contre les moustiques du genre Aedes.

Pour Jérémy Bouyer, entomologiste médical à la Division conjointe FAO/AIEA sur les techniques nucléaires dans l’alimentation et l’agriculture, « l’utilisation de la technique de l’insecte stérile dans le secteur agricole au cours des 60 dernières années a montré qu’il s’agit d’une méthode sûre et efficace. Nous sommes ravis de collaborer avec le TDR et l’OMS pour faire bénéficier le secteur de la santé de cette technologie afin de combattre les maladies humaines ».

Note aux rédactions

Le Programme spécial de recherche et de formation concernant les maladies tropicales (TDR) est un programme mondial de collaboration scientifique qui contribue à faciliter, soutenir et influencer les efforts de lutte contre les maladies de la pauvreté. Il est coparrainé par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).