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La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2020: Relever le défi de l’eau dans l’agriculture

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MESSAGES PRINCIPAUX

  • La réalisation des objectifs de développement durable se heurte à un défi considérable: 3,2 milliards de personnes vivent dans des régions agricoles qui connaissent une rareté de l’eau ou des pénuries d’un degré élevé à très élevé, et parmi elles 1,2 milliard de personnes – soit environ un sixième de la population mondiale – vivent dans des régions agricoles gravement touchées par des contraintes hydriques.

  • L’accroissement démographique est un facteur déterminant de la rareté de l’eau du fait qu’il crée une demande accrue, qui pèse sur cette précieuse ressource naturelle. En conséquence, le volume annuel des ressources en eau disponibles par personne a diminué de plus de 20 pour cent au cours de ces vingt dernières années.

  • Le développement socio-économique est un autre facteur important de l’augmentation de la demande d’eau. Il contribue en effet à ce que les habitudes alimentaires évoluent vers des denrées dont la production exige plus d’eau (notamment la viande et les produits laitiers). L’adoption d’une alimentation saine prenant en compte des considérations de durabilité au niveau du système alimentaire peut permettre de réduire la consommation d’eau liée à l’alimentation.

  • La concurrence accrue dont l’eau fait l’objet et les effets du changement climatique créent des tensions et des conflits entre les parties prenantes, exacerbant par là même les inégalités dans l’accès à l’eau, en particulier pour les populations vulnérables et notamment les pauvres des zones rurales, les femmes et les populations autochtones.

  • À dix ans de l’échéance de 2030, les premières estimations concernant l’indicateur 6.4.2 des ODD, qui concerne le stress hydrique, et la persistance de pénuries d’eau dans l’agriculture pluviale, donnent à penser qu’assurer une gestion durable de l’eau pour tous demeure un défi. La question de l’eau étant étroitement liée à plusieurs autres ODD, le moindre n’étant pas l’objectif Faim zéro, bien gérer des ressources en eau rares constituera un élément critique de leur pleine réalisation.

  • Il est encore possible de réussir, mais seulement si on assure une utilisation plus durable et plus productive de l’eau douce et de l’eau de pluie dans l’agriculture, secteur qui est le plus gros utilisateur d’eau dans le monde, à raison de plus de 70 pour cent des prélèvements d’eau au niveau mondial.

  • Utiliser l’eau de manière plus durable dans le secteur agricole, cela signifiera garantir les débits écologiques nécessaires au maintien des fonctions des écosystèmes, qui sont souvent négligés – on estime qu’à l’heure actuelle 41 pour cent de l’eau d’irrigation dans le monde est utilisée aux dépens des besoins de l’environnement. Il faudra réduire les prélèvements et améliorer l’efficience d’utilisation de l’eau dans les bassins versants où les débits écologiques ne sont pas assurés.

  • La comptabilité et l’audit de l’eau, qui sont rarement faits, doivent donc constituer le point de départ de toute stratégie qui se veut efficace dans la lutte contre la pénurie d’eau et les situations de rareté de l’eau. Le recueil récemment publié par la FAO sur la question offre un bon point de départ pour tous ceux qui souhaitent mettre en place ces pratiques.

  • Les producteurs – dont beaucoup sont de petits agriculteurs – qui exploitent les 128 millions d’hectares (soit 11 pour cent) de terres agricoles pluviales touchées par des sécheresses récurrentes peuvent tirer un grand parti des techniques de collecte et de conservation de l’eau. D’après une estimation, ces techniques pourraient permettre d’augmenter la production de l’agriculture pluviale, mesurée en kilocalories, de 24 pour cent, voire de 40 pour cent si elles se doublent d’une expansion de l’irrigation.

  • S’agissant des éleveurs, qui évoluent sur 656 millions d’hectares (soit 14 pour cent) de pâturages touchés par la sécheresse, il existe tout un ensemble de mesures concrètes susceptibles de modérer les effets de la sécheresse et d’améliorer la productivité de l’eau. Nombre de ces mesures sont indirectement liées à l’eau, notamment la lutte contre les maladies, la santé animale, la gestion de l’alimentation des animaux et de l’eau d’abreuvage, ou encore la mobilité et la stratification de la production, qui visent à réduire la pression sur les pâturages dans les zones arides.

  • En ce qui concerne les 171 millions d’hectares (soit 62 pour cent) de terres irriguées soumises à un stress hydrique élevé ou très élevé, la priorité doit être donnée aux pratiques qui incitent à accroître la productivité de l’eau – remise en état et modernisation des infrastructures d’irrigation et adoption de technologies innovantes, notamment. À cela il faut ajouter une meilleure gouvernance de l’eau afin de garantir une allocation des ressources en eau et un accès à l’eau équitables, et les débits écologiques voulus. En Afrique subsaharienne, la superficie des zones irriguées devrait au moins doubler d’ici à 2050 et ainsi profiter à des millions de petits agriculteurs.