La nutrition, l’affaire de tous

INTRODUCTION

Dans sa stratégie « Nutrition dans les pays en développement » de 2010, la France s’engageait à mettre en place un « portefeuille d’actions agissant en synergie sur les causes immédiates, sous-jacentes et fondamentales» de la sous-nutrition. Ce document d’orientation stratégique (le « DOS Nutrition ») tirait ainsi les leçons de décennies de recherche internationale, en faisant de la multisectorialité la clé de voute de la lutte contre la sous-nutrition, mais sans pour autant en donner véritablement le mode d’emploi ni les outils nécessaires à sa mise en œuvre.

De fait, en dépit du positionnement réitéré de la France en faveur d’une approche multisectorielle de la sous-nutrition (notamment par le soutien à la politique européenne en nutrition de 2013, qui en fait son principe d’action et au mouvement Scaling Up Nutrition), encore peu d’acteurs français se sont emparés de cette problématique.

Pourquoi ? Faute d’un réel soutien politique, de moyens financiers adéquats, mais faute aussi de savoir comment s’y attaquer.

Ce rapport ambitionne donc d’apporter un ensemble (non-exhaustif1 ) de pistes concrètes d’actions permettant de renforcer les synergies entre secteurs et d’accroitre l’impact nutritionnel des programmes menés dans divers domaines : santé, sécurité alimentaire, accès à l’eau-hygiène assainissement, éducation-formation. Il vise également à montrer comment l’égalité des genres et la lutte contre le changement climatique, thématiques transversales dont la France a fait une priorité, peuvent et doivent contribuer à faire reculer la sous-nutrition.

Quatre ans après l’adoption du DOS Nutrition, en effet, le bilan est modeste :

  • La lutte contre la sous-nutrition est la grande oubliée des politiques de développement françaises: les programmes visant à y contribuer ont compté en 2012 pour moins de 2% du montant de l’APD française (Aide Publique au Développement)2 , alors qu’une part significative des quelque 9 milliards d’euros annuels consacrés au développement pourrait, si elle était mieux orientée, contribuer à lutter contre ce fléau

  • La dimension multi-sectorielle de la nutrition, pourtant promue dans plusieurs documents de cadrage, n’est pas mise en œuvre : peu de programmes l’intègrent, faute d’instances de suivi, de plans d’action réels et d’indicateurs de résultats cohérents.

  • En consacrant l’essentiel de son aide à la nutrition sur des programmes d’aide alimentaire, la France néglige d’autres interventions ayant prouvé leur efficacité.

  • Ce faisant, elle limite également son champ d’action à la réponse aux crises, alors que la plupart des cas de sous-nutrition interviennent hors contexte d’urgence. Elle nuit ainsi à l’efficacité de son action, comme aux impératifs d’un développement durable.