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La Commission de la condition de la femme achève sa session par des conclusions concertées sur tous les aspects de la vie des femmes rurales

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FEM/2145

Conseil économique et social
Commission de la condition de la femme
Soixante-deuxième session, 13e séance – après-midi

« Nous avons devant nous des résultats formidables pour toutes les femmes rurales », s’est exclamée la Présidente de la Commission de la condition de la femme en clôturant la soixante-deuxième session de cet organe subsidiaire du Conseil économique et social (ECOSOC), parlant d’« une journée à marquer d’une pierre blanche ».

Un peu plus tôt, dans la matinée, Mme Geraldine Byrne Nason, qui est la Représentante permanente de l’Irlande auprès des Nations Unies, avait toutefois indiqué que les délégations avaient discuté jusqu’à 5 heures du matin sur les conclusions concertées de la session, qui ont finalement été adoptées dans l’après-midi après d’âpres négociations.

La Commission a ainsi achevé les travaux de sa session pour 2018, tenue du 12 au 23 mars sous le thème prioritaire « Problèmes à régler et possibilités à exploiter pour parvenir à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles en milieu rural », et avec, en toile de fond, l’exigence de la mise en œuvre de l’objectif 5 de développement durable, « Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles ».

En fin de compte, le consensus a prévalu et les conclusions concertées sur le thème prioritaire ont été adoptées (E/CN.6/2018/L.8*) sous des applaudissements nourris à l’endroit du facilitateur et Vice-Président de la Commission, M. Mauricio Carabali Baquero, de la Colombie. Ce texte recommande une série de mesures et engagements afin de guider les actions de la communauté internationale en vue de parvenir à l’autonomisation des femmes et à l’égalité entre les sexes d’ici à 2030.

La Directrice exécutive d’ONU-Femmes, Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, a salué ces conclusions concertées qui « touchent à tous les aspects de la vie des femmes rurales ». « Il est temps de mettre fin à toutes les inégalités liées au sexe », a-t-elle martelé, tout en insistant pour une plus grande présence des jeunes dans les délégations des États pour les futures sessions.

Au nom du Groupe des États d’Afrique, le représentant de la Gambie s’est félicité de l’accent que met ce document sur la question des pratiques agricoles durables, soulignant que celles-ci sont importantes non seulement pour appuyer le développement économique mais aussi pour éliminer la pauvreté, la faim et la malnutrition. Il a aussi salué le fait que les conclusions prônent l’accès à une éducation de qualité pour autonomiser les femmes et les filles rurales, notamment en abordant la nécessité d’établir des perspectives d’apprentissage pour les filles qui pourraient être contraintes d’être déscolarisées.

El Salvador, au nom de plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes, a regretté que le texte ne prenne pas en considération la situation des femmes migrantes, la question de la parité politique, ainsi que la question de l’accès à la justice des femmes rurales et les liens entre la sécurité alimentaire et l’eau potable, entre autres. En outre le libellé sur la violence contre les femmes n’est pas assez ferme, a-t-il estimé, et la Commission n’a pas examiné suffisamment de près le problème des grossesses précoces dont le taux est plus élevé en zones rurales qu’en zones urbaines. Il a aussi plaidé pour une plus grande responsabilité sociale des entreprises qui opèrent dans les zones rurales, notant que leurs activités peuvent avoir un impact direct sur la situation des femmes.

Intervenant ensuite en sa capacité nationale, le délégué a fait part de son « désarroi » en constatant que le lien entre les femmes migrantes et le thème prioritaire de la session, à savoir les femmes rurales, n’ait pu être inclus dans le texte à cause d’un État qui a pourtant une grande histoire en matière d’immigration.

Faisant part de sa consternation et de son désarroi, l’Inde a alors indiqué qu’au cours des négociations sa délégation avait souhaité mettre l’accent sur la migration sûre et raisonnable des femmes, sans vouloir préjuger de l’aboutissement du futur pacte mondial pour des migrations qui est en cours de négociation.

Pour leur part, le Royaume-Uni, au nom de l’Union européenne, ainsi que le Liban auraient souhaité que certains paragraphes emploient des termes plus fermes.

À l’instar des États-Unis, le Bahreïn, au nom du Groupe des États arabes, a insisté sur l’importance de respecter le principe de salaire égal à travail égal. Cet État a aussi estimé que le texte aurait dû contenir un libellé précis sur le rôle de la famille. Il a en outre regretté la présence de terminologies controversées eu égard aux droits sexuels et reproductifs. L’Arabie saoudite a rejoint cette position, disant rejeter en outre des termes comme « santé sexuelle », « droit à la reproduction », et « orientation sexuelle ». Ces termes polémiques ne font pas l’objet d’un consensus, la question de l’orientation sexuelle allant de surcroît à l’encontre du cadre législatif de nombreux États, a renchéri le Soudan, tandis que la Mauritanie a signalé que ces « termes polémiques » font entrave à la charia islamique.

Le Saint-Siège, qui a également émis des réserves sur les paragraphes portant sur la santé reproductive et sexuelle et sur l’éducation en la matière, au motif que ces questions ne sont pas consensuelles, a en outre estimé que le genre n’est pas un concept social.

De son côté, le Maroc s’est félicité du libellé sur les effets des changements climatiques qui affectent de manière disproportionnée les femmes et les filles. La Papouasie-Nouvelle-Guinée, qui s’exprimait au nom du Forum des îles du Pacifique, a salué l’appel à l’établissement de partenariats avec les hommes et les garçons.

En cette fin de session, la Commission a aussi adopté plusieurs autres textes. Elle a d’abord adopté trois projets de résolution qu’elle transmet à l’ECOSOC pour approbation, dont l’un (E/CN.6/2018/L.7) qui recommande à l’Assemblée générale de tenir une réunion de haut niveau d’une journée en septembre 2020, en marge du débat général de sa soixante-quinzième session, pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes qui a eu lieu à Beijing en 1995.

Un deuxième texte (E/CN.6/2018/L.6) soumis à l’ECOSOC, portant sur l’organisation des travaux et les méthodes de travail futures de la Commission de la condition de la femme, prévoit que la Commission entreprenne, à sa soixante-quatrième session en 2020, un examen et une évaluation de la mise en œuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing et des textes issus de la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale. La Commission se prononcerait aussi en 2020 sur son programme de travail pluriannuel pour 2021 et au-delà.

Le troisième projet de résolution soumis à l’ECOSOC concerne « la situation des Palestiniennes et l’aide à leur apporter » (E/CN.6/2018/L.3), un projet adopté par 30 voix en faveur, 4 voix contre (Canada, Guatemala, Israël et Royaume-Uni) et 11 abstentions, après sa présentation par la délégation de l’Égypte, au nom du Groupe des 77 et de la Chine (G77). L’ECOSOC, s’il entérine ce texte, demandera que la communauté internationale continue de fournir l’assistance et les services dont les Palestiniennes ont un besoin urgent. Il demandera à Israël de faciliter le retour chez eux de toutes les femmes et de tous les enfants palestiniens réfugiés et déplacés et le recouvrement de leurs biens, conformément aux résolutions de l’ONU sur la question.

Le Royaume-Uni a indiqué ne pas accepter « les discriminations que véhicule ce texte qui cible un État, Israël ». Pour lui, le projet de résolution ne présente malheureusement pas la situation des femmes palestiniennes qui sont victimes de nombreux obstacles socioculturels. Il a dénoncé la politisation de ce texte, rejoint en cela par la déléguée d’Israël qui avait demandé le vote. Elle a cité des rapports du Secrétaire général qui démontrent à son avis que les problèmes des Palestiniennes sont inhérents à leur propre société.

Pour la déléguée des États-Unis, ce texte résulte d’« un parti pris anti-israélien au sein de l’ONU ». Elle a invité la Commission à se focaliser sur son rôle, avant d’accuser le Hamas de violer les droits des femmes. Autre opposant au texte, parce qu’il l’a jugé « unilatéral », le Canada a estimé de surcroît qu’il ne contribuait pas à la recherche de la solution des deux États.

La représentante de l’Estonie, parlant également au nom de l’Irlande, de la Belgique et de l’Espagne, a justifié leur abstention par le fait que l’Union européenne (UE) n’avait pas été associée à l’élaboration du texte. Elle a du reste estimé que les résolutions ciblant des pays donnés ne sont pas du ressort de cette instance. De son côté, la déléguée du Brésil a invité la Commission à continuer d’aborder cette question de manière équilibrée.

L’observatrice de l’État de Palestine a pour sa part accusé Israël de vouloir détourner l’attention de la Commission en évitant de parler de l’occupation qui a détruit le tissu social palestinien. Elle a reconnu que les Palestiniennes font face aux défis que partagent d’autres femmes du monde, mais a souligné qu’ils ont été exacerbés par l’occupation.

La Commission a ensuite également adopté, sans vote, deux résolutions propres à elle-même. La première, présentée par l’Azerbaïdjan et le Bélarus, se penche sur la question de la « libération des femmes et des enfants pris en otage lors des conflits armés, y compris de ceux qui sont emprisonnés ultérieurement » (E/CN.6/2018/L.4), alors qu’il y a deux jours à peine étaient libérées une centaine d’écolières enlevées récemment par des insurgés présumés de Boko Haram au Nigéria. Dans ce texte, la Commission condamne tous les actes de violence dirigés contre la population civile en tant que telle, et demande que des mesures concrètes soient prises pour y remédier, en particulier pour obtenir la libération immédiate des femmes et des enfants pris en otage en période de conflit armé.

Deuxième et dernière résolution adoptée par la Commission elle-même, le texte intitulé « Les femmes et les filles face au VIH et au sida » (E/CN.6/2018/L.5) a été adopté sans vote, tel qu’amendé oralement, après sa présentation par l’Afrique du Sud, au nom des 14 États membres de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Par ce texte, la Commission réaffirme sa détermination constante à respecter les engagements pris dans la résolution 60/2 de l’Assemblée générale et exhorte les États Membres à en accélérer la concrétisation. Cette résolution de l’Assemblée générale du 6 octobre 2005, relative aux « politiques et programmes mobilisant les jeunes », prévoit d’ajouter la question de « la propagation spectaculaire de l’incidence de l’infection à VIH parmi les jeunes et l’influence de cette épidémie sur leur vie » en tant que nouveaux domaines prioritaires de l’application du Programme d’action mondial pour la jeunesse à l’horizon 2000 et au-delà.

Après l’adoption du texte, la représentante des États-Unis a appelé à des financements pour agir contre cette pandémie, insistant sur le fait que cette résolution ne modifie pas le droit international coutumier et n’implique pas des obligations nouvelles pour des États relativement à des accords auxquels ils ne seraient pas parties.

La Commission a aussi adopté son ordre du jour provisoire et la documentation de sa soixante-troisième session (E/CN.6/2018/L.2), laquelle aura comme thème prioritaire « les systèmes de protection sociale, l’accès aux services publics et les infrastructures durables au service de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes et des filles ».

Elle a ensuite adopté son rapport (E/CN.6/2018/L.1) sur les travaux de la session qui vient de s’achever, dont la Rapporteure, Mme Koki Muli Grignon (Kenya), en a fait la présentation. Elle a également pris note d’une douzaine de rapports, des résumés des tables rondes de la session et d’autres documents*, y compris celui dans lequel figurent les résolutions et décisions adoptées par sa Commission de la communication.

Enfin, la Commission a ouvert brièvement les travaux de sa soixante-troisième session pour élire, par acclamation son bureau qui sera constitué des mêmes membres: Mme Geraldine Byrne Nason (Irlande) à la présidence, et Mme Rena Tasuja (Estonie), M. Mauricio Carabali Baquero (Colombie) et Mme Koki Muli Grignon (Kenya) à la vice-présidence. En outre, la Commission a élu la Belgique et la Fédération Russie à sa Commission de la communication, dont les autres membres seront élus ultérieurement.

*Les conclusions concertées ont été adoptées exclusivement dans leur version en anglais

**E/CN.6/2018/2, E/CN.6/2018/3, E/CN.6/2018/4, E/CN.6/2018/8/Corr.1, A/HRC/38/3–E/CN.6/2018/9, E/CN.6/2018/12, E/CN.6/2018/13, E/CN.6/2018/14, E/CN.6/2018/15, E/CN.6/2018/16, E/CN.6/2018/17, E/CN.6/2018/18 et E/CN.6/2018/19

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