L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde : renforcer la résilience face aux changements climatiques pour la sécurité alimentaire et la nutrition

MESSAGES CLÉS

  • Les données les plus récentes confirment une progression de la faim dans le monde, alors que celle-ci avait longtemps reculé, et donc une inversion de la tendance.
    En 2017, le nombre de personnes sous-alimentées s’établissait, d’après les estimations, à 821 millions – soit environ une personne sur neuf dans le monde.

  • Le retard de croissance chez les enfants continue de reculer à l’échelon mondial, mais il reste cependant à un taux inacceptable. En 2017, près de 151 millions d’enfants de moins de cinq ans (soit plus de 22 pour cent) présentaient un retard de croissance.

  • L’émaciation continue de toucher plus de 50 millions d’enfants de moins de cinq ans dans le monde, des enfants chez qui on constate des taux de morbidité et de mortalité plus élevés. Par ailleurs, plus de 38 millions d’enfants de moins de cinq ans sont en excédent pondéral.

  • L’obésité parmi les adultes s’aggrave et plus d’un adulte sur huit dans le monde est obèse, soit plus de 672 millions de personnes. Par ailleurs, la dénutrition, l’excès pondéral et l’obésité coexistent dans de nombreux pays.

  • L’insécurité alimentaire contribue au surpoids et à l’obésité ainsi qu’à la dénutrition, et des taux élevés de ces formes de malnutrition coexistent dans de nombreux pays. Le coût des aliments nutritifs, plus chers que les autres, le stress causé par l’insécurité alimentaire et les adaptations physiologiques aux restrictions alimentaires expliquent aussi que les familles qui vivent dans l’insécurité sur le plan alimentaire puissent être plus exposées au risque d’excédent pondéral et d’obésité.

  • Les difficultés d’accès à la nourriture augmentent le risque de mettre au monde des enfants d’un poids insuffisant et le risque de retard de croissance, éléments qui sont liés à des risques ultérieurs plus importants de surpoids et d’obésité.

  • On constate que l’exposition à des extrêmes climatiques plus complexes, plus fréquents et plus intenses menace d’éroder les progrès réalisés dans la lutte contre la faim et la malnutrition, voire d’inverser la tendance.

  • Outre les conflits, la variabilité du climat et les extrêmes climatiques figurent parmi les facteurs clés de la récente recrudescence de la faim dans le monde et sont l’une des causes principales des graves crises alimentaires. Les effets cumulés du changement climatique sont préjudiciables à toutes les dimensions de la sécurité alimentaire (disponibilité, accès, utilisation et stabilité).

  • La nutrition est très sensible aux changements climatiques et paie un lourd tribut: diminution de la qualité des nutriments et de la diversité des aliments produits et consommés; effets sur l’eau et l’assainissement; profils de risque sanitaire et de maladies; répercussions sur les soins aux mères et aux enfants et sur l’allaitement au sein.

  • Nous devons agir rapidement et à une plus grande échelle afin d’accroître la résilience et la capacité d’adaptation des systèmes alimentaires, des moyens d’existence et de la nutrition face à la variabilité du climat et aux extrêmes climatiques.

  • Pour remédier au problème, il faut développer les partenariats et les financements pluriannuels de grande ampleur en faveur de programmes de réduction et de gestion des risques de catastrophe et d’adaptation au changement climatique qui s’inscrivent dans une vision à court, moyen et long termes.

  • Les signes d’une progression croissante de l’insécurité alimentaire et la forte prévalence de différentes formes de malnutrition constituent un avertissement clair: il reste encore beaucoup à faire, et il est urgent d’agir pour que «personne ne soit laissé pour compte» sur le chemin de la réalisation des ODD sur la sécurité alimentaire et la nutrition.

RÉSUMÉ

FAIRE PROGRESSER LE SUIVI DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ET DE LA NUTRITION DANS LE CONTEXTE DU PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT DURABLE À L’HORIZON 2030

L’édition 2017 de L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde a marqué le début d’une nouvelle ère dans le suivi des progrès accomplis, dans le cadre du Programme 2030, vers un monde libéré de la faim et de la malnutrition sous toutes ses formes. Résoudre le problème de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition sous toutes ses formes est l’un des principaux volets du deuxième objectif de développement durable (ODD 2) contenu dans le Programme 2030 – faire en sorte que chacun ait accès à une alimentation saine, nutritive et suffisante (cible 2.1) et éliminer la malnutrition sous toutes ses formes (cible 2.2). L’ODD 2 dépend lui-même en grande partie des autres objectifs du Programme 2030, et il y contribue: élimination de la pauvreté; santé, éducation, égalité des sexes et accès à une eau propre et à des installations sanitaires; travail décent; réduction des inégalités; paix et justice, pour n’en citer que quelques-uns.

Cette vision que propose le Programme 2030 et qui suppose des changements profonds impose de nouvelles manières de penser, de faire et de mesurer. Prenons l’exemple de l’épidémie mondiale d’obésité: elle progresse dans les pays à faible revenu, où elle vient s’ajouter aux multiples fardeaux de la malnutrition et des maladies non transmissibles, mais elle met aussi en évidence la nécessité de repenser notre manière d’envisager et de mesurer la faim et l’insécurité alimentaire et les liens avec la nutrition et la santé. Les outils de collecte de données et de mesure évoluent rapidement et permettent de surmonter les difficultés de suivi que comporte le nouveau programme.

L’an passé, le rapport comprenait plusieurs innovations destinées à promouvoir de nouvelles manières de penser la sécurité alimentaire et la nutrition dans le contexte du Programme 2030 et de répondre aux défis du Cadre d’action de la deuxième Conférence internationale sur la nutrition (CIN2) et de la Décennie d’action des Nations Unies pour la nutrition 2016-2025).

Il avait été élargi à un ensemble de six indicateurs relatifs au suivi des objectifs mondiaux de l’Assemblée mondiale de la Santé en matière de nutrition et de maladies non transmissibles liées au régime alimentaire, dont trois indicateurs sont aussi des indicateurs des cibles de l’ODD 2. De plus, il présentait pour la première fois un nouvel indicateur de la sécurité alimentaire, la prévalence de l’insécurité alimentaire grave, qui se fonde sur l’échelle de mesure de l’insécurité alimentaire fondée sur les expériences (échelle FIES) et constitue une estimation de la proportion de la population dont la capacité d’accès à l’alimentation en suffisance est fortement restreinte.

D’APRÈS LES DONNÉES, LA PROGRESSION DE LA FAIM OBSERVÉE DEPUIS QUELQUES ANNÉES SE POURSUIT, CE QUI SIGNIFIE QUE NOUS NE SOMMES PAS SUR LA BONNE VOIE POUR ÉLIMINER LA FAIM D’ICI À 2030

Les données recueillies cette année indiquent une progression de la faim dans le monde.
D’après les données disponibles, le nombre de personnes souffrant de la faim est en augmentation depuis trois ans et retrouve son niveau d’il y a 10 ans. En chiffre absolu, le nombre total de personnes sous-alimentées, ou en situation de manque chronique de nourriture, est passé de 804 millions environ en 2016 à près de 821 millions en 2017. La situation s’aggrave en Amérique du Sud et dans la plupart des régions d’Afrique, et le recul de la sous-alimentation, qui caractérisait l’Asie jusqu’à une période récente, semble considérablement ralentir dans cette région. Si nous ne redoublons pas d’efforts, nous risquons de manquer totalement l’objectif de l’élimination de la faim d’ici à 2030, prescrite par les ODD.

LA DÉNUTRITION CHEZ L’ENFANT CONTINUE DE RECULER MAIS LES TAUX D’OBÉSITÉ CHEZ LES ADULTES ET D’ANÉMIE CHEZ LES FEMMES EN ÂGE DE PROCRÉER SONT EN AUGMENTATION

Une bonne nutrition est la pierre angulaire du développement durable et un facteur de transition vers un avenir plus viable et plus prospère. Le retard de croissance chez les enfants est en baisse et l’allaitement exclusif au sein pendant les six premiers mois progresse, même si ces progrès sont limités dans leur ampleur et dans leur rythme. Mais par ailleurs, bien que la prévalence de l’excès pondéral chez les enfants de moins de cinq ans soit stable depuis quelques années, l’obésité chez les adultes est en augmentation et une femme sur trois en âge de procréer est anémiée.

Les enfants dont le rapport poids-taille est faible (émaciation) courent un risque de mortalité accru. En 2017, 7,5 pour cent des enfants de moins de cinq ans souffraient de cette forme de dénutrition, dont la prévalence régionale allait de 1,3 pour cent en Amérique latine à 9,7 pour cent en Asie.

On rencontre de multiples formes de malnutrition dans de nombreux pays. Un accès limité à la nourriture, et en particulier à des aliments bons pour la santé, contribue à la dénutrition ainsi qu’à l’excès pondéral et à l’obésité. Il augmente le risque d’insuffisance pondérale à la naissance, de retard de croissance chez l’enfant et d’anémie chez les femmes en âge de procréer. Il est également lié à l’excès pondéral chez les filles d’âge scolaire et à l’obésité chez les femmes, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire et les pays à revenu élevé. Le coût des aliments nutritifs, plus chers que les autres, le stress causé par l’insécurité alimentaire et les adaptations physiologiques aux restrictions alimentaires expliquent aussi que les familles qui vivent dans l’insécurité sur le plan alimentaire soient plus exposées au risque d’excédent pondéral et d’obésité. En outre, les carences alimentaires chez les mères et chez les nourrissons et les enfants peuvent marquer d’une «empreinte métabolique» la vie foetale et la petite enfance, avec pour effet d’accroître le risque d’obésité et de maladies non transmissibles liées au régime alimentaire plus tard dans l’existence.

LA VARIABILITÉ DU CLIMAT ET L’EXPOSITION À DES EXTRÊMES CLIMATIQUES MENACENT D’ÉRODER, VOIRE D’INVERSER, LES ACQUIS EN MATIÈRE DE LUTTE CONTRE LA FAIM ET LA MALNUTRITION

Alors que l’édition précédente proposait une étude approfondie du rôle des conf lits, l’édition 2018 est centrée sur le rôle du climat, et plus particulièrement la variabilité du climat et les extrêmes climatiques.

La variabilité du climat et les extrêmes climatiques figurent, en effet, parmi les principaux facteurs à l’origine de la récente recrudescence de la faim dans le monde et sont l’une des causes principales des graves crises alimentaires. La nature nouvelle de la variabilité du climat et des extrêmes climatiques a une incidence sur toutes les dimensions de la sécurité alimentaire (disponibilité, accès, utilisation et stabilité), ainsi que sur les autres causes sous-jacentes de la malnutrition (alimentation des enfants et soins qui leur sont apportés, services de santé et santé de l’environnement). Le risque d’insécurité alimentaire et de malnutrition est accru aujourd’hui car les moyens d’existence et les actifs de subsistance, surtout parmi les pauvres, sont plus exposés et plus vulnérables à la variabilité du climat et aux extrêmes climatiques. Que faire pour empêcher cette menace d’éroder les acquis obtenus ces dernières années en matière de lutte contre la faim et la malnutrition?

Le présent rapport appelle instamment la communauté internationale à accélérer et élargir les mesures visant à renforcer la résilience et la capacité d’adaptation face à la variabilité du climat et aux extrêmes climatiques. Les gouvernements nationaux et les autorités locales peuvent s’appuyer sur les conclusions et les recommandations des plateformes et processus mondiaux existants: la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et l’Accord de Paris de 2015 pour ce qui concerne le changement climatique; le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030, dans le domaine de la réduction des risques de catastrophe; le Sommet humanitaire mondial de 2016 et le «Grand Bargain» (grand compromis) pour les interventions humanitaires d’urgence; la deuxième Conférence internationale sur la nutrition (CIN2) et la Décennie d’action des Nations Unies pour la nutrition 2016-2025, pour une meilleure nutrition et des régimes alimentaires sains; et le Programme de développement durable à l’horizon 2030 (Programme 2030) qui régit le développement au niveau mondial. Il est cependant important de veiller à une meilleure intégration de ces plateformes et processus mondiaux afin que les interventions sectorielles et intersectorielles – environnement, alimentation, agriculture et santé, notamment – poursuivent des objectifs cohérents. Le succès des politiques, programmes et pratiques mis en place par les gouvernements nationaux et les autorités locales en vue de relever les défis susmentionnés repose aussi sur des facteurs transversaux, ainsi que sur des outils spécifiques et des mécanismes adaptables à des contextes particuliers.

La première partie du rapport présente les faits les plus récents concernant la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition, l’accent étant mis sur le suivi des progrès accomplis dans la concrétisation des cibles 2.1 et 2.2 des ODD. Cette année, le rapport fournit également une analyse plus approfondie des indicateurs de l’émaciation chez les enfants de moins de cinq ans.

La section qui conclut la première partie tente de jeter des ponts entre les deux premières sections en étudiant les liens entre l’insécurité alimentaire et les diverses formes de malnutrition. Les données dont on dispose montrent en quoi un accès insuffisant à la nourriture peut contribuer simultanément à la dénutrition et à l’excès pondéral et l’obésité, d’où la coexistence des multiples formes de malnutrition au niveau des pays et parfois au sein d’un même ménage.

La deuxième partie décrit plus en détail dans quelle mesure la variabilité du climat et les extrêmes climatiques entravent les progrès en matière de sécurité alimentaire et de nutrition, ce de plusieurs manières. L’analyse proposée donne des indications sur l’action à mener pour relever les défis de la variabilité du climat et des extrêmes climatiques et parvenir à éliminer la faim et la malnutrition sous toutes ses formes d’ici à 2030 (cibles 2.1 et 2.2 des ODD) ainsi que les autres ODD, notamment en prenant des mesures de lutte contre le changement climatique et ses effets (ODD 13).