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L’ECOSOC et la CPP tiennent leur réunion conjointe: un Sahel caractérisé par des problèmes « complexes et multidimensionnels » exigeant une action coordonnée

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ECOSOC/6951-CCP/130
13 NOVEMBRE 2018

Le Conseil économique et social (ECOSOC) et la Commission de consolidation de la paix (CCP) ont poursuivi aujourd’hui leur Réunion conjointe annuelle, en s’attardant sur les relations entre les changements climatiques et les défis de la pérennisation de la paix dans le Sahel, caractérisé par « des problèmes complexes et multidimensionnels », exigeant une action mieux coordonnée.

L’insécurité y règne partout, a alerté la Présidente de l’ECOSOC. À cause du conflit armé, de la violence et des opérations militaires, quelque 4,9 millions de personnes ont dû fuir de chez elles cette année, alors que 24 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, a expliqué Mme Inga Rhonda King. La détérioration constante de la situation résulte de causes sous-jacentes comme la pauvreté, l’exclusion socioéconomique et les privations, le manque d’accès aux services sociaux de base et les inégalités, y compris entre les hommes et les femmes. L’absence d’opportunités socioéconomiques, le chômage croissant, la mauvaise gestion des ressources naturelles et la faible gouvernance ont aussi un impact désastreux.

Avec une croissance démographique estimée à 2,8% par an dans un environnement où les ressources naturelles s’amenuisent, y compris la terre et l’eau, le Sahel peut voir ses vulnérabilités s’accentuer à cause des changements climatiques, avec le risque de nouveaux conflits, d’autres migrations forcées et l’enrôlement des jeunes dans les groupes terroristes. Plus que jamais, le Sahel a besoin d’une action coordonnée de la part de la communauté internationale, a poursuivi le Président de la CCP, M. Ion Jinga qui s’est attardé sur la stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, lancée en juin dernier, pour améliorer la cohérence des initiatives et leur efficacité sur le terrain.

Il faut agir ensemble de manière multilatérale, a acquiescé le Conseiller spécial du Secrétaire général pour le Sahel. Cette région a un potentiel fort, a estimé M. Ibrahim Thiaw. Des pays comme la France ont reconnu le soutien « trop fragmenté » de la communauté internationale, plaidant pour une approche intégrée combinant paix, sécurité et développement durable. Le maire de la ville burkinabée de Dori a estimé qu’il faut commencer par créer une programmation conjointe pour éviter les déperditions et un fonds fiduciaire pour faciliter le travail dans les zones transfrontalières. Trois sources de financement majeures doivent être mobilisées: l’aide publique au développement (APD), le secteur privé extérieur et local et les envois de fonds de la diaspora.

RÉUNION CONJOINTE: CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL ET COMMISSION DE CONSOLIDATION DE LA PAIX SUR LE THÈME « RELATIONS ENTRE CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET DÉFIS DE LA CONSOLIDATION ET DE LA PÉRENNISATION DE LA PAIX DANS LE SAHEL »

Déclarations liminaires

Mme INGA RHONDA KING, Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), a rappelé que cette réunion fait suite aux réunions conjointes que l’ECOSOC a tenues, ces deux dernières années, avec la Commission de consolidation de la paix sur le Programme de développement à l’horizon 2030 et la paix durable; et sur la situation dans le Sahel.

Cette région, a-t-elle souligné, est caractérisée par des problèmes complexes et multidimensionnels. L’insécurité règne partout, et à cause du conflit armé, de la violence et des opérations militaires, les souffrances humaines et les besoins humanitaires ne font que s’aggraver. Quelque 4,9 millions de personnes ont dû fuir de chez elles cette année, alors que 24 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire.

La détérioration constante de la situation résulte de causes sous-jacentes comme la pauvreté, l’exclusion socioéconomique et les privations, le manque d’accès aux services sociaux de base et les inégalités, y compris entre les hommes et les femmes. L’absence d’opportunités socioéconomiques, le chômage croissant, la mauvaise gestion des ressources naturelles et la faible gouvernance ont aussi un impact désastreux.

La région est également l’une des régions au monde les plus écologiquement dégradées, avec des températures qui devraient être, une fois et demie, plus élevées que dans le reste du monde. La région dépend largement de l’agriculture, mais elle est régulièrement frappée par la sécheresse et des inondations qui ont des conséquences énormes sur la sécurité alimentaire. Aujourd’hui, quelque 33 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire alors que 4,7 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’une malnutrition aiguë.

Le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) qui parle d’un réchauffement climatique de 1,5o C, nous rappelle, a prévenu la Présidente, les menaces posées par les changements climatiques, en particulier dans les endroits déjà confrontés à des défis socioéconomiques et de développement durable comme le Sahel. Avec une croissance démographique estimée à 2,8% par an dans un environnement où les ressources naturelles s’amenuisent, y compris la terre et l’eau, le Sahel peut voir ses vulnérabilités s’accentuer à cause des changements climatiques, avec le risque de nouveaux conflits et d’autres migrations forcées. Cette situation exige notre attention soutenue, a insisté la Présidente, en souhaitant la bienvenue à ses invités, et en leur rappelant que leurs discussions suivent celles que le Conseil de sécurité a tenues, en juillet dernier, sur le lien entre changements climatiques et sécurité.

Plus que jamais, le Sahel a besoin d’une action coordonnée de la part de la communauté internationale, a poursuivi le Président de la Commission de consolidation de la paix (CCP), M. ION JINGA. Il a souligné que la région occupe une place importante dans l’ordre du jour de sa Commission après que le Conseil de sécurité lui a demandé d’aider le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel à mettre en œuvre la « stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel ». L’ECOSOC et la CCP, a insisté le Président, ont les moyens d’aider la région à identifier des mesures efficaces d’atténuation et d’adaptation aux effets des changements climatiques afin de réaliser et de maintenir la paix.

Le rôle de « pont » de la CCP pour assurer la cohérence du système des Nations Unies conjugué à une synergie plus forte avec l’ECOSOC peut contribuer à améliorer la coordination entre les partenaires et la cohérence des politiques à tous les niveaux. Les futures réunions conjointes pourront aussi servir de plateforme pour maintenir l’attention des partenaires internationaux sur les initiatives nouvelles et en cours lancées au Sahel pour relever les défis de la paix et du développement liés aux effets des changements climatiques. Les réunions conjointes peuvent également appuyer les efforts déployés par les États du Sahel pour sensibiliser l’opinion publique internationale et mobiliser les ressources nécessaires à la mise en œuvre des différentes stratégies. Enfin, l’ECOSOC et la CCP peuvent fournir des directives pour promouvoir l’appropriation nationale des initiatives prises sur le terrain, a expliqué le Président.

Exposés des experts et débat interactif

M. IBRAHIM THIAW, Conseiller spécial du Secrétaire général pour le Sahel, a confirmé que le Sahel est une des régions les plus affectées par les changements climatiques qui entraînent des migrations, lorsque les jeunes n’ont plus de terres à cultiver ou pour faire paître leurs troupeaux. C’est la lutte pour les moyens de subsistance qui mène à la violence communautaire, comme on le voit avec les conflits entre cultivateurs et éleveurs. Une telle situation est, bien entendu, un terreau fertile pour le terrorisme, a-t-il mis en garde. Les conflits liés à l’accès à la terre et à l’eau pourraient se multiplier, alimentés par des différends culturels ou religieux. Le Tchad n’a pas dit autre chose, en évoquant le tarissement quasi total du lac Tchad, qui a généré des tensions intercommunautaires, entre cultivateurs, éleveurs et pêcheurs, et balisé le terrain pour l’installation de groupes extrémistes et terroristes.

Pourtant, a plaidé le Conseiller spécial du Secrétaire général, le Sahel a un potentiel très fort. Il faut agir ensemble, de manière multilatérale, pour inverser la tendance. M. AHMED AZIZ DIALLO, le Maire de Dori, capitale de la région sahélienne du Burkina Faso, s’est dit convaincu que c’est possible car les jeunes embrigadés par les groupes terroristes ne sont généralement pas motivés par des convictions religieuses, mais par la naïveté et le besoin, a ainsi rappelé Le Maire de Dori.

La stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, a poursuivi le Conseiller spécial, a été lancée en juin pour améliorer la cohérence des initiatives et leur efficacité sur le terrain. Des projets ont déjà été lancés dans le domaine de l’agriculture et des énergies renouvelables dans le cadre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, a indiqué M. Thiaw. Le Tchad a ajouté que son gouvernement a mis en place des structures locales avec des chefs coutumiers pour modérer les différends, et a lancé des « petits projets » de développement économique.

Des exemples de projets concrets ont été donnés par, le Maire de Dori. Il a parlé de la construction de deux bassins de rétention d’eau, de l’achat d’équipements et d’intrants distribués à 40 exploitants agricoles et de la formation à l’apiculture. Il a aussi parlé du « Triangle d’eau » un projet qui vise à canaliser l’eau d’un barrage pour alimenter plusieurs communes. Dans le cadre de la coopération transfrontalière, neuf communes du Burkina Faso, du Niger et du Mali ont mis en place le « C3 Sahel », avec le soutien de la communauté internationale, et élaboré un schéma d’identification des projets prioritaires, comme l’aménagement de zones pastorales. Il a prévenu que les infrastructures demandent des ressources, même si elles sont faibles à l’échelle de l’aide internationale. Répondant à la question du Japon sur la manière d’aider les collectivités locales, le Maire de Dori a dit qu’il suffit justement de financer les programmes concrets qui existent et qui auront un fort impact, notamment sur la résilience. L’investissement est la clef dans le Sahel, a-t-il insisté.

La Norvège, la France, l’Allemagne, et Cabo Verde ont déploré le soutien « trop fragmenté » de la communauté internationale, plaidant pour une approche intégrée combinant paix, sécurité et développement durable. D’ailleurs, a relevé le Canada, la réforme du système des Nations Unies pour le développement a été lancée pour mieux faire face aux défis des changements climatiques. Il faut, a conseillé le Maire de Dori, commencer par créer une programmation conjointe pour éviter les déperditions et un fonds fiduciaire pour faciliter le travail dans les zones transfrontalières. Trois sources de financement majeures doivent être mobilisées: l’aide publique au développement (APD), le secteur privé extérieur et local et les envois de fonds de la diaspora.

Des mesures coordonnées impliquant l’ensemble du système des Nations Unies sont nécessaires, a reconnu le Président de la CCP qui s’est voulu optimiste face au potentiel d’une région à la population jeune. En conclusion, la Présidente de l’ECOSOC, a plaidé pour davantage de coopération et de coordination. Pour elle, le rôle du Conseil reste essentiel et la collaboration avec la CCP peut permettre de mieux examiner les causes profondes des conflits et de renforcer les approches intégrées.