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Face aux besoins humanitaires record dans le monde, l’ECOSOC adopte sa résolution annuelle sur l’aide d’urgence fournie par les Nations Unies

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ECOSOC/6932
21 JUIN 2018
CONSEIL ÉCONOMIQUE ET SOCIAL
SESSION DE 2018, 39E & 40E SÉANCES PLÉNIÈRES – MATIN & APRÈS-MIDI

Le Conseil économique et social (ECOSOC) a clos, cet après-midi, la session 2018 de son segment humanitaire en adoptant sans vote sa résolution annuelle sur le « renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies ».

Par ce texte, long de 17 pages, l’ECOSOC encourage les organismes humanitaires des Nations Unies et les autres organisations compétentes à continuer de coopérer étroitement avec les autorités nationales, tout en accentuant la coordination de l’aide humanitaire sur le terrain.

Le rapport du Secrétaire général sur la question souligne qu’en 2017, les besoins humanitaires n’ont jamais été aussi grands du fait des crises humanitaires engendrées par les conflits et les catastrophes naturelles. À la fin de l’année, 135,7 millions de personnes avaient besoin d’une aide humanitaire et les besoins de financement s’élevaient à 23,5 milliards de dollars.

Dans cette résolution qui touche à tous les défis de l’aide humanitaire d’urgence, l’ECOSOC demande au Secrétaire général de faire, dans son prochain rapport, le point des stratégies de financement par anticipation mises en œuvre dans le cadre d’urgences humanitaires.

L’ECOSOC aborde aussi la question des changements climatiques: il engage les États Membres ainsi que les organisations régionales et internationales compétentes à continuer, entre autres, de contribuer à l’adaptation et à l’atténuation de ces changements, et à consolider les dispositifs de réduction des risques de catastrophe et les systèmes d’alerte rapide multirisques.

Plus loin, il exhorte les États à continuer de prévenir les actes de violence sexuelle et sexiste, ainsi que les violations et atteintes commises contre des enfants dans les crises humanitaires, à intervenir et enquêter le cas échéant et à traduire en justice les auteurs de tels actes.

« Nous devons mobiliser l’action politique pour stopper la brutalité infligée à nos enfants », a renchéri le Vice-Président de l’ECOSOC, M. Jerry Matthews Matjila, délégué de l’Afrique du Sud.

Autre domaine où l’action et la coordination sont nécessaires dans les réponses aux crises humanitaires: l’éducation, « le secteur le moins résilient en situation de crise humanitaire », selon le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock. C’est pourquoi l’ECOSOC réaffirme « le droit à l’éducation pour tous » et l’importance d’assurer la sécurité des établissements scolaires, des conditions propices à l’apprentissage et un enseignement de qualité.

Par ailleurs, l’ECOSOC condamne dans les termes les plus énergiques l’augmentation « alarmante » du nombre de menaces pesant sur la sûreté et la sécurité des membres du personnel humanitaire ou du personnel des Nations Unies et du personnel associé, du nombre de fois où ceux-ci sont délibérément pris pour cibles, et du nombre d’actes terroristes et d’attaques de convois humanitaires.

Il prie également le Coordonnateur des secours d’urgence de continuer à diriger les initiatives visant à renforcer la coordination et l’efficacité de l’aide humanitaire et l’obligation de rendre des comptes dans ce domaine, notamment au moyen d’un dialogue plus approfondi avec les États. Considérant que la responsabilité est un élément à part entière de l’efficacité de l’aide humanitaire, il souligne qu’il faut « responsabiliser davantage les intervenants humanitaires à tous les stades ».

Après l’adoption de la résolution, le Groupe des 77 et la Chine a estimé que ce texte représentait un progrès pour les personnes les plus vulnérables, comme les personnes handicapées ou âgées. Ce groupe aurait cependant souhaité que le texte incite à contribuer d’avantage au Fonds central pour les interventions d’urgence. L’Union européenne a vu un autre point faible: alors que les conflits sont le principal facteur des situations humanitaires, cet élément est passé sous silence. Elle a en outre déploré la régression du texte en ce qui concerne la santé reproductive, rejointe par le Canada, au nom du groupe CANZ.

Le thème de cette session, « Restaurer l’humanité, respecter la dignité humaine et ne laisser personne de côté: travailler ensemble pour réduire les besoins humanitaires, les risques et la vulnérabilité des populations », a nourri le débat général auquel ont participé une cinquantaine de délégations. Trois tables rondes ont été organisées, dont la dernière, ce matin, qui a porté sur le renforcement des capacités locales pour des résultats durables.

Cet après-midi, l’ECOSOC a terminé son débat général, entamé mardi. La clef, pour répondre aux besoins humanitaires, est la résolution des conflits qui sont responsables de 90% des besoins humanitaires, a affirmé la Fédération de Russie. Pour sa part, la Chine a souligné l’importance de ne pas politiser l’action humanitaire, d’investir dans le développement des pays et de répondre aux besoins immédiats lors des crises. Les États-Unis ont rappelé qu’ils restaient le plus gros donateur du monde, ayant déboursé en 2017 plus de 8 milliards de dollars pour l’aide humanitaire. Cependant, ont-ils averti, il va falloir combler les lacunes pour ne pas « compter en permanence sur la générosité des mêmes donateurs ».

« L’écosystème humanitaire doit faire face à des défis sans précédent », a ensuite reconnu le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Comme son homologue de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il a appuyé la vision du Secrétaire général sur le lien entre l’action humanitaire et le développement. À l’occasion du vingtième anniversaire des Principes directeurs relatifs aux déplacements de personnes à l’intérieur de leur propre pays, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a rappelé son engagement à cet égard. Quant au Service de la lutte antimines de l’ONU, il ne faut pas oublier qu’il mène des activités dans certains des conflits les plus complexes.

À l’issue des travaux, le Vice-Président a dit avoir entendu un appel clair: « nous devons promouvoir la dignité humaine, restaurer l’humanité, renforcer les acteurs et les communautés locales partout où c’est possible ».

ASSISTANCE ÉCONOMIQUE SPÉCIALE, AIDE HUMANITAIRE ET SECOURS EN CAS DE CATASTROPHE

Table ronde: Renforcer les capacités locales pour des résultats durables et la résilience locale - contribution de l’action humanitaire

Le Vice-Président de l’ECOSOC, M. JERRY MATTHEWS MATJILA, de l’Afrique du Sud, a ouvert la discussion consacrée à l’expérience des acteurs humanitaires locaux qui, souvent, sont à la fois touchés par les situations d’urgence humanitaire et les premiers intervenants à y répondre. Malgré des améliorations au cours de la dernière décennie, « nous savons que le système de réponse humanitaire international n’a pas toujours été en mesure de suivre le rythme et de faire preuve de la souplesse suffisante pour adapter ses mécanismes et ses financements et fournir une réponse adaptée aux contextes », a constaté M. Matjila. Selon lui, l’engagement international devrait être prévisible et durable. Il devrait être basé sur une bonne compréhension de la capacité de réponse existante et des lacunes à combler, pour soutenir au mieux les efforts nationaux et locaux.

Modératrice du débat, Mme URSULA MUELLER, Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, a rappelé que plus de 400 engagements ont été pris en faveur de l’action locale lors du Sommet mondial sur l’action humanitaire d’Istanbul en 2016. Aujourd’hui, a-t-elle relevé, « davantage de partenaires internationaux adoptent une approche plus collaborative tandis que les agences des Nations Unies rendent les partenaires locaux plus visibles ». La voix des organisations non gouvernementales (ONG) internationales se fait aussi entendre.

La discussion a souligné que les efforts visant à réduire la vulnérabilité des populations, à renforcer leur résilience et leur capacité à répondre aux chocs doivent commencer au niveau local, car les efforts internationaux renforcent, et ne remplacent pas, l’action humanitaire locale. La discussion s’est basée sur les leçons tirées des pratiques actuelles des acteurs internationaux et sur les améliorations apportées à l’aide dans différents contextes locaux.

Né il y a 80 ans, le Croissant-Rouge afghan est l’une des organisations les plus anciennes d’Afghanistan, a témoigné Mme NILAB MOBAREZ, sa Secrétaire générale. « La clef, c’est que nous nous sommes ancrés localement au sein de la société et que nous avons toujours fait preuve d’impartialité », une gageure dans un pays où s’affrontent plus de 20 groupes non étatiques armés. Par le biais de ses réseaux locaux, le Croissant-Rouge négocie en permanence avec tous les acteurs dans l’objectif d’alléger les souffrances des êtres humains où qu’ils se trouvent. Ce sont ses bénévoles qui retirent les corps des champs de bataille, dont un tiers sont des membres des forces gouvernementales, a précisé la panéliste. Par ailleurs, le Croissant-Rouge a mené des campagnes de vaccination contre la polio et mis en place 40 cliniques mobiles. Il est en train de réformer la façon dont il gère ses activités, notamment pour pouvoir « suivre chaque centime utilisé ».

« Nous connaissons nos lacunes et nous connaissons nos forces », a assuré Mme Mobarez, en expliquant que le Croissant-Rouge afghan n’hésite pas à se tourner vers des partenaires et des bailleurs de fonds extérieurs. Par exemple, le Gouvernement indien lui a fourni 5 millions de dollars pour cinq ans et il reçoit un financement d’une organisation islamique. Malgré un conflit prolongé de 40 ans, « le peuple a soif de montrer un autre visage de son pays », a-t-elle insisté, saluant la montée de l’équipe de cricket afghane qui est devenue l’une des 10 meilleures du monde. Elle a aussi indiqué que pendant la fête de l’Eïd, trois jours de cessez-le-feu ont été rendus possibles: « certains soldats afghans ont pris des photos avec des Taliban venus aux portes de Kaboul déposer leurs armes avant d’entrer dans la ville ».

Il faut un processus collectif pour agir plus localement, a enchaîné Mme MONIQUE PARIAT, Directrice générale de l’aide humanitaire et de la protection civile, Commission européenne. Elle a proposé d’engager un dialogue avec les acteurs en présence et d’aborder les questions de confiance et de transparence pour avoir « une vue précise de la façon dont l’argent est utilisé », car le fait de travailler avec des milliers d’organisations locales est très difficile. D’où l’importance de renforcer des structures internationales telles que la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). À titre d’exemple, les efforts consentis en Haïti ont permis de limiter les conséquences de l’ouragan Matthew de 2016 grâce à une préparation avant et après la catastrophe et à une approche participative. Ce succès est le fruit d’années de soutien international, a-t-elle noté.

Pour répondre aux exigences des donateurs tout en diversifiant les sources de financement, il va falloir réviser la nature transactionnelle actuelle du système et trouver des solutions sur le long terme, notamment dans le domaine de l’eau. Il faudra aussi renforcer la résilience et absorber les chocs, a résumé Mme Pariat en prévenant que les bailleurs de fonds devraient mieux intégrer les besoins locaux dans leur planning.

À son tour, Mme DINEO MATHLAKO, Chef des opérations du Département des relations internationales et de la coopération de l’Afrique du Sud, a expliqué que l’assistance humanitaire s’inscrit dans un projet global de promotion de la démocratie, de la bonne gouvernance, du développement socioéconomique et des ressources humanitaires, et du relèvement après les conflits. Des projets ont été menés à bien au Lesotho et au eSwatini, en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM), pour aider les femmes et les enfants à la suite d’une crise alimentaire en 2012 et après l’épisode El Niño en 2016. « Nous avons choisi de former de petits agriculteurs locaux sud-africains au sein de leurs communautés pour aider les pays voisins », s’est-elle félicitée. Pour transformer le maïs, « nous avons choisi des entreprises de petite taille dans des communautés désavantagées », tout en répondant aux normes de qualité du PAM et à l’exigence de « dignité de l’aide ».

C’est au travers d’un véritable partenariat que nous sommes en mesure d’aider les populations touchées dans les pays bénéficiaires, a assuré Mme Mathlako. Son département œuvre avec le Croissant-Rouge au Sahara occidental et travaille sur le terrain avec des groupes confessionnels au Soudan du Sud pour aider les personnes déplacées qui se trouvent en dehors des camps.

Mme MORIKA HUNTERM, Présidente du Business Disaster Resilience Council des Fidji, a présenté son organisation qui est un réseau de résilience pour le Pacifique: elle a été développée avec le secteur privé et le Gouvernement en 2016, après le passage du cyclone Winston qui a ravagé l’archipel. L’organisation est soutenue par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), « ce qui nous permet d’avoir une plateforme pour parler votre langue et avancer ensemble », car il nous faut travailler en amont des catastrophes et « cartographier nos capacités » pour développer une approche unifiée, a expliqué Mme Hunterm.

Le Business Disaster Resilience Council des Fidji est composé d’entreprises vulnérables, qui sont les maillons de la chaîne d’approvisionnement d’entreprises multinationales, mais qui jouent un rôle vital dans leurs communautés, a précisé Mme Hunterm. Y sont impliquées des assurances et des banques commerciales. Mme Hunterm a précisé que l’organisation travaille aussi en partenariat avec l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et les entreprises de télécommunication de la région. Ses efforts s’étendent aux Tonga, Vanuatu et Samoa. « Nous pouvons vous aider à comprendre les traditions et les valeurs locales », a-t-elle ajouté en parlant des liens de confiance tissés avec les communautés.

Invitées à réagir aux exposés des panélistes, les délégations ont souligné l’importance de la mobilisation de toute la société pour contribuer aux réponses humanitaires et, en amont, aux préparations face aux risques de catastrophe.

Le représentant de la Chine a insisté sur le soutien de l’ensemble de la société au plan national de prévention des catastrophes et d’atténuation des risques jusqu’en 2020, dans ce pays en développement frappé par de nombreuses catastrophes naturelles.

Il faut « investir dans un changement de culture », a préconisé le délégué de la Suisse, avant d’ajouter qu’il fallait adhérer à des principes de gestion et fiduciaires.

Ce sont aussi les manques d’accès au financement, aux informations et à l’éducation qu’il faut pallier, a dit la représentante d’Action Aid en expliquant ce qui avait été difficile lors de son intervention au Libéria pendant l’épidémie de maladie à virus Ebola en 2014. Elle a plaidé pour des financements qui parviennent de façon plus directe aux acteurs locaux travaillant sur le terrain. Cela implique une communication directe avec les ONG locales, a fait remarquer la représentante du Japon.

La continuité des activités est un facteur de motivation, a reconnu la représentante de l’Australie, car cela permet d’attirer le secteur privé dans la prévention des catastrophes. « Nous savons bien qu’il faut être présent sur le long terme en identifiant les partenaires les plus efficaces. » Mais il faut davantage travailler dans le domaine du transfert des risques, a-t-elle insisté, une opinion partagée par le représentant des États-Unis.

À propos des risques, des informations relatives à leur évaluation sont collectées par le Programme alimentaire mondial (PAM) grâce à des téléphones mobiles.

« Il nous faut courir des risques avec des organisations que nous ne connaissons pas, c’est certain », a reconnu l’experte de la Commission européenne. Mais, afin de contourner ces difficultés, elle a préconisé davantage de transparence avec les partenaires classiques, pour « comprendre comment ils accordent leur confiance ». Ensuite, les financements du développement étant plus prévisibles que les financements humanitaires, il faut combler ce fossé en coopérant plus étroitement avec les acteurs du développement. En réponse à une autre question, elle a proposé de rendre plus visibles « ceux qui sont invisibles », comme les enfants déscolarisés ou les personnes handicapées, en les identifiant clairement comme des priorités. Elle a aussi vanté les indices liés à la problématique hommes-femmes.

Une représentante de Care International s’étant d’ailleurs intéressée aux efforts consentis pour trouver des partenariats avec des organisations de femmes, Mme Mobarez a dit que le Croissant-Rouge afghan fédère des groupes de femmes, mène des plaidoyers pour faire avancer leur cause, crée des abris pour accueillir des veuves de guerre ou encore éduquer des orphelines. C’est en outre la seule institution du pays à s’occuper des femmes touchées par des maladies psychiatriques.

L’experte de l’Afrique du Sud a dit pour sa part travailler en partenariat avec ONU-Femmes, en impliquant des agricultrices et des femmes locales pour préparer des repas pour les enfants vulnérables. Elle œuvre aussi avec des contractants en Namibie pour creuser des puits, avant de développer les capacités locales de gestion des projets.

Sa collègue de Disaster Resilience Council des Fidji a loué les efforts d’intégration régionale dans les pays du Sud et le travail des organisations neutres qui travaillent avec tous les acteurs, notamment pour créer davantage de résilience dans les zones de conflit ou dans les zones affectées par des catastrophes naturelles.

« Nous devons mieux tirer parti du secteur privé », a lancé le Vice-Président. Constatant qu’il existe beaucoup de surplus dans des économies comme celles des États-Unis et de la Chine, il a estimé que « beaucoup de choses pourraient être données ». À son avis, il faudrait peut-être que les Nations Unies fassent un audit de toutes les entreprises agroalimentaires, automobiles ou autres pour « mettre en place une espèce de banque » pour la collecte et le stockage de ces surplus.

Suite et fin du débat général

Décision concernant le projet de résolution E/2018/L.14

Mme MARÍA BASSOLS DELGADO (Espagne) a assuré que la protection des civils et le respect du droit international humanitaire sont parmi les grandes priorités de son pays à l’ONU. Elle a aussi plaidé pour que l’on accorde la plus haute priorité à la solution pacifique des conflits. L’Espagne a organisé, les 24 et 25 avril dernier, la première retraite annuelle sur le droit international humanitaire pour les membres du Conseil de sécurité, dédiée à l’assistance médicale dans le cadre des conflits. Il ne faut pas se concentrer uniquement sur les « crises médiatiques », a ajouté la représentante dont le pays a coparrainé un évènement parallèle sur un nouveau schéma de financement pour répondre aux « crises oubliées ». S’agissant de la résolution adoptée aujourd’hui, elle s’est dite préoccupée par un « retour en arrière » dans les domaines de la santé sexuelle et reproductive. Enfin, elle a annoncé que l’Espagne accueillera la troisième conférence des écoles sûres en 2019.

M. FREDERICO SALOMÃO DUQUE ESTRADA MEYER (Brésil) a lancé un appel pour une action concertée, « en ayant à l’esprit les personnes ». D’après la dernière étude du Haut-Commissariat pour les réfugiés, « une personne quitte son foyer toutes les deux secondes », s’est-il alarmé. Il s’est aussi inquiété que les ONG nationales et locales ne reçoivent qu’une petite partie de l’aide internationale, appelant à trouver des façons complémentaires de travailler avec elles. Pour sa part, le Brésil a continué de proposer « des visas humanitaires » à ceux qui fuient des guerres civiles.

En amont, a-t-il préconisé, il faut prévenir la résurgence des crises et œuvrer pour des solutions politiques complétées par une assistance en matière de développement. La saison des ouragans a causé des pertes terribles dans la région des Caraïbes, a-t-il noté, en évoquant l’effet du réchauffement climatique et l’importance du renforcement de la résilience. Il a salué l’accent mis sur la protection des enfants et des personnes handicapées dans la résolution adoptée cette année. Enfin, il a appuyé la nouvelle approche du Secrétaire général pour rapprocher les acteurs du développement et les acteurs de l’humanitaire.

M. SERGEY B. KONONUCHENKO (Fédération de Russie) a déclaré que les besoins humanitaires croissants nécessitent des actions adaptées et coordonnées de la part de la communauté internationale. Il a précisé que l’aide humanitaire doit respecter les besoins des pays concernés. Le représentant a aussi souligné l’importance de la résolution 46/182 de l’Assemblée générale, datant de 1991, pour garantir l’impartialité de l’aide humanitaire. Pour répondre aux besoins urgents, il a fait appel aux États qui disposent de capacités incomparables. Le représentant a constaté que le volume d’aide ne correspond plus au besoin d’aide, d’où la nécessité de trouver d’autres formes permanentes d’assistance. La clef, pour répondre aux besoins humanitaires, est la résolution des conflits qui sont responsables de 90% des besoins humanitaires, a-t-il fait valoir. C’est pourquoi il a plaidé pour que la communauté internationale trouve des solutions politiques opérationnelles aux conflits en favorisant le dialogue et en luttant contre le terrorisme notamment en Syrie, au Yémen et en Libye.

Mme LUO JIN (Chine) a fait remarquer que les catastrophes humanitaires et les effets des changements climatiques sapent les efforts de développement des pays pauvres. Pour aider ces pays à sortir des crises, il faut les aider à renforcer leur résilience et améliorer leurs capacités institutionnelles, a-t-il prôné. Mais pour que l’aide soit efficace, elle doit non seulement prendre en compte les besoins des pays concernés mais aussi respecter des principes de la Charte tels que l’impartialité, la neutralité et l’objectivité de l’aide. L’aide doit aussi respecter les principes de souveraineté, d’intégrité territoriale et d’indépendance des États. La représentante a souligné l’importance de ne pas politiser l’action humanitaire, d’investir dans le développement des pays et de répondre aux besoins immédiats lors des crises. Outre l’augmentation du niveau de l’aide humanitaire, il faut aussi remédier aux défis technologiques pour que les pays pauvres puissent répondre eux-mêmes aux crises. La Chine, a-t-elle signalé, apporte une aide humanitaire à 48 pays et huit agences de l’ONU à hauteur de 3 milliards de dollars.

M. OMAR HILALE (Maroc) a estimé que la résilience devrait reposer sur une approche de long terme axée sur le développement. La résilience doit également mettre davantage l’accent sur la prévention, la préparation et l’analyse des vulnérabilités. Il a aussi souligné que la prise de décisions dans le cadre de l’action humanitaire ne peut être efficace en l’absence de données vérifiées, actualisées et adaptées aux besoins des populations affectées. Il a dénoncé les obstacles qui entravent l’action du personnel humanitaire, ainsi que l’instrumentalisation, à des fins politiques, des souffrances des populations vulnérables. Le représentant a ensuite relevé qu’en dépit d’une augmentation notable des contributions, l’aide fournie demeure en deçà des besoins réels: le déficit de financement demeure significatif. Il a aussi souligné que l’efficacité de l’aide humanitaire reste largement tributaire de l’accès aux populations touchées, condamnant par ailleurs le détournement de l’aide humanitaire.

M. AMMAR AWAD (République arabe syrienne) a assuré vouloir apporter une assistance humanitaire à tous les Syriens. Toutefois, il a critiqué le projet de résolution qui, selon lui, n’est pas équilibré. En cohérence avec les interventions de certains pays, le texte ignore les principales raisons des crises, notamment les attentats terroristes. Le représentant a dénoncé l’imposition de sanctions arbitraires contraires au droit international, avant d’exprimer ses réserves à propos du sommet humanitaire mondial.

Mme KELLEY A. ECKELS-CURRIE (États-Unis) a jugé la situation humanitaire dans le monde très préoccupante. Elle a assuré que les États-Unis restent engagés aux côtés des personnes dans le besoin dans le cadre de conflits ou de catastrophes naturelles. Ils participent aux efforts liés à la lutte contre les violences sexuelles ou sexistes et ne renonceront jamais à leur engagement en matière d’éducation. La représentante a recommandé de trouver des solutions politiques aux crises et d’amener de nouveaux partenaires à la table des négociations.

Les États-Unis, s’est-elle félicitée, restent le plus gros donateur dans le monde, ayant déboursé en 2017 plus de 8 milliards de dollars pour l’aide humanitaire. Cependant, a-t-elle averti, il va falloir combler les lacunes pour ne pas « compter en permanence sur la générosité des mêmes donateurs ». Plus que jamais, des efforts coordonnés sont nécessaires sur le terrain dans tous les domaines d’action de l’ONU, a-t-elle réclamé. Elle a demandé en outre que le Yémen, le Soudan et la République démocratique du Congo (RDC) restent à l’ordre du jour du Conseil de sécurité. Les États-Unis, a conclu la représentante, sont « le chef de file de l’action diplomatique humanitaire dans le monde ».

M. FAIYAZ MURSHID KAZI (Bangladesh) a souligné l’importance de la coordination pour répondre aux besoins humanitaires. Le représentant a ensuite mis en garde contre la politisation de l’aide. Pour lui, le meilleur moyen d’empêcher la survenue d’une crise humanitaire, c’est la prévention. La communauté internationale doit mettre en place des activités de développement pour réduire la dépendance à l’aide humanitaire, a-t-il aussi recommandé, souhaitant aussi qu’elle réfléchisse aux moyens d’élever le volume de l’aide face à l’augmentation constante des besoins. S’agissant du déplacement d’un million de Rohingya vers le Bangladesh, il a indiqué que son gouvernement avait fait son possible pour améliorer les camps d’accueil. Il a demandé au Myanmar de mettre en place les conditions du retour de ces réfugiés et dénoncé le fait que moins de 20% des engagements d’aide aient été honorés à l’égard de cette crise. Le rapatriement volontaire des Rohingya nous permettra d’obtenir de bons résultats, a-t-il estimé.

Mme HESSA MUNEER MOHAMMED RASHED ALATEIBI (Émirats arabes unies) a souligné l’importance d’intégrer la perspective genre dans l’aide humanitaire. La représentante a aussi demandé à ce que des outils soient mis en place pour identifier les besoins des personnes handicapées dans les situations de crise. Elle a ensuite souligné l’importance de la prévention pour éviter les crises. Le financement conjoint est également important aux yeux de la délégation qui a conseillé de réduire la concurrence des différentes organisations humanitaires pour les financements. Elle a indiqué que son gouvernement avait consacré plus de 300 millions de dollars pour répondre aux besoins des plus vulnérables ces dernières années.

M. YASHAR T. ALIYEV (Azerbaïdjan) a estimé que le déplacement interne de populations constitue un obstacle sérieux à la réalisation des objectifs de développement durable. Il a partagé le point de vue du Secrétaire général selon lequel l’attention accordée à ce problème n’est pas suffisante. Son pays, a-t-il rappelé, est lui-même confronté à une crise de déplacement interne en raison de l’occupation étrangère. « Le Gouvernement a prouvé que l’amélioration des conditions socioéconomiques des personnes déplacées est possible », a-t-il témoigné en affirmant que d’énormes ressources budgétaires ont été allouées pour répondre aux besoins des déplacés.

Soulignant l’importance de se préparer aux catastrophes naturelles, Mme ANAT FISHER-TSIN (Israël) a souligné que son pays était à l’avant-garde des réponses dans ce cadre. Israël a ainsi envoyé une équipe d’experts au Guatemala juste après l’éruption récente du volcan El Fuego. La résilience et le renforcement des capacités sont l’un des piliers du développement, a souligné la représentante. « Celui qui sauve une vie sauve le monde entier », a-t-elle dit en citant un dicton juif.

M. ABDALLAH Y. AL-MOUALLIMI (Arabie saoudite) a fait remarquer que son pays avait toujours répondu aux appels des pays touchés par les crises humanitaires. Son gouvernement vient de lancer divers projets d’aide humanitaire, dont le projet de réintégration des enfants enrôlés dans la guerre, comme au Yémen. Le Centre du roi Shalman sur le développement investit ainsi plusieurs millions de dollars dans ce pays pour faire face à la crise humanitaire. Au plan international, l’aide pour le développement de l’Arabie saoudite se chiffre à un milliard de dollars dans 37 pays.

M. JUAN SANDOVAL MENDIOLEA (Mexique) a demandé à ce que les principes de la résolution 46/182 de l’Assemblée générale soient être respectés. « Nous devons aussi promouvoir la prévention pour éviter les crises. » Le représentant a ainsi souligné l’importance d’aider les pays en développement, notamment par le renforcement de leurs capacités et de leurs actions entreprises dans le domaine du développement durable. Tous les acteurs du développement doivent coopérer pour réduire les besoins des personnes vulnérables, a encore exhorté le représentant qui a prié pour que l’on garde toujours à l’esprit l’idée de ne laisser personne de côté.

M. ASHRAF ELNOUR MUSTAFA MOHAMED NOUR, Organisation internationale pour les migrations (OIM), a abordé la question des mouvements de population qui se font par nécessité et non pas par choix: les migrants, les réfugiés et les personnes déplacées sont souvent parmi les populations les plus vulnérables, et ils sont souvent oubliés. Les faits parlent d’eux-mêmes, a-t-il rappelé en citant le chiffre record de 65,6 millions de déplacés. « Il est impératif de les protéger. » Alors que nous célébrons le vingtième anniversaire des Principes directeurs relatifs aux déplacements de personnes à l’intérieur de leur propre pays, le délégué a rappelé l’engagement de l’OIM à cet égard. Il ne faut pas oublier que les risques de déplacement sont dus à plusieurs facteurs sociétaux et que les personnes concernées doivent faire partie intégrante des solutions, a-t-il déclaré. Il a conclu en relevant que les migrations sont au cœur des nouveaux phénomènes complexes.

Mme LIANA GHUKASYAN, déléguée de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (FICR), a évoqué de nouvelles causes de conflits, en plus des traditionnels conflits inter et intra-étatiques, notamment l’urbanisation non planifiée, les changements climatiques. Elle a aussi parlé des changements dans le financement des activités humanitaires qui affectent et compliquent les efforts d’assistance humanitaire. Avec ces nouvelles tendances, les projections laissent voir que de plus en plus de gens seront affectés par les phénomènes naturels et les crises d’origine anthropique au cours des prochaines décennies. Ainsi, leurs besoins d’aide vont croître et cela va mettre à mal les capacités des acteurs humanitaires internationaux et locaux. Avec les changements des menaces et des besoins, il faut de nouvelles approches plus intelligentes de préparation, d’anticipation et de réponse aux situations d’urgence, a conseillé la représentante.

Mme Ghukasyan a salué le fait que la résolution adoptée à l’issue de ce segment humanitaire prévoie de mettre davantage l’accent sur les signes précurseurs, y compris par le biais de mécanismes de financement innovants comme de financements prévisionnels. Le financement doit permettre de couvrir les actions d’urgence et la prévention, tout en jouant sa fonction naturelle de financement de l’assistance humanitaire. Elle a en outre insisté sur l’autonomisation et le renforcement des capacités des acteurs humanitaires locaux afin d’améliorer l’efficacité des actions humanitaires et assurer la durabilité des interventions.

M. PHILIP SPOERRI, Observateur permanent du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a reconnu que « l’écosystème humanitaire doit faire face à des défis sans précédent ». Il a appelé toutes les parties à respecter leurs obligations en vertu du droit international. Il a attiré l’attention en particulier sur les personnes déplacées dans les cadres urbains, préconisant des mesures adaptées et une approche multipartite pour les aider. Dans le cadre des mesures de lutte contre le terrorisme, il a rappelé le besoin de mener des activités humanitaires impartiales et « en dehors du droit pénal ». Pour ce qui est du lien entre humanitaire et développement, il a préconisé d’établir des synergies pour renforcer la résilience. Ce lien dépend toutefois de la façon dont les guerres sont menées, dont les dommages sont causés, a-t-il précisé. Enfin, il a rappelé que, dans les zones de conflit, la responsabilité première en matière de protection revient à ceux qui mènent les hostilités.

Mme FATIMA KHAN, Organisation mondiale de la Santé (OMS) a demandé une protection efficace pour le personnel de son organisation sur le terrain, afin qu’il puisse fournir l’aide nécessaire. Elle a fait valoir que l’action de l’OMS, dans différents pays, avait empêché la propagation de nombreuses maladies qui y étaient apparues. Il n’en demeure pas moins que des efforts financiers sont nécessaires pur une protection plus efficace des populations, a-t-elle prévenu. L’OMS appuie la vision du Secrétaire général sur le lien entre l’action humanitaire et le développement. Enfin, pour prévenir les attaques contre le personnel humanitaire, elle a dit qu’il fallait recueillir et analyser des données pertinentes.

M. DANIEL SEYMOUR, délégué d’ONU-Femmes, a plaidé pour que l’action humanitaire tienne compte des besoins des femmes et des filles. La fourniture de l’aide humanitaire à leur égard doit aller au-delà de la fourniture de l’aide immédiate, a-t-il estimé par ailleurs. Ce dont elles ont besoin, c’est une aide efficace et pérenne, car elles doivent pouvoir faire face à l’avenir avec sérénité, a expliqué le représentant.

Mme AGNÈS MARCAILLOU, Directrice du Service de la lutte antimines de l’ONU, a indiqué que ce service mène des activités dans certains des conflits les plus complexes, de Mossoul à Mogadiscio, en passant par Benghazi et Bentiu. Au soudan du Sud, par exemple, le Service a élaboré des campagnes d’éducation pour réduire la vulnérabilité des femmes exposées aux risques que posent les explosifs lorsqu’elles vont chercher de l’eau ou du bois de chauffe. Le déminage n’est pas un concept, a-t-elle fait remarquer en expliquant que c’est un danger quotidien pour des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent dans des communautés contaminées à travers le monde. « Je vous demande de vous mettre à la place d’une jeune fille syrienne qui doit s’inquiéter des risques d’explosifs en allant à l’école après les bombardements de la veille », a invité l’intervenante. Elle a fait valoir que le déminage est souvent un précurseur à l’aide humanitaire. Il ne doit pas être pris en compte après coup.

Mme SEGOLENE ADAM, Organisation des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a lancé un appel à l’action humanitaire d’urgence. Elle a souligné la nécessité de tenir les engagements internationaux pour préserver la survie des enfants dans les situations de crise. Les droits fondamentaux des enfants doivent être respectés, a-t-elle insisté en demandant aussi que les pratiques nuisibles contre les enfants cessent. La représentante a insisté pour que l’on assure l’accès humanitaire auprès des enfants se trouvant dans des situations de crise. Il faut en outre atténuer les vulnérabilités, a-t-elle plaidé, recommandant en particulier de combler les besoins en ressources financières et de prévoir des financements souples et prévisibles. Enfin, elle a exigé de la part de la communauté internationale des réponses adéquates pour traiter les cas d’enfants victimes d’atteintes sexuelles.

Adoption de la résolution

Avant l’adoption de la résolution du segment humanitaire de l’ECOSOC, les États-Unis se sont dissociés du consensus sur les paragraphes 15 et 20 du texte, la délégation ne reconnaissant pas l’avortement comme une méthode de planification familiale. Elle ne peut pas non plus appuyer l’ajout d’une référence aux services de santé reproductive. La délégation a aussi exprimé son désaccord avec le paragraphe 29 du préambule, la Déclaration de New York n’étant pas compatible à son avis avec la souveraineté des États-Unis.

La résolution E/2018/L.14 a ensuite été adoptée à l’unanimité, telle qu’oralement amendée.

À l’issue de l’adoption du texte, l’Égypte, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a estimé que ce texte représentait un progrès pour les personnes les plus vulnérables comme les personnes handicapées ou âgées. Elle a aussi appelé à maintenir l’équilibre géographique au sein des organes chargés de l’aide humanitaire. Le G77 aurait cependant souhaité que le texte incite à contribuer d’avantage au Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF).

La Bulgarie, au nom de l’Union européenne, a souligné que les conflits sont le principal facteur des situations humanitaires et a déploré que le texte passe cela sous silence. De même pour l’impact des changements climatiques. Elle a déploré la régression du texte en ce qui concerne la santé reproductive, évoquant à cet égard le pourcentage élevé de morts maternelles et infantiles. Il ne fait aucun doute que la santé génésique sauve des vies, a-t-elle souligné. Elle a déploré que les accords précédents sur ce point n’aient pas été maintenus.

Renchérissant, le Canada, au nom du groupe CANZ, s’est dit déçu que des accords précédents sur les services de santé reproductive n’aient pas été maintenus.

Le Saint-Siège s’est félicité des améliorations apportées au texte, citant notamment les nouveaux paragraphes qui mettent en exergue l’importance de fournir une éducation dans les situations humanitaires d’urgence, le libellé sur les obstacles qu’affrontent les personnes handicapées, ou encore le rôle des jeunes et la situation des déplacés. Il a rappelé la position de sa délégation eu égard à la santé sexuelle et reproductive, soulignant par ailleurs que le sexe d’une personne doit être défini sur une base purement biologique.

L’Uruguay a déploré les difficultés rencontrées pour parvenir au consensus pour ce qui est de l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive. La délégation s’est notamment inquiétée de l’élimination, dans le texte, de la référence aux services minima en la matière, notant que cette référence figurait pourtant dans le texte adopté l’an dernier.

La Fédération de Russie est intervenue pour appeler à organiser, à l’avenir, une séance plénière supplémentaire pour permettre à toutes les délégations de disposer de suffisamment de temps pour s’exprimer.

Revenant au texte de la résolution, le Nigéria s’est félicité de la reconnaissance de la situation des personnes déplacées et a souhaité qu’elle fasse l’objet de discussions plus poussées à l’avenir. Il a aussi salué la référence faite au rôle de l’éducation. Il a affirmé que l’accès à l’avortement n’est pas cohérent avec l’octroi de soins, estimant en outre que le sexe d’une personne doit se définir sur une base purement biologique.

La Hongrie a indiqué que les flux migratoires posent des problèmes de sécurité pour les pays. Chacun a le droit de vivre en paix et en sécurité dans sa terre natale et la communauté internationale doit aider chaque personne à vivre le plus près possible de son foyer, a-t-elle plaidé. La délégation a exprimé son désaccord avec le paragraphe 32, relatif aux droits des réfugiés et notamment au principe de non-refoulement. Mentionner les migrants dans la résolution n’apporte aucune valeur ajoutée au texte, selon la Hongrie qui considère que le traitement de cette question devrait être limité au pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Enfin, le Soudan a dit refuser toute tentative de manipulation du texte pour y introduire « l’agenda de l’avortement ».

Déclarations de clôture

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, a brièvement résumé les débats engagés par les délégations au cours de ces deux journées de travaux. Il a noté que l’an 2017 avait été la cinquième année consécutive à avoir enregistré une augmentation du nombre de personnes déplacées. Il a aussi relevé que l’éducation est le secteur le moins résilient en situation de crise humanitaire et a appelé à accorder une attention particulière à l’éducation des jeunes filles dans ce contexte. Il a aussi insisté sur l’importance de la prévoyance pour réagir aux crises liées aux changements climatiques, comme l’insécurité alimentaire. Deux ans après le Sommet mondial sur l’action humanitaire, des progrès ont été réalisés, mais nous devons, et pouvons faire mieux encore, a-t-il affirmé.

Le Vice-Président de l’ECOSOC, M. JERRY MATTHEXS MATJILA, a fait le bilan de ces trois jours qui ont vu émerger plusieurs thèmes relatifs à la façon d’éviter les attaques contre la dignité humaine. Les enfants sont parmi les plus vulnérables aux impacts de conflit et des changements climatiques, a-t-il relevé en soulignant qu’ils ont besoin de beaucoup d’aide. Des millions d’entre eux sont forcés de quitter leurs foyers et menacés quotidiennement; des millions connaissent la faim et l’insécurité alimentaire; des millions sont privés d’école. Tout cela a des répercussions négatives sur leur bien-être et leurs projets d’avenir. Or leurs besoins humanitaires et de protection sont insuffisamment comblés.

Une des constatations du Vice-Président est qu’il faut « rester intelligents » dans les réponses apportées pour optimiser les bénéfices des actions pour les enfants, que ce soit pour leur bien-être physique et psychologique actuel ou pour leur avenir. « Nous devons mobiliser l’action politique pour stopper la brutalité infligée à nos enfants. Nous devons changer le comportement des belligérants qui souvent foulent au pied le droit international humanitaire. Nous devons investir plus dans le pouvoir d’une éducation de qualité et l’espoir que l’éducation crée pour le futur. »

En deuxième lieu, le Vice-Président a souligné la nécessité de trouver de meilleures solutions pour contrer l’impact croissant des catastrophes et des crises humanitaires. L’année dernière, les catastrophes naturelles ont entraîné la deuxième plus grande perte économique de l’histoire. Ces conséquences touchent plus de 100 millions de personnes par an et sont exacerbées par le changements climatiques. De plus, en 2017, toutes les régions ont fait l’expérience des catastrophes dévastatrices, des crises auxquelles le système des Nation Unies et ses partenaires humanitaires ont dû répondre. Pour mieux se préparer à ce genre de crise, il faut passer de la gestion des crises à l’atténuation et la gestion des risques. Dans ce contexte, le Vice-Président s’est dit encouragé par les nombreuses initiatives présentées qui visent à renforcer les approches anticipatives et, de ce fait, à réduire les besoins humanitaires.

En troisième lieu, il faut renforcer davantage les capacités locales et la résilience à travers l’action humanitaire. Les acteurs nationaux et locaux restent les premiers à répondre aux crises et ils vivent au sein des communautés qu’ils servent après les crises. C’est pourquoi il est important de renforcer la résilience et les capacités de réponse au niveau communautaire. Les meilleures pratiques issues des réponses d’urgence dans les zones urbaines ont montré comment travailler avec les communautés et les autorités locales pour développer des solutions locales. Ces expériences et les leçons apprises ont besoin d’être affûtées et bâties sur une action humanitaire plus importante.

À l’issue des tables rondes, le Vice-Président a entendu un appel clair: « nous devons promouvoir la dignité humaine, restaurer l’humanité, renforcer les acteurs et les communautés locales partout où c’est possible ». Les discussions ont prouvé qu’un changement s’opère quant à la façon de travailler: les partenariats humanitaires et de développement amènent les parties prenantes à viser des résultats collectifs pour que ceux-ci bénéficient aux populations les plus vulnérables. Il est crucial que ces débats continuent et soient traduits en actions concrètes qui aident à atténuer la souffrance et à réduire les besoins humanitaires, a conclu le Vice-Président.

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