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Expulsées par le changement climatique : répondre aux impacts genrés des déplacements climatiques

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RÉSUMÉ À L’ATTENTION DES RESPONSABLES POLITIQUES

La lutte contre une triple injustice : genre, climat, social

Les déplacements causés par le climat constituent une option de dernier recours. Ils concernent les personnes qui ne sont pas en capacité de s’adapter aux conséquences écologiques et sociales du changement climatique, en raison d’un manque de ressources ou d’autres inégalités. Pour la plupart de ces personnes, les déplacements climatiques sont provoqués par des dommages physiques directement causés par des phénomènes météorologiques extrêmes ou par l’apparition progressive des impacts du changement climatique. Des facteurs indirects sont aussi en cause, comme l’insécurité alimentaire et les conflits liés à l’appropriation des ressources naturelles et les droits sur la terre. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, huit des pires crises alimentaires mondiales sont liées à la fois aux conflits et aux chocs climatiquesI . Parmi les 33,4 millions de personnes déplacées en 2019, 70 % sont des victimes de catastrophes climatiques. Ces dix dernières années (2008 2018), 90% des personnes déplacées par des catastrophes (environ 23 millions de personnes) ont été confrontées à des déclencheurs d’ordre climatique.

La majorité des personnes déplacées par le changement climatique vit dans des pays en développement. Alors qu’ils sont responsables de moins de 4% des émissions de gaz à effet de serre en cause dans le changement climatique, ces pays manquent de ressources et d’alternatives pour s’adapter au changement climatique : variétés de graines résistantes à la sécheresse, gestion des eaux de crue et systèmes d’alerte précoce. Les pays développés, quant à eux, ne respectent pas leur promesse collective de financer l’action climatique à hauteur de 100 milliards de dollars américains à travers des financements nouveaux et supplémentaires.

Les déplacements climatiques dans les pays en développement, qui sont impactés de manière disproportionnée, sont d’autant plus graves pour les femmes et les filles. Par exemple, en 2018, plus de la moitié des 41 millions de personnes déplacées internes étaient des femmes. Le monde repose sur un système basé sur l’inégalité ; les hommes blancs sont souvent leaders et décideurs dans l’industrie, le commerce, la politique et la majorité des institutions. Les femmes, particulièrement les femmes de couleurs, sont systématiquement sous-représentées à tous les niveaux des espaces de décision pour la prévention et la réponse au changement climatique.

Les femmes souffrent aussi des impacts du changement climatique. Les inégalités de genre sont le plus souvent mêlées à d’autres formes de vulnérabilités qui limitent l’accès des femmes et des filles aux ressources et au pouvoir de décision, ce qui réduit leur capacité à résister aux impacts du changement climatique, à avoir accès aux services de base et à se remettre de catastrophes climatiques. Ainsi, les approches de genre transformatives, qui mettent les femmes et les filles au cœur de ces enjeux, ne sont pas une option mais une nécessité.

Il faut envisager les déplacements climatiques et développer des politiques de réponse en se basant sur une approche croisée de justice de genre, de justice climatique et de justice sociale au niveau mondial. Pour limiter ces déplacements climatiques, il est nécessaire de mettre en place immédiatement des actions ambitieuses pour augmenter la résilience des communautés face aux dégâts du changement climatique, tout en soutenant la construction de communautés plus inclusives et durables. Cela permettra d’améliorer la situation des communautés qui accueillent les personnes déplacées et des personnes qui n’ont pas pu fuir. Enfin, lorsque les catastrophes climatiques ne peuvent plus être évitées, des approches inclusives et centrées sur le genre permettent de mettre en place une réponse d’urgence plus efficace pour que les communautés puissent rebondir.

Pour plus d'informations : Rapport Evicted by Climate Change, juillet 2020 (en anglais)