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ECOSOC: l’objectif « un vaccin pour tous » ne sera atteint qu’avec des financements et collaborations sur les plans économique et juridique

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ECOSOC/7039

Une vaccination universelle contre la COVID-19 nécessite des financements plus conséquents et la levée des obstacles économiques et juridiques au partage des vaccins. C’est ce qui est ressorti de la Réunion extraordinaire du Conseil économique et social (ECOSOC) tenue aujourd’hui, en format virtuel, sur le thème « Un vaccin pour toutes et tous ». Un objectif qui est un « impératif moral » et la seule façon d’endiguer la pandémie, a souligné le Président de l’ECOSOC, M. Munir Akram.

Le renforcement des infrastructures dans les pays en développement, la levée des obstacles aux exportations et à la distribution de vaccins, l’assouplissement des droits de propriété intellectuelle ou encore la lutte contre la désinformation ont été cités parmi les voies à suivre dans cette entreprise de solidarité mondiale.

Les progrès accomplis jusqu’à présent -plus de 832 millions de doses administrées dans le monde- montrent ce que permet de réaliser la collaboration de dizaines de pays avec des centaines d’entreprises et des milliers de scientifiques. « C’était la grande heure du multilatéralisme », a observé le Président de l’Assemblée générale. M. Volkan Bozkir a salué en particulier le Mécanisme COVAX, qui est parvenu à livrer près de 40 millions de doses dans 113 pays, mais a déploré son sous-financement. « Il est clair qu’il faut faire plus et plus rapidement pour pouvoir sortir en sûreté de cette pandémie. »

Le constat de l’inégalité actuelle face à la vaccination a été fait par tout le monde et en premier lieu par le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), pour qui « la distribution inéquitable de vaccins n’est pas seulement un scandale moral, elle est également autodestructrice sur les plans économique et épidémiologique ». Les chiffres sont éloquents: la population vaccinée ou partiellement vaccinée est de 40% dans les pays développés, de 7,7% dans les pays à revenu intermédiaire et de moins de 1% dans les pays les plus pauvres. Si rien n’est fait, certains pays en développement n’auront pas accès à un vaccin avant 2024.

La Directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a traduit cela en taux de vaccins par pays: 83% sont allés à des pays à revenu élevé ou intermédiaire, tandis que 0,2% seulement sont envoyés à des pays à faible revenu qui représentent un dixième de la population mondiale. « C’est moralement inacceptable », a martelé Mme Ngozi Okonjo-Iweala avant de demander aux nations qui produisent des vaccins mais n’en ont pas encore exportés de partager leurs doses. « Donnez-nous 5% de vos doses, s’il vous plaît! » n’a pas hésité à réclamer l’UNICEF aux pays développés, par la voix de sa Directrice exécutive Henrietta Fore.

Le docteur Tedros a rappelé les leçons tirées du passé et notamment de la pandémie du H1N1 il y a 12 ans. Des vaccins avaient été développés et approuvés, mais au moment où les pauvres du monde y avaient enfin accès, la pandémie était terminée. C’est pour cette raison que l’OMS et ses partenaires ont créé le dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (Accélérateur ACT) et le Mécanisme COVAX, afin d’éviter que la même chose ne se reproduise. Les participants à cette journéen’ont d’ailleurs pas manqué de saluer le dispositif COVAX dont la mission vitale est d’assurer aux pays les plus pauvres un accès au vaccin.

Pour l’Afrique, qui importe actuellement 99% des vaccins, l’Union africaine s’est fixée pour objectif de produire dans 20 ans la moitié des vaccins administrés sur le continent, a indiqué le Directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies. Au moins cinq centres de production doivent être créés en Afrique, en commençant par trois installations au Rwanda, au Sénégal et en Afrique du Sud.

Un autre parallèle a d’ailleurs été fait avec les traitements antirétroviraux contre le VIH/sida, qui sont arrivés en Afrique six ans après leur élaboration. Entre-temps, neuf millions de personnes sont mortes de cette maladie en Afrique, a déploré la Directrice exécutive du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), Mme Winnie Byanyima, qui a jugé inacceptable le « nationalisme vaccinal ». La solution à l’époque avait résidé dans l’apparition de médicaments génériques et une baisse drastique des prix, grâce à un assouplissement de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) et à des négociations avec certaines grandes entreprises pharmaceutiques. Mme Byanyima a demandé un même assouplissement de cet accord pour la distribution des vaccins contre la COVID-19.

Un appel repris par de nombreux intervenants et l’OMC qui a tenu, il y a deux jours, une réunion sur « l’équité vaccinale ». Ces discussions ont mis en évidence les problèmes à surmonter dans la chaîne d’approvisionnement, l’augmentation nécessaire de la production et des investissements -en particulier dans les pays en développement et les pays les moins avancés- ou encore le dialogue constructif à avoir sur les dérogations aux ADPIC en cours de négociation à l’OMC.

La Directrice générale de l’OMC a espéré que tout cela débouchera sur un accord-cadre sur le commerce et la santé, si possible avant la douzième Conférence ministérielle de l’OMC prévue début décembre. « Espérons que les engagements en cours entre les secteurs privé et public, la société civile et les institutions internationales nous conduiront à la solution nécessaire. »

Plusieurs intervenants ont demandé un sommet mondial pour aborder la question de l’équité dans le domaine de l’accès aux vaccins en tant que « bien public mondial », tandis que le Président de l’ECOSOC a misé sur les conclusions de de cette réunion extraordinaire pour déboucher sur des actions.

RÉUNION EXTRAORDINAIRE SUR LE THÈME « UN VACCIN POUR TOUTES ET TOUS »

Déclarations d’ouverture

M. MUNIR AKRAM, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a ouvert cette réunion extraordinaire organisée sur le thème « Un vaccin pour toutes et tous » en souhaitant qu’elle permette de définir des actions concrètes. Nous faisons face à la crise sanitaire la plus grave du siècle et les vaccins représentent le meilleur espoir pour la surmonter, a-t-il souligné, avant d’en appeler à la solidarité face à la pandémie de COVID-19. Agir solidairement est d’autant plus important que l’accès au vaccin reflète les inégalités inhérentes au monde, a pointé M. Akram, relevant que si certains pays ont déjà vacciné 40% de leur population, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine accusent un grand retard en la matière. Dans ces régions, des pays n’en sont qu’à 1% à 3% de taux de vaccination, et certains n’ont pas encore commencé cette campagne contre le virus. Pour le Président de l’ECOSOC, l’accès universel au vaccin est non seulement un « impératif moral » mais aussi la seule façon d’endiguer la pandémie. Nous devons donc traiter cette question de toute urgence, de même que les assouplissements des droits de propriété intellectuelle, a-t-il plaidé. Nous devons trouver les moyens financiers qui manquent, notamment via l’Accélérateur ACT. Nous devons renforcer les infrastructures dans les pays en développement et lever les obstacles aux exportations de vaccins. Nous devons aussi prendre des mesures décisives pour la vaccination universelle, c’est une condition préalable au redressement économique, a soutenu M. Akram qui a misé sur les conclusions de cette réunion extraordinaire pour déboucher sur des actions.

« Ne vous leurrez pas: aucun sujet n’est aussi pertinent pour le monde actuel que celui des vaccins. Tout le monde doit pouvoir y accéder », a déclaré le Président de l’Assemblée générale, M. VOLKAN BOZKIR. Il a appelé à prendre conscience de la proximité de la ligne d’arrivée qui, pendant si longtemps, semblait désespérément éloignée. En moins d’un an, nous sommes passés de la peur, de l’isolement et de la frustration à l’approbation d’une multitude de vaccins. Plus de 800 millions de doses ont été administrées dans le monde, un accomplissement qui mérite notre fierté, s’est-il félicité.

Cependant des écarts persistent, a-t-il tempéré. Beaucoup trop de pays attendent toujours de recevoir des vaccins tandis que l’Accélérateur ACT et son Mécanisme COVAX demeurent sous-financés. Alors que ce dernier est parvenu à livrer près de 40 millions de doses dans 113 pays, il est clair qu’il faut faire plus et plus rapidement pour pouvoir sortir en sûreté de cette pandémie. M. Bozkir a appelé à veiller à ce que le « vaccin du peuple » soit véritablement un vaccin pour tous, soulignant que les progrès accomplis jusqu’à présent sont le résultat de la collaboration de dizaines de pays avec des centaines d’entreprises et des milliers de scientifiques. « C’était la grande heure du multilatéralisme. »

M. Bozkir a lancé plusieurs appels aux États Membres et aux différents partenaires, leur demandant d’octroyer davantage de ressources au Mécanisme COVAX et aux mécanismes multilatéraux de fourniture et de distribution de vaccins; de fournir des vaccins aux pays qui en ont besoin; et de redoubler d’efforts pour combattre la désinformation et veiller à ce que tout le monde soit bien éduqué au sujet des bénéfices du vaccin. Nous disposons des moyens et des ressources pour vacciner l’ensemble de population humaine, a-t-il souligné. « Ce qu’il nous faut à présent, c’est la volonté politique d’achever ce que nous avons commencé. » Nous sommes entrés dans cette pandémie ensemble, nous pouvons en sortir ensemble, a affirmé le Président de l’Assemblée générale qui a exhorté à ne pas se reposer alors qu’un vaccin pour tous est à portée de main.

Le docteur TEDROS ADHANOM GHEBREYESUS, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), s’est exprimé à la fois au nom du Secrétaire général António Guterres et au nom de l’OMS. Si nous avons les outils pour mettre fin à cette pandémie, nous sommes en même temps confrontés à une résurgence mondiale, a-t-il fait remarquer en notant l’augmentation alarmante des cas et des décès dans le monde: le nombre de nouveaux cas par semaine a presque doublé au cours des deux derniers mois, et les chiffres se rapprochent du taux d’infection le plus élevé que nous ayons connu jusqu’à présent pendant la pandémie. Selon lui, il y a plusieurs raisons à cela: des variantes à propagation rapide, l’utilisation incohérente et un assouplissement prématuré des mesures de santé publique, la fatigue compréhensible des populations face aux restrictions sociales, et l’inégalité dramatique de la couverture vaccinale. Il a en effet affirmé que « l’équité vaccinale est le défi de notre temps ». « Et nous échouons. » Plus de 832 millions de doses de vaccins ont été administrées dans le monde, mais plus de 82% sont allées dans des pays à revenu élevé ou intermédiaire de la tranche supérieure, tandis que les pays à faible revenu n’en ont reçu que 0,2%. En moyenne, dans les pays à revenu élevé, plus du quart de la population a été vacciné, alors que dans les pays à faible revenu, ce ratio est presque d’une personne sur 500. « La distribution inéquitable de vaccins n’est pas seulement un scandale moral, elle est également autodestructrice sur les plans économique et épidémiologique », a expliqué ce médecin de santé publique.

Il a relevé que plus il y a de transmission, plus il y a de variants. Et plus il y a de variants qui émergent, plus il est probable qu’ils pourraient échapper aux vaccins. Et tant que le virus circule n’importe où, plus la reprise mondiale prendra de temps. Nous ne pouvons pas répéter les erreurs du passé, a-t-il martelé, rappelant que lorsque le VIH est apparu il y a 40 ans, des antirétroviraux vitaux ont été mis au point, mais plus d’une décennie s’est écoulée avant que les pauvres du monde n’y aient accès. De même, lorsque la pandémie du H1N1 a éclaté il y a 12 ans, des vaccins ont été développés et approuvés, mais au moment où les pauvres du monde y ont eu accès, la pandémie était terminée. C’est pour cette raison que l’OMS et ses partenaires ont créé le dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (Accélérateur ACT) et le pilier des vaccins COVAX, afin d’éviter que la même chose ne se reproduise.

Le Directeur général a dit que ces initiatives fonctionnent -à ce jour, les vaccins ont été distribués dans 110 pays et économies- mais pas assez. Alors que les prévisions laissaient croire à une distribution de 100 millions de doses, à peine 40 millions de doses l’ont été. Certains pays qui s’attendaient à recevoir des vaccins via le Mécanisme COVAX n’ont rien reçu, et aucun n’en n’a reçu suffisamment, tandis que certains pays ne reçoivent pas leurs allocations de deuxième dose à temps. Le problème n’est pas de retirer les vaccins de COVAX; le problème est de les fournir au COVAX, a-t-il tranché. Il a donc demandé plus de financement, tout en précisant que l’argent n’aidera pas s’il n’y a pas de vaccins à acheter. Il a noté que certains pays et entreprises prévoient de faire leurs propres dons bilatéraux de vaccins, en contournant COVAX pour leurs propres raisons politiques ou commerciales. Une rareté de l’offre est à l’origine de ces accords bilatéraux, lesquels ne font qu’augmenter l’iniquité en matière de vaccins. « C’est le moment du partenariat, pas du patronage », a-t-il déclaré.

Le Directeur général de l’OMS a salué l’initiative de l’Union africaine visant à établir au moins cinq centres de production de vaccins en Afrique, en commençant par trois installations de production de vaccins à ARN au Rwanda, au Sénégal et en Afrique du Sud. Pour accélérer les choses, il a appelé les pays qui disposent de suffisamment de vaccins pour couvrir l’ensemble de leur population à faire des dons immédiats au COVAX. Ensuite, il a demandé d’explorer toutes les options pour accroître la production, y compris par des brevets volontaires, des pools de technologies, l’utilisation des flexibilités de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce, et la dérogation à certaines dispositions relatives à la propriété intellectuelle. L’OMS appelle également à des manifestations d’intérêt pour établir des centres de transfert de technologie afin d’aider les pays à acquérir le plus rapidement possible la technologie et le savoir-faire en matière de vaccins.

Enfin, il a appelé les pays à investir dans la fabrication locale de vaccins. Il existe déjà de nombreux fabricants de vaccins dans les pays à revenu intermédiaire qui ont produit des vaccins préqualifiés par l’OMS, a-t-il rappelé, mettant ainsi en évidence qu’ils peuvent répondre aux normes internationales de qualité, de sécurité et d’efficacité. L’OMS continuera de fournir une assistance technique à ces entreprises pour renforcer leurs capacités et ajouter des bases de fabrication supplémentaires en Afrique, en Asie et en Amérique latine, a-t-il promis. Nous encourageons tous les pays à appuyer le projet de résolution sur le renforcement de la production locale de médicaments et d’autres technologies de la santé qui sera examiné à l’Assemblée mondiale de la Santé, a-t-il plaidé. Bien que la discussion d’aujourd’hui porte sur les vaccins, il a voulu rappeler que les vaccins à eux seuls ne mettront pas fin à cette pandémie.

Par ailleurs, le Directeur général de l’OMS a indiqué que de nombreux pays à travers le monde ont montré que ce virus peut être stoppé grâce à des mesures de santé publique éprouvées et des systèmes solides qui répondent de manière globale, rapide et cohérente. Il a donc exhorté tous les pays à mettre en œuvre une combinaison de mesures appropriées, agiles et fondées sur des preuves, y compris la surveillance, les tests, la recherche des contacts, la quarantaine de soutien et les soins de compassion. Et nous devons continuer à encourager les gens à prendre les précautions personnelles pour se protéger et protéger les autres: distance physique, masques, hygiène des mains et ventilation, a-t-il conseillé. « Cela peut ressembler à un sentier battu, mais ces mesures fonctionnent », a-t-il clamé. Au cours de ses 75 ans d’histoire, le rôle de l’ONU n’a jamais été aussi important, a-t-il relevé, affirmant que nous ne pouvons pas vaincre ce virus un pays à la fois. On ne peut le faire qu’avec un effort mondial coordonné, basé sur les principes de solidarité, d’équité et de partage. « Parce qu’aucun de nous ne sera en sécurité tant que nous ne le serons pas tous », a-t-il conclu.

Mme NGOZI OKONJO-IWEALA, Directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a estimé que la production et la distribution accrues des vaccins de manière équitable est « un impératif moral et un objectif partagé par tous ». Il ne devrait y avoir aucun relâchement dans notre détermination à y parvenir, a-t-elle affirmé, tout en s’alarmant de la situation actuelle. En effet, a-t-elle constaté, une personne sur quatre a été vaccinée dans les pays à revenu élevé, contre une sur plus de 500 dans les pays à faible revenu. On observe que 83% des vaccins sont allés à des pays à revenu élevé ou intermédiaire, tandis que 0,2% seulement sont envoyés à des pays à faible revenu qui représentent un dixième de la population mondiale. « C’est moralement inacceptable. Pire, c’est autodestructeur pour la santé publique et la reprise économique mondiale », a-t-elle martelé.

Pour Mme Okonjo-Iweala, lutter contre les inégalités entraîne des défis techniques, logistiques et politiques mais aussi des questions commerciales et réglementaires, s’agissant notamment des droits de propriété intellectuelle. « Mais nous pouvons et devons les surmonter, de manière pratique et empirique, de manière inclusive et intégrée », a-t-elle lancé, avant de remercier les pays membres de l’OMC, en particulier ceux de l’Union européenne, mais aussi la Chine et l’Inde, d’exporter des vaccins vers d’autres nations. « Nous demandons aux autres nations qui produisent mais n’ont pas exporté de partager leurs doses », a ajouté la Directrice générale, non sans rappeler que la COVID-19 « ne peut être combattue individuellement ».

Dans l’immédiat, a-t-elle poursuivi, il est essentiel que nous soutenions tous le dispositif COVAX dont la mission vitale est d’assurer un accès équitable et abordable au vaccin pour les pays pauvres. Permettre à COVAX d’accéder à l’approvisionnement pour lequel il est missionné est l’une des solutions au problème de l’iniquité vaccinale pour les pays pauvres, a-t-elle assuré, ajoutant que, dans ce cadre, l’OMC joue son rôle, en coordination avec l’OMS et la communauté multilatérale. À cet égard, Mme Okonjo-Iweala a rappelé que l’OMC a organisé il y a deux jours une réunion consacrée à l’équité vaccinale avec l’ensemble des parties prenantes clefs, des gouvernements aux fabricants de vaccins en passant par la société civile.

L’objectif de cet événement, a-t-elle indiqué, était d’offrir le soutien de l’OMC pour résoudre les problèmes de chaîne d’approvisionnement et inciter les fabricants à augmenter leur production et leurs investissements, en particulier dans les pays en développement et les pays les moins avancés (PMA). Il s’agissait également d’encourager un dialogue constructif sur la question des dérogations aux aspects de la propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) en cours de négociation à l’OMC. Selon elle, il ressort de ces discussions qu’il existe un potentiel inexploité, notamment dans le monde en développement, pour accélérer la production de vaccins au-delà des centres de fabrication traditionnels. De même, a-t-elle ajouté, il apparaît qu’un financement et d’autres ressources sont disponibles pour les investissements et les déploiements ultérieurs vers ceux qui manquent de vaccins. Mais il existe des obstacles commerciaux et des complexités réglementaires que les membres de l’OMC doivent traiter de manière transparente et coopérative.

Sur ces points, Mme Okonjo-Iweala a appelé les membres de l’OMC à continuer d’agir, se félicitant que le nombre des restrictions à l’exportation soit passé de 109 dans près de 90 pays à 51 dans 62 pays. « Nous pouvons et devons faire davantage », a-t-elle jugé. Bien que nous ayons vu une innovation remarquable et sans précédent en riposte à la pandémie, « tout cela ne sert à rien sans un accès universel et équitable aux vaccins et aux thérapies de diagnostic ».

Au sein de l’OMC, a-t-elle encore souligné, un débat est en cours sur la question de savoir dans quelle mesure les protections des droits de propriété intellectuelle sont un frein à la production de vaccins. Alors qu’un grand nombre de pays en développement sont favorables à la dérogation temporaire des obligations au titre de l’Accord sur les ADPIC, nous devons comprendre d’où viennent leurs préoccupations, a déclaré Mme Okonjo-Iweala. À ses yeux, ces inquiétudes tiennent à l’iniquité des vaccins et au souvenir qu’il leur a fallu une décennie pour obtenir des médicaments abordables contre le VIH/sida. Plus récemment, en 2009, ils ont aussi vu les pays riches accaparer tous les vaccins contre le H1N1. Cela étant, elle s’est déclarée convaincue que les membres de l’OMC parviendront à surmonter leurs divergences sur ce dossier.

Elle a également espéré que tout cela débouchera sur un accord-cadre sur le commerce et la santé, si possible avant la douzième Conférence ministérielle de l’OMC prévue début décembre. Cela donnerait aux pays en développement un accès aux vaccins et autres produits de santé essentiels, tout en préservant les incitations nécessaires à l’innovation et à l’investissement dans la R&D (recherche-développement), a-t-elle expliqué, avant d’en appeler à la solidarité mondiale et à la volonté politique pour s’attaquer à ces problèmes et sauver des vies. « Espérons que les engagements en cours entre les secteurs privé et public, la société civile et les institutions internationales nous conduiront à la solution nécessaire », a-t-elle conclu.

Table ronde et dialogue avec les États Membres sur le thème « Renforcer les efforts pour l’équité en matière de vaccins »

Cette table ronde a été l’occasion de réfléchir aux moyens d’assurer une distribution de vaccins juste et équitable pour tous et de remédier à « l’apartheid vaccinal » qui prévaut aujourd’hui, selon l’extraordinaire expression employée par la Directrice exécutive d’ONUSIDA. Les chiffres sont éloquents. La population qui a été vaccinée ou partiellement vaccinée est de 40% dans les pays développés, de 7,7% dans les pays à revenu intermédiaire et de moins de 1% dans les pays les plus pauvres. Si rien n’est fait, certains pays en développement n’auront pas accès à un vaccin avant 2024.

« Nous devons vaincre la pandémie partout et pour tous », a rappelé Mme WINNIE BYANYIMA, Directrice exécutive du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), qui a jugé inacceptable le nationalisme vaccinal. Elle a fait un parallèle avec l’épidémie de VIH/sida, en rappelant que les traitements antirétroviraux sont arrivés en Afrique six ans après leur élaboration. Entre-temps, neuf millions de personnes sont mortes du VIH/sida en Afrique. Elle a expliqué que l’élément clef a été l’apparition de médicaments génériques contre le VIH/sida et une baisse drastique des prix, grâce à un assouplissement de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) et à des négociations avec certaines grandes entreprises pharmaceutiques. Mme Byanyima a ainsi demandé un assouplissement de cet accord pour que les droits de propriété intellectuelle n’entravent pas la distribution de vaccins contre la COVID-19.

De son côté, M. PAUL FARMER, de la faculté de médecine d’Harvard University, a tiré les enseignements des récentes épidémies d’Ebola, notamment celle de 2014. Il a cité, au nombre des défis posés par cette épidémie, les difficultés de diagnostic, l’incidence des conflits, mais aussi le rôle accru des experts venus de l’étranger, au détriment des experts locaux. Il a dénoncé les « relents colonialistes de la crise d’Ebola » et le fait que des vaccins contre cette maladie avaient été développés au Canada, sans néanmoins être utilisés faute d’un soutien nécessaire. Il a estimé que des investissements publics importants sont un élément clef dans le règlement des crises sanitaires. Il a pris l’exemple du Rwanda, qui a remédié aux « déserts médicaux » avec des investissements substantiels et obtenu des bons résultats face à la COVID-19. Il a enfin souligné l’importance de la production locale de vaccins face au virus.

Une position pleinement partagée par M. JOHN NKENGASONG, Directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, qui a déploré que les « beaux discours » sur l’égalité face aux vaccins apparus au début de la pandémie soient partis en fumée dès que la question de la distribution s’est posée. Alors que 60% au minimum de la population en Afrique devra être vaccinée pour parvenir à une immunité collective, il a exhorté à ne pas négliger un continent où vivent 1,3 milliard de personnes. Il a appuyé le Mécanisme COVAX, avant d’exhorter l’Inde à lever les restrictions qui ont empêché l’envoi de millions de doses promises à l’Afrique. Il a expliqué qu’à terme, l’objectif pour l’Afrique est de produire les vaccins sur son sol, alors que le continent importe pour l’heure 99% de ses vaccins. « L’Afrique ne doit pas être le cas de conscience du monde. » Il a indiqué que l’Union africaine s’est fixée pour objectif de produire dans 20 ans la moitié des vaccins administrés en Afrique.

De son côté, jugeant pareillement cruciale l’équité vaccinale, Mme HENRIETTA FORE, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a lancé un appel aux pays développés: « Donnez-nous 5% de vos doses, s’il vous plaît! » Elle a indiqué que les besoins dans les pays en développement sont immenses, avant de rappeler l’importance du rôle de l’UNICEF dans la vaccination des enfants dans le monde. Elle a exhorté les populations à ne pas avoir peur des vaccins qui sont de plus efficaces contre les variants.

Même son de cloche du côté de Mme SOUMYA SWAMINATHAN, de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui a rappelé que 200 projets de vaccins ont été développés face au virus et que 13 ont été approuvés dans le monde. « Quand le monde se fixe un objectif et se donne les moyens, cela fonctionne. » Elle a mentionné les effets secondaires graves des vaccins AstraZeneca et Johnson & Johnson, avec notamment la présence de caillots de sang dans le cerveau. Jugeant que la confiance dans les vaccins et les gouvernements est fondamentale, elle a prôné une « transparence sur toute la ligne » sur ces questions. Elle a tenu à rappeler que le risque de mourir de la COVID-19 l’emporte sur celui posé par les vaccins, même parmi les plus jeunes. Enfin, elle a défendu le Mécanisme COVAX et appelé les détenteurs de droits de propriété intellectuelle sur les vaccins à partager leurs connaissances. Dans ce droit fil, M. ANDREY J. ZARUR, fondateur et Président de GreenLight Biosciences, Inc., a insisté sur la responsabilité du secteur privé face au virus, tout en soulignant l’importance que le monde soit prêt pour la prochaine crise sanitaire.

Le Mécanisme COVAX et l’assouplissement de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce ont été au cœur des interventions des délégations. Le Ministre des affaires étrangères de la Guinée, au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a demandé un transfert de technologies et un financement accru pour le mécanisme précité, ainsi que pour l’Accélérateur ACT. Les règles de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce devraient être considérées à l’aune du droit d’accès aux soins pour tous, a-t-il dit.

Au nom des pays en développement sans littoral, le Ministre de la santé du Kazakhstan n’a pas dit autre chose, en réclamant des exemptions à cet accord. À l’instar de Mme Fore, il a exhorté les pays riches à ne pas acheter plus de doses qu’ils n’en ont le besoin et à faire don de leurs doses excédentaires. « Le vaccin doit être un bien public mondial », a renchéri le Ministre de la santé du Guyana, au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), en réclamant aussi la tenue d’un sommet mondial sur cette question.

Enfin, l’Union européenne a rappelé qu’elle a donné 2,5 milliards d’euros au Mécanisme COVAX, faisant d’elle une contributrice essentielle. L’Union a exporté plus de 80 millions de doses vers 42 pays, a-t-elle dit, en soulignant la nécessité d’un soutien politique et financier sans faille audit mécanisme.

Table ronde et dialogue avec les États Membres sur le thème « Financement d’un vaccin pour tous »

Cette deuxième table ronde a offert aux participants l’occasion d’échanger sur la mobilisation des ressources financières pour le développement. Au vu de la situation actuelle, il a aussi été question de l’accessibilité et des conditions d’approvisionnement des vaccins pour tous les pays, riches, pauvres et à revenu intermédiaire, afin de rendre possible le redressement post-COVID-19.

Cette crise sanitaire mondiale est « l’occasion de faire preuve de solidarité et d’humanisme », a plaidé le modérateur de la discussion, M. JUAN SANDOVAL MENDIOLEA, Représentant permanent adjoint du Mexique et Vice-Président de l’ECOSOC, selon lequel des efforts importants doivent être faits pour financer la recherche, la production et la distribution équitable des vaccins, singulièrement pour les pays à faible revenu qui n’ont pas les moyens financiers de relever de tels défis.

Pour assurer une distribution à la fois efficace et équitable, le Mécanisme COVAX doit être financé, a soutenu le Vice-Président de l’ECOSOC. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a-t-il fait valoir, cela permettrait à l’économie mondiale d’éviter 275 milliards de dollars de dépenses chaque mois. Or, si 832 millions de doses de vaccins ont déjà été administrées à travers le monde, elles sont allées à 82% aux pays à revenu élevé, créant une « situation d’immense injustice » qui ne pourra cesser que grâce à l’action multilatérale. M. Sandoval a par conséquent appelé les États Membres à tenir compte des recommandations formulées au cours de cette réunion spéciale, lesquelles seront reprises dans la déclaration finale concoctée de la présidence de l’ECOSOC.

Dans le droit fil des propos du modérateur, M. SETH BERKLEY, Directeur général de l’Alliance du vaccin (GAVI), a noté que le Mécanisme COVAX a permis de fournir des vaccins à 114 pays en seulement 43 jours, à partir des premières livraisons opérées le 24 février au Ghana. Les doses ont d’abord été livrées à l’Inde mais il a fallu attendre « la requalification » de l’OMS pour activer le Mécanisme, a-t-il précisé. Des millions de doses ont ainsi pu être acheminées dans 69 pays à faible revenu, tandis que les gouvernements et les fondations levaient 8 milliards de dollars. D’ici au début de l’été, a indiqué M. Berkley, nous allons pouvoir vacciner 2 à 3% de la population mondiale mais ces efforts sont freinés par la forte concurrence entre pays et les difficultés liées aux restrictions imposées à l’exportation des vaccins.

La pandémie, a-t-il rappelé, a engendré une « véritable panique »; un grand nombre de pays, « essentiellement riches », cherchant à accaparer les vaccins, ce qui s’est révélé « contre-productif » d’un point de vue sanitaire. En effet, avec les nouveaux variants, on comprend que si beaucoup de zones géographiques sont privées de vaccin, la transmission du virus se poursuivra, a souligné le Directeur général de la GAVI. À ses yeux, les gouvernements devraient urgemment lever les restrictions à l’exportation et cesser de réserver des doses à leurs « amis ». Si nous parvenons à assurer une distribution équitable des vaccins, notamment par le biais du Mécanisme COVAX, nous aiderons tous les pays et ferons croître l’économie mondiale de 9 000 milliards de dollars, a-t-il pronostiqué.

Cet avis a été pleinement partagé par M. LUCAS CHANCEL, Codirecteur du Laboratoire sur les inégalités mondiales à l’École d’économie de Paris, qui a décrit le blocage actuel de manière imagée: « Si nous envisageons ce problème comme un gâteau à partager, nous ne pourrions pas le faire. » Répondre favorablement aux demandes de pays comme l’Inde et l’Afrique du Sud sur les droits de propriété intellectuelle permettrait de multiplier les options et aiderait en particulier les chercheurs du monde entier à élaborer et partager le plus de vaccins possible. M. Chancel a jugé « contradictoire » la position des dirigeants européens qui, d’un côté, ne veulent pas renoncer à leurs droits de propriété intellectuelle au profit du monde émergent, et de l’autre, appellent à faire du vaccin un « bien public mondial ».

Pour le chercheur, chaque équipe biomédicale dans le monde devrait avoir accès à l’ensemble des informations sur les vaccins conçus par les entreprises pharmaceutiques. Les dissimuler est « contre-productif », a-t-il estimé, exhortant l’Union européenne, les États-Unis et tous les pays riches à entendre les appels des pays en développement. C’est la voie à suivre pour produire davantage de vaccins en 2021 et cela ne coûtera rien aux contribuables des pays riches, a-t-il assuré.

« La pandémie ne prendra pas fin tant que tout le monde ne sera pas vacciné », a renchéri Mme MAMTA MURTHI, Vice-Présidente du Groupe de la Banque mondiale en charge du développement humain. Les pays qui sont en mesure de produire des vaccins doivent faire don de leurs surplus et c’est possible grâce au Mécanisme COVAX. Elle a préconisé davantage de transparence dans les plans nationaux et chez les fournisseurs. À ce stade, a-t-elle regretté, on ne sait pas combien de doses ont été précommandées, ce qui entrave la planification. L’autre priorité du moment est de lever les restrictions à l’exportation pour permettre un flux des matières servant à la fabrication des vaccins, a souligné à son tour Mme Murthi, assurant que la Banque mondiale, de concert avec les autres banques de développement et la GAVI, appuie cette position ainsi que la campagne mondiale de vaccination.

Relevant que le « vaccinationalisme » pourrait coûter à l’économie mondiale quelque 1 200 milliards de dollars, Mme MIHO SHIROTORI, Directrice par intérim du commerce et des produits de base à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a fait remarquer que les mesures commerciales irrégulières, comme les restrictions à l’exportation, ont des « conséquences disproportionnées » pour les pays en développement. Face à ce problème, l’OMC a des moyens d’action, a noté la responsable de la CNUCED, précisant que l’Organisation offre un cadre juridique pour discuter de dérogations temporaires à l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC). Beaucoup de membres de l’OMC y sont favorables et la communauté internationale doit encourager ces dérogations, a-t-elle insisté.

M. CHRIS LOCKYEAR, Secrétaire général de l’ONG Médecins sans frontières (MSF), n’a pas dit autre chose. Il a appelé les pays développés à lever les obstacles et à appuyer les dérogations sur leur propriété intellectuelle. « Ce qui compte, c’est de considérer le vaccin comme un bien public mondial », a-t-il martelé, souhaitant également que la course à la productivité cède la place au renforcement des capacités nationales et à un transfert transparent de technologies. Alors que la pénurie de vaccins a creusé les inégalités qui existaient déjà dans les systèmes de santé, les pays qui ont la capacité de produire ces vaccins ont aussi « un accès privilégié », a constaté le patron de MSF, appelant à « repenser » ce système au profit du monde en développement.

« Nous sommes confrontés à une crise mondiale, mais sans stratégie mondiale, nous ne pourrons pas garantir l’accès des pays en développement aux vaccins », a averti M. JORGE MOREIRA DA SILVA, Directeur de la coopération pour le développement à l’OCDE. Il a dit craindre un risque de prolonger la crise et de ralentir la reprise économique. En dépit de l’Accélérateur ACT et du Mécanisme COVAX, « les efforts actuels ne suffisent pas pour répondre à l’offre et à la demande ». Pour réussir une distribution équitable des vaccins, il faut, selon lui, des cadres multilatéraux de coopération, mais aussi des financements supplémentaires pour faire en sorte que l’aide ne soit pas réaffectée au détriment des secteurs essentiels.

De son côté, M. JEREMY KONYNDYK, Directeur exécutif de l’équipe spéciale COVID de l’USAID, a rappelé que les États-Unis ont soutenu financièrement l’achat de vaccins pour 92 pays pauvres et à revenu intermédiaire. Avec l’aide de la GAVI, ils ont organisé une réunion de donateurs pour lever 2 milliards de dollars et faire en sorte que le Mécanisme COVAX puisse couvrir 30% de ces pays au lieu de 20% à l’heure actuelle. Les États-Unis sont favorables au renforcement du Mécanisme COVAX et insistent pour que l’argent soit dépensé « de façon plus stratégique ». De l’avis du Directeur exécutif, les fonds débloqués par la Banque mondiale et les autres banques multilatérales de développement ne seront efficaces que si les pays cessent de conclure des accords individuellement. Il convient donc, d’après lui, de trouver un mécanisme d’achat approprié permettant d’éviter les pénuries, tout en veillant à accroître la production et la fourniture des vaccins.

En conclusion, le Directeur général de l’Alliance du vaccin s’est félicité de la participation accrue des États-Unis au Mécanisme COVAX, qui reste, selon lui, le maillon essentiel de la lutte contre le virus. Il importe à présent de lever les restrictions à l’exportation, qui font que certaines usines de fabrication « restent les bras croisés », faute d’une dérogation sur la propriété intellectuelle. Il faut permettre la libre circulation des matériels et des fournitures, a-t-il martelé, jugeant « critique » l’absence d’engagement politique. « Personne ne sera en sécurité tant que nous ne le serons pas tous », a-t-il répété.

La Ministre du développement international du Canada a jugé indispensable un accès équitable aux vaccins pour promouvoir une relève inclusive plus verte et plus juste. C’est pourquoi, elle a appelé à un effort mondial pour appuyer le Mécanisme COVAX qu’elle a qualifié de « meilleure chance que nous avons pour mettre fin à la pandémie ». Rappelant que la pandémie a mis à nu les fragilités de nos économies, le Ministre des affaires étrangères de Trinité-et-Tobago a rappelé que les pays en développement ne sont qu’aux prémices des efforts de vaccination. C’est pourquoi il a demandé un sommet mondial pour aborder la question de l’équité dans le domaine de l’accès aux vaccins.

« La vaccination massive contre la COVID-19 a été reconnue par l’Assemblée mondiale de la santé comme le meilleur moyen de lutter contre la pandémie », a rappelé le Ministre de la santé de la Fédération de Russie avant de se féliciter de la présence du vaccin russe Spoutnik dans plus de 60 pays. Il a également dit que la Russie a été le premier pays au monde à concevoir et breveter un vaccin anti-COVID avant de préciser que son pays dispose maintenant de trois vaccins distincts s’appuyant sur différentes technologies.

« La vaccination est un bien public mondial et nous appuyons un accès universel aux vaccins », a martelé la Ministre des affaires étrangères de la Colombie avant de citer l’objectif de la Colombie de vacciner 70% de la population d’ici à la fin 2021. Elle a souligné l’importance d’un multilatéralisme renforcé pour favoriser un accès équitable aux vaccins partout dans le monde en misant sur le Mécanisme multilatéral COVAX pour offrir des vaccins aux pays qui n’ont pas les moyens de les acheter.

En dépit de l’enthousiasme dont le monde a été témoins après la création des premiers vaccins et la mise en place du Mécanisme COVAX, le Ministre des affaires étrangères de l’Égypte s’est inquiété de la tendance de certains pays à privilégier des intérêts nationaux aux dépens de l’objectif commun.

En écho à cette intervention, le Ministre de la santé et du bien-être de l’Inde a mis en évidence l’utilité d’échanger des informations entre les pays et de faire preuve de solidarité. Illustrant son propos, il a expliqué que l’Inde a fourni des vaccins à 80 pays ainsi que 200 000 doses pour les Casques bleus des missions de maintien de la paix. Mettant l’accent sur les bienfaits de la solidarité, le Ministre des affaires étrangères des Maldives a remercié l’Inde et la Chine pour leurs contributions qui ont permis aux Maldives de vacciner 60% de sa population.

La Ministre de la santé du Nicaragua a jugé opportun de restructurer l’architecture financière internationale pour favoriser le multilatéralisme et la solidarité nécessaire pour garantir un accès gratuit aux vaccins et leur production et distribution dans les pays en développement. À l’instar de son homologue du Nicaragua, le Ministre des affaires étrangères du Venezuela a appelé les États à mettre fin à toutes les mesures coercitives unilatérale « imposées à nos peuples ». Ce dernier a aussi insisté sur le fait que le vaccin était un bien public mondial avant de juger criminel de considérer le vaccin comme une marchandise.

La Ministre des relations extérieures et de la coopération de l’Afrique du Sud a réitéré que les vaccins contre la COVID-19 doivent être considérés comme un bien commun. « Arrêtez aussi de politiser les vaccins », a exhorté la Ministre qui a indiqué avoir demandé, avec l’Inde, une dérogation temporaire des ADPIC auprès de l’OMC afin d’accéder aux technologies nécessaires pour fabriquer de manière temporaire les vaccins. Dénonçant le fait que les pays en développement n’ont reçu que 2% des doses jusqu’à présent, la Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie a fustigé en particulier les restrictions à l’exportation qui ont été imposées ainsi que le « nationalisme vaccinal ». Elle a plaidé pour le transfert de technologies et l’élimination des restrictions des exportations. « L’accès aux vaccins implique la collaboration de tous pour ne laisser personne de côté », a renchéri le Ministre des affaires étrangères du Pérou.

Justement, le Ministre du développement international de la Norvège a rappelé que l’Accélérateur ACT sert à accélérer la fabrication et la distribution des vaccins dans le but de vacciner beaucoup de monde le plus vite possible et pour accélérer la reprise économique. Le plus grand obstacle est le déficit de financement qui se chiffre à 20 milliards de dollars, a fait remarquer le Ministre qui a dit que le Président de l’Afrique du Sud et le Premier Ministre de la Norvège ont envoyé une lettre à leurs homologues pour leur demander de contribuer à ce financement. Il faut unir les volontés politiques en faveur de l’Accélérateur ACT et du Mécanisme COVAX, a plaidé lui aussi le Ministre des affaires étrangères et du culte du Costa Rica, en recommandant aussi de créer une plateforme d’échange et d’action contre les pandémies comme celle du coronavirus.

Pour le Ministre des affaires étrangères du Brésil, la priorité du Gouvernement est de venir en aide aux populations les vulnérables. Mais le défi de l’approvisionnement ralentit l’accès et les efforts du Gouvernement. Si 11% de la population brésilienne a reçu une dose, le Gouvernement espère finir la vaccination des groupes prioritaires en juin. Le Ministre a exigé que l’on mette fin aux interdictions des exportations de vaccins et transferts des technologies.

Le Ministre des affaires étrangères, du commerce international et du culte de l’Argentine a lui aussi plaidé en faveur d’un meilleur financement de l’Accélérateur ACT et contre les mesures qui empêchent l’accès aux intrants et aux vaccins contre la COVID-19. Il faut faire preuve de souplesse sur la question des ADPIC, a-t-il ajouté avant de demander la gratuité des vaccins qui ne doivent pas être considérés comme des marchandises mais comme un bien mondial. Les retards de distribution ont des impacts négatifs en Afrique, d’où l’importance de la collaboration internationale, a ajouté la Ministre de la santé de l’Éthiopie en constatant que le monde se rallie derrière le Mécanisme COVAX, « une initiative mondiale solide ».

La Ministre de la santé de l’Arménie a expliqué que son pays est désormais mieux armé pour faire face à la pandémie de COVID-19 grâce à l’appui d’organisations comme l’Alliance du Vaccin (GAVI) et le Mécanisme COVAX. Elle a néanmoins regretté que l’accès aux vaccins continue d’être tributaire des capacités locales de production avant de rappeler, à l’instar du Ministre de la santé de la République tchèque, que personne ne sera protégé tant que tout le monde ne pas sera pas protégé. Tout en se félicitant des progrès « fulgurants » dans le développement des vaccins, ce dernier a prévenu que seule une solidarité « totale » entre les États permettra d’obtenir des résultats efficaces contre la pandémie. Après que la Ministre de la santé publique du Guatemala a appelé à « l’équité » dans la distribution des vaccins, le Responsable de la politique philippine contre le COVID-19 a prévenu: « Accaparer les vaccins n’est dans l’intérêt de personne. » Ce n’est qu’en œuvrant à l’unisson que nous viendrons à bout de la pandémie, a-t-il ajouté, en attirant l’attention sur « Riposte COVID » de l’Association des nations d’Asie du Sud Est (ASEAN).

Le Vice-Ministre des affaires étrangères de la Chine a d’ailleurs réaffirmé la volonté de son pays de rendre les vaccins « plus abordables et plus accessibles » aux pays en développement. « Nous avons offert des vaccins à 80 pays en développement et à des Casques bleus de l’ONU et nous souhaitons maintenant vacciner les athlètes des prochains Jeux olympiques », a dit le Vice-Ministre chinois qui, à l’instar du Ministre des affaires étrangères de la Bolivie, s’est dit choqué par « l’égoïsme » de certains pays riches. Il a assuré la volonté de son pays de soutenir l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour que le système des Nations Unies joue son rôle de coordonnateur de la riposte à la pandémie.

La Secrétaire d’État à la santé de la Principauté d’Andorre a présenté les efforts de son pays pour vacciner 30% de sa population et mettre en place une stratégie axée sur la détection, le dépistage, le traçage, le suivi et la mise en quarantaine, alors que la Vice-Ministre de la santé publique de Cuba annonçait la mise au point de quatre vaccins cubains dont trois sont au stade de l’essai clinique. Ces vaccins, a-t-elle promis, seront mis à la disposition des pays en développement. En attendant, la Vice-Ministre de la santé de la Géorgie s’est réjouie de la participation de son pays au Mécanisme COVAC.

Le Ministre de la santé de l’Azerbaïdjan a affirmé « être le premier pays » de sa région à avoir commencé à vacciner en janvier dernier, ayant atteint à ce jour 8% de la population. Il s’est dit « très inquiet » des inégalités d’accès aux vaccins, avant que le Saint-Siège ne déplore le fait que 75% des vaccins aient été affectés à 10 pays seulement. Il faut en effet regretter la primauté des intérêts particuliers, a renchéri le Paraguay. Sans une solution à la question des dérogation aux ADPIC, plusieurs pays se poseront la question de leur adhésion aux organisations internationales, y compris à l’OMC, a-t-il prévenu.

La Suisse a aussi plaidé pour une distribution équitable des vaccins, des traitements et des équipements de diagnostic, tout comme le Maroc et l’Algérie, qui a indiqué qu’avant même l’arrivée des vaccins, elle était déjà prête grâce à l’aide du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et de l’OMS. Elle a annoncé son intention de fabriquer le vaccin russe Spoutnik V. Les États-Unis ont quant à eux annoncé l’organisation d’un dialogue virtuel sur le financement de la santé mondiale, le 26 avril prochain. Ils en ont profité pour rappeler qu’ils ont versé, en mars dernier, 2 milliards de dollars à l’alliance GAVI, avant les autres 2 milliards qui arriveront d’ici à la fin de l’année. Nous, a dit le Royaume-Uni, avons investi la même somme pour les vaccins, leur distribution et leur accès.

En dépit de ces annonces, seul 0,1% des doses de vaccin est arrivé dans les pays en développement, a fait observer l’Afghanistan, reconnaissant tout de même que sans la paix, il est difficile de vacciner toute la population. Au Bangladesh, même si 11 millions de doses ont été administrées, les conséquences de la deuxième vague de la pandémie sont à craindre. Nous pourrions, a-t-il dit, produire plus de 300 millions de doses si les questions de propriété intellectuelle sont résolues. Mais la Serbie a affirmé être en mesure de parvenir à l’immunité universelle d’ici à la fin du mois de mai.

Nous avons, a dit à son tour le Népal, vacciné 1,8 million de personnes mais nous sommes les premiers à avoir vacciner les réfugiés. Le Liban a dit avoir élaboré une déclaration politique sur l’accès aux vaccins, approuvée par 180 États Membres, mais rien ne sera possible, a prévenu le Kenya, sans des dérogations aux ADPIC. En attendant, a rappelé le Qatar, neuvième pays le plus vacciné au monde, nous avons versé 20 millions de dollars au Mécanisme COVAX et 10 millions à l’OMC.

Reprenant les propos du Kenya, le Pakistan a réclamé des dérogations aux ADPIC. Nous sommes dans « une crise existentielle », s’est alarmé le Mexique, en constatant qu’il y a plus de vaccins achetés que d’habitants sur la planète. Le Mécanisme COVAX, que l’Italie a pourtant décrit comme « l’exemple le plus vertueux » des efforts internationaux, n’a pas été à la hauteur des attentes, a tranché le Mexique. « Sommes-nous vraiment la famille des Nations Unies? » s’est demandé Sri Lanka, en voyant là un test pour le multilatéralisme.

Dans sa déclaration de clôture, le Président du Conseil économique et social (ECOSOC), M. MUNIR AKRAM, a indiqué que la déclaration présidentielle rassemblant les recommandations formulées au cours de cette réunion sera publiée « dans les 24 à 48 heures ». Ce débat sur le « vaccin pour toutes et tous », a-t-il constaté, a mis en exergue « l’immensité » des défis et la nécessité d’agir dans un esprit de solidarité. Il a exhorté la communauté internationale à travailler dans ce sens aux côtés des organisations internationales, dont l’UNICEF, l’Accélérateur ACT et le Mécanisme COVAX. Tout cela doit constituer un « ensemble de mesures coordonnées et universelles », a plaidé le Président de l’ECOSOC, pour qui il importe en priorité d’accroître la production de vaccins et d’adopter temporairement des dérogations à l’ADPIC. Mais cela ne suffira pas, a-t-il averti. Il faut aussi des mesures d’incitation et des investissements dans les structures de fabrication de vaccins.

Le Président de l’ECOSOC a demandé aux pays développés de financer le déficit financier du Mécanisme COVAX et de libérer les stocks superflus qu’ils détiennent. Nous devons donner aux pays en développement les moyens de gérer la logistique et la distribution des vaccins en renforçant leurs capacités à cet égard, a-t-il poursuivi, appelant également à sensibiliser l’opinion publique sur les bienfaits du vaccin et à lutter contre la désinformation. Il convient en outre de promouvoir des systèmes sanitaires résilients, à même de faire face à de nouvelles pandémies, a ajouté le Président de l’ECOSOC, pour qui tout dépend désormais de la « volonté politique des pays qui peuvent agir ». Saluant ceux qui ont contribué aux efforts multilatéraux, il a appelé de ses vœux une participation financière plus large. Nous comptons sur cette solidarité, il s’agit une « preuve d’humanité », a-t-il insisté. « Si nous échouons, nous échouerons aussi face aux autres défis », a-t-il prévenu.

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