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Covid-19 : quelle vaccination pour les personnes réfugiées ?

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La crise de la COVID-19 n'a épargné aucune région du monde. Mais alors que les campagnes de vaccination débutent dans de nombreux pays, l'accès aux différents types de vaccins n'est pas encore équitable. Les réfugiés et déplacés internes font notamment partie des populations oubliées des campagnes de vaccination mises en place par les gouvernements.

Pourtant, l'accès à toutes et à tous aux soins de santé et aux mesures de prévention n'est pas seulement indispensable pour protéger les populations les plus à risque mais aussi pour freiner radicalement la pandémie à travers le monde. Personne ne sera en sécurité tant que tout le monde ne sera pas protégé.

Les réfugiés, grands oubliés de la vaccination

La création et la diffusion des vaccins contre la COVID-19 semble être le moyen le plus sûr de sortir de la crise économique, sociale et sanitaire provoquée par la pandémie mondiale. Pourtant, les campagnes de vaccination sont loin d'être effectives dans l'ensemble des pays.

La plupart des vaccins produits dans le monde se trouvent aujourd'hui entre les mains des pays les plus riches : 84 % de toutes les doses de vaccin disponibles ont été administrées dans les pays riches, alors que les pays les plus pauvres comme la République démocratique du Congo (RDC) ou encore l'Ouganda, n'ont même pas pu vacciner 1% de leur population.

Sans campagne de vaccination ni matériel de dépistage, de nombreux pays pauvres sont davantage fragilisés face à la pandémie. Le manque d'infrastructures de santé viables et de professionnel de santé les empêche de faire face à une telle épidémie. La flambée des cas dans ces pays seraient catastrophiques.

Pour éviter cela les gouvernements doivent imposer des mesures de distanciations sociales dès l'identification de plusieurs foyers d'infection. Alors que ces pays les plus pauvres sont souvent terre d'accueil des personnes réfugiées, elles ne parviennent pas à leur offrir la protection nécessaire face à la pandémie.

Ces populations migrantes vivent dans une grande promiscuité imposée par les dures conditions de vie des camps de réfugiés. Alors qu'elles sont parmi les plus vulnérables face à la pandémie, ces dernières sont souvent exclues des campagnes de vaccination. Les pays d'accueil les plus pauvres ont eux-mêmes de grandes difficultés pour accéder à la vaccination et vaccinent alors en priorité leur propre population.

Sur près de 2 000 réfugiés et personnes déplacées internes interrogés par Vision du Monde, via le partenariat international World Vision, dans 8 pays différents (Brésil, Colombie, RDC, Jordanie, Pérou, Turquie, Ouganda, Venezuela), une seule personne affirme avoir reçu un vaccin contre la COVID-19. De plus, 68 % des personnes interrogées n'avaient même pas entendu parler de campagnes de vaccination et près de la moitié pensaient qu'elles n'étaient pas éligibles ou ne savaient pas si elles étaient admissibles à un vaccin.

La vaccination est pourtant essentielle pour se protéger mais aussi pour sortir de la crise dans laquelle les populations ont été plongées. En effet, les conséquences des mesures de confinement ont eu un réel impact sur la vie des réfugiés : 70% des personnes interrogées affirment avoir connu une forte baisse de revenus. Ces derniers ne parviennent plus à se nourrir ni à nourrir leurs familles. Les enfants sont alors davantage exposés aux violences : travail des enfants, exploitations, mariages et grossesses précoces, violences physiques et psychologiques.

De plus, la pandémie a renforcé la méfiance des populations d'accueil envers les populations déplacées suspectées de diffuser le virus et, dans certains cas, d'être une menace pour la santé publique. Le manque d'emplois et les pressions économiques ont également contribué à réduire le soutien des populations d'accueil aux populations déplacées et aggravé les attitudes xénophobes existantes.

Les obstacles à l’accès au vaccin pour les populations déplacées

Les populations déplacées elles-mêmes sont parfois réticentes face aux campagnes de vaccination mises en place. L'accès limité à des informations fiables, la xénophobie, et le manque de statut officiel pour ces personnes déplacées favorisent la méfiance et l'hésitation vis-à-vis de la vaccination. Selon l’enquête réalisée par Vision du Monde, 26 % des personnes déplacées interrogées hésitent à se faire vacciner et 10 % ont affirmé qu'elles ne prendraient pas le vaccin s’il était disponible.

Le manque d’informations et la désinformation

Garantir l'accès à des informations précises et fiables sur les vaccins et le coronavirus est essentiel pour que les campagnes de vaccination soient acceptées par les populations. Seulement, les populations migrantes ont souvent un accès limité à l’information. Les trois principales sources d'information sont notamment les réseaux sociaux (40 %), la télévision (25 %) et les amis et la famille (24 %). Les réfugiés et les personnes déplacées n'ont ainsi pas nécessairement accès à des informations fiables, ce qui peut accentuer les fausses croyances sur la COVID-19 et le vaccin.

Il est donc essentiel d’adapter les campagnes de sensibilisation aux canaux d’information utilisés par ces populations tout en sachant que l’accès à internet n’est pas toujours garanti et l’utilisation de téléphones portables n’est pas une généralité.

En Ouganda, un seul réfugié a déclaré utiliser la télévision comme source d'information et seulement deux personnes ont affirmé utiliser les réseaux sociaux. Dans ce pays, 76% des personnes interrogées ont déclaré compter principalement sur la radio pour accéder aux informations sur la COVID-19. En République Démocratique du Congo, une majorité des réfugiés affirment ne pas posséder d’outils électroniques. La diffusion d’information doit donc inclure l'utilisation d'outils hors ligne, tels que des affiches et des brochures.

Les retards de production et livraison

Au Bangladesh, le gouvernement a reporté les vaccinations contre la COVID-19 pour près d'un million de réfugiés rohingyas vivant dans le plus grand camp de réfugiés, la seule population du pays qui n'a pas encore eu accès au vaccin. En cause ? La pénurie de matières premières et l’arrivée d’une seconde vague dévastatrice de la COVID-19 en Inde, premier fournisseur mondial de vaccins.

Alors que l’Inde devait fournir environ 70 % des vaccins du dispositif COVAX, assurant la distribution équitable de vaccins dans les pays pauvres, le gouvernement indien a décidé de suspendre les exportations momentanément.

Le gouvernement du Bangladesh a alors déclaré qu'avec l'augmentation du nombre de cas et les pénuries de vaccins, les vaccinations pour les réfugiés ne commenceraient que lorsque les doses de vaccins attendues arriveraient dans le pays. Même s’il y a eu relativement peu de cas de COVID-19 parmi les réfugiés rohingyas jusqu’à aujourd’hui, les infections, les taux de tests positifs et les hospitalisations sont désormais en augmentation dans la région de Cox's Bazar.

L’absence de statut officiel pour certains migrants

La situation de nombreux migrants n’est toujours pas reconnue juridiquement, et un grand nombre d’entre eux n’ont pas les papiers leur permettant de rester sur le territoire qui les accueille. Ces problèmes administratifs empêchent de nombreuses personnes non enregistrées d’accéder au vaccin ou aux services de dépistage, notamment par peur d’être dénoncées pour l’absence de documents officiels.

De plus, la pandémie a retardé de nombreuses démarches quant à l’obtention du statut de réfugié. En l’absence de statut juridique, ces personnes peuvent également être écartées des campagnes de vaccination.

L’augmentation de cas de COVID-19 parmi les populations déplacées

Vacciner les populations déplacées doit être une priorité pour les pays d’accueil. Alors que ces pays souffrent souvent déjà de crises humanitaires et doivent gérer d’importants mouvements de populations, il est difficile de contrôler la propagation du virus. En raison du nombre limité de tests, de la collecte bancale de données et la réticence des populations à se faire dépister et à se faire soigner, le nombre de personnes atteintes par la COVID-19 dans les pays fragiles et touchés par un conflit est difficile à déterminer.

Au cours des derniers mois, les besoins d'aide humanitaire ont atteint des niveaux alarmants, y compris parmi les populations déplacées. En avril 2021, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a signalé que plus d'un tiers des pays bénéficiant d’une aide humanitaire ont enregistré plus de cas COVID-19 au cours des quatre premiers mois de 2021 que sur l'ensemble de l’année 2020. Les données réelles sont probablement beaucoup plus élevées étant donné le manque de tests et la destruction de infrastructures de santé.

Dans le nord-ouest de la Syrie, près de 23 000 cas positifs de COVID-19 ont été signalés par l'OMS en mai 2021, contre près de 8 000 cas signalés dans l'ensemble de la Syrie en novembre 2020.

Les pays du continent américain et de l'Asie du Sud, en particulier, sont confrontés à des deuxièmes et troisièmes vagues catastrophiques.

Les conditions de vie extrêmement précaires dans des endroits bondés et insalubres, et l’accès limité aux services d'eau, d'assainissement et d'hygiène augmentent considérablement les risques d'infection et de complications liées à la COVID-19 chez les personnes déplacées. Le virus est notamment une menace supplémentaire pour la santé des réfugiés déjà très vulnérables :

  • 35 % des personnes interrogées déclarent avoir souffert de maladies au cours des 12 derniers mois.
  • 18 % ont reçu un diagnostic COVID-19 ou soupçonné qu'elles l'avaient mais n'ont pas été testées (9%).
  • 77 % ont également signalé que la pandémie avait eu un impact dramatique sur leur bien-être psychologique.

Informer et vacciner pour protéger les populations déplacées

Les personnes déplacées, en particulier les enfants, sont parmi les plus touchées par les impacts indirects de la pandémie et auront plus de difficultés à se remettre de la pandémie. En mars 2021, l’UNICEF a averti que les progrès avaient reculé « pour pratiquement toutes les mesures clés de l'enfance ».

Bien qu’ils ne soient pas aussi touchés par les contaminations liées à la COVID-19 que les autres populations, les enfants sont tout autant victimes de la pandémie : leur santé, leur nutrition, leur protection et leur éducation étant de plus en plus affectées par la crise COVID-19.

L'accès au vaccin est donc primordial pour prévenir les nouvelles vagues et stopper les conséquences de la COVID-19 sur les personnes déplacées et notamment les enfants.

Bien que plus de 190 pays se soient engagés via le dispositif COVAX à livrer 2 milliards de doses de vaccins à au moins 20 % des populations les plus vulnérables et à haut risque d'ici la fin 2021, la production et les livraisons sont sous-financées et retardées.

Vision du Monde, via le Partenariat international World Vision, appelle les gouvernements à faire en sorte que cet engagement devienne réalité et à garantir un accès équitable au vaccin pour les personnes déplacées de force. L’ONG humanitaire appelle notamment les gouvernements des pays d’accueil à inclure toutes les personnes réfugiées et déplacées, quel que soit leur statut juridique, dans les campagnes de vaccination Covid-19.

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a réclamé pour sa part « un vrai plan pour doubler la capacité de fabrication des vaccins dans le monde. Il s’agit de lever les droits de propriété, mais pas seulement. Il faut aussi aider à la logistique, et faire du transfert de technologie pour aider à la production des vaccins, qui est un processus industriel complexe »

En plus de favoriser l’accès au vaccin pour toutes les populations, il est nécessaire de sensibiliser chacune et chacun à l’importance de la vaccination.

Les messages de sensibilisation doivent notamment passer par le personnel soignant en qui la population a confiance, ainsi que via les leaders religieux, largement écoutés par une part importante de la population. Il est donc essentiel de continuer à travailler avec les partenaires locaux, les soutenir et les aider à diffuser des informations fiables ; une stratégie que Vision du Monde a encouragé et déployé depuis le début dans sa réponse humanitaire pour faire face à la COVID-19.

Il grand temps d’agir pour venir en aide aux enfants réfugiés et ne laisser personne pour compte. Ensemble faisons entendre leurs voix !