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COVID-19 : les risques d'un « choc social mondial » ? Note de Réflexion N°3

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INTRODUCTION

C’est au nom de « la raison d’être des Nations unies elles-mêmes » qu’Antonio Guterres a initié un nouveau fonds mondial pour soutenir les pays en développement confrontés aux conséquences socio-économiques de la pandémie et des politiques de confinement. Dans la même ligne, à l’occasion des réunions de printemps « virtuelles » du Fonds monétaire international (FMI), l’économiste Gita Gopinath a alerté sur les effets de la récession qui se profile : « si cette crise est mal gérée et que des citoyens estiment que leur gouvernement n’a pas fait assez pour les aider, des troubles sociaux pourraient émerger».

Il ne fait en effet plus de doute que l’onde de choc provoquée par l’épidémie transcende l’unique sphère sanitaire, et que la crise ne peut s’interpréter uniquement sous le prisme de la santé publique : il s’agit d’une crise systémique et globale qui tire ses racines et qui a des conséquences sur tous les secteurs de la société (économiques, politiques, financiers, etc.) En plus de pointer l’extrême vulnérabilité des systèmes de santé, elle révèle - s’il le fallait encore - la fragilité des sociétés dans leur ensemble, mais aussi leur interconnexion et leur très grande dépendance. Elle se pose en révélateur social et vient accentuer es inégalités. Partout à travers la planète, le confinement de plusieurs milliards de personnes est déjà en train de provoquer un choc social susceptible de raviver ou de déclencher des contestations populaires de grande ampleur, surtout dans les pays où la majorité de la population vit au jour le jour. Si, à première vue, la gestion de la pandémie « écrase » les contestations, elle pourrait bien aussi participer de la restructuration des mouvements sociaux dans leur ensemble. Un peu partout, de nouvelles solidarités s’activent dans le même temps que des poches de « résistance sociale », plus ou moins virtuelles, veulent préparerles contestations de demain. Des chiffons rouges de Colombie au Hirak algérien, les mouvements citoyens s’adaptent et éclosent, entre colère et solidarité, laissant préfigurer des scénarios possibles de profondes turbulences.

Enfin, au-delà du soutien d’urgence nécessaire à apporter aux systèmes de santé des pays les plus fragiles, la pandémie interroge la capacité du secteur de l’aide à faire face à ce type de crise systémique. Entre renforcement accru des filets de protection sociale comme moyen clé de réponse aux chocs et appui aux gouvernements locaux et aux sociétés civiles sous toutes leurs formes, la crise pointe la nécessité de réponses très localisées (ici et là-bas), plus que jamais adaptées aux spécificités des tissus sociaux de chacun des contextes.