World

Climat: devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général propose des voies pour gérer les effets indéniables des changements climatiques sur la sécurité 

Format
News and Press Release
Source
Posted
Originally published
Origin
View original

SG/SM/21074

On trouvera, ci-après, le texte bilingue de l’allocution du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, prononcée lors du débat public du Conseil de sécurité consacré à la sécurité dans le contexte du terrorisme et des changements climatiques, tenu à New York, aujourd’hui:

Permettez-moi de commencer par condamner fermement les attaques lâches perpétrées dimanche contre les forces du G5 Sahel au Niger et hier encore contre la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali, attaque au cours de laquelle sept Casques bleus togolais ont perdu la vie. Un Casque bleu égyptien a également succombé aux blessures subies lors d’une attaque au Mali le mois dernier. Je présente mes condoléances les plus attristées aux familles des victimes de ces attaques et de beaucoup d’autres qui ont couté la vie à tant de personnes innocentes.

En ces temps difficiles, je voudrais réaffirmer ma solidarité et le soutien de l’Organisation des Nations Unies aux gouvernements et aux peuples de la région dans leur lutte contre le terrorisme. Je remercie la présidence nigérienne d’avoir organisé ce débat très opportun sur les liens entre le changement climatique, les conflits et le terrorisme.

Premièrement, je veux affirmer que l’urgence climatique est l’enjeu vital de notre époque. Si la COP26 a permis certaines avancées, les objectifs sont loin d’être atteints. Mais nous n’avons d’autre choix que de poursuivre nos efforts pour maintenir en vie l’objectif de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré.

Car nous sommes dans une course contre la montre. Et personne n’est à l’abri des effets destructeurs du dérèglement climatique.

Ainsi, en Somalie, à Madagascar, au Soudan, au Moyen Orient ou en Afrique du Nord, des sécheresses et des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes durcissent l’accès à des ressources rares et menacent la sécurité alimentaire.

Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies estime que le changement climatique pourrait augmenter le risque de famine et de malnutrition de près de 20% d’ici 2050. Et la Banque mondiale prévoit qu’au même horizon, il pourrait entrainer le déplacement de plus de 200 millions de personnes. Tout cela bouleverse la paix, la sécurité et la prospérité mondiales.

Ce Conseil l’a souligné à de nombreuses reprises, y compris dans le cadre des résolutions portant sur les mandats de cinq opérations de maintien de la paix et de cinq missions politiques spéciales.

Car bien souvent, les régions les plus vulnérables au changement climatique souffrent également d’insécurité, de pauvreté, d’une faible gouvernance et du fléau du terrorisme. Sur les 15 pays les plus exposés aux risques climatiques, huit accueillent une mission de maintien de la paix ou une mission politique spéciale des Nations unies. Les effets du climat se superposent aux conflits et exacerbent les fragilités.

Lorsque le dérèglement climatique contribue à la pression sur les institutions et entrave leur capacité à fournir des services publics, il alimente les griefs et la méfiance à l’égard du pouvoir. Lorsque la perte des moyens de subsistance laisse les populations dans le désespoir, cela rend plus séduisantes les promesses de protection, de revenus et de justice derrière lesquelles les groupes terroristes dissimulent parfois leurs desseins.

Dans le bassin du lac Tchad, Boko Haram a pu mobiliser de nouvelles recrues, notamment au sein des communautés locales désabusées par l’absence de perspectives économiques et d’accès aux ressources essentielles.

Dans le centre du Mali, les groupes terroristes ont exploité les tensions croissantes entre éleveurs et agriculteurs pour recruter des membres dans les communautés pastorales, qui se sentent souvent exclues et stigmatisées. Et la dégradation de l’environnement permet aux groupes armés non étatiques d’étendre leur influence et de manipuler les ressources à leur avantage.

En Iraq et en Syrie, par exemple, Daesh a exploité les pénuries d’eau et pris le contrôle d’infrastructures hydrauliques pour imposer sa volonté aux communautés. En Somalie, la production de charbon de bois par Al-Shabaab est également une source importante de revenus.

Le changement climatique n’est pas la source de tous les maux, mais il constitue un effet multiplicateur et devient un facteur aggravant de l’instabilité, des conflits et du terrorisme. Nous devons aborder ces défis de manière intégrée et créer un cercle vertueux de paix, de résilience et de développement durable.

C’est pourquoi mon rapport sur Notre Programme commun propose un Nouvel agenda pour la paix qui présente une vision multidimensionnelle de la sécurité mondiale. Dans cette logique d’approche intégrée, je voudrais m’attarder sur cinq domaines dans lesquels nous devons approfondir notre action collective.

Premièrement, nous devons mettre l’accent sur la prévention et nous attaquer aux causes profondes de l’insécurité. Les conflits ou le terrorisme n’ont pas lieu dans un vase clos. Ils sont le résultat de fractures profondes: pauvreté, violation des droits humains, mauvaise gouvernance, effondrement des services publics essentiels, manque de perspectives de développement humain – et plus largement, la perte d’espoir en l’avenir.

Pour bâtir une paix durable, nous devons réduire les inégalités. Nous devons protéger les personnes et les communautés les plus vulnérables, notamment les femmes, qui sont touchées de manière disproportionnée.

Nous devons soutenir les investissements dans le développement humain –de la santé à l’éducation, en passant par les protections sociales– afin d’atteindre les Objectifs de développement durable d’ici 2030.

Nous devons favoriser une gouvernance inclusive, avec la pleine participation de toutes les communautés et de la société civile –y compris des défenseurs de l’environnement– afin que chacun puisse faire partie de l’avenir de son pays. Et partout, nous devons tirer parti des savoir-faire locaux et amplifier la voix des femmes et des jeunes. Les études montrent que lorsque les femmes participent aux négociations, la paix est plus durable; lorsqu’elles participent à la législation, elles adoptent des politiques plus favorables à l’environnement et à la cohésion sociale.

Deuxièmement, nous devons de toute urgence accroître nos investissements dans l’adaptation et la résilience. Les coûts annuels d’adaptation dans les pays en développement sont estimés à 70 milliards de dollars, et ils devraient atteindre jusqu’à 300 milliards de dollars par an d’ici à 2030.

Les pays développés doivent tenir leur promesse de fournir au moins 100 milliards de dollars de financement climatique par an au pays en développement.

Et il est essentiel qu’au moins cinquante pour cent du financement climatique pour les pays en développement soit consacré au renforcement de la résilience et de l’adaptation.

La COP26 a envoyé un signal positif en ce sens – j’attends maintenant que les pays développés mettent en œuvre leur engagement de doubler le financement pour l’adaptation d’ici à 2025.

Par exemple à travers des initiatives ambitieuses telles que la Grande Muraille Verte, qui redonne vie aux paysages dégradés du Sahel afin d’augmenter la sécurité alimentaire, créer des emplois et promouvoir la consolidation de la paix.

Mais les mécanismes de financement existants doivent correspondre aux besoins et être accessibles aux populations les plus touchées. Les subventions sont essentielles, car le fardeau de la dette écrase déjà les pays les plus vulnérables. Dans le même temps, nous devons adapter notre travail de consolidation de la paix à l’action climatique. Depuis 2017, le Fonds des Nations unies pour la consolidation de la paix a augmenté ses investissements dans des initiatives innovantes qui tiennent compte des risques climatiques.

Ainsi, au Yémen, où la pénurie d’eau aggravée par le changement climatique contribue à l’instabilité, le Fonds a soutenu la restauration et le renforcement des structures locales de gouvernance de l’eau dans la vallée de Wadi Rima, ce qui a contribué à réduire les tensions intercommunautaires. Malheureusement, le Fonds est encore loin d’avoir atteint le volume critique qui lui permettra d’aider plus systématiquement les gouvernements et les sociétés à faire face aux risques de conflits complexes.

Third, we need better analysis and early-warning systems. Every conflict-prevention initiative must take into account climate risks. Understanding and anticipating the cascading effects of climate change will strengthen our work on peace and security. A third of the global population lacks early warning systems.

As discussed with our partners during the African Union-United Nations conference, the AU and other regional organizations are leading the way in making early warning mechanisms operational.

We also need to build on existing expertise in disaster risk reduction and integrate climate risk into all economic and financial decisions. At the United Nations, the Climate Security Mechanism is strengthening the capacity of field missions, country teams and regional and subregional organizations to analyze climate-related security risks and shape integrated and timely responses.

Which brings me to my fourth point: the development of partnerships and initiatives linking local, regional and national approaches. We must make the best use of on-the-ground expertise, while drawing on the political, technical and financial capacities of regional and international actors.

The “Regional strategy for the stabilization, recovery and resilience of the Boko Haram-affected areas of the Lake Chad basin region” is a good example. Jointly developed by the African Union, the Lake Chad Basin Commission, the United Nations and other partners, the strategy integrates humanitarian action, security, development and climate resilience.

The United Nations Office for West Africa and the Sahel has launched, in partnership with the International Organization for Migration, the United Nations Framework Convention on Climate Change and the United Nations Environment Programme, a new initiative on climate change, security and development in West Africa.

This initiative promotes an integrated and coordinated approach to climate security in the region and supports the Economic Community of West African States, governments and local authorities in their risk-reduction efforts.

And we must continue supporting the work of the Special Coordinator for Development in the Sahel through the United Nations Support Plan, which aims to strengthen cooperation and address the structural problems – such as poverty, underdevelopment and governance challenges – that make the region more vulnerable to conflict.

Lastly, fighting terrorism and conflict in a context of climate disruption requires sustained investment. Yet, as we have seen in the Sahel and Somalia, African peace missions often have limited room to maneuver and are faced with great funding uncertainties.

Now more than ever, African Union peace support operations require Security Council mandates, under Chapter VII of the Charter, and predictable funding guaranteed by assessed contributions. I urge you again to consider this matter again as soon as possible.

The Security Council and all Member States must work – simultaneously – on peacebuilding and on the effects of climate change. The United Nations is proud to stand with you to build a safer and more sustainable future for all.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.