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Cartographie des Services de Protection pour les Personnes Vulnérables en Mouvement, y compris les Victimes de la Traite, sur les Routes vers la Méditerranée Centrale et Occidentale et l’Atlantique

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Introduction

Chaque année, des milliers de réfugiés et de migrants sont soumis à d’atroces abus alors qu'ils se déplacent le long de différentes routes au sein du Sahel et de l'Afrique de l'Est, et vers l'Afrique du Nord et parfois vers l'Europe.3 Cela comprend le fait d'être soumis à des violences basées sur le genre (VBG) répétées, des enlèvements contre rançon, d'être laissé mourir dans le désert et de nombreuses formes d'abus physiques et psychologiques par un éventail d'auteurs, y compris des passeurs, des trafiquants et parfois des acteurs étatiques.

Le HCR a pour mandat global de fournir une protection et une assistance internationale aux réfugiés, demandeurs d'asile et autres personnes relevant de son mandat,4 et de trouver, avec les gouvernements, des solutions à leurs problèmes. Le travail du HCR est entièrement apolitique, humanitaire et social. Le HCR n'a pas de mandat d'application de la loi ou de sécurité, mais a l'intérêt et la responsabilité d'agir là où des crimes graves sont commis contre des réfugiés, des demandeurs d'asile et d'autres personnes relevant de sa compétence, notamment des meurtres, des violences basées sur le genre et la traite des personnes. En 2017, le Haut-Commissaire, Filippo Grandi, s'est adressé au Conseil de sécurité des Nations Unies et a appelé à une action collective pour lutter contre les atrocités commises le long de la route de la Méditerranée centrale et mettre fin à l'impunité des trafiquants, un appel qu'il a répété au Conseil de sécurité en 2020.

En juillet 2020, le HCR et le Centre sur la Migration Mixte (MMC) ont publié un rapport conjoint mettant en évidence l’étendue des abus auxquels sont confrontés les réfugiés et les migrants alors qu'ils se déplacent le long des routes à travers l’Afrique de l’Ouest et de l’Est vers la Libye et l’Égypte. A partir de données d’enquête collectées par l’équipe de l’Initiative de Mécanisme de suivi des Migrations Mixtes (4Mi) du MMC en 2018 et 2019, le rapport a mis en évidence les principaux endroits le long de ces routes où les réfugiés et les migrants ont indiqué que des décès, des violences basées sur le genre (VBG), des enlèvements et des violences physiques avaient eu lieu. En plus des décès et des violences signalés en Libye, les réfugiés et les migrants ont signalé plusieurs incidents de violence ainsi que de nombreux décès le long des routes à travers le Sahel, l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique.

Le HCR et MMC ont formulé une série de recommandations sur d'autres mesures pour rompre le cycle des abus et accroître la protection tout au long du voyage. Ces recommandations comprenaient l'amélioration de l'accès à l'aide juridique pour les survivants d'abus, le renforcement de la coopération transfrontalière entre les acteurs chargés de l'application des lois et la fourniture d'alternatives viables à ces voyages dangereux en renforçant les efforts pour améliorer l'accès à l'éducation et à l'emploi dans la région.

Prenant en considération les preuves et recommandations de ce rapport, en juin 2021, le HCR a cartographié la disponibilité de certains services de protection dans des endroits clés d’Afrique Centrale, de l’Ouest, du Nord et d’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique le long des routes allant vers l’Afrique du Nord, notamment vers la Libye et l’Égypte, ainsi que les routes allant vers l’Italie, l’Espagne (y compris les îles Canaries) et vers le Yémen. Ceci a visé à compléter un projet de cartographie similaire entrepris en Afrique du Nord, à l’exemple de l’UNHCR MENA Community Protection Network map.

Cette cartographie actualisée en 2022 continue de révéler que les services de protection pour les survivants d’abus le long de la route restent extrêmement limités dans certaines zones clés. Par exemple, peu d'hébergements sûrs sont disponibles en faveur des victimes de traite ou survivants d’autres abus au Soudan. En effet, pour tout le pays, uniquement deux refuges existent à Kassala, à l’est du pays. De même, il n’y a que très peu de soutien le long de ces routes pour que les survivants de différents abus puissent avoir accès à la justice. Dans plusieurs endroits clés des mouvements mixtes, tels que Dongola dans le nord du Soudan, Ounianga-Kebir et Faya-Largeau dans le nord du Tchad, et dans les zones du Mali et du Niger à la frontière avec l’Algérie ou la Libye, il n’y a presque pas de services de protection disponibles pour les survivants d’abus. Ces endroits sont souvent les derniers points d’arrêt avant que les réfugiés et migrants continuent des voyages dangereux à travers le désert du Sahara. Ils représentent dont une opportunité essentielle pour que les personnes, qui ont peut-être déjà été victimes d'abus de la part d'acteurs étatiques et/ou non étatiques, puissent obtenir de l’aide et accéder à la protection plutôt que de continuer et de risquer la traversée du désert aux mains de passeurs ou de trafiquants d'êtres humains sans scrupules. Les personnes expulsées de certains pays d’Afrique du Nord (la Libye et l'Algérie) sont abandonnées et laissées dans des situations très vulnérables, et souvent même mortelles. Généralement, il y a très peu de moyens d’identification, de profilage et de soutien aux victimes de la traite dans ces endroits reculés et tout au long de ces routes.

Les profils des personnes qui empruntent ces routes à travers l’Afrique centrale, de l’Ouest et du Nord ainsi que l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique, les raisons pour lesquelles elles ont emprunté ces routes, leurs intentions, vulnérabilités et besoins de protection varient énormément. Il s’agit de réfugiés, de demandeurs d’asile, de victimes de la traite, d’enfants non accompagnés ou séparés et de migrants qui fuient la pauvreté. Leurs besoins en termes de protection peuvent changer au long d’un voyage au cours duquel les circonstances peuvent changer et empirer rapidement et sans avertissement, les laissant sans défense. Dans ce contexte en constante évolution et dangereux, cette cartographie se concentre sur l’aide aux personnes en mouvement à accéder aux services de protection du fait de leurs vulnérabilités particulières et de leurs besoins plutôt que de leur statut. Nous espérons que cette approche, basée sur les vulnérabilités et les besoins, puisse contribuer à une plus grande disponibilité des services pour tous, ainsi qu’à des efforts supplémentaires pour leur identification et référencement.

Par ce travail de cartographie, le HCR vise une augmentation des référencements aux services de protection, y compris ceux qui se trouvent au-delà des frontières; à attirer l’attention sur les zones dans lesquelles il y a un besoin de moyens supplémentaires pour combler les lacunes dans les services (de protection) existants; et à aider à ce que les réfugiés et les migrants soient plus conscients de l’assistance disponible le long de ces routes et qu’ils puissent davantage en faire usage.