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Bilan de la COP26: le Secrétaire général appelle à passer « en mode urgent » et prévoit un sommet mondial en 2023 pour mesurer les progrès

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SG/SM/21022

On trouvera ci-après la déclaration du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, sur la conclusion de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26), aujourd’hui:

Permettez-moi de commencer par remercier nos hôtes, le Gouvernement britannique et les habitants de Glasgow, pour leur formidable hospitalité.

Je salue Alok Sharma et son équipe. C’était une conférence extrêmement difficile et ils ont fait preuve d’une expertise remarquable dans la recherche d’un consensus entre les parties.

Je remercie Patricia Espinosa et tous mes collègues de l’équipe des Nations Unies sur le changement climatique. Enfin, j’exprime ma gratitude à tous les délégués - et à tous ceux qui, de l’extérieur, ont fait pression sur cette COP pour qu’elle soit à la hauteur des attentes.

Les textes approuvés à la COP26 sont un compromis. Ils reflètent les intérêts, les conditions, les contradictions et l’état de la volonté politique dans le monde aujourd’hui. Ils franchissent des étapes importantes, mais malheureusement la volonté politique collective n’a pas été suffisante pour surmonter certaines contradictions profondes.

Comme je l’ai dit à l’ouverture de la COP, nous devons agir plus et plus vite pour maintenir en vie l’objectif de 1,5 degré. Notre planète fragile ne tient qu’à un fil. Nous sommes toujours au bord d’une catastrophe climatique.

Il est temps de passer en mode urgent, sinon nous n’aurons aucune chance d’atteindre le Zéro émission nette.

Je réaffirme ma conviction qu’il faut mettre fin aux subventions des combustibles fossiles, qu’il faut supprimer progressivement le charbon et qu’il faut fixer un prix pour le carbone. En outre, il faut renforcer la résilience des communautés vulnérables face aux impacts des changements climatiques qui arrivent ici et maintenant. Il faut honorer l’engagement des 100 milliards de dollars de financement climatique pour soutenir les pays en développement.

Nous n’avons pas atteint ces objectifs lors de cette conférence. Mais nous avons quelques éléments de base pour progresser:

Des engagements pour mettre fin à la déforestation; réduire drastiquement les émissions de méthane et mobiliser des financements privés autour du zéro émission nette.

Et les textes réaffirment aujourd’hui la volonté d’atteindre l’objectif de 1,5 degré, de stimuler le financement climatique pour l’adaptation et de reconnaître la nécessité de renforcer le soutien aux pays vulnérables victimes de dommages climatiques irréparables.

Pour la première fois, les textes encouragent les institutions financières internationales à prendre en compte les vulnérabilités climatiques dans les formes de soutien financier concessionnel et autres, y compris les droits de tirage spéciaux.

Et enfin, ils appellent à finaliser le règlement de l’Accord de Paris avec un accord sur les marchés du carbone et la transparence.

Ce sont des mesures bienvenues, mais elles ne suffisent pas. La science nous dit que la priorité absolue doit être la réduction rapide, profonde et soutenue des émissions au cours de cette décennie - et plus précisément une réduction de 45% d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2010.

Cependant, même si toutes les contributions déterminées au niveau national sont réalisées les émissions ne cesseront d’augmenter au cours de cette décennie et nous nous engageons sur une voie qui nous mènera clairement bien au-delà des 2 degrés d’ici à la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels.

Je salue l’accord passé, ici à Glasgow, entre les États-Unis et la Chine dans lequel, comme dans le texte d’aujourd’hui, ils s’engagent à accélérer les mesures pour réduire les émissions dans la décennie 2020.

Pour contribuer à réduire les émissions dans de nombreuses autres économies émergentes, nous devons former des coalitions de soutien comprenant des pays développés, des institutions financières et ceux qui possèdent le savoir-faire technique. C’est crucial pour aider chacun de ces pays émergents à accélérer sa transition vers une économie à faibles émissions carbone et vers une économie plus verte.

Le partenariat avec l’Afrique du Sud, qui a été annoncé il y a quelques jours, est un modèle pour cela.

Je souhaite lancer un appel particulier pour nos futurs travaux sur les questions de l’adaptation et des pertes et dommages encourus. L’adaptation n’est pas une question technocratique, c’est une question de vie ou de mort.

J’ai été moi-même Premier Ministre de mon pays et je m’imagine aujourd’hui dans la peau d’un dirigeant d’un pays vulnérable. Les vaccins contre la COVID-19 sont rares. Mon économie s’effondre. La dette monte. Les ressources internationales pour le relèvement sont totalement insuffisantes.

Et pendant ce temps, bien que nous ayons contribué le moins à la crise climatique, nous en souffrons le plus. Et lorsque le prochain ouragan frappera mon pays, les caisses seront vides.

Protéger les pays des catastrophes climatiques n’est pas un acte de charité. C’est un acte de solidarité et d’intérêt personnel éclairé.

Mais nous avons une autre crise climatique aujourd’hui, celle du climat de méfiance qui enveloppe notre monde. L’action climatique peut aider à rétablir la confiance et restaurer la crédibilité.

Cela signifie qu’il faut enfin tenir l’engagement de 100 milliards de dollars de financement climatique au profit des pays en développement. Fini les reconnaissances de dette.

Cela signifie aussi qu’il faut mesurer les progrès, mettre à jour chaque année les plans climat et être plus ambitieux. Je convoquerai un sommet mondial au niveau des chefs d’État en 2023 pour faire le bilan.

Cela signifie –au-delà des mécanismes déjà définis dans l’Accord de Paris– qu’il faudra établir des normes claires pour mesurer et analyser les engagements zéro émission nette des acteurs non étatiques. Je créerai un groupe d’experts de haut niveau dans cet objectif.

Enfin, je tiens à terminer sur un message d’espoir et de détermination adressé aux jeunes, aux communautés autochtones, aux femmes leaders et à tous ceux qui dirigent l’armée d’action climatique.

Je sais que beaucoup d’entre vous sont déçus. Le succès ou l’échec ne sont pas des phénomènes naturels. Ils sont entre nos mains. Le chemin du progrès n’est pas toujours une ligne droite. Il y a parfois des détours, voire même des fossés.

Comme l’a dit le grand écrivain écossais Robert Louis Stevenson: « Ne jugez pas chaque jour par la récolte que vous récoltez, mais par les graines que vous plantez. » Nous avons encore beaucoup de graines à planter le long du chemin.

Nous n’atteindrons pas notre destination en un jour ou en une conférence. Mais je sais que nous pouvons y arriver. C’est le combat de nos vies.

N’abandonnez jamais. Ne reculez jamais. Continuez à avancer. Je serai à vos côtés jusqu’au bout. La COP27 commence maintenant.

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