Assemblée générale : les petits États insulaires appellent à mettre le multilatéralisme au service de la lutte contre les changements climatiques

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Published on 28 Sep 2018 View Original

AG/12071

Assemblée générale Plénière
Soixante-treizième session, 12e & 13e séances plénières, matin & après-midi

Aujourd’hui encore, la lutte contre les changements climatiques et la remise en cause du multilatéralisme ont fait l’objet de nombreuses interventions de la part des chefs d’État et de gouvernement réunis au quatrième jour du débat général des Nations Unies, dont de nombreux dirigeants de petits États insulaires en développement (PEID). La montée du protectionnisme et l’expansion des guerres commerciales a également inquiété nombre de délégations, avec en contrepoids les défis de l’intégration régionale.

Alors que la tempête tropicale Kirk vient de s’abattre aujourd’hui même sur son pays, la Première Ministre de la Barbade, Mme Mia Amor Mottley a averti que les mesures unilatérales de petits pays comme le sien ne suffiront pas pour faire face aux changements climatiques et lancé un fervent plaidoyer en faveur de l’action « pour sauver notre planète ».

« Combien de discours devrons-nous encore entendre avant de prendre enfin les mesures qui s’imposent pour mettre fin aux changements climatiques qui risquent, à terme, de faire disparaître non seulement la Barbade, mais également tous les autres États insulaires? » a lancé Mme Mottley.

Le Premier Ministre de Samoa, M. Tuilaepa Sailele Malielegaoi, s’est également alarmé du fait que le niveau d’engagement des Accords de Paris ne permettrait pas de maintenir le réchauffement climatique en dessous des 1,5 degrés Celsius, soit la condition sine qua non pour préserver la planète. Pour lui, une chose est sûre: « Les Nations Unies sont notre meilleur espoir pour inverser le cours des changements climatiques. »

« La région Pacifique ne peut se permettre de voir l’Accord de Paris sur les changements climatiques relégué aux archives de l’ONU », a renchéri le Premier Ministre de Vanuatu, M. Charlot Salwai Tabimasmas, également préoccupé par l’opacité qui entoure le financement de l’action climatique auquel se sont engagé les pays industrialisés.

Même son de cloche du côté de Saint-Kitts-et-Nevis, dont le Premier Ministre, M. Timothy Harris, a fustigé le fait que la communauté internationale prétend aider les PEID tout en les classifiant de pays à revenu intermédiaire ou élevé sur la base de modèles financiers « archaïques » qui les privent d’accès à des financements nécessaires. D’autant plus, a renchéri le Premier Ministre des Bahamas, M. Hubert Minnis, que quand nous sommes obligés d’emprunter sur les marchés internationaux afin de reconstruire les infrastructures détruites par les ouragans, notre notation sur les marchés financiers en prend un coup.

« À quoi sert-il donc d’interdire les sacs plastiques à usage unique, si le monde n’est pas prêt à dégager les financements nécessaires pour nous y aider? » s’est scandalisée Mme Mottley. « En tant que petit État, nous sommes habitués depuis trop longtemps à être traités comme si nous n’existions pas », a déploré la Première Ministre pointant la suppression d’aides de l’ONU à sa région. « Or, a-t-elle demandé, quand le multilatéralisme sera mis à bas, que nous restera-t-il, ou adresserons-nous nos doléances? »

Le Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, M. Heiko Mass, a lui aussi lancé un vibrant plaidoyer en faveur du multilatéralisme, mais pour rappeler la reconstruction de son pays après la Seconde Guerre mondiale. « La coopération internationale a changé notre destin pour le meilleur », a notamment témoigné M. Heiko Mass, tandis que le Ministre des affaires étrangères de l’Islande, M. Gudlaugur Thór Thórdarson a imputé le succès de son pays à un ordre international fondé sur des règles et marqué par l’ouverture des marchés, le libre-échange, les institutions multilatérales, la démocratie libérale et la coopération internationale. À cet égard, plusieurs dirigeants se sont inquiétés de la montée du protectionnisme et des guerres commerciales entre superpuissances économiques qui continuent d’effriter les acquis du multilatéralisme et de la coopération internationale, aux dépends du reste du monde.

« Devons-nous nous engager en faveur du multilatéralisme ou laisser l’unilatéralisme triompher? Devons-nous consolider l’architecture de l’ordre mondial ou devons-nous le laisser s’éroder et s’écrouler? » Pour le Ministre des affaires étrangères de la Chine, la réponse est très claire: il faut « resserrer les rangs comme une seule grande famille plutôt que de former des cercles fermés ». M. Wang Yi a en outre souligné que le commerce international est de nature « gagnant-gagnant » et qu’aucun acteur ne doit placer ses intérêts au-dessus de ceux des autres. Il n’en a pas moins averti que la Chine ne cédera pas au « chantage ou aux pressions » tout en s’affirmant en faveur d’un règlement des « tensions commerciales » basé sur les règles et le consensus par le biais du dialogue et de la consultation à pied d’égalité.

« Nous assistons aujourd’hui à la collision de deux tendances opposées », a diagnostiqué M. Sergey Lavrov, le Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie. « D’un côté, nous voyons le renforcement des principes polycentriques de l’ordre mondial et le développement robuste de nouveaux centres de croissance économique. De l’autre, nous voyons le désir de plusieurs États occidentaux de conserver leur statut autoproclamé de " leaders du monde " et de ralentir le processus objectif et irréversible d’enracinement de la multipolarité. »

Le Ministre a notamment fustigé « l’offensive d’un revisionnisme belliqueux » conduite contre le système moderne du droit international. « Ces attaques ont été lancées contre les principes de base d’un règlement au Moyen-Orient, contre le Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien, contre les engagements pris au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et contre l’accord multilatéral sur le climat », a-t-il notamment dénoncé.

M. Lavrov a également pointé les incitations faites aux pays des Balkans à rejoindre l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Alors que les « cendres des conflits d’hier scintillent encore aujourd’hui », pour citer le Premier Ministre de Bulgarie, M. Boyko Borissov, le Président albanais, M. Ilir Meta, a plutôt considéré que la politique d’ouverture de l’OTAN dans la région est décisive pour ancrer les Balkans dans la stabilité et la sécurité. « Les valeurs européennes sont le meilleur rempart contre la montée des nationalismes et des populismes », a renchéri le Premier Ministre du Monténégro, M. Duško Marković.

Suite du débat général

M. ILIR META, Président de l’Albanie, a souligné que le thème de cette soixante-treizième session ramenait l’Assemblée générale au cœur du multilatéralisme, « celui que nous avons bâti, grâce à une gouvernance globale et des responsabilités partagées, dans le but de vivre en paix dans des sociétés pacifiques, équitables et pérennes. Des réformes de l’ONU sont nécessaires en permanence, a souligné le Président. Créées dans un concert de nations souveraines, les Nations Unies ne fonctionnent pas seules en vase clos, mais par la seule volonté de leurs Membres; elles ne sont pas à l’abri de modifications à mesure que le monde se mondialise.

Progrès technologiques, droits de l’homme, sécurité, libertés fondamentales, environnement: l’Albanie souhaite participer à tous ces débats. Elle appuie pleinement les réformes du Secrétaire général, notamment la remise en forme et la réalisation des objectifs de développement durable à l’échelle régionale, nationale et internationale.

L’Albanie souhaite intégrer l’Union européenne dans le futur, a poursuivi M. Meta. Son projet stratégique d’intégration européenne va de concert avec le Programme de développement durable à l’horizon 2030, a-t-il souligné. Dans un contexte de paix dans la région des Balkans, toute négociation bilatérale entre les pays de la région est une bonne chose, a estimé le Président. À cet égard, l’accord entre la Grèce et l’Ex-République yougoslave de Macédoine peut devenir une réussite historique. L’Albanie se prononce en faveur d’un vote pour cet accord, et supporte activement le référendum du 30 septembre prochain.

La politique de la porte ouverte de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) dans les Balkans occidentaux est décisive pour ancrer les Balkans dans la stabilité et la sécurité, a-t-il ajouté, notant l’élan positif et les progrès du dialogue entre la Serbie et le Kosovo sous l’égide de l’Union européenne, qui arrivent aujourd’hui à leur stade ultime, avec l’espoir que les relations entre les deux pays se normalisent. « Il est de la plus haute importance que ces accords incarnent une énergie positive, les valeurs d’harmonie et de coexistence interethnique de l’Union européenne » dans les Balkans, un détachement d’épisodes historiques difficiles marqués par l’épuration ethnique, les déplacements de population et les modifications de frontières.

L’accent mis par le Secrétaire général sur la prévention de la paix et de la sécurité dans le monde est prometteur, a jugé le Président, qui a rappelé que 6 500 Albanais ont participé à des opérations de maintien de la paix au sein des Nations Unies.

M. Meta s’est ensuite inquiété de l’enlisement du conflit syrien. « La situation humaine s’est encore aggravée, des réfugiés de guerre menacent la sécurité des pays voisins et du continent européen », a-t-il mis en garde, avant d’appuyer la solution des deux États dans le conflit israélo palestinien. Enfin, l’Albanie affiche sa volonté de participer à la lutte collective contre le trafic de drogues et de collaborer avec l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

M. CARL GREENDIGE, Vice-Président et Ministre des affaires étrangères du Guyana, a déclaré son appui au système multilatéraliste, fondé sur l’état de droit, qui a permis d’améliorer le bien-être de l’homme. Malgré ce succès, le multilatéralisme fait l’objet d’attaques dans certains milieux. Il a appelé à une réforme du Conseil de sécurité afin de répondre aux réalités du monde actuel et d’éviter l’exceptionnalisme national. « Nous devons trouver une forme de multilatéralisme plus juste plutôt que de changer le système », a estimé M. Greendige, tout en donnant son plein appui à la volonté du Secrétaire général de mettre en place une plate-forme où les États Membres, la société civile et les organisations non gouvernementales peuvent discuter des problèmes existants. Il a également soutenu la réforme du secteur paix et sécurité des Nations Unies, qui met l’accent sur la prévention des conflits, ainsi que les accords relatifs au désarmement et à la non-prolifération.

Pour le Guyana, la criminalité transnationale organisée et les trafics en tous genres détournent des ressources qui pourraient être investies dans la prestation de services aux populations et dans l’avènement d’un monde plus sûr.

Le Vice-Président a donné son appui au renvoi de la question de la sentence arbitrale de 1899 qui établit les frontières du Guyana et du Venezuela devant la Cour internationale de Justice (CIJ), une décision que le Venezuela considère « nulle et non avenue ». En mars de cette année, le Guyana a donc demandé à la CIJ de se prononcer sur la question, une démarche à laquelle le Venezuela a refusé de participer. Il a dit attendre avec impatience l’arrêt de la Cour, estimant que l’état de droit doit triompher. M. Greendige s’est par ailleurs joint à la majorité écrasante de la communauté internationale qui demande une fin de l’embargo contre Cuba.

En tant que pays côtier, le Guyana s’inquiète de la montée du niveau des mers, a noté le dirigeant, estimant toutefois que la stratégie de développement verte mise en œuvre par son pays permettra d’assurer le recours aux sources d’énergie renouvelable. Il a reconnu l’importance d’associer les femmes et les filles à la mise en place de stratégies de développement durable, se félicitant au passage de la réforme du système des coordonnateurs résidents initiée par le Secrétaire général. Il a fait part, en terminant, de son intention de ratifier le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières qui sera adopté cette année au Maroc.

M. TABAN DENG GAI, Premier Vice-Président du Soudan du Sud, a parlé des progrès réalisés par son pays dans sa « longue marche vers la paix et la prospérité », avec l’appui de ses partenaires régionaux et internationaux tels que l’ONU, l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Il a confirmé la tenue, au terme d’une période de transition de 36 mois, d’élections libres et régulières, avec la participation de groupes de la société civile, y compris les femmes et les leaders religieux. Il s’est félicité de la tenue d’un forum de haut niveau sur la revitalisation incluant toutes les parties prenantes, sous l’égide de l’IGAD, qui a permis la mise en place d’un cessez-le-feu permanent, la mise en œuvre de l’Accord sur la résolution du conflit au Soudan du Sud et l’adoption d’un calendrier pour la tenue des élections. Il s’est dit confiant qu’un second cycle de négociations entre le Président Salva Kiir et le docteur Reik Machar permettra de résoudre des problèmes qui subsistent sur les questions de la gouvernance et de la sécurité.

La signature de la Déclaration d’accord de Khartoum, en juin 2018, prévoit un cessez-le-feu permanent et l’adoption de mesures relatives à la sécurité, a rappelé M. Deng Gai. En septembre, toutes les parties au conflit ont ratifié l’Accord revitalisé sur la résolution du conflit au Soudan du Sud, s’est-il félicité, ajoutant que le pays s’est récemment engagé dans un dialogue national afin d’assurer la reddition de comptes et le respect de l’état de droit. De son côté, le Gouvernement de transition s’est engagé à mettre en œuvre cet accord, instrument essentiel à la réalisation de sa mission et de sa vision.

S’agissant de la réforme du secteur de la sécurité, qui est au cœur de l’accord revitalisé, le dirigeant sud-soudanais a réitéré l’engagement de son gouvernement à mettre en œuvre ses dispositions dans les plus brefs délais. Le Gouvernement est résolu à transformer l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) et les structures en place afin de former une armée professionnelle, a-t-il assuré, précisant qu’un comité national pré-transitionnel a été mis en place à cet effet.

Afin de lutter contre l’impunité et de favoriser la reddition de comptes, une enquête a été ouverte afin de poursuivre en justice les responsables de l’affaire de l’hôtel Terrain -qui a été le théâtre d’évènements violents à Djouba, en juillet 2016- avec le soutien du FBI et du Gouvernement américain.

M. Deng Gai a appelé à la normalisation rapide des relations entre le Soudan du Sud et les États-Unis et à la levée des sanctions. Il a également invité la République du Soudan à travailler à résoudre les conflits en cours au Darfour, au Kordofan du Sud et dans la région du Nil-Bleu. En attendant la conclusion d’un règlement sur la question d’Abyei, il a exprimé son appui à la recommandation du Secrétaire général au Conseil de sécurité et la mise en œuvre de la proposition de l’Union africaine.

« Le conflit peut être le moteur d’une évolution positive », si nous sommes conscients d’où nous venons, de là où nous nous trouvons et de la direction à prendre », a poursuivi le Premier Vice-Président. À cette fin, un dialogue national a été lancé par le Président Kiir afin de mettre en place une approche multidimensionnelle et de favoriser la paix.

M. BOYKO BORISSOV, Premier Ministre de Bulgarie, a affirmé que son pays avait toujours défendu l’état de droit et soutenu les Nations Unies dans ses efforts pour faire respecter le multilatéralisme. « Le centième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale nous a rappelé que dans la région des Balkans, les cendres des conflits d’hier scintillent encore aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Le dirigeant a souhaité un appui politique sans équivoque aux progrès réalisés dans les Balkans. Les accords Sofia-Skopje et Athènes-Skopje sont des étapes cruciales pour atteindre la stabilité dans les Balkans de l’ouest, et les Accords Podgorica-Pristina sont aussi un jalon important qui montre un nouvel esprit dans la région, a-t-il indiqué; la construction de nouvelles infrastructures dans les Balkans attire déjà les investissements, s’est-il réjoui.

Conscient du fait que les enjeux sont élevés dans les Balkans, que la voie est longue et que le renforcement économique et politique est crucial, il a pointé que prendre du retard avec des économies faibles n’était pas envisageable.

Au sujet du référendum en Macédoine dans deux jours, M. Borissov a jugé « qu’il ferait date » et s’est félicité de cette voie ouverte pour une intégration euro-atlantique. « C’est maintenant ou jamais. Nous devons les appuyer », a-t-il insisté. « Deux de nos autres voisins, la Serbie et le Kosovo, font face à un dilemme difficile, nous les encourageons, et pensons que l’éventuel retraçage des frontières est une solution non viable. » Quant aux élections en Bosnie-Herzégovine le mois prochain, il les a jugées comme « un test de l’unité du pays » et de sa progression éventuelle vers une intégration plus poussée dans l’Union européenne.

Décrivant une région balkanique politiquement dynamique, le Premier Ministre a décrit des perspectives optimistes pour la région, en contraste avec les conflits qui l’entourent en Ukraine de l’est, Syrie et Libye. Il a précisé pour le cas de l’Ukraine: « 10 000 morts, 24 000 blessés: les statistiques sont tristes, et on ne constate pas de progrès dans la mise en place des accords de Minsk ». La Bulgarie appelle la communauté internationale à redoubler d’efforts pour aider à négocier la paix en Ukraine, « sans ingérence ».

M. TUILAEPA SAILELE MALIELEGAOI, Premier Ministre de Samoa, a, une fois de plus, focalisé son intervention sur les ravages des changements climatiques. « Les changements climatiques constituent la plus grande menace pour un petit État comme Samoa. Ce n’est ni son choix ni sa responsabilité. Le besoin d’agir contre les changements climatiques est urgent et réel », a-t-il insisté.

Les changements climatiques incluent aussi des problématiques de sécurité au sein de la région Pacifique, y compris la sécurité humaine et environnementale, la sécurité des ressources, ou la cybersécurité, a-t-il expliqué. Ils influencent la vie au Samoa d’une manière totale, mettent en péril la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable et la pêche; « c’est la plus grande urgence pour tous les pays du monde; ils frappent les riches et les pauvres sans discrimination », a-t-il souligné, avant d’exiger que la réponse de la communauté internationale soit « ferme et décisive ».

« Pas un seul pays, pas une seule organisation ne peut seul remporter la guerre contre les changements climatiques »; l’Accord de Paris, sur lequel le Président a beaucoup misé, s’appuie sur le principe de responsabilité partagée, sur la confiance; une vision ambitieuse qui devrait mettre de côté la poursuite d’intérêts égoïstes et opportunistes. « Toutes les contributions comptent », a-t-il insisté: il est de la responsabilité de chaque pays de les mettre en œuvre.

S’alarmant cependant de constater que le niveau d’engagement de l’Accord de Paris ne permettrait pas de maintenir le réchauffement climatique en dessous des 1,5 degré Celsius, soit la condition sine qua non pour préserver la planète, il a prévenu que l’existence de tout l’archipel était remise en question. « Les Nations Unies sont notre meilleur espoir pour inverser le cours des changements climatiques », a appuyé M. Malielegaoi, et les nations les plus puissantes devront rendre des comptes et prendre les bonnes décisions: « comme tous les États Membres, elles doivent respecter leurs engagements ».

La région Pacifique fait face à une augmentation constante des catastrophes, cyclones et tempêtes. Les pertes économiques en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) sont plus élevées que nulle part ailleurs dans le monde, a pointé le Président. « Il revient à chaque dirigeant de chaque pays du monde de revoir à la hausse ses ambitions pour obtenir les résultats escomptés dans de l’Accord de Paris. Des populations et des cultures sont en jeu », a-t-il plaidé.

L’étiquette de petit État insulaire en développement attachée au Samoa s’accompagne de difficultés. « Longtemps, nous fûmes considérés comme un petit pays pauvre, qui devait juste se montrer reconnaissant d’obtenir la moindre aide. » Il a dénoncé un ton moralisateur à propos des alliances économiques de la région Pacifique, « comme si les nations du Pacifique ne savaient pas ce qu’elles faisaient ». Se défendant d’être naïf, il a remarqué que l’éloignement géographique n’isolait plus du crime transnational: « nous ne pouvons plus uniquement tirer parti de la nature pour subvenir à nos besoins, puisque le monde tout autour de nous se rapproche », a conclu le Premier Ministre.

M. WANG YI, Conseiller d’État et Ministre des affaires étrangères de la Chine, a indiqué que les règles internationales et les mécanismes multilatéraux sont attaqués de toute part. « Devons-nous nous engager en faveur du multilatéralisme ou laisser l’unilatéralisme triompher? Devons-nous consolider l’architecture de l’ordre mondial ou devons-nous le laisser s’éroder et s’écrouler? »

Face à ces questions, le Ministre a indiqué que la réponse de la Chine est « très claire » La Chine soutient l’ordre international et demeurera un « champion » du multilatéralisme, a-t-il déclaré, ajoutant qu’il en va de l’intérêt de l’humanité.

Pour promouvoir le multilatéralisme dans l’ère nouvelle qui s’est ouverte, M. Wang a prôné une coopération gagnant-gagnant, qui doit remplacer la confrontation. « Nous devons resserrer les rangs comme une seule grande famille plutôt que de former des cercles fermés. » Il a ensuite préconisé que les relations interétatiques soient axées sur la recherche de la crédibilité, plutôt que la révocation d’engagements pris. « La coopération internationale doit obéir à des règles, non pas aux instincts. » Dans le même ordre d’idées, il a appelé à poursuivre les objectifs d’impartialité et de justice dans les affaires internationales, les « grands pays devant aider les petits ». L’impartialité et la justice signifient aussi le respect de la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale des autres pays. M. Wang a également souligné la nécessité que le multilatéralisme, loin de toute rhétorique creuse, produise des résultats et résolve des problèmes. Le multilatéralisme exige une ONU forte, a-t-il affirmé, en soutenant les efforts de réforme du Secrétaire général. Il a souligné la nécessité que l’Organisation soit dotée de ressources financières suffisantes et prévisibles.

Le Ministre a indiqué soutenir sans réserve les efforts en vue de l’amélioration de la situation dans la péninsule coréenne, ainsi que le dialogue entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et les États-Unis. « La Chine encourage la RPDC à continuer de s’engager dans la voie de la dénucléarisation. Dans le même temps, nous pensons qu’il est adéquat que les États-Unis apportent des réponses positives dans les délais voulus afin de rencontrer la RPDC au milieu du gué. » M. Wang a indiqué que la Chine continuera d’appliquer strictement les sanctions contre la RPDC, tout en appelant le Conseil de sécurité à prendre des mesures à la lumière des derniers développements afin de créer des conditions favorables à un règlement pacifique de la situation par des moyens diplomatiques et politiques.

Par ailleurs, M. Wang a jugé cruciale la pleine application du Plan d’action global commun relatif au programme nucléaire iranien, qui est dans l’intérêt de toute la communauté internationale. « Si cet accord n’est pas mis en œuvre, le régime de non-prolifération sera sapé, l’autorité du Conseil défiée et la stabilité dans la région et le monde fragilisés. »

Le Ministre a déclaré que la question relative à l’État rakhine au Myanmar ne peut être résolue en un jour. Des progrès constants doivent être faits grâce à un processus en trois phases incluant une cessation de la violence, un retour des personnes déplacées et le développement économique. « Hier, lors d’une rencontre avec mes collègues du Myanmar et du Bangladesh, et en présence du Secrétaire général, un accord a été conclu par ces deux pays pour un retour accéléré d’un premier ensemble de personnes déplacées », a-t-il rapporté.

M. Wang a considéré que le commerce international est par nature « gagnant-gagnant ». Il ne doit pas être un jeu à somme nulle par lequel l’un gagne aux dépens d’un autre, a-t-il prévenu, ajoutant qu’aucun acteur ne doit placer ses intérêts au-dessus de ceux des autres. « S’agissant des tensions commerciales, la Chine est en faveur d’un règlement basé sur les règles et le consensus par le biais du dialogue et de la consultation sur un pied d’égalité. La Chine ne cédera pas au chantage ou aux pressions. La Chine a pris des mesures pour défendre ses intérêts et droits légitimes. »

Si les Nations Unies ont beaucoup progressé au cours des dernières décennies en matière notamment de réduction de la pauvreté extrême et d’autonomisation des filles et des femmes, l’Organisation pèche par son incapacité récurrente à empêcher les crises, a fait observer M. CHARLOT SALWAI TABIMASMAS, Premier Ministre du Vanuatu. Il a cité l’exemple de la Syrie et l’incapacité du Conseil de sécurité de prendre une action décisive sur la question. Pour lui, être membre de cet organe n’est pas seulement un prestige, il faut aussi savoir faire preuve de leadership résolu pour sauvegarder la paix et la sécurité dans le monde.

Sur le volet des changements climatiques, le Premier Ministre a jugé possible, en tant que pays le plus à risque dans le monde en termes d’exposition aux dangers naturels, selon l’indice des risques mondiaux de l’Université des Nations Unies (UNU), que ce phénomène puisse entraver la réalisation des objectifs nationaux du Programme 2030. Les gouvernements de pays industrialisés ont promis de dégager 100 milliards de dollars par an pour le financement climatique en faveur des pays vulnérables d’ici à 2020, or le moyen de parvenir à ce but « reste obscur », a-t-il fait observer.

« La région Pacifique ne peut se permettre de voir l’Accord de Paris sur les changements climatiques relégué aux archives de l’ONU », a déclaré M. Tabimasmas. « Nous demandons à ce que le programme de travail de l’Accord soit achevé et rendu opérationnel à Katowice », a-t-il martelé, insistant pour que les parties à l’Accord intensifient leur ambition de parvenir à la cible de 1,5 degré Celsius comme convenu.

Le Premier Ministre a, par ailleurs, indiqué que le Vanuatu est déterminé à régler le problème de délimitation de ses frontières maritimes et s’est dit encouragé par une décision des dirigeants du Pacifique de faire avancer les négociations en vue de conclure et présenter un rapport sur la question en 2019. Pour l’heure, la grande priorité de son gouvernement est d’assurer un développement durable pour notre population d’ici 2030, mais il ne peut à lui seul assumer « l’immense responsabilité » d’y parvenir. Une responsabilité d’autant plus difficile pour le Vanuatu qui est exposé à des catastrophes naturelles d’intensité croissante, ce qui pose un « problème de finances vis-à-vis d’un budget national limité ». Il s’est, en conclusion, réjoui de l’occasion qui sera donnée à son pays de présenter son bilan national volontaire en 2019.

M. ALLEN MICHAEL CHASTANET, Premier Ministre et Ministre des finances, de la croissance économique, de la création d’emplois, des affaires étrangères et du service public de Sainte-Lucie, a souligné que les petits États insulaires en développement (PEID) sont plus vulnérables aux catastrophes naturelles, et que les dommages causés par ces phénomènes les touchent davantage que les autres pays. Année après année, leurs dirigeants font état des défis auxquels ils sont confrontés à l’Assemblée générales, sans que les politiques, programmes et stratégies ne changent. Cette vulnérabilité a des incidences négatives injustes sur l’accès aux réseaux financiers et bancaires, qui ternissent nos réputations, a-t-il déploré, avec pour effet d’entraver la voie vers le développement durable.

« Mais nous devons persister », a poursuivi M. Chastanet, et trouver des façons innovantes d’assurer la croissance économique, la protection de l’environnement et le développement. Cette année, Sainte-Lucie a dû dépenser des sommes trois fois plus importantes que l’an dernier en prévision de la saison des ouragans, a-t-il noté, levant pour ce faire de nouvelles taxes et contractant des dettes additionnelles.

Sainte-Lucie travaille de concert avec la Banque mondiale et l’Union européenne à mettre en œuvre des politiques destinées à assurer le financement du système de santé, en mettant l’accent sur la prévention, a-t-il indiqué. Son pays, a-t-il constaté, continue de travailler à son développement et à sa croissance au sein d’un système international qui ne reconnaît son existence et ses besoins « qu’en théorie », alors que les manifestations tangibles ne sont que rarement ressenties.

Nous avons vu l’impact désastreux des changements climatiques, a poursuivi le Premier Ministre, notant les « ravages » de la tempête tropicale Kirk qui s’abat sur son pays en ce moment même, ainsi qu’un tremblement de terre. « Notre résilience et notre capacité à nous relever ne devraient jamais être utilisées à notre encontre », a-t-il prévenu, notant que le Japon, l’Inde et les États américains ont les ressources nécessaires pour faire face à ce type de catastrophes. Malgré les engagements de 1,3 milliard annoncé à la Conférence des Nations Unies et de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), la Dominique, les îles Vierges britanniques et Porto Rico peinent toujours à se relever des dommages subis l’an dernier, a déploré M. Chastanet. Il a accueilli favorablement la convocation de la rencontre de haut niveau sur les défis rencontrés par les pays à revenu intermédiaire et appelé à la création d’une initiative en faveur des pays à revenu intermédiaire fortement endettés.

« Le multilatéralisme est en péril » devant les « vents du nationalisme » qui pourraient emporter nos engagement collectifs », a averti le Premier Ministre, ajoutant que son pays croit toujours au système multilatéral en tant qu’instrument à même de garantir la paix et la sécurité internationales. La réforme des Nations Unies est essentielle à cet égard, a-t-il ajouté, estimant toutefois que nous ne pouvons continuer de travailler à l’intérieur d’un cadre idéologique et institutionnel établi à une autre époque. Il a demandé, en terminant, la levée de l’embargo américain contre Cuba et la fin des restrictions dont fait l’objet Taiwan.

M. MAHATHIR MOHAMAD, Premier Ministre de la Malaisie, a salué le choix d’un thème « pertinent et opportun » qui fait écho aux vents du changement dans son pays, où le nouveau Gouvernement s’est engagé à assurer que chaque Malaisien bénéficie d’une part équitable des richesses de la nation. Une nouvelle Malaisie est née mettant fin à 61 ans de politique basée sur la haine, la bigoterie religieuse et raciale et la corruption, s’est-il félicité. Cette Malaisie fera siens les principes promus par l’ONU et c’est dans ce contexte que le Gouvernement s’est engagé à ratifier tous les instruments fondamentaux relatifs à la protection des droits de l’homme. Cela ne sera pas aisé, en raison du caractère multiethnique, multireligieux, multiculturel et multilingue du pays, mais « nous accorderons de l’espace et le temps nécessaires à tous pour délibérer et décider librement et démocratiquement », a promis le dirigeant.

Aujourd’hui nous sommes dans un monde « dans la tourmente à tous les niveaux », a fait remarquer M. Mohamad. Il y a une guerre commerciale qui se joue entre les deux superpuissances économiques, et le reste du monde en ressent l’impact. Sur le plan social, on assiste à une perte des repères. Mais la pire des tourmentes se situe dans l’arène politique. Personne n’est en sécurité. « Big Brother » vous surveille, mais les actes de terreur continuent, a-t-il ironisé, avant de souligner que la guerre actuelle contre le terrorisme ne connaîtra une fin que lorsque les origines du mal seront identifiées et retirées et les cœurs et les esprits apaisés. Et les raisons remontent, selon lui, à 1948 lorsque les Palestiniens ont été dépossédés de leur terre pour la création de l’État d’Israël. « Laissez les Palestiniens récupérer leur terre, édifier leur État, bâtir un État de droit. Mener une guerre contre eux ne mettra pas fin au terrorisme », a lancé le dirigeant.

Évoquant la question des musulmans dans l’État rakhine qui sont massacrés, leurs maisons détruites, sans parler du million de réfugiés condamnés à fuir, le Premier Ministre malaisien s’est interrogé sur le point de savoir si les nations « ont le droit de massacrer leur propre peuple sans que le monde réagisse ».

M. Mohamad a, par ailleurs, souligné l’engagement de son pays en faveur du développement durable: 48% du territoire est constitué de terres vierges, car en Malaisie, « nous prenons soin de notre environnement! » À cet égard, il a souligné que son pays a amélioré les méthodes de production de l’huile de palme, pour qu’à l’horizon 2020, chaque goutte d’huile de palme produite dans le pays soit certifiée durable. Dans un autre registre, il a appuyé les réformes au sein de l’Organisation, car, a-t-il dit, cinq pays ne peuvent tenir en otage le monde entier sous prétexte de leur victoire il y a plus de 70 ans! Il a, en conclusion, admis qu’un monde sans l’ONU serait un « désastre ».

M. Antoni Martí Petit, Premier Ministre de la Principauté d’Andorre, a indiqué qu’il s’adressait, ce matin, pour la dernière fois à l’Assemblée générale dans le cadre de son débat général. En Andorre, a-t-il poursuivi, toute une génération de femmes et d’hommes sont entrés en politique à partir de 1993, date à laquelle le pays est devenu un membre à part entière de la communauté internationale. « J’ai moi-même été élu au Parlement cette même année où Andorre a intégré l’ONU », a-t-il souligné.

Le Premier Ministre s’est remémoré cette « époque optimiste », durant laquelle « la démocratie gagnait du terrain », « les économies étaient en plein essor » et « les institutions multilatérales se renforçaient ». Or, a constaté M. Martí Petit, lorsque ma génération a accédé au pouvoir en Andorre, nous avons subi de plein fouet la crise économique, sociale et des valeurs, à un moment où « ce que l’on croyait solide et résistant se révélait fragile et instable ».

Avec le temps, a poursuivi le Premier Ministre, nous nous sommes habitués à vivre en ayant conscience de cette fragilité et de cette instabilité. « Finalement, ce n’est peut-être pas si mal », a-t-il estimé, ajoutant que ses ancêtres andorrans étaient pleinement conscients, eux aussi, de la fragilité des équilibres sur lesquels reposent les institutions anciennes du pays.

Pour lui, c’est de cette conscience de notre fragilité que nous avons tiré la force d’entreprendre des actions qui « trainaient au fond du placard » depuis des années, pour tenter de parvenir à une économie plus ouverte et intégrée, pour trouver des modèles de croissance durable et pour préserver les institutions et valeurs qui nous ont été léguées par l’Histoire.

« Nous avons changé le besoin en vertu, la fragilité en force », insisté le Premier Ministre, afin que les générations futures puissent prendre les rênes de leur époque avec le même optimisme que celui qui nous animait il y a 25 ans. Dans cette perspective, M. Martí Petit a appelé à garder à l’esprit que tout ce que nous accomplissons dans la sphère globale a des répercutions au niveau local et que tout ce que nous accomplissons localement aide à façonner la société mondiale.

« Les responsables politiques passent, mais les pays et leurs institutions demeurent », a déclaré en conclusion le Premier Ministre, réaffirmant l’engagement d’Andorre en faveur de la construction d’un monde plus juste et plus sûr.

« Les Fidji vont bientôt organiser des élections pour la seconde fois depuis notre retour en démocratie », s’est réjoui M. JOSAIA VOREQE BAINIMARAMA, Premier Ministre des Fidji. Fier du chemin accompli et « d’avoir amené le peuple fidjien à une société inclusive dans laquelle les droits des minorités sont respectés et tous les citoyens sont égaux dans les faits », comme promis par la Constitution fidjienne de 2013, M. Bainimarama a assuré qu’aujourd’hui, aux Fidji, « il n’existe plus de discrimination ethnique, sociale ou religieuse, et nos lois garantissent cette égalité ». Les femmes et les jeunes filles sont protégées de la violence, le taux d’alphabétisation a atteint 90% de la population et plus de 90% des filles bénéficient d’un enseignement secondaire.

Concernant le développement économique et social, des médicaments sont distribués gratuitement et l’électricité est subventionnée. « Nous accordons aussi des bourses pour développer les microentreprises et sortir les gens de la pauvreté, encourager l’entreprenariat et l’esprit d’initiative », a précisé le dirigeant. Les institutions ont gagné en indépendance: « Je suis peut-être déçu quand mon Gouvernement perd un procès en justice, mais ces défaites sont le signe d’institutions fortes et indépendantes que nous devons soutenir et renforcer. »

Voyant pour les Fidji un futur « libéré du racisme, du népotisme et des privilèges », il a annoncé que l’archipel en était à sa neuvième année consécutive de forte croissance, une croissance « due en grande partie à la démocratie qui a pris racine ». À la fois attaché à la rigueur fiscale et à l’esprit d’entreprise, M. Bainimarama a annoncé la réforme des entreprises publiques, pour les rendre plus efficaces et rentables.

La lutte contre les changements climatiques demeure la plus grande priorité des Fidji. Le Premier Ministre a dit rencontrer quotidiennement des citoyens touchés par des catastrophes naturelles, comme les cyclones et les inondations. Les Fidji veulent que la communauté internationale agisse plus vite pour mettre en œuvre l’Accord de Paris. De son côté, l’archipel a entamé un projet qui permettrait à 270 000 Fidjiens d’avoir accès au tout-à-l’égout et à l’eau potable, et indemnisera les foyers pauvres victimes du passage de cyclones.

« Nous relocalisons des communautés entières à cause de la montée du niveau de la mer. Nous reconstruisons notre infrastructure avec de meilleurs standards », a détaillé le Premier Ministre, ajoutant sur une touche optimiste que les Fidji étaient devenues le premier marché émergent à émettre des obligations souveraines « vertes » pour financer ces activités.

M. Bainimarama s’est enfin engagé à ce que les Fidji ne génèrent aucune valeur nette d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

M. ALEXIS TSIPRAS, Premier Ministre de la Grèce, a rappelé que lorsqu’il a pris la parole pour la première fois à l’Assemblée générale, il y a trois ans, la Grèce était au centre de trois crises internationales qui se chevauchaient. Son produit intérieur brut (PIB) chutait de 25%, le chômage était à 27% et le niveau de pauvreté était très élevé. De plus, 1,2 million de réfugiés étaient entrés dans les îles en quelques mois. La Grèce était aussi au centre d’une crise déstabilisante dans les Balkans et en Méditerranée orientale qui s’aggravait, et le nationalisme connaissait une croissance rapide.

La question qui se posait à l’époque était aussi de savoir si l’ONU et la communauté internationale seraient capables de nous aider à surmonter ces difficultés grâce à des solutions collectives, a poursuivi M. Tsipras. Dans les années qui ont suivi, nous avons connu une « crise de confiance » à leur endroit, comme l’a dit le Secrétaire général. À l’époque, les nationalistes avaient de plus en plus de poids, et certains ont commencé à demander un « Grexit » de l’Union européenne. « Non seulement sommes-nous restés droits, en surmontant ces difficultés, mais en plus de cela, nous avons fait partie de la solution, en Europe et plus largement », s’est félicité le Premier Ministre. « Et nous l’avons fait sans succomber aux directives des autres pays », a-t-il relevé. « Nous sommes restés dans la zone euro, en menant de dures négociations, sur un programme économique centré sur la nécessité de réformes structurelles fortes, et pas via une austérité à la fois punitive et épuisante. »

Cette année, la Grèce connaît une croissance de 2,1%, elle se dirige vers 2,5%; le chômage est tombé à 8%, et 34 millions de touristes sont venus en 2017, s’est réjoui M. Tsipras. Son budget connaît un surplus et l’investissement croît de façon constante. La Grèce est en train de devenir un centre de commerce et de transports, a-t-il ajouté.

En ce qui concerne la crise des réfugiés, le Premier Ministre a estimé avoir dû gérer la plus grande crise migratoire de l’après-guerre, « et nous l’avons fait en respectant le droit international et les droits de l’homme », a-t-il témoigné. Il a critiqué les pays européens qui n’ont pas pris leurs responsabilités en n’acceptant pas leur part du fardeau. « Le peuple grec, en dépit de ses difficultés, a ouvert ses bras aux migrants. » Notre politique d’asile, qui n’existait pas il y a cinq ans, connaît aujourd’hui le plus haut taux de demandes en Europe, a-t-il enchaîné. « Les morts dans la mer Égée sont presque de zéro et les flux migratoires ont chuté de façon radicale ».

Concernant la sécurité, M. Tsipras a dit avoir envoyé un message de dialogue, de coopération et de respect du droit international et être resté engagé dans cette politique, en dépit de relations difficiles avec la Turquie. « Dans ce contexte, nous avons exprimé notre soutien entier à une solution viable et juste à la question chypriote, sur la base des décisions de l’ONU. En parallèle, nous avons activement promu la stabilité et la croissance économique dans les Balkans », a-t-il déclaré.

Pour le Premier Ministre grec, le dilemme aujourd’hui n’est pas entre patriotisme et mondialisme: « c’est de savoir si nous préférons la régression du nationalisme ou si nous souhaitons créer les conditions pour des solutions progressives qui respectent les souverainetés nationales ». Selon lui, une politique moderne et démocratique ne peut pas être « une politique d’acceptation passive des directives émises par des élites transnationales ». D’un autre coté cependant, il a estimé que pour traiter les défis mondiaux du XXIe siècle, sur la base de valeurs partagées, il faut s’assurer que les organisations internationales soient soumises au principe de responsabilité. « Cela signifie soutenir la vision réformatrice du Secrétaire général. »

« Nous vivons une époque difficile », a reconnu M. PRAVIND KUMAR JUGNAUTH, Premier Ministre de Maurice, marquée par les incertitudes et des menaces complexes à la paix et à la stabilité de notre planète. Évoquant les tensions internationales croissantes, les conflits prolongés, la pauvreté, la détérioration des océans, l’extrémisme violent et le nationalisme, il a argué que ces défis ne peuvent être surmontés sans une coopération internationale accrue. À cette fin, il a exprimé son appui à la réforme des Nations Unies, qui doit avoir pour objectif la mise en œuvre du Programme 2030.

Il a salué la révision des Orientations de Samoa et appelé les parties prenantes à accompagner les petits États insulaires en développement (PEID) dans leur lutte contre les changements climatiques. Les effets des changements du climat se font sentir dans le monde entier, a relevé M. Jugnauth, estimant qu’il est temps de déployer des efforts « ambitieux » pour réaliser les objectifs de l’Accord de Paris. « Nous ne pouvons dissocier le climat de nos océans », a-t-il dit.

Maurice, a poursuivi le Premier Ministre, a pris la tête de la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien occidental, et accueilli, en tant que Président de la Commission de l’océan Indien, une conférence ministérielle sur la sécurité maritime.

Selon lui, la création de sociétés ouvertes et inclusives représente le meilleur moyen de combattre l’extrémisme violent. De même, l’existence de vastes arsenaux d’armes nucléaires représente une menace à la paix et à la sécurité internationales. Il s’est dit déterminé à combattre le trafic de drogue, se disant prêt à mettre en œuvre les recommandations de la commission publique d’enquête sur la drogue, avec l’appui de ses partenaires internationaux.

Réaffirmant son engagement envers l’état de droit, M. Jugnauth a déclaré qu’en 2017, les États Membres du Groupe des États d’Afrique ont présenté une résolution demandant à la Cour internationale de Justice un avis consultatif sur les conséquences juridiques de la séparation de l’archipel des Chagos de Maurice, en 1965. Il a vu dans « l’excision illégale » de l’archipel un reflet de la décolonisation inachevée de Maurice avant son accession à L’indépendance.

Enfin, le Premier Ministre a salué les efforts déployés par le Secrétaire général afin de renforcer les liens entre l’ONU et l’Union africaine, élément essentiel, selon lui, à la paix et au développement en Afrique. Il a en outre renouvelé son appel pour une réforme du Conseil de sécurité afin de réparer « l’injustice grossière » de la faible représentation de l’Afrique, appuyant également l’octroi d’un siège permanent à l’Inde et d’un siège non permanent aux PEID.

Pour M. DUŠKO MARKOVIĆ, Premier Ministre du Monténégro, « l’un des plus jeunes membres des Nations Unies », le multilatéralisme est plus important que jamais en vue d’assurer la pleine mise en œuvre des accords internationaux et la réforme de l’ONU. Il a souhaité que cette session de l’Assemblée générale soit celle d’un regain de confiance de la communauté internationale dans l’ONU, « indépendamment des critiques parfois justifiées à son égard ». Pour le Monténégro, la fragmentation actuelle de l’Organisation peut être dépassée en créant des liens plus forts entre ses trois piliers mais aussi en veillant à plus de transparence, d’efficacité et de responsabilité.

Le Premier Ministre a souligné l’attachement de son pays à la réalisation des objectifs de développement durable qui sont complémentaires de son processus d’intégration européenne. Il en va de même pour le respect de l’Accord de Paris sur le climat. À cette occasion, le Ministre a salué l’initiative du Secrétaire général d’organiser un Sommet sur les changements climatiques en 2019.

Pour ce qui est du règlement des conflits, M. Marković a regretté que trop souvent la communauté internationale n’arrive pas éviter les souffrances des populations, plaidant pour la diplomatie préventive et des réponses aux causes sous-jacentes de l’instabilité. « Notre responsabilité morale et politique est aussi d’éradiquer l’impunité face aux crimes commis », a-t-il poursuivi en soulignant le rôle du Conseil de sécurité, de la Cour pénale internationale et des tribunaux pénaux dans ce contexte.

Le dirigeant a ensuite axé son intervention sur deux questions connectées, à savoir les droits de l’homme et les défis humanitaires. Toute violation des droits de l’homme représente une menace pour la démocratie, l’état de droit et un pas vers un potentiel conflit, a-t-il constaté, et pourtant, 70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous assistons de plus en plus souvent à de graves violations dans le monde. « Il est inacceptable que nous restions silencieux face à cette réalité », s’est impatienté le Ministre revendiquant dans la foulée un Conseil des droits de l’homme plus efficace.

Sur le plan national, le Monténégro promeut l’égalité hommes-femmes ainsi que la lutte contre les violences à l’égard des femmes, a expliqué M. Markovic qui a rappelé que son pays siégeait au Conseil d’administration d’ONU-Femmes. Il a également encouragé une participation plus marquée des femmes aux processus de prise de décisions ainsi qu’au règlement des conflits.

Face à l’augmentation des crises humanitaires, le Ministre a souligné l’importance de finaliser l’adoption des deux pactes mondiaux pour les migrations et sur les réfugiés. Cela contribuera, à ses yeux, à une meilleure gestion des phénomènes migratoires sous tous leurs aspects. Au Monténégro, tout est fait pour accueillir des migrants et des réfugiés conformément aux normes internationales, tout en tenant compte des capacités nationales, a-t-il expliqué. Il a précisé que, suite à son expérience pendant le conflit des Balkans dans les années 90, le Monténégro a pu apporter sa contribution à l’ébauche du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.

Ayant rejoint les rangs des États membres de l’OTAN l’année dernière, le Monténégro est d’autant plus motivé pour renforcer l’état de droit « sur la base des plus hautes valeurs démocratiques », a assuré M. Marković. Parallèlement, le pays continue d’appliquer des réformes économiques qui lui ont d’ores et déjà valu un taux de croissance de 4% l’année dernière. Ces mesures s’inscrivent dans les objectifs de développement durable et permettront de garantir de meilleures conditions de vie à long terme, a espéré M. Marković, qui a également soutenu que son pays est dans le peloton de tête des pays des Balkans cherchant à rejoindre l’Union européenne. « Les valeurs européennes sont le meilleur rempart contre la montée des nationalismes et des populismes », a-t-il tranché avant de saluer la signature de l’accord « historique » entre la Grèce et la « Macédoine ».

Le Premier Ministre du Cambodge, M. SAMDECH AKKA MOHA SENA PADEI TECHO HUN SEN, s’est félicité de la paix, de la stabilité et du développement rapide dont jouit son pays après des années marquées par les conflits, y voyant l’exemple d’un État déchiré par la guerre qui a su se transformer. Autrefois synonyme de « champs de la mort », le Cambodge est devenu une importante destination touristique et un pays exportateur de denrées alimentaires doté d’une croissance économique élevée. Selon lui, le Cambodge est maintenant une démocratie libérale respectueuse de l’état de droit. Plus de 83% des électeurs inscrits ont participé aux dernières élections, a rappelé le Premier Ministre, un reflet du caractère pluraliste de la démocratie cambodgienne. Le « choix libre » du peuple cambodgien et le résultat « légitime » des élections ne peuvent être remis en cause, a-t-il argué, dénonçant certains « cercles extérieurs » qui cherchent à « intervenir dans les affaires intérieures du Cambodge », y voyant un « assaut contre la volonté du peuple cambodgien ».

Il a déclaré que la Charte des Nations Unies ne doit pas être utilisée afin de s’immiscer dans les affaires internes des États, déplorant notamment que la question des droits de l’homme se soit transformée en une « mission pour imposer la civilisation », ou un prétexte pour l’ingérence au nom de la protection des droits politiques. Il a dénoncé l’imposition de sanctions unilatérales qui en résultent, motivées par les agendas géopolitiques des plus puissants. Ce n’est que la « force brute » d’un État qui impose sa volonté aux autres, a-t-il continué, fustigeant ces tentatives d’imposition d’un mode de gouvernance unique.

Le Premier Ministre s’est ensuite inquiété des graves instabilités que connaît le monde, marqué par la fragilité et l’imprévisibilité. Il a dit être profondément préoccupé des tensions provoquées par les superpuissances dans l’arène diplomatique et des conflits qui voient le jour en raison de leur interférence. Le Cambodge est aussi gravement préoccupé par les décisions hâtives prises par certaines grandes puissances de se retirer d’importants accords internationaux, menaçant par là-même la légitimité de l’ordre juridique international.

Il a également mis en garde contre les politiques protectionnistes et les guerres commerciales. En fermant ainsi nos portes au commerce et à l’investissement, nous nous appauvrissons tous, nos économies seront sur le déclin et notre capacité à réaliser les objectifs de développement durable sera remise en doute, sans parler de la lutte contre les changements climatiques. Et cela nous rend également davantage vulnérables au terrorisme et à l’extrémisme. Estimant que le monde a besoin de stabilité, de diversification financière, d’innovation et développement, il a plaidé pour un renforcement du multilatéralisme.

« Le développement sans la paix n’est pas soutenable », a poursuivi le Premier Ministre, voyant dans les Nations Unies un « guide » vers la « prospérité des peuples ». Il a accueilli favorablement la « vision » du Secrétaire général sur la prévention des conflits et les opérations de maintien de la paix, rappelant la contribution de son pays aux missions de l’ONU depuis 12 ans.

Par ailleurs, M. Hun Sen a considéré l’Accord de Paris sur le climat comme la pierre angulaire du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Il s’est engagé à participer pleinement au Sommet sur le climat des Nations Unies qui se tiendra l’an prochain.

« Nous assistons aujourd’hui à la collision de deux tendances opposées », a déclaré M. SERGEY V. LAVROV, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie. « D’un côté, nous voyons le renforcement des principes polycentriques de l’ordre mondial, le développement robuste de nouveaux centres de croissance économique, les aspirations des peuples à préserver leur souveraineté et à choisir des modèles de développement conformes à leur identité nationale, culturelle et religieuse. De l’autre, nous voyons le désir de plusieurs États occidentaux de conserver leur statut autoproclamé de " leaders du monde " et de ralentir le processus objectif et irréversible d’enracinement de la multipolarité. À cette fin, a-t-il dénoncé, ces puissances n’hésitent pas à user de toutes les méthodes à disposition, y compris le chantage politique, les pressions économiques et la force brutale. »

Le Ministre a fustigé ces actions illicites qui sapent l’ordre mondial de l’après-guerre, ainsi que « l’offensive d’un revisionnisme belliqueux » conduite contre le système moderne du droit international. « Ces attaques ont été lancées contre les principes de base d’un règlement au Moyen-Orient, contre le Plan d’action global commun sur le nucléaire iranien, contre les engagements pris au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et contre l’Accord multilatéral sur le climat. »

M. Lavrov a par ailleurs accusé « ses collègues occidentaux » de vouloir remplacer la suprématie du droit par un ordre basé sur des règles qui les arrangent politiquement et sont l’illustration d’une approche de deux poids, deux mesures. « Des accusations, dénuées de tout fondement, d’ingérence dans les affaires intérieures de certains pays sont proférées concomitamment à des tentatives conduites en plein jour de saper et de renverser des gouvernements démocratiquement élus. Des efforts sont menés pour attirer certains pays au sein d’alliances militaires montées de toutes pièces contre la volonté des peuples, tandis que d’autres États sont menacés de châtiments pour avoir librement choisi leurs partenaires et alliés. »

M. Lavrov a ajouté que ces agressions contre les institutions internationales s’accompagnent de tentatives visant à « privatiser » des structures de secrétariat et à leur accorder des prérogatives d’organes intergouvernementaux dans l’espoir de les manipuler plus tard. « L’espace dévolu à une coopération internationale constructive en voie de rétrécissement, les escalades dans les confrontations, une imprévisibilité grandissante, un risque substantiel de conflits spontanés – tout cela affecte le travail de l’Organisation », a-t-il averti.

Il a déploré le lourd tribut payé par la communauté internationale en raison des « ambitions étroites et toutes personnelles » d’un petit groupe de pays. « Les mécanismes collectifs de réponse aux défis sécuritaires sont grippés. La diplomatie et la culture de négociations sont progressivement remplacées par des diktats et des restrictions unilatérales extraterritoriales mises en place sans l’aval du Conseil de sécurité. »

Le nombre de ceux enclins à rendre des jugements sans qu’il y ait eu de procès ne va pas en diminuant, a poursuivi le Ministre. « Aujourd’hui, il suffit d’une hypothèse comme "il est hautement probable " pour que certains de nos collègues occidentaux enclenchent des poursuites contre qui que ce soit. »

Nous avons déjà vu cela, a poursuivi le Ministre. « Nous ne nous souvenons que trop bien des prétextes fallacieux qui ont été utilisés de trop nombreuses fois pour justifier des interventions et déclencher des guerres – comme en Yougoslavie en 1999, en Iraq en 2003 ou en Libye en 2011. »

M. Lavrov a regretté que de telles méthodes soient utilisées aujourd’hui sur le dossier de la Syrie. « La tentative avortée en vue d’un changement de régime, orchestré depuis l’étranger et s’appuyant sur des éléments extrémistes, a failli aboutir à la désintégration du pays et à l’émergence, en lieu et place, d’un califat terroriste. » Mais les actions énergiques de la Russie, à la demande des autorités syriennes, appuyées par les efforts diplomatiques entrepris dans le cadre du processus d’Astana ont permis d’enrayer ce scénario mortifère, a continué le Ministre russe.

Sur le dossier palestinien, « qui ne doit pas être marginalisé », M. Lavrov a mis en garde contre toute approche unilatérale et tentative visant à monopoliser le processus de règlement. « Aujourd’hui comme jamais, la communauté internationale doit consolider ses efforts et reprendre les pourparlers sur la base des résolutions de l’ONU et de l’Initiative de paix arabe », a-t-il dit, promettant l’appui de son pays pour promouvoir la solution des deux États.

Poursuivant, M. Lavrov a rappelé qu’il y a 80 ans, l’accord de Munich était venu « couronner la criminelle politique d’apaisement vis-à-vis du Troisième Reich », y voyant un triste exemple des conséquences catastrophiques que peuvent avoir l’égoïsme national, le mépris du droit international et les tentatives visant à résoudre les défis aux dépens des autres.

Malheureusement, a poursuivi le Ministre, dans un grand nombre de pays aujourd’hui, nous constatons que non seulement le vaccin contre la peste nazie s’affaiblit, mais que les tentatives de réécrire l’histoire et de blanchir les criminels de guerre et leurs affidés vont en augmentant. Il a qualifié « d’outrage » les campagnes menées dans un certain nombre de pays pour détruire les monuments à la gloire des libérateurs de l’Europe. « Nous sollicitons votre soutien au projet de résolution onusien sur l’inadmissibilité de toute glorification des nazis. »

Le Ministre a ensuite déclaré que la propagation du nationalisme radical et du « néofascisme » en Ukraine –pays dans lequel, a-t-il affirmé, des criminels combattant sous la bannière nazie sont vus comme des héros– est l’une des raisons du conflit prolongé dans ce pays. À ses yeux, le seul moyen de résoudre ce conflit est d’assurer une mise en œuvre complète et robuste de l’ensemble de mesures en vue de l’application des accords de Minsk approuvé par le Conseil. Mais au lieu de cela, a accusé le Ministre, l’Ukraine continue d’entretenir l’illusion qu’elle est capable de dépêcher des forces d’occupation dans le Donbass avec l’appui de l’Occident et multiplie les menaces de recourir à l’option militaire.

M. Lavrov s’est également dit préoccupé par la tentative d’ouvrir une nouvelle ligne de front dans les Balkans, dont les pays sont de plus en plus incités à rejoindre l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). « Tout en répétant le mantra de l’inadmissibilité de toute ingérence dans leurs affaires intérieures, les dirigeants européens et américains mènent campagne pour l’accession de ces pays à cette alliance. »

Il s’est aussi inquiété à la perspective que la présence militaire internationale au Kosovo, autorisée par le Conseil, se transforme en une base militaire des États-Unis et que des Forces armées kosovares soient en train d’être créées. D’une manière générale, nous demandons que les Balkans ne soient pas transformés de nouveau en une arène et que ses peuples ne soient pas acculés à un choix fallacieux, a-t-il dit, insistant sur l’importance de prévenir l’émergence de nouvelles lignes de fracture.

M. Lavrov a déploré le retrait des États-Unis du Plan d’action global commun et assuré que son pays fera tout pour le préserver. Il a par ailleurs fait part de sa ferme conviction que tout défi doit être réglé par la voie du dialogue, avant d’aborder la question du cyberespace. « À l’aune des derniers développements, il devient de plus en plus pertinent d’élaborer sous les auspices de l’ONU une série de normes mondiales pour un comportement responsable des États dans le domaine de l’information, y compris les principes de non-utilisation de la force, de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État et de respect de la souveraineté nationale. » Il a indiqué que son pays proposerait un projet de résolution en ce sens devant la Première Commission chargée du désarmement.

Enfin, le Ministre russe a invité à revenir à « l’art de la négociation », « pour être dignes des Pères fondateurs de l’ONU », rappelant que de nombreux défis ne peuvent être réglé s que sur la base d’un respect mutuel, à rebours de tout diktat ou coercition. Typiques de l’ère coloniale, ceux-ci doivent être relégués au musée de l’histoire, a-t-il affirmé. M. Lavrov a conclu son intervention par cette phrase empruntée au Président Harry Truman: « les grandes nations dirigent par la force de l’exemple plutôt que par la domination ».

Pour M. HEIKO MAAS, Ministre fédéral des affaires étrangères de l’Allemagne, il est clair qu’avec les gros problèmes en Syrie, en « Corée du Nord », au Moyen-Orient ou la situation dramatique des réfugiés, de la Méditerranée au Venezuela, le monde est en proie à une crise du multilatéralisme. Cette crise fait que les conflits dans le monde paraissent insolubles. « J’utilise le terme "paraître insoluble" pour refléter la foi que les Allemands ont dans le multilatéralisme », a souligné M. Maas, pour qui la réussite de l’Allemagne de l’après-guerre est aussi le succès du multilatéralisme.

Il a rappelé que les États-Unis ont joué un rôle essentiel dans la reconstruction de l’Europe. Le fait que ce soit cette Europe-là qui est devenue le partenaire le plus proche des Nations Unies est un triomphe du multilatéralisme. Nous croyons dans les Nations Unies parce que la coopération internationale a changé notre propre destin pour le meilleur, a témoigné M. Maas. L’Europe est une preuve pour le monde que le multilatéralisme et la souveraineté ne sont pas des termes contradictoires. Au contraire, dans un monde qui fait face à des problèmes immenses, nous ne pourrons préserver la souveraineté que si nous travaillons ensemble.

Le Ministre a ensuite indiqué que durant son mandat au Conseil de sécurité, qui commencera dans quelques semaines, l’Allemagne jouera son rôle pour faire face aux crises actuelles et placera le dialogue et la coopération au cœur de son action. Nous dialoguerons toujours avec la société civile au Conseil de sécurité et au-delà, a-t-il ajouté. M. Maas a ensuite estimé que le Conseil doit être plus représentatif et inclusif et appelé à entamer de véritables négociations sur sa réforme.

Poursuivant, M. Maas a constaté que la crise du multilatéralisme est « douloureusement » évidente en Syrie, où la guerre civile s’est transformée en un conflit régional répandu qui risque encore de s’aggraver. Ce type de guerre, a-t-il souligné, ne peut pas être résolu par des moyens militaires car les enjeux sont trop élevés. Il s’est félicité qu’une escalade ait pu être évitée à Edleb. Outre la pleine mise en œuvre de l’accord entre la Turquie et la Russie, il a appelé à entamer un processus politique sous les auspices des Nations Unies devant mener à des élections libres et équitables. À ce stade, nous serons également disposés à assumer la responsabilité de la reconstruction. Toutefois, il y a une ligne que nous ne franchirons jamais: nous de deviendrons pas les complices d’un régime qui a perdu sa légitimité politique, a-t-il averti. Il a ensuite annoncé que l’Allemagne donnera 116 millions d’euros supplémentaires au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés pour aider les réfugiés syriens en Jordanie et au Liban. Il a aussi touché du conflit israélo-palestinien et de la situation en Ukraine.

Une paix durable ne peut être atteinte que si nous ne mettons pas fin à la course aux armements, a poursuivi le Ministre. Dans le cas de la Corée du Nord, ce pays doit joindre la parole aux actes et mener à une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible. Par ailleurs, l’accord nucléaire avec l’Iran n’est peut-être pas parfait mais il a empêché l’Iran d’obtenir des armes nucléaires et a permis d’éviter une escalade qui était plus que probable il y a trois ans. Cela n’est pas insignifiant! s’est-il exclamé. Il a indiqué que les Européens demeurent unis sur cette question et œuvrent pour maintenir les échanges économiques avec l’Iran, tout en appelant l’Iran à continuer de mettre pleinement en œuvre ses engagements.

Le fait que nous appuyons le Plan d’action global commun ne signifie pas que nous fermons les yeux sur le rôle destructeur de l’Iran dans la région, ni sur son programme de missiles balistiques, a-t-il insisté. Au contraire, le désarmement, le contrôle des armes et la non-prolifération doivent devenir une fois de plus le centre de l’action de l’ONU.

M. Maas a également appelé à tenir compte des évolutions technologiques, à commencer par les systèmes d’armes létales autonomes, ou robots tueurs. Il a appelé les États Membres à assurer l’interdiction complète de ces armes « avant qu’il ne soit trop tard ».

L’ONU du XXIe siècle doit traiter les racines des conflits, y compris les changements climatiques. L’action basée uniquement sur le nationalisme, avec pour objectif de « placer mon pays avant tous les autres » atteint alors ses limites car, a-t-il souligné, le climat ne connaît aucune frontière. Et la sonnette d’alarme a rarement retenti autant que pendant l’été 2018, dans pratiquement toutes les régions du monde.

M. Maas a souhaité que le Conseil de sécurité accorde une plus grande priorité à l’impact dévastateur des changements climatiques sur la sécurité et la stabilité des pays et des régions. Un saut qualitatif doit également être fait dans le domaine de la consolidation de la paix après les conflits, a-t-il enchaîné. Et l’Allemagne contribuera au moins 25 millions d’euros au Fonds de consolidation pour la paix cette année. Le Ministre a ensuite fait observer que les Casques bleus ne pourront véritablement apporter la paix que lorsque les mesures militaires seront intégrées dans une stratégie politique claire, pour ensuite souligner que le succès des missions dépend de l’appui politique que leur accordent les États Membres.

Notant par ailleurs que, « même dans les guerres il y a des limites », le Ministre a salué le fait que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ait été autorisée à trouver et identifier les responsables d’attaques à l’arme chimique.

À cet égard, la Cour pénale internationale demeure indispensable car elle envoie un message fort aux victimes et aux auteurs que la justice prévaudra. Avant de terminer, M. Maas a salué l’heureuse issue des négociations sur le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières. C’est une victoire du multilatéralisme. C’est un succès réalisé par des nations vraiment unies, s’est-il félicité.

M. KHEMAIS JHINAOUI, Ministre des affaires étrangères de la Tunisie, a salué le choix du thème de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale qui illustre « nos aspirations à une organisation mondiale apte à relever les défis du monde contemporain et notre volonté commune de consolider son rôle pour la paix, la sécurité et l’édification de relations internationales plus équitables tout en favorisant le développement durable.

À cet égard, la Tunisie réitère sa position sur la responsabilité de la communauté internationale, à travers les Nations Unies, de façon à débarrasser le monde des instabilités, des conflits et du terrorisme, et de régler les différends de façon pacifique. Le Ministre a ensuite appelé à poursuivre les grandes réformes engagées par le Secrétaire général, notamment les réformes des piliers paix, sécurité et développement.

La Tunisie, pour sa part, s’efforce de consolider ses institutions politiques sur la base du consensus, a indiqué le Ministre qui a parlé des étapes franchies pour renforcer la base constitutionnelle du pays. En mai dernier, les élections municipales démocratiques ont permis de renforcer la démocratie participative, ce qui entraînera, selon lui, une plus grande efficacité des programmes de développement. Ces élections ont aussi été caractérisées par une bonne représentation des femmes et des jeunes. Il s’est félicité, à cet égard, du lancement d’une initiative engageant l’ensemble des segments de la société tunisienne pour que la femme joue un rôle plus important sur la voie d’une société plus égalitaire.

Sur le plan économique, a enchaîné M. Jhinaoui, la Tunisie déploie de nombreux efforts pour augmenter son taux de croissance et créer des emplois. Malgré des défis d’ordre sécuritaire et les facteurs de risques auxquels est confronté ce pays, la Tunisie a réussi à aller de l’avant comme le prouvent de nombreux indicateurs: la balance commerciale s’est améliorée et le chômage a reculé. Il s’est dit confiant que ces tendances positives devraient renforcer le statut de la Tunisie dans sa région et à l’international.

Abordant ensuite le problème du terrorisme, le Ministre a insisté sur l’importance du rôle de l’ONU, notamment du Bureau de lutte contre le terrorisme. Il a appelé à unir les efforts pour lutter contre ce fléau et prémunir les jeunes contre l’extrémisme violent. Il a aussi engagé à intensifier la coopération internationale à travers la mise en place de mécanismes pour favoriser l’échange des données et d’expertises ainsi que l’entraide judiciaire. Il a évoqué la stratégie nationale qui a permis de déjouer de nombreux attentats.

Le Ministre a également parlé de la crise migratoire, « fruit de la multiplication des crises et conflits armés », et a préconisé une approche intégrée fondée sur la coopération afin de garantir une vie digne aux réfugiés et migrants, en les protégeant de toute forme d’exploitation. Il faut aussi s’attaquer aux causes profondes de ces mouvements, a-t-il ajouté. Au niveau régional, outre la question palestinienne, il a exprimé sa préoccupation face à la situation en Libye. Il a rappelé l’initiative de la Tunisie, en collaboration avec l’Algérie et l’Égypte, visant à garantir la réconciliation nationale sous l’égide des Nations Unies. Enfin, le Ministre a annoncé l’intention de la Tunisie de présenter sa candidature au Conseil de sécurité pour la période 2020-2021.

Il y a quatre ans, depuis cette tribune, je vous ai dressé un tableau sombre de l’Iraq, alors qu’un tiers de mon pays était aux mains de l’organisation terroriste Daech, une catastrophe historique qui a failli nous conduire à l’abîme, a rappelé M. IBRAHIM ABDULKARIM AL-JAFARI, Ministre des affaires étrangères d’Iraq. Aujourd’hui, et grâce à la détermination de l’ensemble des Iraquiens, qui ont livré une bataille historique avec le soutien de l’ONU, notre territoire a été libéré. Il a qualifié ce combat de charnière, « au moment où le monde était menacé ». L’Iraq n’oubliera guère ceux qui se sont mis de son côté, a-t-il dit. « Nous avons détruit l’ennemi et mis fin à sa présence en Iraq. Et le voilà en train de rendre son dernier souffle dans les derniers bastions syriens. »

Aujourd’hui, s’est-il félicité, « mon pays est en train d’inaugurer sa phase de reconstruction et rentre de plain-pied dans le club des États démocratiques, conformément aux aspirations de son peuple ». Il a notamment cité le déroulement des élections législatives ainsi que le processus électoral mené actuellement « dans la province du Kurdistan ». Il a ensuite appelé la communauté internationale à tenir ses engagements envers son pays, pris lors de la Conférences du Koweït. La victoire militaire contre le terrorisme ne signifie pas pour autant sa fin, car pour assurer son élimination totale, il faut traiter de ses causes profondes, a-t-il souligné. Le Ministre a ensuite appelé à l’élaboration d’une stratégie holistique commune afin de prémunir les sociétés de ce fléau. Il a aussi jugé impératif de réserver des perspectives prometteuses aux jeunes et aux femmes et de mettre au point des programmes d’autonomisation à leur intention dans le cadre des objectifs de développement durable à l’horizon 2030.

Maintenant l’Iraq est en train de passer à la phase de la réconciliation nationale, et au renforcement des institutions participatives, a poursuivi M. Al-Jafari. Il a fait part de la volonté de son pays de mettre en œuvre la résolution 2379 (2017) du Conseil de sécurité visant l’indemnisation et le retour des déplacés et la collecte des informations sur les crimes perpétrés par Daech. Pour l’Iraq, la paix et la sécurité internationales sont une responsabilité commune, a-t-il souligné, avant d’appeler à un monde exempt d’armes nucléaires et d’armes de destruction massive.

Sur le volet intérieur, le Ministre a fait savoir que l’Iraq œuvre à l’utilisation optimale des ressources et à l’édification de partenariats économiques ainsi qu’à la mise en place d’un environnement propice à l’investissement en vue de la réalisation d’un développement économique durable. Sur le plan régional, l’Iraq réaffirme sa position inchangée sur la question de la Palestine, a-t-il poursuivi, soulignant que la paix dans la région est tributaire du retrait israélien total de tous les territoires palestinien et arabe occupés et de l’édification d’un État palestinien indépendant avec pour capital Al-Qods Al-Sharif. Il a aussi dénoncé la politique de colonisation de la Puissance occupante, le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et l’imposition du blocus.

M. Al-Jafari a également appelé au rétablissement de la stabilité et de la sécurité en Syrie et au respect de son intégrité territoriale, encourageant toutes les initiatives visant à trouver une solution politique au conflit, « afin de mettre un terme au bain de sang ». Le Ministre a également appelé à promouvoir un dialogue pacifique au Yémen et à arrêter les ingérences externes étrangères. Tout en réitérant l’attachement de son pays à des relations de bons voisinages avec la Turquie, il a appelé Ankara à clarifier sa position concernant les multiples incursions à Bashiqa et violations de la souveraineté iraquienne et à y mettre un terme. M. Al-Jafari a par, ailleurs, rejeté de façon catégorique les allégations du « Premier Ministre de l’entité sioniste » sur la supposée présence de forces iraniennes en territoire iraquien pour justifier son agression de la souveraineté iraquienne.

Après avoir rendu hommage à l’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, Mme ULLA TORNAES, Ministre de la coopération pour le développement du Danemark, a rappelé que la Déclaration Universelle des droits de l’homme a codifié les principes de la dignité humaine. Soixante-dix ans plus tard, « nous savons que la coopération internationale est la seule façon de protéger nos populations », a-t-elle déclaré. « Et grâce à cette Organisation, nous avons abouti à des résultats remarquables. Pourtant, s’est-elle inquiétée, notre Organisation n’a jamais été autant sous pression. Le principe même du multilatéralisme est remis en question. Des doutes sur les structures qui entourent la protection des droits de l’homme, la liberté commerciale et la promotion du développement mondial se font jour. Les actions qui sont prises pour faire face aux changements climatiques, à la pauvreté, à la migration, au terrorisme et à l’extrémisme violent demeurent insuffisantes, a-t-elle regretté.

Pour le Danemark, la voie est claire: les défis mondiaux nécessitent de solutions mondiales. « C’est pourquoi nous avons besoin de Nations Unies fortes, qui doivent livrer leur plein potentiel ». La Ministre a rappelé qu’avec l’Algérie, le Danemark a eu l’honneur de faciliter les négociations sur la réforme du système de développement. À cet égard, nous avons l’intention de contribuer à plus de 10 millions de dollars pour appuyer l’établissement du nouveau système de coordonnateurs résidents et nous encourageons les autres à nous suivre. « Les réformes doivent maintenant devenir réalité. Les Nations Unies doivent saisir cette opportunité pour changer et créer de vraies améliorations au bénéfice des peuples ».

La Ministre a ensuite annoncé que le Danemark compte briguer un siège au Conseil des droits de l’homme pour la période 2019-2021. « Si nous sommes élus, a-t-elle indiqué, nous ferons la promotion des droits des femmes; nous continuerons notre lutte contre la torture; nous protègerons les droits des peuples autochtones; nous encouragerons la liberté religieuse, et ce, sans discrimination de genre et d’orientation sexuelle. C’est l’ADN du Danemark. C’est l’ADN des Nations Unies. »

Après avoir souligné l’engagement du Danemark en faveur du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de l’Accord de Paris, Mme Tornaes a indiqué que pendant plus de 40 années consécutives, son pays a consacré 0,7% de son revenu national brut à l’assistance au développement. « Mais malheureusement », a-t-elle déploré, « nous faisons partie d’un groupe qui compte trop peu de membres. Nous avons besoin de l’implication de tous les acteurs, particulièrement du secteur privé, de la société civile et des autorités locales ».

Par ailleurs, Mme Tornaes a appelé à donner aux jeunes « une place à la table », et s’est enorgueillie que le Danemark ait été le premier pays à annoncer sa contribution à la Stratégie du Secrétaire général pour la jeunesse et l’égalité des sexes, « Vision 2030 ». Le Danemark a également lancé l’Initiative P4G -partenariat pour une croissance verte- dont le but est de regrouper les grandes entreprises, les villes, la société civile, les groupes de réflexion et les gouvernements afin de créer des partenariats pour un monde plus « vert ».

Passant au sujet de l’éducation, la Ministre a rappelé que 130 millions de filles ne sont pas scolarisées. En temps de crise, elles ont 2,5 fois plus de chance d’être déscolarisées que les garçons et encourent de bien plus grands risques d’être victimes d’atteintes sexuelles. Dans certaines parties du monde, les fillettes sont forcées de se marier à l’âge de 9 ans. « L’éducation est un phare dans la nuit pour ces fillettes » et c’est pour cela que le Danemark compte donner 70 millions de dollars l’an prochain pour appuyer l’éducation dans les pays en développement.

La Ministre a également évoqué la situation en Syrie et a insisté sur la reddition de comptes pour les crimes les plus épouvantables. Concernant la crise des Rohingya, la Ministre a annoncé que le Danemark fournira 7 millions de dollars supplémentaires pour une réponse humanitaire exceptionnelle à cette crise.

M. TIMOTHY HARRIS, Premier Ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, a voulu que la réforme de l’ONU rende l’Organisation plus attentive aux besoins des petits États insulaires en développement (PEID) et qu’elle soit axée sur les résultats plutôt que sur la rhétorique. Il a averti que tous les gains de développement de son pays risquent d’être éradiqués par les conséquences des changements climatiques, avant d’appeler à une réduction des substances toxiques rejetées dans l’environnement. « Il est profondément regrettable que des pays comme le mien continuent de payer un lourd tribut pour une situation dont nous ne sommes pas à l’origine. »

Qualifiant les changements climatiques de « menace existentielle », M. Harris a demandé la pleine mise en œuvre des engagements pris en faveur des PEID. « Cela dit, la communauté internationale ne peut pas nous aider tout en classifiant les PEID de pays à revenu intermédiaire ou élevé sur la base de modèles financiers archaïques qui nous privent d’accès à des financements nécessaires ». En conséquence, le Premier Ministre a demandé de remédier à ce critère « stérile » du PIB/habitant et de reconnaître les vulnérabilités uniques des PEID.

M. Harris a ensuite fustigé une architecture financière internationale injuste, ainsi que « l’inscription irrationnelle sur une liste noire » de pays forcés de consacrer des ressources financières rares pour répondre aux « demandes arbitraires » du groupe « code de conduite » de l’Union européenne et des autres entités créées par des pays hautement développés. Nous méritons un traitement juste, transparent et équilibré, a-t-il dit.

Il a ensuite déploré la circulation, dans les Caraïbes, d’un très grand nombre d’armes de petit calibre, d’autant plus que ces armes ne sont pas fabriquées dans la région et qu’elles sont liées « à un appétit insatiable pour les stupéfiants en Occident ». « Mon pays est pleinement engagé en faveur du Traité sur le commerce des armes. »

Enfin, le Premier Ministre a déclaré que Taiwan a un rôle important à jouer au sein de la communauté internationale, plaidé pour une normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis et appelé à une résolution pacifique des défis que connaît le Venezuela.

M. HUBERT A. MINNIS, Premier Ministre des Bahamas, a souligné que les changements climatiques sont un danger clair pour nous tous, mais plus spécialement pour les pays au littoral bas comme les Bahamas. Il a rappelé qu’en ce moment, de nombreux pays des Caraïbes et une partie des États-Unis font face à des ouragans de catégorie 4. Il a demandé que davantage de ressources soient allouées au renforcement de la résilience des îles et des États côtiers. Les Bahamas s’évertuent en ce moment à reconstruire les îles détruites, comme le font leurs voisins. Mais les dommages consécutifs aux ouragans successifs rendent cette tâche très difficile, notamment pour notre archipel qui compte de nombreuses îles étendues sur plus de 1 000 kilomètres du nord au sud, et cela dans un contexte de manque de fonds.

Si le tourisme est la plus grande industrie du monde, le Premier Ministre a dit que c’est également l’élément vital de l’économie de son pays. Des millions de touristes se rendent en effet dans le pays chaque année pour visiter ses eaux turquoises et sa biodiversité, a-t-il témoigné. Le pays a donc décidé d’interdire l’usage des sacs en plastique d’ici à 2020. M. Minnis a aussi dit attendre l’adoption d’un instrument juridiquement contraignant sur la préservation de la biodiversité dans les zones marines au-delà des limites de la juridiction nationale. Ce ne sont pas nos îles qui ont créé les conditions des changements climatiques, a-t-il déclaré. Or les pays comme le mien sont doublement pénalisés. En effet, a-t-il expliqué, quand nous sommes obligés d’emprunter sur les marchés internationaux afin de reconstruire les infrastructures détruites par les ouragans, notre notation sur les marchés financiers en prend un coup. Il a appelé l’ONU à trouver une solution appropriée à ce problème. En outre, les modes de classement des pays sont à leur désavantage, puisqu’ils sont obligés de faire des emprunts à des taux non concessionnels.

Par ailleurs, les Bahamas et d’autres pays de la région sont indexés pour des activités financières peu licites. M. Minnis a promis que son pays resterait engagé à assurer la transparence de son système fiscal. Les Bahamas sont même prêts à échanger des informations et à mener des affaires dans un esprit de transparence et de juste compétition, a promis le Premier Ministre.

Cela fait 73 ans que du haut de cette tribune nous rivaliserons d’engagements et de promesses aux citoyens du monde, a avoué M. THOMAS MOTSOAHAE THABANE, Premier Ministre du Lesotho. Notre action a-t-elle été vraiment à la hauteur de notre rhétorique? Parce que sept décennies plus tard, nous sommes toujours emmêlés dans les conflits et la violence. Le monde envisagé par les Pères fondateurs de la Charte nous échappe toujours. Le système multilatéral semble n’offrir aucune solution durable aux défis qui mettent à l’épreuve la confiance qu’à l’humanité dans les Nations Unies. L’espoir que les générations futures soient à l’abri des guerres s’éloigne de plus en plus. Pourtant, a poursuivi le Premier Ministre, qui oserait remettre en question la pertinence des Nations Unies? Le monde ne serait pas le même sans l’ONU. Elle est imparfaite certes mais son l’impact sur un nombre incalculable de gens ne peut être nié.

Avec l’aide de l’ONU, de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), de l’Union africaine et d’autres partenaires au développement, le Lesotho, a affirmé le Premier Ministre, a brisé le cercle vicieux de l’instabilité et de l’insécurité et s’est lancé dans la transformation du « Royaume de la Montagne » en un pays juste, prospère et stable, caractérisée par des institutions au service du peuple, l’unité nationale, l’État de droit, la bonne gouvernance et les droits de l’homme, avec un effort renouvelé dans la mobilisation des ressources domestiques.

Dans notre monde globalisé, a poursuivi le Premier Ministre, il est tout simplement « indéfendable et incompréhensible » que les décisions qui nous lient soient laissées aux mains d’une poignée d’États Membres. Il a plaidé pour une réforme rapide du Conseil de sécurité qui tienne compte des aspirations de l’Afrique et qui soit véritablement transparent, ouvert et démocratique. L’ONU, a conclu le Premier Ministre, doit faire taire ceux qui cherchent à diviser et monter les uns contre les autres. Seule la solidarité permettra à l’ONU de mettre véritablement l’humanité au centre de son travail. Les Nations Unies, a encore dit le Premier Ministre, sont la seule plateforme qui nous permet d’« embrasser » le multilatéralisme.

M. GASTON A. BROWN, Premier Ministre et Ministre des finances d’Antigua-et-Barbuda, a relevé que les peuples des Nations, riches ou pauvres, petites ou grandes, ont depuis longtemps cessé de prêter attention et de s’intéresser à « ce qui se dit ici ». Cette Assemblée est devenue un salon de conversation, alors que les peuples vivent dans un monde où 1% de l’humanité détient les plus grandes richesses. Un monde, où une poignée de nations superpuissantes impose leur volonté, perpétuant un système de domination.

Pour les enfants de Syrie, de Palestine, du Yémen et d’Afghanistan, qui n’ont jamais connu autre chose que la guerre, « transformer les épées en socs de charrue » est une promesse vide de sens. Pour les peuples d’Afrique subsaharienne et ailleurs en Amérique latine et en Asie, le rêve de la Banque mondiale gravé à l’entrée majestueuse de son siège à Washington pour un monde sans pauvreté, continue d’être un cauchemar au quotidien. Le but de cette Organisation, réitéré dans sa Charte, contredit la réalité des réfugiés forcés à fuir leur pays pour frapper aux portes des riches.

M. Brown a ensuite affirmé qu’il cherche à faire « résonner sa voix au nom des déshérités et des dépossédés, y compris son propre peuple ». L’histoire nous a enseigné qu’aucune nation ne peut vivre dans une oasis de prospérité si le reste du monde est en friche. Notre monde, a-t-il encore dit, est un grand village, où les espoirs et aspirations des communautés et leurs craintes sont partagés par tous. Et si ces problématiques ne sont pas encore arrivées chez vous cela ne saurait tarder », car les « murs érigés ne protègent pas contre les maladies, ni contre l’afflux des réfugiés en l’absence de l’amélioration de leur situation ».

Les riches, a-t-il poursuivi, ont l’obligation de contribuer au développement économique de ces pays. D’où, pour lui, le caractère urgent et vital de revitaliser l’Assemblée générale. Il a également appelé à associer l’ensemble des États Membres aux discussions sur les réformes financières, afin de dégager une réelle compréhension de la grave vulnérabilité des petits États aux chocs externes. Les club restreint du G7 et du G20 ne peuvent à eux seuls réparer la fragmentation du système financier international, a-t-il souligné. Ni l’Union européenne qui cherche à imposer ses politiques fiscales aux pays en développement à travers le monde. Les règles arbitraires mises en place par des organes non représentatifs et visant uniquement leur propre intérêt n’ont aucune légitimité, a-t-il martelé.

M. PAVEL FILIP, Premier Ministre de la République de Moldova, a rappelé que, l’an dernier, lors du soixante-douzième débat général de l’Assemblée, il avait exhorté les Nations Unies à se saisir d’un cas grave de violation du droit international et de la Charte de l’ONU, à savoir la présence continue de forces militaires russes sur le territoire de la République de Moldova, « sans son consentement et contre sa volonté ».

Je suis heureux de constater, a-t-il ajouté, que l’Assemblée a adopté cet été une résolution (A/72/282), dans laquelle elle déclare « sans équivoque » que le refus de la Fédération de Russie de procéder au retrait de ses troupes du territoire moldave est contraire au droit international et aux principes de la Charte. Le texte reconnaît également, a salué le Premier Ministre, que ce refus constitue une violation claire de la souveraineté territoriale et de l’intégrité de mon pays.

M. Filip a remercié l’Organisation pour l’adoption de cette résolution, ainsi que pour avoir à nouveau inscrit à l’ordre du jour de sa soixante-treizième Assemblée générale la question du « retrait des forces militaires étrangères du territoire de la République de Moldova ». Selon lui, cette décision intervient alors que la sécurité du pays et de la sous-région a empiré, en raison des activités « répétées, illégales et déstabilisatrices » des troupes étrangères et des « structures de pouvoir inconstitutionnelles » dans l’est du pays.

Le Premier Ministre a dénoncé l’augmentation de la fréquence et du périmètre des exercices militaires conjoints du Groupe opérationnel des forces russes et des forces paramilitaires des « structures de pouvoir inconstitutionnelles », en violation du cessez-le-feu de 1992 entre la Fédérations de Russie et la République de Moldova.

« Ces exercices militaires conjoints illégaux sapent les efforts internationaux pour tenter de résoudre pacifiquement le problème de longue date de la situation en Transnistrie », a-t-il déploré.

M. Filip a ensuite exhorté la Fédération de Russie à mettre un terme à ses activités « illégales et provocatrices » et à reprendre, « de façon inconditionnelle et sans délai », le retrait complet de ses troupes et matériels militaires de la République de Moldova. Un tel retrait, a-t-il ajouté, permettrait de résoudre le conflit de la Transnistrie et la rétrocession du pays.

En conclusion, le Premier Ministre a réitéré l’importance que revêt pour la République de Moldova sa relation avec l’Union européenne (UE), premier partenaire économique du pays. Il a espéré que la mise en œuvre de l’accord d’association conclu entre la République de Moldova et l’UE conduise à l’intégration « irréversible » de son pays à l’union régionale.

Au vu des catastrophes naturelles et environnementales survenues ces dernières 24 heures dans mon pays et à travers le monde, a déclaré Mme MIA AMOR MOTTLEY, Première Ministre de la Barbade, il m’est tout simplement impossible de prononcer ici le discours que j’avais initialement prévu et qui portait sur tout sauf sur ce qui nous intéresse au premier chef dans les Caraïbes, à savoir les changements climatiques.

À combien de discours, justement, devrons-nous assister et combien de déclarations de bonnes intentions nous faudra-t-il entendre avant de prendre enfin les mesures qui s’imposent pour mettre fin aux changements climatiques? s’est interrogée Mme Mottley. Car seules des mesures drastiques, a-t-elle poursuivi, permettront d’éviter les tempêtes comme celle qui vient de frapper mon pays hier ou encore la montée inexorable des eaux qui, à terme, risque de faire disparaître non seulement la Barbade, mais également tous les autres États insulaires des Caraïbes et d’ailleurs.

Certains souhaiteraient sans doute, a présumé Mme Mottley, que je parle aujourd’hui de dénucléarisation, de maladies chroniques non transmissibles ou encore des difficultés d’accès au financement international pour les pays à revenu intermédiaire. « Nous parlerons de tout cela dans d’autres enceintes », a promis la Premier Ministre.

L’heure est venue à l’action collective pour sauver notre planète, a-t-elle affirmé, expliquant que les mesures unilatérales de petits pays comme le sien ne suffiraient pas à infléchir le cours actuel. À quoi sert-il d’interdire les sacs plastiques à usage unique, comme la Barbade vient tout juste de le décider, si le monde n’est pas prêt à dégager les financements nécessaires pour nous y aider? s’est-elle scandalisée. « En tant que petit État, nous sommes habitués depuis trop longtemps à être traités comme si nous n’existions pas », a déploré la Première Ministre. Comme s’il était possible de faire une croix sur toute une région et de bloquer son accès aux échanges commerciaux, aux biens et aux services, s’est-elle encore insurgée. Nous ne sommes pas des « lépreux » que l’on peut isoler comme durant les siècles précédents, a affirmé la dirigeante de la Barbade. « Nous sommes des États souverains! » a-t-elle martelé, rejetant un monde moderne où des États puissants réduiraient les autres en « servage ».

Mme Mottley a ensuite déploré la suppression d’aides de l’ONU à sa région, sans lesquelles, a-t-elle signalé, le pays n’aurait pas été en mesure de réduire la mortalité infantile et l’extrême pauvreté comme il l’a fait. L’ONU est importante, a-t-elle ajouté, car « elle protège les petits contre les grands ». Or, a-t-elle demandé, quand le multilatéralisme sera mis à bas, que nous restera-t-il, ou adresserons-nous nos doléances?

Année après année, a regretté la Première Ministre, nous venons ici et appelons à mettre fin à l’embargo contre Cuba ou à certains différends territoriaux. « Mais il n’y a pas d’avancée », a-t-elle constaté. Cette tendance est peut-être valable pour d’autres sujets, a déclaré Mme Mottley, mais pas pour les changements climatiques. « C’est une question de vie ou de mort pour nous! » a-t-elle insisté.

Pour la dirigeante, le nationalisme et la xénophobie n’ont conduit à rien d’autre qu’à deux guerres mondiales et à la bombe atomique. « Certes, ces guerres ont aussi permis de donner naissance aux Nations Unies », a-t-elle concédé, mais le monde doit désormais réfléchir collectivement.

Concrètement, la Premier Ministre a estimé que tenter de maintenir la montée des températures en dessous de 2 degrés ne suffisait pas. « Deux degrés, c’est trop », a-t-elle affirmé, appelant la communauté internationale à se fixer pour objectif de ne pas dépasser 1,5 degrés. L’Organisation, a conclu Mme Mottley, doit prendre conscience que 2020 est dans à peine 15 mois et que « nous aurons alors atteint un point de nous retour ».

Pour M. RICKY NELSON HOUENIPWELA, Premier Ministre des Îles Salomon, le monde a changé d’ère et le multilatéralisme est menacé. Le dirigeant a déploré l’attitude « égoïste et insulaire » de certains pays qui renient leurs engagements, les cadres et les traités internationaux.

Les Îles Salomon s’engagent à réaliser les objectifs de développement durable d’ici à 2030. Ces objectifs de développement durable ont d’ailleurs été incorporés à la stratégie de développement national des Îles Salomon pour la période allant de 2016 à 2035.

M. Houenipwela a salué les examens de mi-parcours des Modalités d’action accélérées des petits États insulaires en développement, dit Orientations de Samoa. Il espère que les résultats de l’examen insuffleront l’élan nécessaire pour que le cas spécial des petits États insulaires en développement (PEID) aille de l’avant, avec l’aide de toutes les parties prenantes.

Le Premier Ministre a ensuite indiqué que les Îles Salomon réunissent pour la seconde année consécutive deux des trois critères pour sortir du statut de pays moins avancés (PMA), précisant que le Comité des politiques de développement (CPD) avait recommandé leur sortie, tout comme le Conseil économique et social (ECOSOC). M. Houenipwela a toutefois invité les instances à la prudence: son pays sort d’un conflit et a encore besoin de temps pour développer des politiques macroéconomiques et financières qui maintiendraient les indicateurs du pays à flot. Il a salué la mise en place d’un groupe de travail pour assurer une sortie en douceur des PEID de la catégorie des pays moins avancés.

Comparant les changements climatiques, la « plus grande menace pour l’humanité », à une armée invisible attaquant son pays et à une « menace existentielle », M. Houenipwela en a décrit les effets directs: inondations, salinisation des terres arables, acidification et réchauffement de l’océan. Face à ce fléau, les Îles Salomon appellent à une réponse collective, et exhortent les principaux pays émetteurs à agir d’urgence. « Réduisez vos émissions maintenant, ou regrettez-le plus tard », a-t-il lancé. Il a aussi estimé qu’un apport financier adéquat envers les PEID doit être sérieusement envisagé.

Dû à l’urgence climatique et aux nouvelles menaces comme le crime transnational, les Îles Salomon veulent une réforme du Conseil de sécurité. Elles revendiquent un siège non permanent à la table, qui serait attribué à l’un des petits États insulaires en développement. « Les PEID doivent avoir une voix », a-t-il insisté.

M. Houenipwela a conclu par des déclarations de soutien à « Taiwan », souhaitant que l’île devienne un membre légitime de l’ONU, et en saluant le prochain référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie voisine, prévu en novembre prochain.

M. KHURELSUKH UKHNAA, Premier Ministre de la Mongolie a signalé qu’en 2017, les dépenses militaires mondiales représentaient 1,7 mille milliards de dollars, le niveau le plus élevé depuis la fin de la Guerre froide, et que cette course aux armements est en train de déstabiliser des régions entières. Il a ensuite rappelé l’engagement de la Mongolie en faveur de la résolution pacifique des conflits.

« Il y a un proverbe mongol qui dit qu’il vaut mieux donner une aiguille par temps de besoin plutôt qu’un chameau par temps d’opulence », a poursuivi le Premier Ministre. Il a rappelé que son pays avait par exemple recueilli des centaines d’orphelins de la République populaire démocratique de Corée après la guerre de Corée, avant d’annoncer que la Mongolie, qui compte parmi les trente plus importants pays contributeurs de troupes aux opérations de paix de l’ONU, envisage d’augmenter encore sa participation.

M. Ukhnaa s’est félicité de l’évolution positive de la situation dans la péninsule coréenne. Il a parlé du lancement, en 2014, du Dialogue d’Oulan-Bator sur la sécurité en Asie du Nord-Est, afin de faire le point sur les activités de réduction des risques de catastrophe menées par la Mongolie.

Le Premier Ministre a ensuite constaté que de nombreux conflits actuels sont provoqués par le choc des civilisations et des religions. La Mongolie est l’un des rares pays à ne pas avoir connu dans son histoire de guerre ethnique ou religieuse, a-t-il poursuivi, en insistant sur l’importance, pour le monde, du legs de tolérance religieuse de l’empire mongol. Il a rappelé le rôle joué par la Mongolie au sein de la Conférence bouddhiste d’Asie pour la paix et a estimé que le mécanisme de dialogue qu’elle propose est plus pertinent que jamais. La Mongolie compte donc revitaliser ses activités au niveau régional et international et accueillera par ailleurs, en mars 2019, la Conférence sur la liberté religieuse.

Poursuivant, M. Ukhnaa a indiqué que la croissance économique de la Mongolie avait connu une nette poussée au cours des deux dernières années, mais qu’elle demeure instable en raison de sa forte dépendance sur les activités extractives et de la volatilité des prix. Cela rend l’allocation de ressources financières pour la mise en œuvre des objectifs de développement durable particulièrement difficile, a-t-il signalé. De plus, si cette croissance économique a permis de faire sensiblement baisser le chômage, le taux de pauvreté demeure inchangé. Des mesures sont donc prévues pour réduire les écarts entre les revenus, entre autres.

Le Premier Ministre a ensuite insisté sur les avancées de son pays dans le domaine du respect des droits de l’homme, en particulier s’agissant de l’égalité des genres et de la promotion de la liberté d’expression. Il a espéré que le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, qui doit être adopté à Marrakech en décembre prochain, devienne un document important pour la protection des droits des migrants.

En outre, la Mongolie connaît un taux important d’urbanisation avec tous les défis que cela engendre comme, par exemple, l’inadéquation du nombre d’école et de la qualité de l’enseignement. Des mesures sont prévues pour faire face à ce problème, ainsi qu’à la surfréquentation des hôpitaux, la pollution de l’air et le taux de chômage dans la capitale, Oulan-Bator, qui est trois fois plus élevé que la moyenne nationale. De plus, près de 5% de la population mongole en âge de travailler travaille à l’étranger. Nous avons besoin de mesures globales sur l’assurance santé et le phénomène de la double citoyenneté, a-t-il dit.

Enfin, le Premier Ministre a souligné la nécessité de lutter contre les conséquences des changements climatiques. Il a indiqué que le Centre international d’étude et d’analyse pour les pays en développement sans littoral, le premier de son genre, avait ouvert ses portes à Oulan-Bator au mois de mai. Il a indiqué que les phénomènes météorologiques extrêmes, comme les séismes, la désertification, l’érosion des sols et les incendies de forêts, sont de plus en plus préoccupant pour la Mongolie, d’autant plus que son économie dépend principalement des industries extractives et de l’agriculture.

M. SIMON COVENEY, Vice-Premier Ministre d’Irlande et Ministre des affaires étrangères et du commerce de l’Irlande, a évoqué la mémoire de Nelson Mandela et Kofi Annan, rappelant leur engagement inébranlable pour le multilatéralisme, « une posture sur laquelle nous devrions nous inspirer ». Notamment, a—t-il précisé, en ces temps d’instabilité mondiale et de mise à mal de l’approche de prise de décisions globale qui fut le fondement même de l’ONU. Il a souhaité qu’en leur mémoire, les États Membres renouvellent les efforts à travailler davantage en faveur de la culture de la paix, la tolérance et le respect de la dignité humaine.

L’Irlande, a poursuivi le Vice-Premier Ministre, est une petite île d’Europe de l’Ouest, mais le pays se voit comme étant au centre du monde, notamment avec sa diaspora 10 fois plus grande que la population nationale. Pour l’Irlande donc, dans un monde interdépendant, les défis de notre époque dépassent les frontières géographiques. De ce fait, trouver des solutions est une responsabilité partagée, que l’on soit dans une petite île de Polynésie ou une superpuissance, on respire le même air, a-t-il signalé. Il a ensuite affirmé que loin de les diminuer, le multilatéralisme avait permis de renforcer l’indépendance de l’Irlande, sa confiance et sa sécurité. « Si vous croyez au multilatéralisme », a indiqué M. Coveney, « il est temps maintenant de se battre pour lui au sein du système des Nations Unies, y compris contre des pays puissants qui ont traditionnellement joué des rôles importants au sein de cette institution ».

Le Vice-Ministre a dit craindre pour l’avenir de la stabilité mondiale et pour l’avenir de l’ONU, soulignant son rôle qui ne peut en aucun cas être rempli par des arrangements bilatéraux transitionnels. Ces arrangements, a-t-il poursuivi, sont dictés par la domination du plus fort et les décisions ne sont plus prises sur la base de la force des arguments, la compassion ou la générosité, mais plutôt sur les choix des États prenant position, la peur d’être mis hors-jeu par un puissant ou d’être indexé sur une liste pour subir un traitement spécial. Il a aussi rappelé que parfois, ce sont les petits États qui apportent des réponses aux plus grandes préoccupations de la communauté internationale.

Ensuite, M. Coveney a mis de côté toute complaisance en matière de réformes nécessaires pour maximiser la légitimité de l’ONU. L’Irlande salue ainsi les réformes engagées par le Secrétaire général et attend désormais qu’elles soient mises en œuvre, notamment celles concernant le système des Nations Unies pour le développement qui doit soutenir la mise en œuvre des objectifs de développement durable. C’est pourquoi en début de mois, l’Irlande a promis plus d’un million de dollars en soutien à cette réforme. Le Vice-Premier Ministre a toutefois plaidé pour que ces aillent au-delà de l’aspect managérial et structurel, notant que les organes politiques de l’Organisation doivent s’adapter au monde actuel. Il a également appelé à élargir le Conseil de sécurité afin de pallier la sous-représentation ou le manque de représentation de certaines régions du monde. Il a pointé la situation « injuste » de l’Afrique, avant de rappeler que l’Irlande est candidate à un siège de membre du Conseil de sécurité en 2020.

M. ADEL AHMED AL-JUBEIR, Ministre des affaires étrangères de l’Arabie saoudite, a affirmé que l’accord de paix entre l’Éthiopie et l’Érythrée, conclu plus tôt ce mois-ci dans la ville de Djedda, et le parrainage saoudien en faveur de la reprise du dialogue entre l’Érythrée et Djibouti témoignent du « rôle responsable » joué par l’Arabie saoudite pour renforcer la paix dans le monde.

Passant ensuite à la question palestinienne, le Ministre a réaffirmé le droit des Palestiniens à jouir d’un État indépendant, à l’intérieur des frontières d’avant 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale.

S’agissant de la crise yéménite, M. Al-Jubeir a dénoncé le fait que des milices houthistes, pilotées par l’Iran, continuent de lancer, depuis le Yémen, des missiles de provenance iranienne en direction de l’Arabie saoudite. Ces mêmes milices, a-t-il affirmé, s’emploient à déstabiliser la navigation dans la mer Rouge. Malgré cela, le Ministre saoudien s’est dit fermement engagé en faveur d’une solution politique au Yémen. Dans l’intervalle, il a affirmé que son pays continuerait de faire tout son possible pour fournir et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire vers le Yémen. M. Al-Jubeir a également souligné que son pays s’employait à soutenir activement l’économie du Yémen, comme en témoigne le fonds de 2 milliards de dollars récemment constitué à cette fin par le Roi Salman d’Arabie saoudite.

Le Ministre a par ailleurs appelé à redoubler d’efforts internationaux pour lutter contre l’extrémisme et le terrorisme. Il a loué les efforts saoudiens en la matière, rappelant que le pays était à l’origine de la création du Centre international pour la lutte contre le terrorisme et de l’Alliance militaire islamique pour combattre le terrorisme. L’Arabie saoudite, a-t-il ajouté, a également financé le Centre des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme à hauteur de 110 millions de dollars.

M. Al-Jubeir a ensuite fustigé l’Iran, qui poursuit selon lui ses activités de déstabilisation et de soutien du terrorisme au Moyen-Orient, le tout en continuant de développer son programme de missiles balistiques. À ses yeux, la paix et la stabilité de la région exigent de prendre des mesures de coercition à l’encontre de l’Iran, qui, a-t-il accusé, forme des milices armées dans les pays voisins et leur fournit des missiles balistiques. Dans la mesure où l’Iran n’a de cesse de violer, selon lui, le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité, le Ministre a appelé à le punir en adoptant des sanctions internationales.

M. Al-Jubeir a par ailleurs rappelé que son pays et la coalition dont il fait partie se livrent depuis maintenant 15 mois à un boycott contre le Qatar. Cette mesure, a-t-il précisé, a été décidée car le Qatar soutient selon lui le terrorisme, accueille sur son sol des extrémistes, encourage des discours haineux et ne respecte pas ses engagements découlant de l’Accord de Riyad de 2013. Tant que le Qatar continuera d’agir de la sorte, a-t-il prévenu, l’Arabie saoudite maintiendra le boycott.

S’agissant de la crise syrienne, M. Al-Jubeir a appelé les parties à trouver une solution politique basée sur la déclaration de Genève. En Libye, le Ministre a indiqué que l’Arabie saoudite continuait de soutenir l’Accord politique de Skhirat. Il a en outre appelé à préserver l’unité et l’intégrité territoriale du pays.

« La souveraineté est une ligne rouge que l’on ne saurait franchir », a enfin mis en garde M. al-Jubeir, précisant que l’Arabie saoudite refuserait toujours de se plier à des dictats extérieurs et aux tentatives d’ingérence dans les affaires saoudiennes.

M. PÉTER SZIJJÁRTÓ, Ministre des affaires étrangères et du commerce de la Hongrie, a déclaré que les grandes vagues migratoires qui marquent l’époque actuelle présentent des risques sécuritaires pour tous, déstabilisent des pays, suscitent des débats politiques, et renforcent la crainte du terrorisme. « Elles ne profitent à personne, encore moins aux migrants. Elles ne profitent pas aux pays d’accueil. Elles ne font que générer des sociétés parallèles », a-t-il affirmé, avant de préciser que l’Europe centrale avait accueilli 400 000 migrants en 2015. Les migrants irréguliers, a-t-il ensuite accusé, ont bafoué nos cultures et traditions et s’attaquent à nos policiers.

Le Ministre a aussi estimé que l’Union européenne avait échoué dans sa gestion de la question migratoire, pointant notamment sa politique d’ouverture. La Hongrie rejette cette approche et en a été punie, pourtant, a-t-il affirmé, la gestion de la migration en Europe est néfaste et mauvaise. Bruxelles prétend qu’il était impossible de mettre fin aux flux migratoires, mais c’est faux, on peut les arrêter. M. Szijjártó a fait savoir que la Hongrie dépense plus d’un milliard d’euros pour construire des murs le long de ses frontières du sud. Il a voulu que les efforts internationaux visent à arrêter ces flux migratoires. Les organisations internationales doivent dire que la migration n’est pas un droit de l’homme fondamental. La migration, a-t-il martelé, est un phénomène dangereux.

Le Ministre a ensuite dénoncé l’adoption prochaine, en décembre, du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, clamant que c’est la pire des choses que puisse faire l’ONU pour régler cette question. Il a indiqué que le Gouvernement hongrois s’était dissocié des négociations de ce pacte. Nous n’acceptons pas et n’accepterons jamais ce pacte car c’est un pacte promigration, a encore dénoncé le responsable pour qui la communauté internationale doit respecter la souveraineté des États à placer la sécurité de leurs citoyens au premier plan, et le droit des pays de décider qui peut ou ne peut pas entrer sur leur territoire.

La communauté internationale doit appuyer les États afin qu’ils puissent préserver leurs tradition, culture et histoire, a-t-il voulu. Elle ne doit pas exercer des pressions sur les pays pour qu’ils abandonnent leurs héritages. Selon lui, le Pacte mondial suggère que la meilleure réponse au chômage et à la démographie est la migration. C’est faux, a-t-il tonné, soulignant que c’est encore aux États d’élaborer leurs propres politiques économiques et démographiques. En outre, la protection des frontières est une question de sécurité nationale et incombe à chaque État. Il a exhorté la communauté internationale à appuyer tous les États pour qu’ils puissent protéger leurs frontières et à mettre fin aux politiques qui encouragent les passages clandestins.

Le Pacte mondial énumère les droits de migrants et non ceux des personnes qui souhaitent vivre leur vie dans leur propre pays, a encore décrié le Ministre. Il a expliqué que la politique migratoire de la Hongrie repose sur la sécurité de la population hongroise et a souligné une fois de plus que son gouvernement n’appuiera pas le Pacte mondial, estimant qu’il va à l’encontre des intérêts nationaux de la Hongrie.

M. GILLES TONELLI, Conseiller de Gouvernement - Ministre des Relations extérieures et de la Coopération de Monaco, a constaté que l’ONU et ses États Membres n’ont eu de cesse de s’adapter aux nouveaux défis posés par les violences, les conflits, la criminalité transnationale organisée et le fléau du terrorisme. Lorsque le Conseil de sécurité agit, a-t-il ajouté, il le fait pour garantir au nom de tous les États la sécurité internationale et la protection des civils. Lorsqu’il est empêché d’agir, les civils et en particulier les femmes et les enfants paient un tribut encore plus lourd. Peut-on ignorer de ce point de vue le rapport du Secrétaire général qui mentionne que les conflits armés ont engendré, en 2017, 6 000 cas avérés de violations commises contre les enfants par des forces gouvernementales et plus de 15 000 par des forces armées non étatiques, s’est-il interrogé. C’est pour cela que Monaco s’est joint, lors de la soixante-dixième session de l’Assemblée générale, au Code de conduite afin que le Conseil ne soit pas empêché d’agir en cas d’atrocités de masse.

Depuis son admission à l’ONU, a-t-il poursuivi, Monaco a solidement renforcé son arsenal juridique. C’est ainsi que la Principauté a ratifié, adhéré ou accepté plus de 40 traités internationaux, en matière de droits de l’homme, de réfugiés, de privilèges et immunités, de questions pénales, de désarmement, d’environnement et de droit de la mer. Le respect de la règle de droit n’est pas un leurre. Sans l’édification d’un État de droit et son renforcement, on ne peut, a-t-il insisté, promouvoir des sociétés justes, pacifiques et inclusives, qui sont le but de l’objectif 16 de développement durable (paix justice et institutions efficaces). Aussi, la tenue d’élections crédibles, ouvertes et non violentes est une condition sine qua non pour une vie politique pacifiée et des institutions stables.

Dans un monde où l’intelligence artificielle se développe, où le génie génétique et le cyberspace sont des réalités pour nombre d’entre nous, comment occulter le fait que plus de 68 millions de personnes ont été déplacées de force en 2017 et que les Nations Unies sont venues en aide à un nombre record de 105 millions de personnes dans 40 pays? N’est-il pas inacceptable que 3 personnes sur 10 n’aient pas accès à l’eau potable et 6 sur 10 à des services d’assainissement sûrs? s’est-il interrogé.

Mais pour lui, le « principal défi » auquel nos sociétés sont confrontées est bien les changements climatiques dont les effets systémiques n’épargnent aucune région du globe. Il a invité la communauté internationale à agir « avec ambition et efficacité pour lutter contre ce fléau » sinon « nous devrons nous préparer à vivre demain sur une planète effondrée où il sera bien difficile de maintenir la paix ». Il a rappelé, à cet égard, l’ambitieux pacte pour la transition énergétique lancé en début d’année, qui vise à atteindre l’objectif fixé par le Prince Albert II, d’atteindre la neutralité carbone en 2050 après une réduction des gaz à effet de serre de 50% en 2030. Cette initiative représente une nouvelle action concrète du Gouvernement princier pour répondre aux objectifs de l’Accord de Paris. Il a, dans ce contexte, souligné la confiance de la Principauté dans le multilatéralisme ancré dans la réalité d’un monde où les menaces sont protéiformes, car a-t-il conclu, Monaco mesure la responsabilité qui est la sienne par l’application du principe inscrit dans la Charte de l’ONU: « un État, une voix ».

Mme MARISE PAYNE, Ministre des affaires étrangères de l’Australie, a déclaré que, dans un monde de plus en plus compétitif et disputé, son pays assume ses propres responsabilités s’agissant de sa sécurité et de sa prospérité. « À domicile, nous investissons dans notre résilience nationale, en veillant à ce que notre économie soit vigoureuse et les Australiens en sûreté. À l’échelle de la région, nous cherchons à créer un voisinage dans lequel les droits de tous les États sont respectés, de même que les règles propices à la paix durable », a-t-elle résumé. Elle a poursuivi en plaidant pour le renforcement du régime de non-prolifération des armes nucléaires et pour le désarmement. C’est pour cette raison que l’Australie soutient le Plan d’action global commun relatif au programme nucléaire iranien, à condition, a-t-elle souligné, que Téhéran respecte ses engagements en vertu de cet accord. La Ministre s’est ensuite jointe aux appels pour que les armes chimiques cessent d’être utilisées en Syrie.

L’Australie, a poursuivi Mme Payne, est engagée en faveur du renforcement de la résilience aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles dans le Pacifique. « La Déclaration de Boe du Forum des îles du Pacifique, publié le mois dernier, offre la vision moderne d’une sécurité inclusive à la fois sur les plans humain et environnemental, et souligne l’importance de la coopération régionale et de la collaboration dans le renforcement de la résilience », a-t-elle précisé. Mme Payne a ensuite fait l’éloge de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), qui est un partenaire de longue date de l’Australie et un élément « vital » de l’architecture régionale de développement et de sécurité. Elle a également évoqué le rôle du Forum de la coopération économique Asie-Pacifique. Après avoir rappelé que l’Australie a été élue pour siéger au Conseil des droits de l’homme pour la première fois en 2018, la Ministre a déclaré que son pays soutenait la mission d’établissement des faits indépendante internationale sur le Myanmar et coopérait avec le Myanmar et l’ASEAN pour trouver des solutions à long terme à la crise.

Il est facile de casser et de détruire mais les héros sont ceux qui, épris de paix, bâtissent, a déclaré M. KAIRAT ABDRAKHMANOV, Ministre des affaires étrangères du Kazakhstan. La situation mondiale actuelle, s’est-il expliqué, est le fruit de la « fracture idéologique » entre l’Est et l’Ouest qui ont une lecture différente des règles du nouvel ordre international. Le Kazakhstan, a fait valoir le Ministre, est devenu un « contributeur net » de la paix, de la sécurité, de la stabilité et du développement socioéconomique pas seulement dans sa région mais également au-delà. D’ici à 2050, le pays entend devenir l’une des 30 économies les plus avancées au monde, respectueux des normes internationales les plus élevées de performance économique et de gouvernance, en particulier celle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). C’est dans ce cadre que le Président kazakh a lancé, cette année, la feuille de route sur « Les nouvelles opportunités de la quatrième révolution industrielle » et sur le plan international, l’initiative « G-Global », une plateforme en ligne pour rechercher des solutions communes aux problèmes économiques et financiers mondiaux.

Premier pays d’Asie centrale à siéger au Conseil de sécurité, le Kazakhstan, a poursuivi le Ministre, est conscient que le succès dans la sécurité est impossible sans un succès égal dans le développement durable. Plus grand pays sans littoral au monde, le Kazakhstan fait tout pour assurer sa connectivité. Il est prêt à partager l’expérience qu’il a acquise de son programme « Troisième Modernisation » et à poursuivre sa coopération avec les pays africains, à l’image du projet « Partenariat Afrique-Kazakhstan » qu’il a financé à hauteur de 2 millions de dollars, sans oublier les projets sur le biogaz mis en place dans les petits États insulaires en développement (PEID). Le Ministre a aussi parlé de l’installation, à Astana, de l’Organisation islamique pour la sécurité alimentaire.

M. U KYAW TINT SWE, Ministre de l’Union pour le bureau du Conseiller d’État du Myanmar, a parlé des efforts entrepris pour faire passer le Myanmar d’un système autoritaire à un système démocratique. « Notre gouvernement démocratiquement élu a donné la priorité à la réconciliation nationale et à la paix », a-t-il assuré. Il s’est dit convaincu que les luttes ethniques et les conflits armés au Myanmar ne peuvent être résolus qu’à travers des moyens politiques. « La paix durable ne deviendra réalité qu’une fois établie l’Union démocratique fédérale à laquelle notre peuple aspire. »

Jusqu’à présent, a expliqué M. Tint Swe, les trois sessions de la Conférence de paix pour l’Union ont permis d’adopter 51 principes fondamentaux, qui feront partie de l’accord de paix pour l’Union. Pour garantir un processus inclusif, le Gouvernement du Myanmar poursuit les négociations non seulement avec les huit groupes armés qui ont signé l’Accord national de cessez-le-feu, mais aussi avec ceux qui ne s’y sont pas encore associés.

Par ailleurs, le Myanmar a établi un plan de développement durable aligné sur le Programme 2030. Le Gouvernement, a précisé le Ministre, est attaché à la promotion de l’état de droit, de la bonne gouvernance, des droits de l’homme et de la société civile. Résoudre la question de Rakhine est une composante importante de notre démocratie, a-t-il poursuivi. Le Gouvernement s’est constamment efforcé d’apporter la paix et le développement à Rakhine, en dépit des attaques d’un groupe terroriste, dénommé Arakan Rohingya Salvation Army – (ARSA). Le Gouvernement, a-t-il précisé, applique aujourd’hui 81 des 88 recommandations faites par la Commission consultative sur l’État rakhine, présidée par feu Kofi Annan.

L’attention internationale centrée sur le flux des personnes déplacées a négligé les facteurs mêmes du déplacement, a ensuite regretté M. Tint Swe. Le Gouvernement a néanmoins signé trois accords bilatéraux avec le Bangladesh relatifs au retour des personnes déplacées de l’État rakhine. Il a appelé le Bangladesh à respecter ses engagements à cet égard. En outre, le Myanmar a signé un mémorandum d’accord avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) pour faciliter leur réinstallation.

Le Ministre a marqué sa préoccupation vis-à-vis du rapport de la mission d’établissement des faits du Conseil des droits de l’homme sur le Myanmar, publié en août dernier. Selon lui, un tel rapport ne fait qu’attiser les tensions et entraver les efforts déployés par son gouvernement pour créer une cohésion sociale dans l’État rakhine. Il a de plus rejeté la décision de la Cour pénale internationale (CPI) en date du 6 septembre dernier relative à l’État rakhine. « Le Myanmar n’est pas partie au Statut de Rome, et la Cour n’est pas compétente à l’égard du Myanmar », a-t-il martelé. Il a ajouté que le Gouvernement avait récemment créé une commission d’enquête indépendante sur les violations des droits de l’homme commises dans l’État Rakhine, présidée par l’ancienne Ministre adjointe des affaires étrangères des Philippines, Mme Rosario Manalo.

M. GUDLAUGUR THÓR THÓRDARSON, Ministre des affaires étrangères de l’Islande, a souligné que la santé des océans et la viabilité de la pêche sont au cœur de la politique étrangère de son pays. Notre expérience nous a appris, a-t-il dit, que l’approche régionale est la meilleure manière d’assurer une utilisation durable des ressources marines. Cette approche, a estimé le Ministre, devrait prévaloir dans le nouveau traité sur la protection des ressources maritimes en haute mer qui est toujours en négociation. « Il vaut mieux allumer une bougie que maudire l’obscurité », a lancé le Ministre pour vanter le rôle, certes imparfait, des Nations Unies comme pilier de la coopération internationale. Il a en effet souligné que pour parvenir à nos objectifs communs, il nous faut une ONU plus efficace. Le Ministre a donc appuyé les réformes du Secrétaire général et a fait part de la disposition de son pays à continuer de rechercher les moyens d’obtenir la réforme du Conseil de sécurité, qui ne devrait plus être l’otage des intérêts nationaux quand « la maison brûle ». Nous devons faire preuve d’unité, a encouragé le Ministre.

Le système multilatéral, qui est la fondation même de la prospérité et de la paix, ploie sous la pression des nouveaux agendas qui apportent des réponses simples à des questions complexes, préférant les politiques musclées à la diplomatie, au libre-échange, à la démocratie et aux droits de l’homme. Nous devons rester fidèles à nos convictions et à nos principes, chez nous et à l’étranger, quand nous examinons les revendications légitimes des peuples, a dit le Ministre. L’Islande, a-t-il indiqué, a d’ailleurs augmenté ses contributions aux fonds et programmes des Nations Unies et continuera à défendre les valeurs et principes de l’Organisation. Le 1er décembre 2018, a-t-il poursuivi, marquera le centenaire de l’indépendance et de la souveraineté de l’Islande, une période caractérisée par une croissance économique rapide et le bien-être social, qui a permis de battre les records dans presque tous les indices de développement. Nous pourrions dire que ce succès, nous ne le devons qu’à nous-mêmes et à notre bonne étoile mais ce serait mentir, a avoué le Ministre. Le socle de notre indépendance et de notre succès, a-t-il expliqué, c’est un ordre international fondé sur des règles et donc marqué par l’ouverture des marchés, le libre-échange, les institutions multilatérales, la démocratie libérale et la coopération internationale. Cette base n’est pas immuable et il nous revient à nous, États Membres des Nations Unies, de faire en sorte que les générations futures tirent les mêmes bénéfices, a conclu le Ministre.

M. ELMAR MAHARRAM OGLU MAMMADYAROV, Ministre des affaires étrangères de l’Azerbaïdjan, a dit que son pays offre aujourd’hui son propre modèle de développement au monde, soutenu par une stabilité interne, l’unité nationale et la solidarité dans la société, et un environnement de paix et de tolérance entre les différentes communautés vivant ensemble dans une économie libérale, durable et dynamique. Inspiré par ses réalisations dans le développement économique, la réussite de la politique sociale, la richesse du capital humain et des valeurs traditionnelles du multiculturalisme, l’Azerbaïdjan a décidé de présenter la candidature de la ville de Baku, sa capitale, pour accueillir l’exposition universelle de 2025. Notre thème « développer le capital humain, construire un avenir meilleur » est une préoccupation universelle et a une signification particulière pour l’Azerbaïdjan. Le Ministre a aussi annoncé que l’année prochaine, l’Azerbaïdjan prendra la présidence du Mouvement des pays non-alignés qui a joué un rôle fondamental dans le renforcement de la paix et de la sécurité internationale.

Pour ce qui est du conflit armé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le Ministre a reconnu qu’il présentait une menace majeure à la paix et à la sécurité internationale et régionale. Le conflit a abouti à l’occupation du cinquième du territoire de l’Azerbaïdjan par l’Arménie et a déplacé un-neuvième de la population, a-t-il dénoncé. Depuis le début du conflit, les combats ont été menés exclusivement à l’intérieur du territoire de l’Azerbaïdjan, au centre du pays, affectant la population et les infrastructures civiles. Le Ministre a indiqué qu’après le changement de gouvernement en Arménie, il y avait eu des attentes que le nouveau pouvoir allait respecter les valeurs démocratiques et les normes et principes du droit international, y compris les résolutions du Conseil de sécurité. Malheureusement, aucun progrès n’a été observé à cet égard, s’est lamenté M. Mammadyarov. Au contraire, le Premier Ministre de l’Arménie n’hésite désormais plus à ouvertement considérer la région du Haut-Karabakh en Azerbaïdjan comme faisant partie de l’Arménie. Cette déclaration annexionniste sape le processus de paix mené par l’OSCE. L’Arménie, au plus haut niveau politique, montre que ses réelles intentions ne sont pas de régler le conflit par des négociations mais la poursuite de l’occupation illégale des territoires de l’Azerbaïdjan, a-t-il accusé.

Commentant l’instabilité politique interne en Arménie, M. Mammadyarov a dit qu’il ne pouvait pas exclure que les dernières déclarations et actions du Premier Ministre arménien avaient pour objectif l’escalade de la situation sur le terrain et de provoquer des hostilités armées le long des lignes et des frontières entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Mais une chose est sûre, a-t-il indiqué, l’Arménie sera entièrement responsable des conséquences de ce scénario négatif. Le responsable a appelé la communauté internationale à envoyer un message fort et à exercer une pression forte à l’Arménie afin d’assurer le plein respect du droit international et à commencer par la mise en œuvre immédiate et sans condition des résolutions du Conseil de sécurité adoptées en vue de régler le conflit entre les deux pays.

M. MAHAMAT ZENE CHERIF, Ministre des affaires étrangères, de l’intégration africaine, de la coopération internationale et de la diaspora du Tchad, a rappelé que, plus que partout ailleurs, l’Afrique en général, et les pays du Sahel en particulier, éprouvent les effets pervers conjugués de tous les fléaux qui frappent le monde par ailleurs. « Le Tchad est entouré de foyers de conflits et des crises, dans une région caractérisée par l’expansion du terrorisme, les trafics illicites en tous genres, y compris la traite des êtres humains liée à l’immigration clandestine, la criminalité transnationale organisée, la sècheresse et l’avancée du désert », a-t-il expliqué. Partant de la ferme conviction qu’il ne peut y avoir de développement, ni de paix et de stabilité sans la sécurité, le Tchad, malgré ses maigres ressources, s’est vu contraint de s’engager sur plusieurs fronts dans la lutte contre le terrorisme dans le bassin du lac Tchad et au Sahel contre les groupes terroristes alliés à de vastes réseaux criminels.

« Certes, l’engagement collectif et la détermination des États membres de la Commission du bassin du lac Tchad dans le cadre de la Force multinationale mixte ont permis de défaire militairement Boko Haram, même s’il conserve des capacités de nuisance certaines », a reconnu le Ministre. Les pays membres du G 5 Sahel en font autant face aux autres organisations terroristes actives dans cette zone avec leur base arrière dans le sud libyen. Il a saisi l’occasion pour réitérer avec insistance l’appel lancé par les Chefs d’État des cinq pays membres du G 5 Sahel lors de leur Sommet tenu le 6 février dernier à Niamey, au Niger, appel adressé au Conseil de sécurité de placer la force conjointe du G 5 Sahel sous le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, afin de lui assurer un financement pérenne et un mandat à la hauteur de la portée de la menace combattue.

Malgré ses multiples défis sécuritaires, environnementaux et socioéconomiques, le Tchad a initié, dès 2015, l’élaboration de deux documents sur son développement à moyen et long termes, la « vision 2030: le Tchad que nous voulons », avec son premier plan quinquennal, le Plan national de développement 2017-2021. Le Ministre a également cité le Plan national de développement, présenté à la Table ronde de Paris en septembre 2017, et pour lequel les annonces de contributions faites à cette occasion doivent être concrétisées, a souligné le Chef de la diplomatie tchadienne. En ce qui concerne la situation des femmes, le Président du Tchad a institué, par une loi votée le 22 mai 2018, un quota obligatoire de 30% réservé aux femmes dans toutes les fonctions nominatives et électives, avec pour objectif d’atteindre la parité. Enfin, alors que 45 millions de personnes subissent de plein fouet les conséquences de l’assèchement du bassin du lac Tchad, la communauté internationale doit, a estimé M. Cherif, se mobiliser en faveur de son sauvetage, en appuyant l’initiative conjointe de l’UNESCO et de la Commission du bassin du lac Tchad visant à en faire une réserve de biosphère et un Site de patrimoine mondial.

M. MAMADI TOURÉ, Ministre des affaires étrangères de la République de Guinée, après avoir rendu hommage à Kofi Annan, « qui aura dédié sa vie à la promotion de la paix, du droit international humanitaire et du multilatéralisme », a estimé que les défis du monde d’aujourd’hui requièrent de nouvelles approches, plus pragmatiques, efficaces et coordonnées, pour atteindre les objectifs de la Charte. « Dans un monde interdépendant, notre Organisation est la seule plateforme multilatérale capable d’adopter une approche globale et concertée. L’universalité des Nations Unies dans le maintien de la paix, de la sécurité et de la prospérité du monde se confirme », a-t-il déclaré.

La République de Guinée appuie le processus de réformes engagé par le Secrétaire général et reste déterminé à accompagner dans les réformes. Selon lui, les résultats de la réforme doivent permettre, à terme, d’instaurer un système de coopération internationale juste et équitable, sur la base de la solidarité et de la responsabilité partagée. Il a indiqué que son pays a enregistré des progrès importants dans les domaines économique et social, susceptibles de garantir un meilleur avenir pour la population guinéenne. Les mégaprojets dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et la réalisation des infrastructures sont salués par les populations guinéennes, parce qu’ils conduiront à coup sûr la Guinée vers l’émergence à l’horizon 2040, a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le Ministre a salué le « nouveau climat de concertation favorable à la promotion d’une paix durable en Afrique » et a appelé à continuer à privilégier les solutions politiques pour créer un environnement apaisé propice au développement. « L’investissement dans la prévention des conflits et la recherche de solutions politiques épargnera à l’humanité des innombrables pertes en vies humaines et la destruction des infrastructures », a-t-il déclaré. En outre, il a condamné avec fermeté les actes terroristes commis contre des populations innocentes, que ce soit en Afrique ou ailleurs dans le monde.

Il s’est ensuite félicité de la mise en place du plan des Nations Unies « Sahel terre d’opportunités » qui cible 10 pays, dont la Guinée et qui met l’accent sur les six domaines clefs que sont la coopération transfrontalière, la prévention, le maintien de la paix, la croissance inclusive, le climat et les énergies renouvelables. M. Touré a aussi salué l’avènement du pacte mondial pour les migrations sûres, ordonnées et régulières. « Ce document sera adopté par la République de Guinée en décembre à Marrakech, a-t-il assuré, et permettra l’équilibre entre la souveraineté des États et les droits fondamentaux ».

En outre, il a estimé que la création d’une société inclusive sous-tend l’élimination des inégalités et des barrières sociales qui empêchent la participation des jeunes et des femmes aux activités économique et politique. L’égalité des sexes, la promotion et l’autonomisation des jeunes et des femmes sont fondamentales pour la réalisation du développement durable, a-t-il souligné.

M. MOHAMED T. H. SIALA, Ministre des affaires étrangères de la Libye, a indiqué que le Président du Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale libyen, M. Fayez al-Sarraj, aurait souhaité prendre part au débat général aujourd’hui, mais a malheureusement été retenu à Tripoli en raison des derniers développements dans la capitale.

M. Siala a d’emblée insisté sur la nécessité de coordonner davantage les efforts de la communauté internationale en Libye, sous peine d’avoir un effet contreproductif sur la résolution de la crise actuelle. En particulier, le Ministre a appelé les différents acteurs impliqués à consulter au préalable les Nations Unies avant d’envisager l’organisation d’une réunion régionale ou internationale sur la question libyenne.

Selon M. Siala, la Libye est aujourd’hui confrontée à de nombreux défis, dont la recrudescence du terrorisme, l’instabilité sécuritaire, les divergences politiques et la crise économique, qui affectent la vie des Libyens et la qualité des services. Le Ministre a rappelé que le Conseil présidentiel avait proposé, l’an dernier, un plan comprenant l’organisation d’élections présidentielle et législatives et la cessation des combats, à l’exception de la lutte contre le terrorisme, pour œuvrer en faveur de la réconciliation nationale. Cette approche, a-t-il dit, nous permettrait de créer un État démocratique moderne. Cependant, le Ministre a affirmé ne pas avoir reçu de réponse de la part des « institutions concernées ». Il a toutefois déclaré qu’il gardait « bon espoir » et que la porte demeurait ouverte à tous ceux qui souhaiteraient se joindre à cette initiative.

Par ailleurs, M. Siala a salué les efforts de l’Envoyé spécial du Secrétaire général en Libye. En particulier, il a indiqué que le Gouvernement d’union nationale s’était félicité, l’an dernier, de sa feuille de route, dans laquelle l’Envoyé spécial appelait notamment les parties concernées à faire preuve de plus de souplesse pour pourvoir la mettre en œuvre. « Or, aucun progrès n’a été enregistré », a-t-il déploré.

Le Ministre a affirmé que le Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale appuyait toutes les initiatives visant à sortir de la crise. À cette fin, M. Siala a précisé que le Conseil avait aidé la Commission électorale du pays à enregistrer les électeurs libyens en vue de procéder à des élections, avec des résultats selon lui encourageants. Le Conseil a en outre alloué, a-t-il ajouté, 60 millions de dinars libyens pour les préparatifs et pour assurer la sécurité du scrutin. Il a espéré que les « institutions concernées » soutiendraient ces initiatives et prendraient les mesures législatives nécessaires au bon déroulement de ses élections.

Par ailleurs, le Ministre a indiqué qu’il s’opposerait à tous ceux qui voudraient imposer leur volonté en Libye par la force des armes, comme lors des attaques récentes à Tripoli, qui ont provoqué des déplacements parmi les civils. M. Siala a appelé les parties concernées à respecter l’accord sur le cessez-le-feu. « Recourir aux armes ne sert qu’à faire le jeu des terroristes », a-t-il affirmé, avant de s’engager à poursuivre les auteurs de ces attaques.

Selon M. Siala, le Gouvernement d’union nationale s’emploie actuellement à trouver des solutions aux difficultés auxquelles sont confronté les Libyens, notamment pour améliorer la performance du secteur tertiaire du pays. Dans ce cadre, il a jugé important de mobiliser l’ensemble des ressources financières à la disposition du pays et a appelé les États où sont stockés des avoir libyens à faire en sorte que le Conseil présidentiel puisse en faire usage.

Mon pays, a-t-il poursuivi, a consenti d’énormes sacrifices pour lutter contre des groupes terroristes importés de l’étranger, comme Daech, qui exploite maintenant les ressources naturelles libyennes à des fins n’ayant, selon lui, rien à voir avec l’Islam. Le Ministre a appelé à renforcer la coopération régionale et internationale pour neutraliser les réseaux terroristes partout où ils se trouvent.

Chaque jour, des vagues migratoires traversent la Libye, a par ailleurs déclaré M. Siala, s’alarmant du fait que des centaines de milliers de personnes étaient exploitées par des réseaux de traite avant de périr au large de la mer Méditerranée. En tant que pays de transit, la Libye subit plus que toute chose, selon lui, les répercussions économiques et sociales de ce fléau, qu’il sera difficile, a-t-il ajouté, de combattre sans aide étrangère.

La Libye est par ailleurs attachée à la destruction de tout type d’arme de destruction massive, a déclaré le Ministre, rappelant qu’après avoir adhéré à la Convention sur les armes chimiques, le pays avait levé le voile sur son arsenal chimique, qui avait ensuite été détruit. M. Siala a appuyé les efforts internationaux pour créer une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient. Il a appelé les États de la région à faire preuve de transparence pour y parvenir et à adhérer au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

Enfin, le Ministre a appelé le Conseil de sécurité à amender son régime des sanctions concernant la Libye, afin de limiter les pertes liées au gel des avoirs et fonds libyens. Si rien ne change, a-t-il ajouté, les Libyens seront privés d’investir ces fonds au profit de l’économie du pays.

Droits de réponse

Réagissant à l’intervention de l’Arabie saoudite, le représentant du Qatar a affirmé que son gouvernement travaille avec la communauté internationale et les pays de la région pour lutter contre le terrorisme. Le fait que la délégation de l’Arabie saoudite ait accusé le Qatar de terrorisme ne fait que saper la crédibilité de ce pays. Le terrorisme trouve ses sources dans la radicalisation religieuse prônée par l’Arabie saoudite, a accusé le Qatar. Et l’Arabie saoudite recourt au terrorisme contre ceux ne veulent pas se soumettre à ses diktats, à commencer par le Qatar. Toutefois, nous avons fait preuve de calme et de retenu dans ce différend.

Il a dénoncé le fait que les pèlerins qataris et autres musulmans résidant au Qatar n’avaient pas pu se rendre dans les lieux saints. C’est une violation de la liberté religieuse, a-t-il tranché, avant de souligner que le Qatar s’est abstenu d’imposer des mesures de rétorsion contre l’Arabie saoudite.

L’Arabie saoudite a martelé que le Qatar soutient les groupes terroristes et les extrémistes de tous bord, accusant par ailleurs ce pays d’avoir appuyé les activités de séparatistes en Arabie saoudite, au Koweït et aux Émirats arabes unis dans le but de déstabiliser la région. La représentante a aussi affirmé qu’il était faux de prétendre que les pèlerins qataris n’avaient pas été autorisés à se rendre en Arabie saoudite pour le Hadj.

Le représentant du Qatar a ensuite affirmé qu’en juin 2017, l’Arabie saoudite a essayé d’agresser son pays en imposant un blocus économique, terrestre, aérien et maritime contre lui. Ce blocus a été rejeté par la communauté internationale. Nous rejetons les accusations de l’Arabie saoudite, a clamé le représentant du Qatar qui a assuré que sa délégation allait tout faire pour promouvoir la stabilité et lutter contre le terrorisme dans la région.

L’Indonésie a de son côté condamné les références faites à la Papouasie occidentale dans le discours du Vanuatu. Ce pays essaie de faire croire que les populations de Papouasie occidentale n’appartiennent pas à l’Indonésie, a dénoncé le représentant, avant de rappeler qu’il y a plus de 50 ans, l’ONU a décidé du statut final de la Papouasie. Le délégué a accusé Vanuatu d’appuyer les séparatistes de Papouasie occidentale. « Un pays qui agit ainsi n’a pas sa place parmi le concert des nations. »

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