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Allocution d’ouverture du Directeur général de l’OMS à la 71ème session du Comité régional de l’OMS pour l’Europe

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13 septembre 2021

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Votre Altesse Royale, Princesse Mary,

Votre Excellence Ogerta Manastirliu, Ministre de la santé d’Albanie et Présidente du Comité régional,

Mesdames et Messieurs les Ministres et Chefs de délégation,

Dr Hans Kluge, Directeur régional de l’OMS pour l’Europe,

Excellences, chers collègues et amis,

bonjour à tous.

Je remercie Votre Altesse Royale de son soutien sans faille au travail de l’OMS en Europe.

Je regrette profondément que pour la deuxième année, nous ne puissions pas nous rencontrer en personne. Mais j’espère que nous pourrons le faire l’année prochaine.

Que cela soit possible ou non, c’est à nous d’en décider. C’est entre nos mains – nous avons tous les outils pour arrêter la transmission et sauver des vies : des mesures sociales et de santé publique efficaces ; des tests rapides et précis ; de l'oxygène pour sauver des vies ; et des vaccins.

Nous savons ce qui fonctionne. Mais la pandémie est toujours là parce qu’à l’échelle mondiale, nous n’avons pas mis ces connaissances en pratique.

Moins de distanciation et plus de mobilité, l’abandon prématuré des mesures sociales et de santé publique, l’émergence de variants plus transmissibles et la distribution inéquitable des vaccins sont autant de facteurs entraînant transmission et décès.

Il semble que certains pays aient décidé que grâce aux vaccins, la pandémie était terminée. Il n’en est rien.

Les vaccins sont un outil puissant qui nous aidera à maîtriser la pandémie, une fois que nous aurons atteint un niveau de couverture suffisamment élevé à l’échelle mondiale.

Mais nous n'y sommes pas encore. Et en attendant, chaque pays doit continuer à suivre une approche globale, basée sur les risques, combinant des mesures sociales et de santé publique adaptés, des soins cliniques précoces et une vaccination équitable.

Les vaccins ne suffisent pas – il faut les vaccins et les autres mesures.

Il y a un an, nous attendions encore, et espérions, qu'un vaccin sûr et efficace serait mis au point et si tel était le cas, qu'il serait disponible équitablement dans tous les pays.

Cet espoir s'est en partie concrétisé – le développement et l’approbation de plusieurs vaccins sûrs et efficaces en un temps record ont donné au monde un réel espoir de maîtriser la pandémie.

Mais l’inégalité choquante dans la distribution mondiale des vaccins entache notre conscience collective.

Plus de 5,5 milliards de doses de vaccins ont été administrées dans le monde, mais près de 80 % d’entre elles l'ont été dans des pays à revenu élevé ou intermédiaire supérieur.

Les objectifs mondiaux de l’OMS sont d’aider chaque pays à vacciner au moins 10 % de sa population d’ici la fin du mois, au moins 40 % d’ici la fin de l’année et 70 % de la population mondiale d’ici le milieu de l’année prochaine.

Je me réjouis qu’en Europe, près de 90 % des États Membres aient atteint l’objectif de 10 %, et que 60 % des pays aient déjà atteint l’objectif de 40 %. C’est la Région où les taux de vaccination sont les plus élevés au monde.

Mais les autres Régions ont besoin de votre aide. C’est pourquoi j’ai appelé à un moratoire mondial sur les doses de rappel au moins jusqu’à la fin de l’année, afin de nous permettre d’atteindre nos objectifs mondiaux en matière de vaccination.

Un petit nombre de personnes immunodéprimées peuvent avoir besoin d'une troisième dose. Mais nous ne voulons pas voir une utilisation généralisée des doses de rappel pour les personnes en bonne santé alors que tant d’agents de santé et de personnes à risque dans le monde entier attendent toujours leur première dose.

Le moyen le plus rapide de sortir de cette pandémie pour nous tous est de vacciner les personnes les plus à risque dans tous les pays, tout en nous efforçant de réduire au minimum la propagation du virus. Plus l’inégalité vaccinale persiste, plus le virus a de possibilités de circuler et de se transformer en variants qui pourraient potentiellement échapper aux vaccins.

Je suis également préoccupé par les informations selon lesquelles certains pays européens refusent l’entrée aux personnes qui ont reçu un vaccin qui a été autorisé pour une utilisation d’urgence par l’OMS, mais qui n’a pas été approuvé par leur propre organisme de réglementation national ou l’Agence européenne des médicaments.

Cela ne fait que créer plus de chaos, de confusion et de discrimination, certains pays allant jusqu’à refuser d’utiliser certains vaccins par crainte que leurs citoyens ne se voient refuser l’entrée dans d’autres pays.

L’autorisation d’utilisation d’urgence de l’OMS suit un protocole rigoureux basé sur des normes internationalement reconnues. Tous les vaccins qui ont reçu l'autorisation d'utilisation d'urgence au titre du protocole sont sûrs et efficaces pour prévenir les formes graves de la maladie et les décès, y compris contre le variant Delta.

Nous remercions les pays qui reconnaissent tous les vaccins bénéficiant de l'autorisation d’utilisation d’urgence de l’OMS, et nous appelons tous les pays à faire de même.

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Excellences,

Alors même que nous nous efforçons de mettre fin à la pandémie, nous devons mettre à profit les leçons qu’elle nous donne, et votre ordre du jour cette semaine reflète bon nombre de ces leçons.

La pandémie est une démonstration éloquente de l’importance des soins de santé primaires qui sont à la base de la sécurité sanitaire mondiale et de la couverture sanitaire universelle.

La COVID-19 nous a également rappelé le pouvoir de la vaccination.

Et elle nous a rappelé qu'il ne peut y avoir de santé sans santé mentale.

Je me félicite donc des points de l’ordre du jour consacrés à chacun de ces thèmes que vous allez examiner pendant cette session.

Je salue également le rapport de la Commission paneuropéenne de la santé et du développement durable, et en particulier l’accent mis sur l’intégration d’une approche véritablement axée sur « Une seule santé ».

Je remercie l’ancien Premier Ministre d’Italie, le Professeur Mario Monti, et les autres membres de la Commission pour leur travail, et j’ai hâte d’en savoir plus sur les futures discussions et réponses du Comité régional. Grazie mille, Professeur.

Les conclusions et les recommandations de ce rapport ont beaucoup de similitudes avec celles des autres rapports et examens portant sur la riposte mondiale à la pandémie.

Ce sont des centaines de recommandations et de propositions qu'il convient de trier. Notre défi, collectivement, est désormais de parvenir à un consensus mondial sur la voie à suivre.

L'inaction n'est pas envisageable. Si nous ne parvenons pas à nous préparer dès maintenant aux épidémies et pandémies futures, nous nous condamnons à échouer.

Quels que soient les structures et les mécanismes qui viendront à émerger, l’OMS estime qu’ils doivent être fondés sur ces principes fondamentaux :

Ils doivent susciter l’engagement de tous les pays et être adoptés par tous ;

Ils doivent être multisectoriels, impliquant des partenaires de tous les domaines couverts par l’approche « Une seule santé » ;

Ils doivent être liés au mandat constitutionnel de l’OMS et alignés sur celui-ci, plutôt que supposer la création de structures parallèles ;

Ils doivent assurer la cohérence avec le Règlement sanitaire international et les autres instruments internationaux ;

et ils doivent être responsables et transparents.

Nous voyons quatre domaines d’action essentiels illustrant ces principes.

Premièrement, nous avons besoin d’une meilleure gouvernance mondiale.

L’architecture actuelle de la sécurité sanitaire mondiale est complexe et fragmentée, et les mécanismes volontaires n’ont pas conduit au niveau d’engagement et d’action requis.

La crise vaccinale illustre la faiblesse fondamentale à l’origine de la pandémie : le manque de solidarité et de partage à l’échelle mondiale – partage d’informations et de données, d’échantillons biologiques, de ressources, de technologies et d’outils.

De nouveaux mécanismes de gouvernance sont nécessaires, soutenus par un engagement politique de haut niveau et des instruments juridiquement contraignants qui soient inclusifs, cohérents et responsables.

C’est pourquoi je crois qu’un traité ou un autre instrument international sur la préparation et la riposte aux pandémies fournira un cadre général indispensable pour la coopération mondiale, en fixant les règles du jeu et en renforçant la solidarité entre les nations.

L'approche du chacun pour soi n’a pas fonctionné cette fois-ci, et elle ne fonctionnera pas non plus la prochaine fois.

Nous avons besoin du soutien de tous les États Membres de la Région européenne à cette initiative importante lors de la session extraordinaire de l’Assemblée mondiale de la Santé qui se tiendra en novembre.

Deuxièmement, nous avons besoin d’un financement plus important et plus sûr pour la préparation et la riposte aux niveaux national et mondial.

Des cycles alternant entre panique et négligence ont contribué à l’instabilité du financement international de la sécurité sanitaire mondiale, avec des conséquences catastrophiques.

L’écosystème financier actuel de préparation et de riposte aux pandémies est insuffisant par sa portée, complexe, fragmenté et inefficace, et il ne garantit pas l’équité.

Nous avons besoin d’une augmentation substantielle des investissements nationaux, y compris pour les soins de santé primaires, ainsi que du financement international pour renforcer les capacités dans les pays à revenu faible et intermédiaire de la tranche inférieure, et pour financer les biens mondiaux tels que les vaccins.

Ce financement doit être véritablement complémentaire, prévisible, équitable, aligné sur les priorités et les plans nationaux, régionaux et mondiaux.

Un mécanisme financé uniquement à partir de l’aide volontaire au développement ne fera qu’accroître la concurrence pour des ressources déjà rares.

Fondamentalement, tout mécanisme de financement doit être construit en utilisant les institutions financières existantes, plutôt qu’en en créant de nouvelles qui fragmentent davantage l’architecture de la santé mondiale.

Troisièmement, nous avons besoin de systèmes et d'outils plus efficaces, dans l’ensemble des domaines couverts par l'approche « Une seule santé ».

L’OMS a déjà pris des mesures pour commencer à mettre en place certains de ces outils.

En septembre, j’ai eu l’honneur de me joindre à la Chancelière Angela Merkel pour ouvrir le Centre d'information de l'OMS sur les pandémies et les épidémies à Berlin, un nouveau centre conçu pour favoriser un plus grand partage des données et des informations entre pays et pour améliorer la surveillance mondiale des épidémies et des pandémies en tirant parti du pouvoir de l’intelligence artificielle, de l’informatique quantique et d’autres technologies de pointe.

D’autres initiatives sont en cours d’élaboration, notamment le BioHub de l’OMS, une nouvelle infrastructure située en Suisse et destinée au stockage et au partage des agents pathogènes, ou l’examen universel de l'état de santé et de préparation, un nouveau mécanisme d’examen par les pairs visant à améliorer la préparation nationale sur le modèle de l’Examen périodique universel utilisé par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Récemment, le Secrétariat a également annoncé la création d’un Groupe consultatif scientifique permanent sur les origines des nouveaux agents pathogènes, ou SAGO, afin d’établir de manière plus systématique les moyens d’identifier la source des nouvelles flambées épidémiques.

Comme vous le savez, nous avons partagé le projet de mandat avec les États Membres et avons lancé un appel à candidatures pour que des experts rejoignent le SAGO. Nous invitons instamment les experts de la Région européenne à postuler.

Je tiens à souligner que le SAGO ne concerne pas seulement la prochaine phase d’études sur les origines du SARS-CoV-2 ; il s’agit d’une initiative à long terme dont le but est de soutenir les études sur les origines de tous les futurs agents pathogènes émergents, que nous visons ainsi à institutionnaliser.

Et quatrièmement, nous avons besoin d’une OMS renforcée, ayant les moyens d'agir, financée de manière durable et située au cœur de l’architecture mondiale de la santé.

Avec 194 États Membres et 152 bureaux de pays, l’OMS a un mandat, une portée et une légitimité à nul autre pareils dans le monde.

Mais depuis plusieurs décennies, elle a été progressivement affaiblie et fragilisée par un déséquilibre entre les contributions fixées et les contributions volontaires, à objet désigné, qui faussent notre budget et limitent notre capacité à faire ce que nos États Membres attendent de nous.

Il est essentiel de remédier à ce déséquilibre si l’on veut que l’OMS soit l’institution indépendante et faisant autorité dont le monde a besoin.

À l’heure actuelle, seulement 16 % de notre financement provient de contributions fixées. Si l'on tient compte de l’inflation, nos contributions fixées sont aujourd’hui inférieures de 340 millions de dollars des États-Unis à ce qu’elles étaient dans les années 1980.

Et sur les fonds restants de l’OMS, environ 80 % sont maintenant à objet désigné.

La situation était exactement inverse dans les années 1980, avec plus de 80 % de contributions fixées et moins de 20 % de contributions volontaires.

Ce déséquilibre signifie que nous ne pouvons pas assurer la programmation à long terme au niveau des pays qu'exigent les plus grands défis en matière de santé.

Cela signifie également que nous dépendons trop des consultants et des contrats temporaires, ce qui a pour effet de déstabiliser nos effectifs et de rendre difficile la formation et la fidélisation des experts dont nous avons besoin.

Je remercie les États Membres qui se sont engagés au sein du Groupe de travail des États Membres sur le financement durable, qui présentera ses recommandations au Conseil exécutif en janvier. Je tiens à remercier Björn Kümmel pour son leadership.

Tout comme nous avons une occasion historique de transformer la préparation et la riposte mondiales, nous avons une occasion historique de transformer le modèle de financement de l’OMS. C’est une chose que vous seuls en tant qu’États Membres pouvez faire.

Bien sûr, vous avez raison d'attendre que nous rendions compte des ressources que vous nous donnez. Nous y sommes favorables et avons déjà pris d'importantes mesures à cet effet. Et nous, votre Secrétariat, nous engageons à apporter d’autres améliorations pour faire de l’OMS l’organisation moderne, agile et axée sur l’impact que vous voulez, et dont vous avez besoin.

Nous avons commencé notre transformation avant même la pandémie de COVID-19, mais nous devons faire plus.

Un financement durable et prévisible est l’un des sept domaines sur lesquels nous travaillons depuis plus de quatre ans dans le cadre de la transformation de l’OMS.

La transformation prend corps sous la forme de 40 initiatives essentielles conçues pour permettre une OMS plus agile et axée sur les résultats, que notre outil de suivi de la transformation en ligne vous permettra d'observer.

Lorsque la crise a frappé, nos fonctions institutionnelles, nos fonctions de partenariat et de relations extérieures reconfigurées ont été immédiatement chargées d'opérer à grande échelle.

Notre nouvelle Division des sciences a mis en place un mécanisme d’examen accéléré afin d’assurer la rapidité, la cohérence et la qualité de toutes les orientations de l’OMS.

Les nouvelles divisions de l’OMS chargées de la préparation et de la riposte aux situations d’urgence ont soutenu les efforts déployés dans le monde entier pour lutter contre la pandémie, y compris, dans le cadre de ce nouveau modèle opérationnel, en codirigeant l’équipe spéciale chargée de la chaîne d’approvisionnement.

Et dans le cadre de notre approche plus large des partenariats, nous avons créé l’accélérateur ACT, qui a distribué des vaccins, des produits de diagnostic, des traitements et des EPI dans le monde entier.

À la suite de la pandémie et de l’évaluation externe de la transformation de l’OMS, nous prévoyons de dresser un bilan avant la fin de l’année afin d’identifier les prochaines étapes.

L’évaluation recommandait que nous accordions une attention particulière à la transformation au niveau des pays. À cet égard, je me félicite du processus d’examen fonctionnel des bureaux de pays de la Région européenne, qui apportera des contributions essentielles aux efforts de transformation déployés par l’OMS au niveau des pays dans le monde entier.

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Excellences,

Avec l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre, le Sommet du G20 en octobre et la session extraordinaire de l’Assemblée mondiale de la Santé en novembre, les trois prochains mois seront une période critique pour façonner l’avenir de la préparation et de la riposte aux pandémies.

Nous devons saisir cette occasion. Dans les mois et les années à venir, d’autres crises exigeront notre attention et nous détourneront de l’urgence d'une action immédiate. Si le monde continue sur la même voie, les résultats que nous obtiendrons seront toujours les mêmes, c’est-à-dire un monde en moins bonne santé, moins sûr et moins juste.

L’OMS s’est engagée à aider chacun de vos pays à réagir à la pandémie et à mieux construire pour l'avenir.

J’aimerais, avant de vous quitter, formuler quatre demandes précises :

Tout d’abord, nous avons besoin de votre engagement à maintenir le cap moyennant une approche globale, basée sur les risques pour prévenir la transmission et sauver des vies.

Deuxièmement, nous avons besoin de votre soutien pour atteindre les objectifs de vaccination que s'est fixée l’OMS, en Europe et dans le monde, en échangeant des livraisons de vaccins à court terme avec le Mécanisme COVAX ; en respectant maintenant vos engagements de partage des doses ; et en facilitant le partage de la technologie, du savoir-faire et de la propriété intellectuelle pour soutenir la fabrication régionale de vaccins.

Troisièmement, nous avons besoin de votre appui à l’idée d’un traité ou d’un autre instrument international sur la préparation et la riposte aux pandémies.

Et quatrièmement, nous avons besoin de votre soutien pour construire une OMS plus forte, qui ait les moyens d'agir et soit financée de manière durable.

Enfin, je vous remercie tous pour le travail que vous fournissez sans relâche et le soutien que vous accordez à l’OMS en cette période cruciale.

Et nous comptons sur votre indéfectible soutien tandis que nous travaillons ensemble pour promouvoir la santé, préserver la sécurité mondiale et servir les personnes vulnérables.

Je voudrais saisir cette occasion pour remercier le Président du Kirghizistan, le Premier Ministre slovène et les hauts fonctionnaires de Saint-Marin et de Russie de s’être joints à nous aujourd’hui.

Je vous remercie.