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Afrique : L'agriculture, un « filet de sécurité » sous-estimé

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JOHANNESBURG, 10 juin 2009 (IRIN) - Investir dans l'agriculture dans les pays en voie de développement, o=F9 la plupart des travailleurs sont des petits agriculteurs, revient à renforcer leur « filet de sécurité », à l'heure o=F9 le monde s'efforce de limiter l'impact de la crise économique, a expliqué à IRIN le directeur d'un organisme des Nations Unies à l'approche du Forum économique mondial (WEF), qui se déroulera sur trois jours au Cap, en Afrique du Sud.

Kanayo Nwanze, président du Fonds international de développement agricole (FIDA) des Nations Unies, a souligné que 80 pour cent des travailleurs d'Afrique étaient des petits fermiers, et qu'en Afrique, l'agriculture reposait sur les petits fermiers et représentait en outre 40 pour cent du Produit intérieur brut (PIB) de la région.

Selon un rapport publié en 2008 par la Banque mondiale, et intitulé l'Agriculture au service du développement, ce secteur constitue « "une protection sociale financée par la ferme" en cas de chocs dans les zones urbaines » ; le rapport indique en outre que dans les pays en voie de développement, trois personnes pauvres sur quatre vivent dans les régions rurales.

Au lieu d'injecter des fonds pour « subventionner l'achat de vivres importés et contenter ainsi les populations urbaines, de crainte de devoir faire face à de possibles troubles sociaux », les gouvernements devraient comprendre, a estimé M. Nwanze, que « comme filet de sécurité, rien ne vaut la sécurité alimentaire », et que financer l'agriculture permet de réduire la pauvreté dans les régions rurales.

A ce propos, M. Nwanze a cité le rapport de la Banque mondiale, qui indique qu'en Chine, pays qui connaît la plus forte croissance économique du monde, la croissance agricole est 3,5 fois plus efficace que l'expansion d'autres secteurs pour réduire le taux de pauvreté.

Par ailleurs, la tendance au chômage occasionnée par le ralentissement économique a montré qu'une « migration inverse avait lieu, des zones urbaines vers les régions rurales », un argument en faveur de l'investissement dans les économies rurales, a également expliqué M. Nwanze à IRIN.

Les envois de fonds et l'aide publique au développement devraient diminuer, et l'Afrique devrait donc chercher à conclure des partenariats sectoriels public-privé. « Le plus important devrait être d'organiser les petits agriculteurs, de leur fournir des liens avec les marchés commerciaux, d'améliorer ces liens, et de leur donner accès à des services financiers », a-t-il préconisé.

Au Kenya, grâce aux petits agriculteurs qui exportent des fleurs coupées vers l'Europe, « l'industrie horticole... est désormais comparable aux sources traditionnelles de devises du Kenya (le thé, le café et le tourisme) en termes de revenus », selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), bien que la récession mondiale ait provoqué, depuis lors, une contraction de cette industrie.

Le Vietnam, qui importait des vivres il y a 20 ans à peine, est devenu le quatrième producteur mondial de riz, en grande partie grâce à la production de ses petits agriculteurs, a noté M. Nwanze. Les investissements agricoles au Burkina Faso, en Afrique de l'Ouest, ont également permis de doubler la production vivrière cette dernière décennie.

Possibilités d'investissement

Selon le responsable du FIDA, l'acquisition à grande échelle de terres agricoles en Afrique, qualifiée de « spoliation foncière », donne au contraire la possibilité de mobiliser des ressources essentielles en faveur de l'agriculture. Les gouvernements devraient intervenir activement pour assurer que les investissements injectés dans le cadre de ces accords fonciers maximisent leur contribution au développement durable, et veiller à leur transparence.

M. Nwanze a expliqué que le FIDA participait actuellement à un processus, lancé par la FAO, visant à l'élaboration de Directives volontaires pour une gouvernance responsable des terres et autres ressources naturelles ; ces directives porteront sur une réforme de la propriété et de la répartition foncières, et encadreront l'établissement des accords de « spoliation foncière ». Un grand nombre de petits agriculteurs d'Afrique ont en effet des droits de propriété précaires, un problème mis en exergue par ces accords.

Selon le rapport de la Banque mondiale, une réforme foncière pourrait permettre de promouvoir l'entrée des petits agriculteurs sur le marché, de réduire les inégalités en matière de répartition des terres, et d'assurer une meilleure efficacité.

La Commission économique pour l'Afrique, un organisme des Nations Unies, et la Banque africaine de développement (BAD) doivent aborder certaines de ces questions dans les Cadre et directives relatifs aux politiques foncières en Afrique, élaborés sous la direction de l'Union africaine.

Selon M. Nwanze, il est aujourd'hui impératif d'investir dans le secteur agricole. La Banque mondiale a en effet prévu que les importations de vivres en Afrique subsaharienne allaient plus que doubler au cours des 20 prochaines années.

Selon la nouvelle édition de Perspectives de l'alimentation (en anglais), une publication de la FAO, la diminution des revenus, conjuguée à la chute des taux de change réels observée pendant une bonne partie des 12 derniers mois, a réduit le pouvoir d'achat des populations du monde, et s'est répercutée sur l'accessibilité économique des vivres.

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