Grands Lacs : Guerre contre FDLR et LRA : et après...

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from Le Potentiel
Published on 26 Jan 2009 View Original
21 et 15 jours pour en finir avec les rébellions ougandaise et rwandaise incarnées respectivement par l'armée du seigneur, LRA, et les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, FDLR. Mais autour de ces offensives militaires se livre la « vraie guerre économique pour le contrôle des minerais ». La paix en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs est à ce prix. Les coalitions militaires RDC-Ouganda et RDC-Rwanda visent à faire sauter les deniers verrous que sont la LRA et les FDLR. L'on est arrivé au point de non retour.

La paix en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs est arrivée à un moment déterminant. La situation est caractérisée ces jours par des actions militaires de grande envergure contre la LRA, mouvement rebelle ougandais, et le Front démocratique pour la libération du Rwanda, FDLR. Mais au-delà des considérations politiques, il se livre autour de ces offensives militaires la « vraie guerre économique pour le contrôle des minerais ». Car il s'agit d'une sale « guerre économique » et le vainqueur n'est autre que celui qui aura le « contrôle » des mines.

Evidemment, dans ses précédentes analyses, Le Potentiel avait eu cette présence d'esprit de souligner cet aspect important du problème. Toutes les économies de guerre qui ont soutenu les conflits armés puisaient leurs ressources financières dans l'exploitation des minerais. Et pour gagner cette guerre, ramener la paix, seule la partie qui aura le contrôle de « toutes les mines » en sortirait vainqueur.

Aujourd'hui, l'on tend lentement mais sûrement vers cette évidence. La coalition militaire entre la RDC et l'Ouganda aura pour conséquence la fin de l'exploitation illicite de l'or et du diamant, sans oublier le bois dans cette partie de l'Ituri frontalière avec l'Ouganda. Mais également débuter l'exploitation commune du « pétrole » du Lac Albert.

Si l'aventure militaire entre le Congo et le Rwanda ne se transforme pas en mascarade et qu'elle aboutissait, le pouvoir de Kinshasa reprendra le contrôle dans la riche zone minière de Masisi et de Rutshuru avec l'exploitation du nobium et du coltan. Par conséquent, il faut commencer par faire sauter les derniers verrous que sont la LRA et les FDLR. Kinshasa, Kampala et Kigali se sont donné 21 et 15 jours pour atteindre cet objectif. Et par voie de conséquence, affaiblir totalement d'autres groupes armés que sont le CNDP, les Maï-Maï et les diverses milices de l'Ituri. Dans ce dernier cas, il s'agit de mettre aussi un terme à l'instrumentalisation des groupes armés pour continuer à exploiter illégalement les richesses congolaises.

Choc boursier et Obama

Comment en est-on arrivé à mettre sur pied sur ces deux coalitions militaires qui continuent à susciter des inquiétudes et du scepticisme ? Dans sa livraison du 19 janvier 2009, édition 4525, Le Potentiel avait déjà répondu en partie à cette pertinente interrogation, dans son article intitulé « 4 points susceptibles de rapprocher le Rwanda et la République démocratique du Congo ».

En effet, le premier point portait sur les conséquences du rapport des experts de l'Onu sur le Rwanda accusé de financer et de soutenir militairement le CNDP. La Norvège, la Suède, la Hollande ont immédiatement suspendu leur aide au Rwanda. La Grande-Bretagne, l'allié du Rwanda, a sérieusement menacé Kigali d'en faire autant, au risque d'entraîner les Etats-Unis dans la même voie. Or, le budget rwandais est financé à 60% par l'aide au développement. Ensuite, il y a eu effondrement des cours des matières premières, obligeant les « multinationales » pourvoyeuses des conflits armés en RDC, de prendre du recul, affectant ainsi les économies de guerre. Enfin, il y a cette crise financière internationale. Le Rwanda n'avait plus d'intérêt à soutenir le CNDP.

Mais il y a eu également l'avènement de Barack Obama à la présidence américaine qui a annoncé ses couleurs. Notamment le refus de « soutenir ceux qui financent les guerres, et que celles-ci étant l'œuvre des personnes, celles-ci doivent œuvrer pour la paix ». Sévère avertissement à l'endroit des va-t-en guerre.

Quant à l'Ouganda, Museveni prépare « sa retraite politique » et tient à marquer l'imagination de sa population. Un vaste programme social a été adopté et le pétrole du Lac Albert est considéré comme une manne tombée du ciel pour Museveni. Aussi, a-t-il jugé utile de normaliser ses rapports avec la RDC en l'aidant à se débarrasser de la LRA. Kagame et Museveni jouent donc aux pacificateurs

Cependant, contrairement à ce que l'on pourrait penser, la victoire militaire ne résoudra pas totalement le problème. Elle doit être suivie d'actions d'assainissement politique. C'est ainsi que l'Ouganda continue à exercer une pression militaire sur la LRA pour l'obliger à signer l'accord de paix en position de faiblesse. Même tactique pour le Rwanda qui vise à affaiblir les FDLR pour qu'elles fassent allégeance au pouvoir de Kigali sans condition.

En République démocratique du Congo, il faut rapidement prendre en compte les frustrations des populations du Kivu. Que soit appliqué l'Acte d'engagement de Goma et accélérer le processus de restructuration de l'armée sous un autre regard.

Les « Plans » Cohen et Sarkozy se recoupent

Ce réalisme politique relancera incontestablement la question « de l'intégration économique » régionale pour ramener une paix durable dans la région. Dans la partie orientale, l'exploitation commune du pétrole du Lac Albert par la RDC et l'Ouganda est déjà à l'ordre du jour. Les choses pourraient s'accélérer dans les prochains jours.

Reste le cas du Kivu dans la mesure où il faudra gérer l'après-victoire militaire, si victoire il y aura, contre les FDLR. Comment les choses se passeraient-elles en ce qui concerne cette riche province du Kivu qui suscite tant de convoitises ? Quels sont les non-dits de l'« Accord du 5 décembre 2008 » qui a mis fin à la guerre avec comme victime principale Laurent Nkunda et le retour des militaires rwandais en RDC pour neutraliser les FDLR ? Car, trêve de naïveté, dans ce genre d'aventure politique, il y a toujours un prix à payer. Lequel ?

Les observateurs avertis sont convaincus que c'est ici que les « Plans » Cohen et Sarkozy se recoupent. L'un prévoit la mise en place d'un marché commun qui comprendra la RDC, le Rwanda, l'Ouganda, le Kenya, le Burundi et la Tanzanie. Ce plan vise à faire tourner l'économie congolaise vers l'Est au détriment de l'Ouest, renforçant ainsi les économies des pays anglophones. Ce plan met une croix à l'existence de la CEPGL et de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs).

Le second suggère la revisitation des frontières héritées de la colonisation et l'exploitation commune des richesses naturelles de la RDC avec le Rwanda. Ce plan ignore la CEPGL et la CIRGL. Deux « plans » rejetés d'avance par les Congolais.

Puisque le souhait ardent est de voir la RDC reprendre le contrôle total des mines, il lui revient de faire preuve de dynamisme et de pragmatisme politique. La Communauté économique des Etats d'Afrique centrale, CEEAC ; la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, CIRGL ; la Communauté économique des pays de Grands Lacs, CEPGL, offrent à la République démocratique du Congo autant d'opportunités tant juridiques qu'économiques pour rebondir. De viser le leadership de la région pour la stabilité, la sécurité et le développement de l'Afrique centrale et des Grands Lacs.

Une fois de plus, le moment est venu de s'appuyer sur les « vrais stratèges politiques » pour accomplir cette mission et faire que la RDC soit au rendez-vous de l'Histoire. Le piège est toujours là pour la balkanisation de la RDC.