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Alors que le monde attend le verdict de la CPI dans le procès de Dominic Ongwen, 108 enfants et adolescents enlevés depuis 2018 sont toujours portés disparus et présumés en captivité

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Les atrocités commises par le groupe rebelle dirigé par Joseph Kony sont documentées par un système d'alerte précoce dans le nord de la République démocratique du Congo (RDC) et dans l'est de la République centrafricaine (RCA)

WASHINGTON, D.C. (1er février 2021) - Le 4 février, la Cour pénale internationale (CPI) devra rendre une décision relative au cas de Dominic Ongwen, un ancien commandant de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) qui est accusé de 70 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Alors que le monde attend l’issue du procès, le système d'alerte précoce (SAP) géré par l'organisation humanitaire Invisible Children et ses partenaires locaux, a documenté une série d'enlèvements dans l'est de la RCA et le nord de la RDC, perpétrés par plusieurs commandants de la LRA, y compris Joseph Kony qui est également inculpé par la CPI. 108 enfants et adolescents enlevés depuis 2018 sont toujours portés disparus et présumés en captivité, dont 20 qui ont été enlevés depuis janvier 2020.

« Bien que Dominic Ongwen ait fait défection en 2014, le groupe rebelle continue de kidnapper des enfants et adolescents, dont 27 depuis 2020 », a déclaré Camille Marie-Regnault, Directrice adjointe d’Invisible Children en RCA. « Alors que le monde attend le verdict de la CPI dans le procès Ongwen, des efforts supplémentaires sont nécessaires afin d’empêcher de nouveaux enlèvements et d’aider les femmes, enfants et jeunes qui ont réussi à s’échapper».

Ces informations ont été documentées dans le cadre du projet Crisis Tracker géré par Invisible Children, et qui enregistre les attaques, enlèvements et meurtres de civils dans la région depuis près de 11 ans. Les récentes extensions du projet ont amélioré sa capacité à répertorier les enlèvements individuels par la LRA et à les comparer avec l’enregistrement des rescapés, ce qui permet de suivre sans précédent les personnes enlevées qui sont toujours portées disparues et celles qui se sont échappées. En plus des 20 enfants et adolescents enlevés en 2020, le Crisis Tracker a documenté l'identité de 88 enfants et adolescents supplémentaires enlevés par la LRA entre 2018 et 2019. Au total, le Crisis Tracker a documenté 236 attaques par des groupes de la LRA depuis 2018, dont des dizaines par des commandants anciennement alignés avec Ongwen. Le Crisis Tracker et le SAP sont tous deux principalement soutenus par le biais de l'activité CRCA (Community Resilience in Central Africa) financée par l'USAID, avec l'aide supplémentaire d'autres donateurs.

Les organisations communautaires, y compris Bria Londo, Solidarité et assistance intégrale aux personnes démunies (SAIPED), et la Commission diocésaine Justice et Paix Dungu-Doruma, jouent un rôle de premier plan dans la réduction du risque de violences commises par la LRA contre les civils, et cela via le système d'alerte des radios de haute fréquence, opérationnel dans plus de 140 communautés dans la région frontalière entre la RDC et la RCA. Les organisations communautaires sont également en première ligne pour aider les rescapés de la LRA, dont beaucoup s’échappent à des centaines de kilomètres du lieu de leur enlèvement. Invisible Children et ses partenaires communautaires ont aidé à réunir 112 rescapés, dont 73 enfants, depuis janvier 2018. Toutefois, peu de programmes sont disponibles pour l'assistance et la réintégration une fois qu'ils sont réunifiés avec leurs familles.

« Le système d'alerte précoce est essentiel pour documenter les enlèvements par la LRA et aider à la réunification des rescapés », a déclaré Matar Chaib de Bria Londo, une organisation communautaire en RCA. « Cependant, la réunification n'est que la première étape dans la reconstruction d'une vie interrompue par des enlèvements. Il faut davantage de ressources pour soutenir les programmes de réintégration et d'éducation à base communautaire afin d'aider ceux qui risquent leur vie en s’échappant.»

Depuis 2017, les acteurs internationaux ont également largement cessé de financer les campagnes de messages de défection « Come Home », qui étaient autrefois robustes et qui ont encouragé des centaines de combattants de la LRA, ainsi que de femmes et enfants captifs, à s'échapper. Depuis lors, le nombre de défections de la LRA a considérablement ralenti.

« Les précédentes campagnes de défection « Come Home » constituaient un plan efficace pour affaiblir la LRA et libérer les personnes enlevées », a déclaré Paul Ronan, directeur du département stratégie et recherche chez Invisible Children. « La reprise de telles campagnes reste la meilleure opportunité disponible pour mettre fin à la violence de la LRA.»

Informations générales sur la LRA

Remarque: veuillez consulter la page 5 pour une carte montrant les enlèvements d'enfants par la LRA ainsi que les emplacements approximatifs de certains commandants.

Les enlèvements par la LRA diminuent, mais continuent de faire peser une menace : La LRA est active dans le nord de la RDC et dans l'est de la RCA depuis plus de dix ans, et a enlevé plus de 8 300 civils congolais et centrafricains depuis 2008. Les enlèvements ont diminué au fur et à mesure que des commandants de la LRA ont fait défection. Depuis janvier 2020, la LRA a enlevé 180 civils. La majorité de ces personnes sont des hommes adultes enlevés afin de porter temporairement les biens pillés vers des camps de la LRA, avant d'être relâchés ou de s'échapper quelques jours après leur enlèvement.

La LRA a kidnappé un total de 138 enfants depuis 2018, dont 108 sont toujours portés disparus : Bien que la LRA ait enlevé moins d'enfants que d’adultes ces dernières années, le groupe rebelle tend à garder les enfants en captivité, contrairement aux adultes. Parmi les 138 enfants enlevés depuis 2018, 108 sont toujours portés disparus et présumés en captivité. Les enfants enlevés par la LRA sont souvent détenus en captivité, et les femmes souvent victimes de violences sexuelles ou forcées de se marier avec des combattants de la LRA. Les garçons et les filles sont contraints de faire un travail manuel dangereux et difficile au profit des groupes très mobiles de la LRA, tels que le portage de biens pillés, l’agriculture de subsistance, la collecte de bois de chauffe et d’eau, et l’installation de camps.

Localisation de Joseph Kony : En mai 2020, le chef de la LRA, Joseph Kony, opérait encore dans l'enclave de Kafia Kingi sous contrôle soudanais le long de la frontière avec le Soudan du Sud et le nord-est de la RCA. Son groupe survit principalement grâce à l'agriculture de subsistance et au troc, comme le miel, sur les marchés locaux. Kony a également été mis en examen par la CPI en 2005 pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, y compris l'enrôlement forcé d'enfants. Plusieurs rescapés de la LRA ont signalé qu'en janvier 2018, Kony avait donné de nouveaux ordres à ses commandants pour qu'ils enlèvent des enfants afin qu'ils puissent être intégrés à la LRA. Les ordres de Kony seraient en partie motivés par le recrutement forcé de personnes susceptibles de travailler dans des champs situés dans l'enclave de Kafia Kingi.

Des factions dissidentes de la LRA torturent des enfants : Plusieurs factions dissidentes de la LRA dirigés par des commandants ougandais n’étant plus aux ordres de Kony opèrent le long de la frontière entre l'est de la RCA et le nord de la RDC, enlevant régulièrement des enfants et adultes. Des récentes preuves indiquent des punitions violentes au sein des factions, y compris des exécutions par certains commandants, mettant en évidence la poursuite des graves abus commis contre des enfants par la LRA. Parmi ces groupes figure un groupe sous la coupe d'un commandant anciennement allié à Dominic Ongwen, qui s'est séparé de Joseph Kony peu de temps après la défection d'Ongwen en 2014.

Les SAP utilisés pour avertir les communautés et réunir les rescapés de la LRA : Les 141 communautés connectées au SAP CRCA l’utilisent régulièrement pour partager des informations sur les mouvements de la LRA, émettant des alertes afin de réduire la vulnérabilité des enfants et autres groupes vulnérables aux attaques de la LRA. Le système d’alerte précoce sert également à documenter l’identité des enfants enlevés. La LRA fait du trafic d'enfants sur de grandes distances, ce qui signifie que les personnes enlevées s'échappent à des centaines de kilomètres de chez elles, parfois dans un pays voisin. Lors de leur évasion, les communautés utilisent le système d’alerte précoce pour contacter les familles des enfants rescapés, puis Invisible Children et ses partenaires communautaires, tels que SAIPED et Bria Londo, se coordonnent pour les ramener chez eux et les réunir avec leurs familles. Depuis 2018, Invisible Children et ses partenaires ont réunifié 56 enfants, ainsi que 27 adultes s’étant échappés de la LRA.

Manque de services de réintégration : Après leur réunification avec leur famille, les rescapés ont besoin d'un soutien pour faire face aux traumatismes psychologiques, reprendre leurs études, gagner leur vie et contribuer de manière significative à leurs communautés. Le financement de ces services a considérablement diminué ces dernières années, laissant les rescapés avec un avenir incertain. Les filles et les femmes sont particulièrement vulnérables en raison de la stigmatisation associée aux commandants de la LRA et / ou au fait que leurs enfants ont un père commandant de la LRA.

Les messages de défection sont la meilleure stratégie pour mettre fin à la menace de la LRA : De 2010 à 2016, les initiatives de messagerie de défection « Come Home » ont contribué à encourager des centaines de combattants de la LRA ainsi que des femmes et des enfants captifs à faire défection. Depuis 2017, les messages de défection ciblant la LRA se sont effectivement arrêtés en raison d'un manque de financement. La remise en place de messages « Come Home » via les radios FM et à ondes courtes, des tracts et des contacts directs avec les groupes de la LRA représente la stratégie la plus efficace pour réduire la force de combat de Kony et mettre fin à la violence de la LRA.

Organisations signataires

Bria Londo: Basée dans l'est de la RCA, Bria Londo est une organisation à but non lucratif dotée d'une expérience dans l'exploitation de systèmes d'alerte précoce et l'assistance aux rescapés et aux survivants des violences de la LRA.

Solidarité et assistance intégrale aux personnes démunies (SAIPED) : Basée dans le nord-est de la RDC, SAIPED possède une vaste expérience en matière de programmes de protection des communautés, notamment en sensibilisant les communautés à la réintégration des rescapés de la LRA via le cinéma mobile. SAIPED soutient également le transit, la recherche des familles et la réunification des rescapés de la LRA en RDC.

Commission diocésaine Justice et Paix Dungu-Doruma (CDJP) : La CDJP, dont le siège social est situé dans le nord-est de la RDC, possède une vaste expérience des systèmes d'alerte précoce et de l'assistance aux rescapés et aux survivants des violences de la LRA.

Invisible Children : Basée à Washington, DC, Invisible Children est une organisation internationale à but non lucratif qui s'emploie à mettre fin aux conflits violents et à l'exploitation auxquels font face les communautés les plus isolées et non protégées du monde. Les projets actuels d'Invisible Children se concentrent sur le développement de solutions innovantes et durables face à l'insécurité régionale et à la violence des groupes armés en Afrique centrale. Cela comprend des initiatives de protection à base communautaire et une analyse des conflits afin de résoudre le problème de la sécurité humaine et du trafic illicite d'espèces sauvages en Afrique centrale.

Le Crisis Tracker (www.CrisisTracker.org) est une plateforme de cartographie des conflits fondée par Invisible Children en 2011 et actuellement soutenue principalement par l'activité CRCA financée par l'USAID, ainsi que par d'autres donateurs. Outre l'enregistrement d'attaques contre des civils, le projet Crisis Tracker gère désormais une base de données constamment mise à jour sur les personnes enlevées et portées disparues. Les données sont fournies par plus de 140 communautés participant au système d'alerte précoce régional. Pour recevoir des alertes par email de Crisis Tracker sur la dynamique de la sécurité dans la région des trois frontières, veuillez contacter paul@invisiblechildren.com.

Les journalistes sont encouragés à noter dans les publications des médias que l'USAID finance CRCA et est le principal bailleur de fonds du système d'alerte précoce régional. Le contenu de ce communiqué de presse est la responsabilité d’Invisible Children et ne reflètent pas nécessairement les vues de l'USAID ni du gouvernement américain.