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La Tunisie un an après la chute de Ben Ali : restons vigilants !

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Le 14 janvier 2012, la Tunisie célèbrera la fin d’un régime dictatorial et son engagement sur la voie de la démocratie. En un an, les Tunisiennes et les Tunisiens, malgré les difficultés, ont démontré leur détermination à faire prévaloir l’Etat de droit et le respect des libertés et droits fondamentaux. « C’est un véritable élan démocratique qui se réalise en Tunisie. Aujourd’hui, les Tunisiens peuvent débattre librement et exprimer leurs opinions politiques. Pour la première fois depuis plus de deux décennies, la peur n’a plus lieu d’être », a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Des avancées importantes sont en effet à saluer : le processus électoral qui a mené à l’élection des membres de l’Assemblée constituante en est une - tout à fait décisive - pour l’avenir du pays. Très rapidement après le départ de Ben Ali, les ratifications de la Convention internationale contre les disparitions forcées, du Protocole facultatif à la Convention contre la torture et du Statut de Rome de la Cour pénale internationale ou encore la levée de toutes les réserves à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes, constituent autant d’étapes importantes pour la construction d’un État respectueux des droits humains.

Mais le chemin vers la démocratie reste long et difficile. Plusieurs événements survenus au cours des dernières semaines laissent planer la menace sérieuse d’un recul en matière de respect et protection des droits humains, et en particulier des droits des femmes et indiquent que sans la mobilisation accrue de la société civile, rien n’est acquis.

En effet, les actes perpétrés par des groupes identifiés comme salafistes - interventions violentes à l’intérieur même des universités ou encore les agressions à l’encontre des habitants de la ville de Sejnane, dans le Nord-Ouest du pays et de nombreuses agressions envers les femmes - sont sources de très vives préoccupations. A ces actes, les autorités ont apporté une réponse tardive et souvent peu convaincante.

Autre source d’inquiétude : le processus qui a mené à la nomination annoncée par le Premier ministre, sans consultation des instances concernées, de hauts responsables des médias publics tunisiens, dont certains étaient des cadres de l’ancien régime. Cette démarche contrevient aux engagements pris par les autorités tunisiennes en matière de liberté de la presse. Face à une forte mobilisation , la décision a été prise d’annuler certaines de ces nominations : cela constitue un signe positif, mais non suffisant.

La FIDH s’inquiète également des slogans antisémites scandés par des manifestants lors de la visite officielle du chef du Hamas, Ismail Haniyeh, le 5 janvier dernier, alors qu’il était accueilli à la sortie de l’avion par des membres du gouvernement et le leader du parti Ennhada.

« Ces événements nous inquiètent au plus haut point et pourraient remettre en question la marche vers la concrétisation d’un système respectueux des droits et libertés auquel les Tunisiens aspirent profondément. La FIDH, aux côtés de ses organisations membres en Tunisie, restera vigilante et continuera à soutenir la mobilisation de la société civile », a ajouté Souhayr Belhassen.

Tant le chef de l’État que le chef du gouvernement, ont dans leurs discours d’investiture affirmé leur attachement au respect des droits de humains et des libertés individuelles. La FIDH leur demande de tenir ces engagements et réitère les 8 recommandations clés adressées aux nouvelles autorités pour que des engagements fermes et des mesures urgentes soient prises afin de garantir la construction d’une Tunisie démocratique, respectueuse des libertés et des droits fondamentaux et à ne pas déroger aux principes et valeurs universels qui ont été à la base de la révolution.