Togo

Togo: La CEDEAO condamne le coup d'état et exige le retour à l'ordre constitutionnel

LOMÉ, le 10 février (IRIN) - Les chefs d'Etat de la communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) réunis au Niger mercredi ont vivement critiqué la transmission du pouvoir de père en fils au Togo qu'ils ont assimilé à un coup d'état militaire et exigé le retour à l'ordre constitutionnel pour organiser des élections présidentielles dans les deux prochains mois.

Neuf chefs d'Etat des 15 pays qui composent la CEDEAO ont condamné l'action de l'armée dans la prise de pouvoir de Faure Gnassingbe après le décès de son père, Gnassingbe Eyadema, mort dans l'exercice de ses fonctions.

"Les chefs d'Etat ont fermement condamné l'intervention des militaires qui a eu pour conséquence d'installer Faure Gnassingbe comme successeur du défunt président Eyadema," a indiqué la CEDEAO dans un communiqué après une réunion de cinq heures à Niamey, la capitale nigérienne.

"Ils ont à l'unanimité estimé que cette action des militaires constitue un coup d'état et ont également condamné la manipulation de la constitution opérée par l'assemblée nationale," précise le communiqué.

Une délégation de haut niveau de la CEDEAO, composée des présidents du Ghana, du Mali, du Niger et du Nigeria, se rendra à Lomé vendredi pour exiger des autorités togolaises le retour à l'ordre constitutionnel au risque de s'exposer à des sanctions.

"La délégation se rendra au Togo pour demander aux autorités de revenir au statu quo antérieur," indique le communiqué de la CEDEAO. "En cas de refus, des sanctions seront imposées de manière rigoureuse."

Après l'annonce samedi du décès d'Eyadema, qui a présidé aux destinées du Togo pendant 38 ans, les forces armées togolaises ont nommé à la tête de ce petit pays d'Afrique de l'ouest son fils de 39 ans, Faure Gnassingbe.

Cette confiscation du pouvoir est une violation flagrante de la constitution qui stipule qu'en cas de vacance du pouvoir, le président de l'assemblée nationale, Fambare Ouattara Natchaba, doit assumer l'intérim et sera chargé d'organiser des élections présidentielles dans les 60 jours.

Après la vague de condamnations internationales, l'assemblée nationale togolaise, dominée par les députés du parti dirigeant d'Eyadema, le Rassemblement du peuple togolais, a convoqué une session extraordinaire dimanche pour entériner de manière rétroactive le prise de pouvoir de Gnassingbe.

Au cours de cette session, le président de l'assemblée nationale, Natchaba, a été destitué et remplacé par Gnassingbe. L'assemblée nationale a par ailleurs amendé la constitution pour permettre à Gnassingbe de gouverner le pays pendant les trois prochaines années pour achever le mandat de son père.

Cette manipulation n'a pas pour autant impressionné les chefs d'Etat africains qui sont déterminés à mettre fin aux coups d'état sur le continent.

"Nous pensons que ce qui s'est produit au Togo est un grave recul de la démocratie en Afrique", a indiqué le président sénégalais Abdoulaye Wade, dont le pays n'a connu que des régimes civils depuis son accession à l'indépendance en 1960.

"Les autorités de Lomé n'ont aucun intérêt à persister dans cette voie qui ne sera acceptée ni par la CEDEAO, ni par la Commission de l'Union africaine, ni par la Communauté internationale", a-t-il déclaré à la presse après le sommet de la CEDEAO à Niamey. "Je voudrais leur demander de revenir à la raison."

L'Organisation Internationale de la Francophonie, qui regroupe la France et ses anciennes colonies d'Afrique, a suspendu mercredi l'adhésion du Togo à l'organisation après l'usurpation du pouvoir par Gnassingbe.

L'UA, quant a elle, a menacé d'imposer des sanctions et certains représentants de l'Union européenne ont laissé entendre que les négociations sur la reprise de l'aide financière au Togo, après 12 années d'interruption, pourrait être gelée.

Gnassingbe, qui occupait précédemment les fonctions de ministre des Travaux publics, des mines et des télécommunications avant sa spectaculaire ascension politique du week-end dernier, a, dans son premier discours à la nation mercredi, promis d'organiser de nouvelles élections et d'entamer le dialogue avec l'opposition.

Mais le nouveau président togolais n'a fixé aucune échéance pour les élections, ni n'a précisé si les élections promises seront pour les 5 millions citoyens togolais l'occasion de choisir un nouveau président et d'élire une nouvelle assemblée nationale.

Eyadema, qui a dirigé le Togo d'une main de fer pendant près de quarante ans, s'était engagé à organiser des élections législatives en 2005 dans la perspective d'améliorer les relations de son pays avec l'Union européenne.

La Commission européenne avait suspendu son aide au Togo en 1993 pour protester contre les violations des droits de l'homme, la mauvaise gouvernance et l'absence de démocratie sous le régime d'Eyadema. Mais certains diplomates en poste à Lomé ont laissé entendre qu'avant la mort d'Eyadema, le Togo s'était engagé à organiser des élections législatives, condition préalable à la reprise de l'aide financière.

Les autorités togolaises n'ont pas réagi immédiatement aux déclarations acerbes de la CEDEAO, mais les partis d'opposition ont exprimé leur réelle satisfaction.

"Nous, comme la CEDEAO exigeons le retour à la légalité constitutionnelle", a indiqué jeudi à IRIN Martin Aduayom, le responsable de la Convention démocratique du peuple africain(CDPA). "Nous sommes dans un coup d'état maquillé par une modification d'acte constitutionnelle."

Selon lui, l'opposition envisage une marche pacifique à travers Lomé samedi pour protester contre la prise de pouvoir de Gnassingbe, malgré les deux mois d'interdiction de manifestation décrétés en depuis de semaine par le nouveau gouvernement.

Entre temps, la presse indépendante togolaise a été mise en garde contre toute critique à l'encontre de l'accession au pouvoir de Gnassingbe.

L'armée, dont la plupart des hauts dignitaires sont Kabiyé et originaires du nord du Togo, comme Eyadema, a publié un communiqué jeudi mettant en garde les journalistes contre leur manière de couvrir les événements.

"Les médias se livrent à un jeu dangereux aux résultats imprévisibles. Nous avons tous les moyens de mettre fin à cela" a-t-elle averti.

Mercredi, les autorités ont brouillé les émissions de Radio France Internationale à Lomé et demandé à trois radios privées d'arrêter la diffusion de leurs programmes où les auditeurs peuvent intervenir en direct sur les ondes et critiquer publiquement le nouveau régime.

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