Les manifestants au Togo continuent d’exiger l’application des limites de mandats

Report
from Africa Center for Strategic Studies
Published on 03 Jan 2019 View Original

Par Joel Amegboh

3 janvier 2019

Les citoyens togolais sont prêts à rejoindre la tendance démocratique de l’Afrique de l’Ouest mais ils sont confrontés à la résistance de leur leader de longue date et d’un secteur de sécurité politisé.

Depuis deux ans, des dizaines de milliers de citoyens togolais descendent dans la rue pour exiger des réformes gouvernementales. L’une de leurs principales revendications est de limiter le mandat présidentiel contraignant le président Faure Gnassingbé à quitter son poste en 2020, à la fin de son mandat actuel. La question est au centre d’un effort de Gnassingbé de faire adopter un amendement à la constitution pour lui permettre de se maintenir au pouvoir.

L’armée a investi le Président Faure en 2005, après le décès de son père, le Général Gnassingbé Eyadema, qui avait gouverné l’ancienne colonie française pendant 38 ans. Deux mois après avoir pris ses fonctions, Faure a remporté une élection ternie par des allégations de fraude électorale et de manifestations causant la mort de centaines de personnes. Par la suite, Faure a promis de mettre en place un éventail complet de réformes garantissant des élections libres et équitables. Faure a été réélu en 2010 et en 2015 sur fond d’accusations similaires de fraude, et sans que sa promesse ne se soit concrétisée. La prochaine élection presidentielle est prévue pour 2020.

Le Président Faure a entretenu une culture d’impunité dans l’exercice de ses fonctions. Aucun membre des services de sécurité impliqués dans les violences de 2005 n’a été tenu responsable. Des manifestants arrêtés lors de récentes manifestations ont dit avoir été torturés lors de leur garde à vue. De plus, le gouvernement a, à maintes reprises, bloqué l’accès à l’Internet afin d’empêcher les manifestants de s’organiser. Ces derniers, qui constituent une part représentative de la société togolaise, dénoncent ces violations des droits humains et la défaillance institutionnelle, ainsi que le sous-développement persistant et la corruption endémique, comme les catalyseurs de leurs manifestations. Le leitmotiv « 50 ans, c’est trop long », évoque le fait que la même famille contrôle la présidence depuis 1967.

Le Parti Démocratique Panafricain dirigé par Tikpi Atchadam est à l’avant-garde de l’opposition puisqu’il a formé une coalition de 14 partis d’opposition. En août 2017, il a organisé un mouvement consolidé ce qui jusqu’alors ne prenait la forme que de manifestations sporadiques. La montée en influence de Tikpi en tant que leader de l’opposition est particulièrement importante dans la mesure où il est originaire du nord du pays, comme le sont Faure et sa famille. Cela a donc crée une nouvelle dynamique au Togo, historiquement et politiquement divisé entre le nord et le sud – ce dernier étant le bastion de l’opposition. Les manifestations ont été interdites dans le nord, y compris à Sokodé, la deuxième ville du Togo et un bastion de l’Union pour la République au pouvoir, après que la répression des manifestations pacifiques anti-gouvernementales d’octobre 2017 ait fait au moins quatre morts et des dizaines de blessés. Le gouvernement a officiellement interdit les manifestations et il fait brutalement respecter cette règle. Au moins deux personnes ont été tuées par les forces de sécurité dans une tentative de disperser une manifestation le 8 décembre 2018.