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Benin-Togo: Des enfants ont fui le Togo seuls, par crainte de la violence.

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COME, le 13 juin (IRIN) - Lorsque leur père - leur seul parent encore en vie - a été emmené dans la nuit par les forces de sécurité au lendemain de la présidentielle d'avril, Nacisse et sa grande sœur ont fui le Togo pour le Bénin. Mais les deux jeunes filles ont été séparées au cours de leur périple et Nacisse, âgée de 17 ans, vit à présent au Bénin, en tant que réfugiée. « J'ai vécu une expérience très difficile. », soupire la jeune fille, les larmes aux yeux.

Lorsque le Togo a sombré dans la violence au lendemain des élections présidentielles du 24 avril, la peur a gagné des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, qui ont décidé de fuir le pays. Nacisse vivait à Be, un quartier pauvre de Lomé, la capitale, devenu le théâtre de combats de rue sanglants après l'annonce de la victoire de Faure Gnassingbe.

Parmi les enfants, certains ont fui seuls. D'autres ont été séparés de leur famille au cours du voyage, difficile et parfois même dangereux, qui les conduisait aux camps de réfugiés du Bénin. Ces camps qui ont accueilli vendredi dernier 21 641 Togolais, selon les estimations du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Et des réfugiés continuent d'affluer vers ces camps. « Parmi les nouveaux arrivants, la plupart sont des hommes jeunes. Beaucoup d'entre eux déclarent avoir fui le Togo par peur des enlèvements et des représailles ciblées des forces de sécurité. », indiquait la déclaration.

Selon les estimations du HCR, 100 réfugiés en moyenne traversent chaque jour le point de passage de la frontière d'Hilakondji, sur la côte sud.

Le gouvernement affirme quant à lui que les jeunes Togolais se réfugient dans les camps pour des raisons économiques - soit pour bénéficier des distributions gratuites de nourriture, soit, dans des cas peu probables, pour trouver asile aux Etats-Unis ou en Europe.

Doudou Diène, l'envoyé spécial de Louise Arbour, Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, et une équipe d'enquêteurs sont arrivés lundi au Togo pour une mission d'enquête de deux semaines portant sur les cas de violations des droits de l'homme pendant les élections présidentielles d'avril dernier. Ils étudieront les différents rapports relatifs aux actes présumés de violation de droits de l'homme et colleront des informations sur les auteurs de ces actes.

Depuis le 7 juin, 204 enfants perdus figurent encore dans les registres de la branche béninoise du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF). Les garçons sont hébergés dans le camp de Comé et les 21 filles sont logées chez les sœurs, à Cotonou, la capitale béninoise.

Parmi ces 204 enfants, le plus jeune est âgé de 8 ans, le plus âgé de 18.

« Tous les habitants de notre quartier ont fui lorsque les soldats se sont mis à fouiller chaque maison. » a expliqué Ekue, 15 ans, qui vit dans l'une des 17 tentes spécialement réservées aux garçons, et séparées du reste du camp par un grillage.

« Dans la précipitation du départ, mes amis et moi avons perdu de vue nos parents. Alors que nous étions en route vers le fleuve [qui marque la frontière entre le Togo et le Bénin], nous avons rencontré un groupe de soldats qui se sont mis à nous tirer dessus à balles réelles » a-t-il raconté.

« L'un de nous, Kuami, a été touché à la tête. Il est tombé. Le reste du groupe s'est jeté à l'eau. »

Parmi les enfants qui ont fui au début de la flambée de violence provoquée par l'annonce des résultats, le 26 avril, beaucoup ont traversé la frontière à la nage pour rejoindre le Bénin.

Certains racontent que les soldats tiraient dans l'eau trouble alors qu'ils s'échappaient.

D'autres sont arrivés bien après, à la mi-mai. C'est le cas de Nacisse, qui a quémandé le prix d'un ticket de bus auprès d'un étranger compatissant, rencontré sur son chemin.

« Ma sœur et moi avons attendu de recevoir des nouvelles de notre père [emmené de nuit par des soldats]. En vain. Nous avons alors décidé de fuir » a-t-elle expliqué.

De nombreux enfants, encore trop jeunes pour voter, avouent pourtant avoir pris part aux manifestations pour protester contre l'élection de Gnassingbe, qui aurait été truquée.

« Je ne suis pas assez forte pour jeter des pierres, mais je suis allée chercher de l'eau pour que les garçons puissent se rincer le visage après les gaz lacrymogènes » se souvient Nacisse.

Un jeune garçon de 17 ans, lui, a fui après avoir été battu par des soldats pour avoir refusé d'évacuer des pneus encore brûlants à la suite des manifestations.

Emilie Padonou, une psychologue de Comé, a traité à plusieurs reprises des enfants victimes de traumatisme après avoir vu leurs parents ou leurs amis abattus par des soldats. A leur arrivée, certains d'entre eux s'étaient réfugiés dans le mutisme.

La priorité a été de les faire retourner à l'école. Ils ont pu créer des liens d'amitié avec d'autres enfants présents dans le camp et les autorités ont même installé une aire de jeux à leur intention.

L'UNICEF et « Terre des Hommes », une organisation française dé défense des droits de l'homme, travaillent de concert pour tenter de rassembler les enfants et leurs proches par l'intermédiaire de 15 centres spéciaux - 4 au Togo et 11 au Bénin.

« Les enfants sont toujours très heureux de retrouver leur famille - même lorsqu'il ne s'agit pas de leur père ni de leur mère, mais d'un membre de la famille plus éloignée que nous parvenons à localiser », explique Miranda Armstrong, de Terre des Hommes. « C'est très émouvant ».

Mais Nacisse ne retournera pas chez elle, même si elle parvient à retrouver sa sœur.

« Je ne veux pas retourner au Togo - ce pays me dégoûte ».

[FIN]

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