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Soudan : Portrait de mission - Anaïs en pays Nuers

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A 26 ans, Anaïs a un cursus impressionnant : sciences politiques, London School of Economics, puis des expériences de terrain avec des ONG locales (Palestine, Liban, Sénégal). Elle revient d'une mission d'un an avec Action contre la Faim au Sud Soudan dans la petite ville pétrolifère de Bentiu (Unity State). Sa mission : superviser les programmes de sécurité alimentaire d'Action contre la Faim sur toute la zone. Cette région abrite un peuple peu connu : les Nuers.

Après plus de 20 ans de guerre, une certaine stabilité retrouvée et des besoins immenses

Après plus de vingt ans de guerre civile entre le régime de Khartoum et l'armée de libération des peuples du Soudan, la paix a été signée en 2005 et la région du Sud du Soudan se reconstruit. Bentiu, originellement simple ville garnison puis refuge pour la population pendant la guerre, est redevenue relativement calme. Des tensions subsistent tout de même entre les différents groupes armés présents dans la région. A l'été 2006, les équipes d'Action contre la Faim étaient par exemple contraintes d'évacuer la zone suite à des violences au cœur même de la ville.

Les Nuers, qui sont majoritaires dans la zone de Bentiu et ses environs, sont traditionnellement des agro-pastoralistes. Mais après plus de 20 ans de conflits, de nombreux Nuers ont perdu leur bétail et n'ont souvent pas cultivé, faute d'accès à la terre. Les programmes de sécurité alimentaire mis en place par Action contre la Faim ont donc pour objectif de relancer les activités traditionnelles des populations locales à travers le soutien à l'agriculture, à la pêche et à l'économie des ménages. Ceci afin de leur garantir une alimentation suffisante en quantité et en qualité. Des semences et des outils agricoles ont été distribués aux paysans ; des formations agricoles ont été mises en place. Les équipes d'ACF ont également permis aux pêcheurs Nuers de reprendre et de développer leur activité en leur distribuant du matériel, en favorisant la production locale d'équipement de pêche, et en menant des sessions de sensibilisation aux règles d'hygiène et de conservation du poisson.

Rencontre avec une culture et une économie aux antipodes des nôtres

« L'agriculture et la pêche font partie depuis toujours du mode de vie des Nuers. Mais quand on les rencontre, nous raconte Anaïs, on voit bien que leur grande fierté, ce sont leurs vaches. C'est bien souvent à la taille de leurs troupeaux qu'ils évaluent leur richesse. Un jour je me suis amusée à leur montrer des photos de vaches françaises. Ils ont beaucoup ri. Pour eux, une chose était sûre : leurs vaches, même maigres, étaient bien plus jolies que les nôtres ! »

Privés de leurs terres pendant le conflit, beaucoup de Nuers ont fui les campagnes et se sont installés en ville. Action contre la Faim est allée à la rencontre des familles urbaines les plus vulnérables et leur a proposé de former les femmes à la construction de fours économes en énergie, utilisant moins de bois et construits à partir de matériaux locaux : sable, argile, briques. « Les femmes ont été enchantées. Elles se sont vite rendues compte qu'elles allaient passer moins de temps à faire la cuisine ou à ramasser du bois. Pour elles, cela signifiait plus de temps pour s'occuper des enfants mais aussi pour se lancer dans des activités génératrices de revenus. De nombreuses femmes ont développé des petits commerces de thé ou de tapis... Je suis assez fière de ce que Action contre la Faim a accompli. Les enquêtes que nous avons faites ont montré que les conditions de vie des familles s'étaient améliorées. »

« La rencontre avec les Nuers a été pour moi une expérience humaine très riche. Les Nuers n'ont été en contact avec d'autres cultures que très récemment. Même convertis au christianisme pendant la colonisation britannique et par des missionnaires italiens, ils ont gardé nombre de leurs croyances et rites traditionnels, comme par exemple les scarifications : des traits sur le front pour les hommes, des points sur les joues pour les femmes. Les Nuers sont un peuple beau et fier !»

Les besoins humanitaires au Sud Soudan sont grands, à cause de tout ce que la guerre a détruit, mais aussi parce que des milliers de réfugiés et de personnes déplacées sont en train de revenir dans la région. Pour Anaïs, « la communauté internationale doit rester mobilisée bien sûr sur la tragédie du Darfour, mais aussi sur ce qui se passe dans le sud du pays, meurtri par un long et atroce conflit ».