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Soudan : L'accord de paix du Darfour - un an déjà

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Le 5 mai 2006, l'accord de paix du Darfour (APD) était signé après d'intenses négociations menées à Abuja au Nigéria. Cet accord était considéré à l'époque comme la première étape vers la fin des souffrances indicibles des populations du Darfour. Il restait toutefois à transformer cet accord en paix effective sur le terrain.

Cependant, un seul des principaux groupes rebelles - la faction de l'armée de libération du Soudan (SLA) menée par Minni Minnawi - l'avait signé. Et au lieu de s'engager résolument sur le chemin de la paix, il avait immédiatement commencé à attaquer contre ceux qui l'avaient rejeté. Un an est passé et la violence connaît un regain d'intensité. Un an est passé et l'optimisme entourant la signature de l'accord a été remplacé par le découragement et la désespérance.

La plus grosse déception liée aux négociations de l'APD est très certainement l'incapacité à avoir pu amener jusqu'à la signature de l'accord les plus importants groupes rebelles - le Mouvement pour l'Egalité et la Justice et la branche principale du SLA menée par Abdul Wahid Al Nur. Cela a été dû en partie à une approche diplomatique source de frustrations menée par l'Union Africaine et les pays donateurs, imposant une date limite, conduisant des négociations épuisantes pour les parties prenantes et obtenant un accord à l'arraché qui, on l'a vu, a été incapable d'amener la paix.

La situation s'est encore détériorée

Bien que l'APD soit toujours en vigueur et soutenu par les Nations Unies, la réalité sur le terrain montre une augmentation du nombre de factions parties prenantes au conflit (passées de 2 au début à au moins 13 aujourd'hui) et donc parallèlement, de l'insécurité et des massacres.

Au début du mois d'avril 2007, les Nations Unies ont confirmé le déplacement de 439 150 personnes depuis la signature de l'APD. Des chiffres très certainement sous estimés puisque dans le même temps, la part des territoires accessibles à la communauté internationale a diminué de 65%. Les allégeances ont changé et les groupes armés se sont fragmentés. Les groupes rebelles et les milices armées se combattent les uns les autres, certaines milices ayant été intégrées aux forces officielles de sécurité, tandis que de nouveaux groupes se sont lancés dans la rébellion contre le gouvernement.

Cette nouvelle dynamique est illustrée par un flux récent d'attaques sur des villages contrôlés par Minni Minnawi, attaques qui ne sont pas commises par les janjawids à la solde du gouvernement soudanais, mais par des tribus nomades qui n'étaient pas précédemment parties prenantes au conflit. « Je suis venu ici le 13 novembre » dit un vieil homme vivant aujourd'hui dans le camp d'el Neem. « J'étais entrain de travailler à la ferme avec mon fils et j'ai vu des personnes courir et d'autres sur des chameaux, portant des vêtements beiges. Il y avait parmi eux un bon nombre de la tribu Maalia je pense. Au début, le SLA a répondu, mais ils se sont enfuis et la milice a pu entourer le secteur et a commencé à tirer et à brûler le village. Je ne sais pas pourquoi. Nous ne sommes que de simples citoyens. »

Certains pensent que de telles attaques sont essentiellement des disputes entre tribus pour la terre et pour l'eau. D'autres croient que l'APD a généré des attaques par des groupes dont les besoins n'ont pas été pris en compte par l'accord. Pour d'autres encore, ce qui se passe est dû à l'échec de l'APD et à son manque d'inclusion des parties, avec pour résultante de voir des civils se transformer en rebelles.

Quelle direction prendre ?

Le 1er anniversaire de l'APD nous offre l'occasion de rappeler l'urgence de relancer le processus de paix dans un sens qui permette aux communautés, et non plus seulement aux leaders rebelles, de donner leur avis sur l'avenir du Darfour. Il y a bien évidemment des leçons à tirer de l'échec de la diplomatie employée à Abuja l'année passée.

Beaucoup de personnes déplacées rejettent cet accord car il ne pointe pas les difficultés auxquelles font face les « gens ordinaires ». « Les requêtes sont claires : droits pour les déplacés, désarmement des janjawids, compensation pour tout ce qui a été perdu, et développement dans les villages » explique un leader d'une communauté dans le camp de Mershing.

La seule solution de long terme à la crise du Darfour est dans un processus de paix unique qui associe toutes les parties prenantes au conflit de manière à ce que tous ceux qui se font aujourd'hui la guerre s'approprient l'accord final et déposent les armes. Et dans ce processus, le plus important à nos yeux, c'est que les populations du Darfour et la société civile soudanaise dans son ensemble puissent jouer un rôle plus grand dans l'élaboration de la paix, qu'ils sentent que leur voix a bien été entendue.

Secours Catholique / Caritas France, membre du réseau ACT Caritas sur le Darfour.