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Enquête sur le profil des migrants internationaux résidant dans le département de Dakar

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RÉSUMÉ EXÉCUTIF

Aujourd’hui, la planète compte 272 millions de migrants, soit 3,5 pour cent de la population mondiale. Parmi eux, 258 millions sont des migrants internationaux. Les données sur les migrations internationales issues du Recensement Général de la Population, de l'Habitat, de l'Agriculture et de l'Élevage (RGPHAE) de 2013, montrent que le Sénégal a accueilli 268 000 migrants internationaux « durée de vie » (désignant les arrivées sur le territoire national de personnes nées à l’étranger, qu’elles soient de nationalité sénégalaise ou étrangère), soit 2 pour cent de la population résidente, pour la plupart originaires d’Afrique de l’Ouest. Ce recensement a permis d’estimer l’ampleur du phénomène migratoire, restait à le caractériser. Faisant suite au profil migratoire du Sénégal élaboré en 2018 par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) en collaboration avec l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), qui fournissait des tendances clés en matière de migration interne et internationale, ces mêmes acteurs ont décidé de réaliser une enquête sur les migrants internationaux résidant dans le département de Dakar depuis au moins 12 mois. Les objectifs de cette étude sont de :

  1. Dresser le profil socio-démographique des migrants internationaux résidant à Dakar ;

  2. Déterminer leurs conditions de vie, notamment en examinant leurs sources de revenus et leur accès à l’emploi ;

  3. Évaluer l’intégration des migrants et leur accès aux services sociaux de base ;

  4. Fournir des informations statistiques fiables et des recommandations programmatiques et stratégiques aux décideurs politiques en matière de protection des migrants internationaux résidant dans la région de Dakar.

Dans le but d’atteindre ces objectifs, un questionnaire a été élaboré et remplis auprès de 1225 migrants internationaux issus de 917 ménages résidant dans plusieurs localités du département de Dakar afin d’obtenir des informations clés. Par ailleurs, cette enquête a permis d’estimer à 58 369 individus l’effectif de migrants internationaux résidant dans le département de Dakar.

Caractéristiques socio-démographiques des migrants internationaux résidant à Dakar :

Plus de la moitié des migrants enquêtés (716, soit 58% de l’échantillon total) sont des chefs de ménage. Ces ménages, relativement petits, ont majoritairement des chefs de ménage hommes (76%), âgés en moyenne de 40 ans, bien qu’on observe aussi une migration de cheffes de ménage féminines plus souvent veuves ou divorcées / séparées. Lorsque l’on s’intéresse aux profils de l’ensemble des migrants plutôt qu’aux chefs de ménage, on constate qu’ils sont principalement originaires d’Afrique de l’Ouest (75,7% des individus enquêtés) et Centrale (11,6%). Toutefois, l’enquête permet d’identifier 8 pour cent de migrants provenant d’autres continents. 80 pour cent des migrants établis actuellement à Dakar sont arrivés au cours des années 2000. Parmi eux, les hommes sont majoritaires mais dans une moindre mesure (56% d’hommes et 44% de femmes) et 61 pour cent des migrants ont moins de 35 ans. Par ailleurs, les migrants installés à Dakar ont majoritairement fréquenté l’école (80,2%) et leur niveau d’instruction est plutôt élevé, avec 58,9 pour cent des migrants qui ont atteint l’enseignement supérieur et 13,9 pour cent le secondaire.

La migration - 77,3 pour cent des migrants expliquent avoir encouru des frais autres que ceux effectués pour leur transport pour se rendre au Sénégal (frais de visas, de vaccination ou de bilan médical par exemple). Financée sur fonds propres pour 60,3 pour cent des migrants, cette installation à Dakar est pour 92,4 pour cent d’entre eux une première expérience migratoire motivée par des raisons d’ordre économique (pour 38 pour cent des individus enquêtés), d’ordre familial (35%) ou pour la poursuite d’études (20%). Cette migration est par ailleurs souhaitée durable pour deux-tiers des migrants.

Les conditions de vie des migrants - 32 pour cent des migrants déclarent n’avoir aucune source de revenus. Les autres comptent sur leur salaire (24%), le commerce (23%) ou sur des transferts de la part de proches de l’étranger (11%). Néanmoins, 67,3 pour cent des migrants ont eu une occupation professionnelle au cours des 12 derniers mois, parmi lesquels 75,8% exercent un emploi informel. Les travailleurs sans aucun contrat de travail sont pour l’essentiel des migrants ouest-africains. En outre, plus de 50 pour cent des migrants enquêtés ont un revenu moyen mensuel inférieur à 100 000 FCFA.

Intégration - Un tiers des migrants fréquente plus de sénégalais que de non-sénégalais, alors qu’inversement, 25 pour cent des individus enquêtés fréquente plus de non-sénégalais. Par ailleurs, près de 10 pour cent des migrants affirment ne pas avoir d’amis dans le département de Dakar. 91 pour cent des migrants utilisent principalement le français ou les langues locales pour communiquer.

Accès à la santé - Plus de 90 pour cent des migrants jugent leur état de santé au moment où ils quittaient leur dernière résidence pour venir au Sénégal, et leur état de santé actuel, au moins satisfaisant. Près de neuf personnes sur dix (88%) ayant eu un problème de santé au cours des douze derniers mois ont consulté un service de santé, essentiellement dans les hôpitaux (54,8%), les cliniques privées (12,8%), les centres de santé (12,3%) et les pharmacies (11%). Plus de 90 pour cent des migrants se disent au moins satisfaits en matière de santé. Néanmoins, 10,8 pour cent des migrants en recherche d’information liée à la santé ont rencontré des difficultés pour satisfaire leur besoin en conseils ou renseignements : cela est dû à une attente trop longue, des problèmes de langue ou encore des difficultés à contacter un membre du personnel médical (médecin, infirmier). Finalement, 6,6% des migrants ayant été malades ont déclaré avoir eu des difficultés pour se procurer les médicaments nécessaires.

Accès à l’éducation - Près de 60 pour cent des migrants enquêtés ont des enfants scolarisés. Ceux-ci fréquentent essentiellement des établissements privés sénégalais : 51,2 pour cent des migrants y ont scolarisé leurs enfants auxquels s’ajoute la fréquentation des établissements à programmes étrangers (22,4%). Un migrant sur cinq résidant dans le département de Dakar constate l’existence de difficultés liées à l’accès à l’éducation. Parmi eux 32,4 pour cent citent le coût de la scolarisation, 14,6 pour cent évoquent les documents administratifs, 6,5 pour cent le manque de matériels, d’enseignants ou de classes et 3,4% notent la promiscuité dans les classes comme principale difficulté.

Accès à la justice - Très peu de migrants résidant dans le département de Dakar (2,1%) ont rencontré des problèmes avec la justice sénégalaise au cours de l’année précédant l’enquête. Parmi eux, seuls les migrants ouestafricains se disent satisfaits (68,5%) ou très satisfaits (2,9%) de la justice sénégalaise.

Accès aux documents administratifs et documents d’identité - 16,7 pour cent des migrants n’ont aucun document administratif en leur possession : ce sont principalement des ressortissants des pays d’Afrique de l’Ouest. En effet, un migrant ouest-africain sur cinq ne dispose d’aucun document administratif.

Insécurité, discriminations et accès à une assistance - 13,9 pour cent des migrants enquêtés, principalement originaires d’Afrique Australe et d’Afrique du Nord, déclarent avoir subi une agression physique ou un vol au Sénégal et ils sont autant (13,9%) à affirmer avoir subi des discriminations : 39,7 pour cent des ressortissants d’Afrique du Nord, 25,7 pour cent de ceux d’Amérique et 18,2 pour cent de ceux d’Afrique Centrale se disent victimes de discriminations. Face à cela, seuls 5,9 pour cent de l’ensemble des migrants déclarent avoir reçu une assistance qu’elle soit sociale, financière ou médicale après subir une agression.

Outre une description très détaillée des conditions de vie des migrants internationaux résidant à Dakar et de leur accès aux services de base, cette étude permet d’identifier trois types de migration pour les migrants résidant à Dakar :

  • Une migration principalement ouest-africaine, de migrants à revenus modestes motivés par des motifs économiques et familiaux.

  • Une migration plus limitée, motivée par des motifs économiques également, concernant cette fois plutôt des individus à haut revenus venus d’Europe.

  • Une migration venue d’Afrique Australe, du Centre, de l’Est et en partie d’Amérique caractérisée par la forte présence d’étudiants, sans revenus, célibataires, sans enfants, plus dépendants de transferts de fonds en provenance de l’étranger.