Senegal

Cadre des Nations Unies pour la réponse socio-économique immédiate à la COVID-19 : Contextualisation au Sénégal

Format
Analysis
Source
Posted
Originally published
Origin
View original

Attachments

Résumé

La pandémie de la COVID-19 a entrainé plusieurs crises qui sont de nature sanitaire, économique et sociale. Pour faire face à cette crise le Gouvernement du Sénégal a pris différentes mesures pour limiter les conséquences désastreuses sur l’économie et les différents secteurs sociaux. Ainsi, une première série de mesures sont d’ordre d’état d’urgence sanitaire. Celles-ci étaient relatives à l’instauration d’un couvre-feu la nuit, l’interdiction des voyages interurbains, la fermeture des mosquées, etc. Parallèlement, pour atténuer l’impact économique et social de la pandémie du coronavirus, le Gouvernement a élaboré et démarré la mise en œuvre d’un Plan de résilience économique et social (PRES) avec un fonds dénommé FORCECOVID-19 d’un montant de 1000 milliards de FCFA, soit 7% du PIB. Ce montant a servi à soutenir le secteur de la santé, à la diaspora, les ménages vulnérables, à payer les factures d’eau et d’électricité, à la remise partielle de la dette fiscale, etc. Près de 80% des ressources ont particulièrement été allouées aux entreprises afin de préserver les emplois et de maintenir les capacités productives de l’économie sénégalaise. A côté du PRES, d’autres mesures sectorielles ont été prises notamment dans le domaine de la santé et de l’éducation en guise de réponse nationale à la pandémie de la COVID-19. Récemment, l’Etat du Sénégal a révisé le deuxième plan d’action prioritaire du Plan Sénégal Emergent (PAP 2/PSE) pour intégrer l’ensemble du plan de relance du Gouvernement. Ce PAP 2 ajusté et accéléré (PAP 2A), pour gagner le pari de relancer l’économie adosse sa vision sur la priorité d’un « développement endogène orienté vers un secteur productif propice et plus compétitif avec l’implication d’un secteur privé national fort » ainsi que sur les principes de l’éthique, de la préférence locale et de la solidarité. Le PAP 2A fait le pari de promouvoir une économie fondée sur la « réduction de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur à travers une industrialisation durable et inclusive », l’« ccélération de la souveraineté alimentaire, sanitaire et pharmaceutique », le « renforcement de la protection sociale pour une meilleure résilience » ainsi qu’une « plus grande capacité d’intervention du secteur privé dans l’économie ». Font ainsi l’objet d’une attention particulière les secteurs suivants : une agriculture intensive, abondante et résiliente, un système de santé inclusif, un système éducatif performant, un secteur privé national fort et un renforcement de la protection sociale, de la transformation industrielle et de l’économie numérique.
Par ailleurs, en mai 2020, le Plan de préparation et réponse à la COVID-19 des Nations Unies au Sénégal avait été lancé sur la base du PNUAD, cadre de coopération entre les Nations Unies et le Sénégal. Le document a détaillé les actions des différentes entités des Nations Unies en complément des efforts nationaux entrepris dans la lutte contre le virus et sa propagation.
Il énonçait également les interventions immédiates pour faire face aux conséquences économiques et sociales de la pandémie au Sénégal, alignées sur le Programme de résilience économique et sociale lancé par le Gouvernement du Sénégal en avril. À la suite d’une revue effectuée en juillet 2020, il était estimé qu’environ 234 millions de dollars US aurait été nécessaires pour la mise en œuvre urgente des activités de soutien aux efforts du Gouvernement jusqu’à la fin de l’année 2020.
Un montant d’environ 73 millions de dollars US était prévu sous forme de prêt. Grâce à la réaffectation des ressources déjà existantes environ 161 millions de dollars US étaient mis à disposition par les différentes agences de l’ONU au Sénégal. Les contributions des donateurs ont aidé à combler le solde restant.
Avec le lancement de ce nouveau cadre socioéconomique, le Plan de préparation et réponse à la COVID-19 arrive à son terme. Toutes les activités qui n’ont pas été complétées ont été transférées dans le cadre socio-économique tout en restant inscrites dans le Plan de préparation et de réponse à la COVID 19 présenté au Gouvernement ainsi que dans le PNUAD.
Le Système des Nations Unies dans une perspective de préparer une ère post-Covid, propose un cadre pour accompagner les pays à sortir de cette crise et créer des économies et sociétés plus résilientes aux chocs d’une telle ampleur. Ce cadre est fondé sur le paradigme de mieux reconstruire ou du « Building Back Better » et il s’agit plus précisément d’utiliser les phases de redressement, de réhabilitation et de reconstruction après une catastrophe pour accroître la résilience des nations et des communautés en intégrant des mesures de réduction des risques de catastrophe dans la restauration des infrastructures physiques et des systèmes sociétaux, et dans la revitalisation des moyens de subsistance, des économies et de l’environnement.
Ainsi, en ce qui concerne le Sénégal, ce cadre du système des Nations-Unies est structuré autour des cinq piliers. • Garantir les services de santé essentiels et protéger les systèmes de santé ;

• Aider les personnes à faire face à l’adversité, grâce à la protection sociale et aux services de base ;

• Protéger les emplois, soutenir les petites et moyennes entreprises et les travailleurs du secteur informel par le biais de programmes de relance économique durable ; • Renforcer et Orienter les mesures de relance budgétaire et financière pour que les politiques macroéconomiques profitent aux plus vulnérables, à une relance verte et au renforcement des réponses multilatérales et régionales;

• Promouvoir la cohésion sociale et investir dans des systèmes de résilience et de réponse communautaires ;
Chaque pilier exige un certain nombre d’actions qui devraient mettre l’accent sur les grands axes de politiques structurelles à mettre en œuvre pour s’assurer l’atteinte des ODD via une économie résiliente et une société équitable.
Le premier pilier consiste à garantir les services de santé essentiels et protéger les systèmes de santé. Pour cela il est recommandé de formuler des politiques structurelles du système de santé qui vont garantir la capacité à résorber des chocs tout en continuant à fournir les soins ambulatoires et spécifiques.
Il s’agit plus précisément d’opérationnaliser les mesures suivantes : • Mettre en œuvre une sécurité sanitaire fondée sur une réforme du système de santé ;

• S’assurer une souveraineté dans la production et l’approvisionnement en médicaments.
Les 3 produits du pilier 1 sont : PSI.1. Un soutien analytique et politique et des conseils techniques rapides sont fournis ; PSI2 : Une prestation sécurisée de services essentiels efficaces est soutenue ; et PS3. Le suivi pour la continuité de services et l’atteinte des populations vulnérables est appuyé.
Le deuxième pilier porte sur un ensemble de mesures visant à aider les personnes à faire face à l’adversité, grâce à la protection sociale et aux services de base. Dans une perspective de « Building Back Better » il est crucial alors de mettre en œuvre des politiques afin de disposer d’un système de protection qui va permettre de : • Briser le cercle vicieux de la pauvreté, en élargissant les mécanismes de transferts monétaires aux plus pauvres et en permettant à ces derniers d’avoir accès aux services sociaux de base comme un logement décent, un cadre de vie sain, les soins sanitaires, les infrastructures (les routes), l’eau, l’assainissement, etc.

• Institutionnaliser le Registre National Unique pour en faire la base de données de référence avec les ménages les plus vulnérables • Favoriser une nutrition et une alimentation de qualité aux enfants, notamment par le biais d’un dispositif de distribution alimentaire et nutritionnelle en faveur des femmes enceintes et des enfants.

• Appuyer la continuité des prestations de services d’eau et d’assainissement de qualité

• Une inclusion des travailleurs de l’économie informelle, en élargissant le régime simplifié pour le petit contribuable à toutes les gammes du système de protection sociale.

• Prévenir et protéger contre les risques accrus de violences et d’abus à l’encontre des femmes et des enfants Les six produits du pilier sont : PS2.1 : Les systèmes de protection sociale sont renforcés pour les rendre plus résilients et favorables aux pauvres ; PS2.2 : Le maintien des Services alimentaires et nutritionnels essentiels est appuyé ; PS2.3 : La continuité des prestations de services d’eau et d’assainissement de qualité est appuyée ; PS2.4 : L’apprentissage pour tous les enfants et adolescents, de préférence dans les écoles est appuyé ; PS2.5: la protection spécialisée pour les groupes particulièrement vulnérables est renforcée et PS2.6: Les dispositifs de prévention et de réponse aux violences faites aux femmes et aux enfants, en particulier celles basées sur le genre, sont renforcés Le troisième pilier va être axé sur la protection des emplois, soutenir les petites et moyennes entreprises et les travailleurs du secteur informel par le biais des programmes de relance économique durable. A cet effet, il convient de mettre en œuvre : • Des politiques de création d’emplois qui devraient être axées autour des filières capables de propulser la transformation structurelle ;

• Des politiques de développement des PME dans les secteurs moteurs de croissance ; afin d’être plus résilientes, de répondre à la demande interne, d’une part et de privilégier les matières premières locales dans leurs processus de transformation industrielle, d’autre part ;

• Des politiques de réintégration des jeunes et femmes dans le marché du travail dans le but de réduire leur vulnérabilité et d’assurer la résilience de l’économie ;

• Des mécanismes de promotion de l’économie verte et circulaire à travers le développement des secteurs moteurs de croissance, des PME et des emplois décents ;
Les trois produits du pilier sont : PS3.1: les secteurs productifs les plus touchés, l’emploi et les travailleurs, notamment les femmes et les jeunes sont protégés ; PS3.2: les secteurs productifs sont renforcés en vue de la promotion des emplois décents durables et PS3.3: la transition vers une économie verte et circulaire plus saine et plus efficace est soutenue Le quatrième pilier sera axé sur le renforcement et l’orientation des mesures de relance budgétaire et financière afin que les politiques macroéconomiques profitent aux plus vulnérables, à une relance verte et au renforcement des réponses multilatérales et régionales. Les grandes actions à mettre en œuvre porteront concrètement sur : • L’orientation des objectifs des politiques macroéconomiques vers ceux qui garantissent l’inclusion des populations vulnérables et la prise en compte de l’environnement ;

• L’utilisation des instruments budgétaires en faveur des jeunes, femmes et travailleurs de l’économie informelle. Grosso modo, il s’agit de faire des investissements publics un moteur privilégié pour l’inclusion des groupes vulnérables dans les politiques macroéconomiques.

• La prise en compte de l’environnement dans les mesures budgétaires en intégrant dans les objectifs classiques de la politiques macroéconomiques la contrainte de préservation de l’environnement, de la biodiversité, etc.

• La promotion d’une économie aux circuits courts, c’est-à-dire tourné, en priorité, vers les marchés internes et régionaux.
Les trois produits du pilier sont : PS4.1: Des évaluations de l’impact de la COVID-19 au niveau macroéconomique et sectoriel sont réalisées en vue d’aider à concevoir une réponse immédiate à la crise dans le domaine économique et financier, ainsi que des politiques de re prise plus durable ; PS4.2: L’amélioration de la base de données factuelles pour l’élaboration des politiques, y compris dans les interventions d’urgence est appuyée et PS4.3: Des conseils pour une mobilisation et un suivi accrus des fi--nancements du développement durable et pour l’efficacité de la dépenses sont fournis Le cinquième et dernier pilier vise la promotion de la cohésion sociale et l’investissement dans des systèmes de résilience et de réponse communautaires. Dans cette perspective, il est nécessaire de conduire les actions suivantes : • Investir dans des systèmes de résilience durables, impliquant la participation de tous les acteurs, et surtout de la communauté et ainsi faire la promotion d’un dialogue social inclusif ;

• Mettre en place des dispositifs qui s’assurent de la continuité des services publics, même en situation de crise, en mettant l’accent sur l’utilisation du numérique ;

• Consolider les importants processus de dialogue social et d’engagement démocratique en cours ;

• Renforcer la gouvernance, les libertés fondamentales et l’état de droit afin de s’assurer du bon fonctionnement de la démocratie même en période de crise et de réduction des inégalités et des violences ;

• S’appuyer sur les communautés ur baines pour renforcer la cohésion sociale, en mobilisant la participation des femmes, des jeunes, des populations vulnérables et marginalisées, en particulier dans les zones urbaines informelles pauvres et densément peuplées et dans les bidonvilles.
Les trois produits du pilier sont : PS5.1:
Le dialogue social inclusif, le plaidoyer et l’engagement politique sont encouragés;

PS5.2 : la résilience par la prestation de services équitables et la participation de la communauté sont renforcées et PS5.3: La gouvernance, les libertés fondamentales et l’état de droit sont renforcés.
Ainsi, les différentes actions qui s’inscrivent dans le cadre du « Building Back Better » répondent à une urgence immédiate qui est de lutter contre la propagation de la COVID-19 et de limiter ses conséquences sur les vies humaines et l’économie, de manière générale.
Toutefois, l’idée du long terme est de construire un système résilient qui est un objectif central pour des mesures structurelles. La mise en œuvre de ces actions est déclinée en produit et chacun d’eux requiert le concours des agences du système des Nations-Unies et des différentes institutions ministérielles du Gouvernement.
Pour opérationnaliser les produits déclinés dans les différentes actions de chaque pilier, la stratégie de mobilisation de ressources et de partenariat sera axée sur le soutien de l’équipe pays du SNU et le Gouvernement dans le financement et la mise en œuvre adéquate de la réponse socio-économique à la COVID-19. Dans ce sens, l’option sera faite pour une combinaison de partenariats et sources de financement traditionnelles, non traditionnelles et/ou mixte.
L’utilisation de mécanismes divers et variés au sein du SNU va permettre également de renforcer la soutenabilité du financement des différents projets.
En ce qui concerne le suivi évaluation, l’Equipe pays continuera de rendre compte par rapport aux indicateurs de résultats du Plan cadre de coopération pour le développement durable qui intègre et garder ainsi l’alignement du cadre de résultats avec les cibles des différents ODD.
En outre, l’Equipe pays continuera à travailler avec le Gouvernement pour poursuivre son alignement sur cadre de suivi du 2ème Plan d’Action Prioritaire du Plan Sénégal Emergent (PAP2) et contribuer à l’élaboration du rapport national sur l’Agenda 2030. Le cadre de suivi du Cadre socioéconomique sera intégré dans la plateforme UNINFO, qui est un outil en ligne qui permet une planification, un suivi et une communication des résultats issus de l’intervention du Système des Nations Unies.
Par rapport à la communication, la coordination en rapport avec le groupe technique de communication des Nations Unies, assurera la visibilité des interventions du cadre socioéconomique en faveur des changements des résultats obtenus dans chacun des cinq piliers.