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Aminata Kebe : le Bureau des droits de l'homme aide à réunir les enfants des rues ouest africains avec leur famille - ENTRETIEN

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Califo de la Guinée-Bissau, est un enfant Talibé. © ONU Info/Alexandre Soares

Aminata Kebe est responsable des droits de l'homme au Bureau régional des droits de l'homme des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest. Elle a dirigé les efforts de plaidoyer de ce bureau pour protéger les droits des enfants qui mendient dans les rues de nombreux pays de cette région, en particulier durant la pandémie de Covid-19.

Beaucoup de ces enfants sont inscrits dans des écoles coraniques, également connues sous le nom de daaras, où ils sont forcés par leurs guides de mendier dans les rues, en signe d'allégeance et pour contribuer à leur entretien. Cette pratique séculaire a suscité des inquiétudes quant aux droits de ces enfants qui, loin de leur famille, sont souvent victimes d'abus physiques et psychologiques, et dont le droit à l'éducation est perdu à cause des heures passées dans les rues,

Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies ont recensé 12 991 cas d'infection par la Covid-19 en Afrique de l'Ouest. Plus ces enfants passent de temps dans la rue, plus ils deviennent vulnérables à la contamination par le coronavirus.

Aminata Kebe a raconté au service de l’info des Nations Unies à Dakar, pour le compte d’ONU Info, comment elle et ses collègues continuent à se battre pour les droits de ces enfants des rues (les Talibés) pendant la pandémie.

ONU Info : Comment la Covid-19 a-t-elle affecté votre travail ?

Aminata Kebe: la Covid-19 a affecté mon travail à différents niveaux. Tout d'abord, j'ai dû reconsidérer mon plan de travail en reprogrammant un certain nombre d'actions prioritaires dont la faisabilité n'était plus possible en raison de mesures limitant les déplacements et les rassemblements. De plus, le télétravail peut être difficile dans un contexte où les partenaires avec lesquels nous travaillons ne se sont pas encore adaptés à cette nouvelle méthode de travail et continuent à nous solliciter pour mener des activités de terrain. Par exemple, nous soutenons le gouvernement pour retirer les enfants des rues et les réunir avec leur famille, et en tant que représentant du bureau dans l'unité de suivi créée à cet effet, les partenaires qui souhaitent continuer à organiser des réunions en face à face ne comprennent pas toujours mon absence en raison des mesures d'éloignement physique. De plus, le travail à domicile n'est pas toujours facile en présence d'enfants et nous devons les prendre en charge et les accompagner dans leurs études.

ONU Info : Que fait votre bureau pour protéger les droits des personnes pendant cette épidémie ?

Aminata Kebe : Le Bureau régional des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest effectue un suivi complet de la situation des droits de l'homme dans la région dans le cadre de la Covid-19. Dès le début de la pandémie, notre représentant régional a saisi le ministre en charge des droits de l'homme et le ministre en charge de la protection du genre et de l'enfant pour attirer leur attention sur le respect des droits de l'homme pendant que des mesures d'urgence sont mises en place, en particulier pour les groupes vulnérables tels que les prisonniers, les femmes, les personnes handicapées et les enfants. Il les a encouragés à prendre des mesures spécifiques pour garantir leur accès aux droits fondamentaux dans ce contexte, en particulier la santé reproductive des femmes qui ne doit pas être laissée au point mort. Il leur a également demandé de continuer à surveiller et à prévenir la violence fondée sur le sexe, qui peut augmenter dans un contexte d'enfermement, et de veiller à ce que les données recueillies soient ventilées au moins par âge et par sexe.

En ce qui concerne les droits de l'enfant, le Bureau des droits de l’homme en Afrique de l’Ouest, en partenariat avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, soutient les stratégies nationales visant à protéger les enfants vulnérables de la Covid-19 dans six pays d'Afrique de l'Ouest : Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Mali, Niger et Sénégal. En deux mois, plus de 1 500 enfants ont été retirés de la rue et réintégrés dans leur famille. Nous leur avons également fourni 1 200 kits « de dignité » comprenant des vêtements, des articles de toilette, des chaussures, des serviettes et des sacs de voyage.

ONU Info : Quels sont les principaux enjeux en matière de droits de l'homme dans votre région dans le cadre de la réponse à la Covid-19 ?

Aminata Kebe :l'un des principaux défis est la protection des droits de l'enfant. En Afrique de l'Ouest, en particulier au Sénégal, la mendicité des enfants est très répandue, surtout ceux qui fréquentent certaines écoles coraniques. Dans le contexte de la pandémie, les enfants sont plus que jamais exposés au risque de contamination alors que la violation de leurs droits est plus exacerbée. Nos partenaires de la société civile qui se sont rendus sur le terrain pour suivre la situation ont constaté que des enfants mal nourris vivaient dans des conditions inhumaines, sans eau ni assainissement au Sénégal. En Gambie, les enfants étaient simplement abandonnés dans les rues par leurs marabouts, des hommes censés leur enseigner le Coran. De nombreux enfants ont été déportés des pays voisins du Niger et abandonnés à la frontière de ce pays. En conséquence, le Bureau régional des droits de l’homme a augmenté son soutien à travers son Projet pour la protection des enfants victimes de violations des droits (PAPEV), qui est financé par l'Agence italienne de coopération au développement pour soutenir les enfants vulnérables. Nous continuons également à plaider, avec d'autres acteurs clés tels que l'UNICEF, pour que les gouvernements conçoivent une solution durable pour protéger les droits de ces enfants, ce qui nécessite une forte volonté politique.