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Dénoncer les abus au Rwanda peut coûter cher

La décision du Royaume-Uni d’expulser des demandeurs d’asile vers le Rwanda et le sommet très attendu des chefs de gouvernement du Commonwealth, qui s’est tenu dans la capitale, Kigali, en juin, ont placé le Rwanda sous les projecteurs. Les recours en justice pour stopper les expulsions, qui doivent faire l’objet d’audiences ce mois-ci devant les tribunaux britanniques, offrent une nouvelle occasion d’attirer l’attention sur le bilan du Rwanda en matière de droits humains.

Mais mener à bien cet exercice s’accompagnera sans aucun doute d’importantes difficultés. À maintes reprises, nous avons été témoins de la manière dont la vie de certains a été détruite parce qu’ils avaient pris position contre l’injustice au Rwanda. Cela peut commencer par une mise sous surveillance, des messages de menaces, des pressions exercées sur des membres de la famille, des manœuvres d’intimidation contre les employeurs, des pertes d’emploi ; mais cela peut aussi rapidement s’intensifier et entraîner la confiscation du passeport, des poursuites en justice, des actes de torture, des disparitions, voire même la mort.

Dans un rapport publié en juillet 2017, Human Rights Watch a exposé comment les forces de sécurité du Rwanda appréhendaient et exécutaient sommairement des personnes soupçonnées d’actes de petite délinquance. La réponse du gouvernement à ces conclusions a été de menacer les familles des victimes et de les forcer à présenter des versions fausses de ce qu’il était arrivé à leurs proches. Les autorités locales ou les forces de sécurité ont arrêté des membres de ces familles qui refusaient de le faire.

Ces dernières années, au moins une personne a été emprisonnée pour avoir communiqué des informations à Human Rights Watch. Son crime ? « Répandre des informations fausses ou des propagandes nuisibles avec l’intention de provoquer une opinion internationale hostile à l’État rwandais.» Il ne faut pas grand-chose pour finir en prison quand les infractions pénales sont définies de manière aussi large et abusive. Entre 2019 et 2022, Human Rights Watch a documenté plus de 30 cas de membres de l’opposition, de journalistes, de critiques du régime et d’activistes morts, disparus ou emprisonnés.

Ces affaires servent de sinistres messages d’avertissement à l’adresse de toutes les personnes qui envisageraient de contester le statu quo. En 2013, le cadavre de Gustave Makonene, un employé de Transparency International Rwanda, a été retrouvé affalé contre un arbre, avec une corde autour du cou. Makonene avait travaillé sur des allégations de corruption, dont certaines auraient impliqué des membres de la police. En février 2020, un chanteur et activiste, Kizito Mihigo, a été prétendument «* trouvé mort » dans sa cellule dans un poste de police. Mihigo s’était retrouvé dans le collimateur du gouvernement après avoir sorti une chanson en 2014, dans laquelle il exprimait de la compassion pour les victimes des crimes du Front patriotique rwandais, le parti au pouvoir. À l’époque, il avait été détenu au secret, passé à tabac, puis emprisonné pendant quatre ans sur la base d’accusations fallacieuses. Après sa remise en liberté, les autorités lui avaient confisqué son passeport, afin de l’empêcher de quitter le pays. Il a été arrêté en tentant de passer « illégalement *» au Burundi en février 2020 et sa mort a été annoncée quatre jours plus tard.

Assurer la sécurité des sources est un sérieux défi quand on travaille au Rwanda. Même le Sous-Comité pour la prévention de la torture des Nations unies a dû annuler une visite au Rwanda en 2018 – seul pays où il a été contraint de le faire – en raison d’ingérence du gouvernement et de préoccupations en matière de sécurité. Les Rwandais connaissent trop bien les risques qu’ils encourent s’ils se font prendre en train de dénoncer des violations des droits humains ; et quiconque s’intéresse au bilan du Rwanda dans le domaine des droits humains devrait se souvenir du prix que beaucoup ont payé pour l’avoir fait. Si les demandeurs d’asile en Grande-Bretagne sont expulsés vers le Rwanda, ils devront se plier aux règles de leur nouveau pays hôte. Personne – ni le ministère de l’Intérieur du Royaume-Uni ni Human Rights Watch – ne peut prétendre connaître l’étendue exacte et la gravité des abus commis au Rwanda. Ne pas reconnaître ce fait, c'est prendre le risque de mettre des vies en danger.

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