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Médecins du Monde: Quelques heures à Grozny

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Une équipe de Médecins du Monde a passé quelques heures à Grozny, le 5 janvier. Le coordinateur témoigne :
"A la porte du quartier est (Staraja Sounja), nous prenons un chemin à travers champs. Des deux côtés, l'armée russe est présente : tentes, tanks, batteries de missiles. De loin, nous apercevons le quartier 6 de Mikroaïon avec ses immeubles en flammes. Grozny est soumis à un feu intense.

Un impressionnant poste russe garde l'entrée. Nous nous arrêtons. "Sortez de la voiture", nous lancent deux des vingt soldats. Mourad notre logisticien est approché par un soldat tchétchène en cagoule, kalachnikov à la main. Ils veulent bien nous laisser rentrer dans Grozny, mais avec l'homme à cagoule dans la voiture. Trois cent mètres plus loin, un autocollant "Médecins du Monde" signale un poste de soins primaires. Dans un pièce de 15 m2 des médicaments, des pansements sur une étagère. Le médecin est dans le quartier.

Nous reprenons la route en direction du centre. Nous croisons une petite colonne de gens hagards : femmes, hommes, enfants, vieillards. Ils portent tous un petit brassard blanc, fait d'un bout de tissu. Ils ont les traits épuisés, le regard vide, la peur se lit sur les visages. Nous nous arrêtons : "journalistes ?" - "Non, médecins". Une babouchka fond en larmes : "les gens meurent dans les caves. Faites quelque chose !" Les blessés sont privés de soins. Un hôpital fonctionne pourtant dans ces caves. Mais parcourir cent mètres est un exploit sous les bombes, les tirs d'artillerie ou les snipers.

Nous croisons le médecin du dispensaire et y retournons avec lui pour l'approvisionner. Tout ce qui nous reste c'est une malle de premier secours. Nous reviendrons. L'heure du couvre-feu arrive. IL faut partir. Dans le brouillard et la neige, la boue et la pénombre.