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Papouasie-Nouvelle Guinée : Les déplacés de l'île de Manam se sentent oubliés

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MADANG, 12 janvier 2010 (IRIN) - Lorsqu'un volcan dévastateur a forcé des milliers de personnes à quitter l'île de Manam, au large de la côte nord de la Papouasie-Nouvelle Guinée, ils ne se doutaient pas qu'ils seraient encore déplacés cinq ans plus tard.

« On nous a oubliés », a dit à IRIN Cecelia Malango au Centre pour les personnes déplacées de Mangem, dans la province de Madang, l'un des trois camps mis en place pour accueillir les habitants de l'île.

« Comment le décririez-vous autrement ? » a demandé la jeune femme de 24 ans, une question répétée par la plupart des îliens hébergé sur le site de 20 hectares.

évacuation

En novembre 2004, le gouvernement s'est vu obligé d'évacuer les habitants de Manam après plusieurs éruptions meurtrières sur cette île de 10 kilomètres carrés.

Plus de 10 000 habitants ont reçu des secours et ont été installés dans trois anciennes plantations de cocotiers du district de Bogia.

Mais le programme gouvernemental de réinstallation permanente des personnes déplacées à l'intérieur du pays n'a jamais abouti et l'aide locale et internationale s'est tarie.

En outre, l'Autorité de réinstallation de Manam (Manam Resettlement Authority, MRA), mise en place par le gouvernement pour coordonner cette opération, a été supprimée en 2009 après avoir échoué dans sa mission, laissant leur avenir plus incertain que jamais.

« Ces personnes sont toujours là. Elles ont besoin d'être réinstallées et elles ont besoin d'être réinstallées maintenant », a dit à IRIN Pius Ikuma, directeur par intérim du Bureau de gestion des catastrophes de la province de Madang.

Mais la présence du gouvernement et des organisations non gouvernementales (ONG) dans la région est rare, voire inexistante, et les îliens, qui sont maintenant environ 14 000, ont été livrés à eux-mêmes.

« C'est un sujet délicat », a dit à IRIN un employé d'une organisation humanitaire internationale dans la capitale, Port Moresby, sous le couvert de l'anonymat.

« Les habitants de l'île principale éprouvent un fort ressentiment à l'égard des personnes déplacées. Il est donc difficile de les aider ».

Pénuries alimentaires

Selon une évaluation interagences réalisée par le Centre national de gestion des catastrophes, les Nations Unies et Oxfam en juillet, les normes minimales concernant l'éducation, la santé, l'accès à l'eau, le logement et la nutrition ne sont pas respectées.

Il n'y a pas d'opportunités d'emploi pour les personnes déplacées et les pénuries alimentaires sont fréquentes.

Les habitants survivent grâce à ce qu'ils peuvent cultiver dans leurs jardins, notamment des bananes, des noix de coco et d'autres fruits, ainsi qu'aux poissons qu'ils arrivent à pêcher en mer.

Les légumes et autres sources de protéines font défaut. De nombreux enfants souffrent de malnutrition et les femmes enceintes ou qui allaitent ont le même régime alimentaire que les autres et manquent donc des nutriments nécessaires, selon l'évaluation.

Le manque d'accès à la terre et la surexploitation des sols ont aggravé les pénuries alimentaires et les familles sautent régulièrement des repas.

« Nous survivons avec le peu que nous pouvons faire pousser sur les terrains autour de nous », a dit Teddy Basse, un autre habitant.

La question du bien précieux qu'est la terre est désormais au cour de leurs problèmes.

« La population ne veut pas de nous ici. Elle ne veut pas de nous sur ses terres », a ajouté cet homme de 40 ans.

Problèmes de sécurité

Les cultures alimentaires étant limitées aux camps et l'espace de jardinage restreint, les querelles liées à la terre entre les îliens et la population locale sont devenues de plus en plus violentes.

En 2009, dans le district de Bogia, un quatrième centre pour les personnes déplacées a été fermé suite au décès de huit personnes. Cet événement a poussé des centaines d'habitants à retourner sur l'île, invoquant des préoccupations sécuritaires.

La police est absente des camps et les habitants signalent une augmentation des cas de consommation abusive d'alcool et de marijuana chez les jeunes.

Selon l'évaluation, des femmes et des filles ont fait part de leur sentiment d'insécurité dans les camps et ont dit qu'elles avaient peur de s'occuper de leurs jardins toutes seules, craignant de se faire attaquer.

Tandis que la majorité des personnes déplacées veut seulement être réinstallée ailleurs, d'autres pourraient retourner sur l'île, ce que l'évaluation juge comme une « option non viable », alléguant le manque de services et d'accès à des terres arables, le risque de nouvelles activités volcaniques et le nombre considérable d'îliens.

« Les gens devraient rester dans les centres d'accueil jusqu'à ce que le gouvernement puisse les réinstaller convenablement », a insisté M. Ikuma.

Mais après cinq ans d'attente, beaucoup ont perdu patience.

« Je ne veux pas retourner sur l'île. Je veux que le gouvernement nous réinstalle », a dit Alois Sukua, âgé de 50 ans. « Combien de temps pourrons-nous rester ici ? »

Répondre à cette question est devenu plus difficile depuis que le gouvernement a décidé, en mars, que les îliens devraient retourner sur l'île de Manam malgré les conditions inhospitalières qui les attendent là-bas.

Un activiste, qui a désiré garder l'anonymat, a estimé que le gouvernement ne faisait pas assez d'efforts pour réinstaller les îliens et ne semblait pas très motivé à résoudre le problème rapidement.

« Le gouvernement devrait déjà avoir réinstallé ces personnes depuis longtemps. Ce n'est que de la politique », a-t-il dit, résigné.

=C0 l'heure actuelle, l'évaluation du mois de juillet doit encore être soumise officiellement au gouvernement pour examen.

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