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Pakistan: Boue et misère dans les bidonvilles de Karachi

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Mubashir Fida, Fédération internationale, Karachi, Pakistan

A la suite de la terrible tempête du week-end dernier, les habitants des bidonvilles de Gadaab, à la périphérie de Karachi, se sont retrouvés privés de nourriture et d'électricité, de la boue jusqu'aux genoux, leurs masures effondrées.

Alors que le cyclone Yemyin fait route au nord-ouest, déversant des torrents d'eau sur la côte du Baluchistan et forçant des milliers de personnes à fuir la région, la capitale pleure ses morts - plus de 200 - et commence à nettoyer les débris.

Dans la seule agglomération de Gadaab, 24 personnes ont péri, 270 ont été blessées et quelque 1000 familles ont vu leurs maisons détruites ou gravement endommagées. Certes, l'ouragan a été très violent, mais l'ampleur des dégâts s'explique surtout par la fragilité des constructions.

De nombreuses familles vivent en effet dans des masures aux murs de terre coiffés de tôles ondulées mal arrimées. Sous l'assaut du vent et de la pluie, les murs se sont rapidement transformés en tas de boue, cependant que les tôles volaient dans les airs comme de vulgaires cartes à jouer.

Le docteur Ali Warsi, directeur médical au Croissant-Rouge du Pakistan, travaille dans le secteur avec une équipe mobile. Selon lui, la situation est très alarmante.

"La première chose que nous avons constatée est que les gens manquent cruellement d'eau potable", raconte-t-il. "Les installations sanitaires du quartier ont été entièrement détruites.

"En outre, les habitants n'ont pas de vêtements adéquats, les enfants portent de simples gilets. Beaucoup de maisons s'étant écroulées, les sinistrés sont installés dans des abris de fortune, quand ils ne campent pas tout simplement à ciel ouvert", poursuit le docteur Warsi.

Assistance du Croissant-Rouge

La plupart des habitants de Gadaab sont des travailleurs journaliers dont la situation est aggravée par le fait que les inondations et autres ravages subis par Karachi les ont privés de gagne-pain. La section du Sindh du Croissant-Rouge a mis sur pied une distribution de 500 colis alimentaires familiaux contenant un sac de 10 kilos de riz, des lentilles et du sucre, ainsi que des allumettes et des bougies.

Le Croissant-Rouge du Pakistan a également déployé des équipes médicales dans deux autres secteurs déshérités de la capitale: Landhi et Manora. Deux autres encore opèrent dans les districts ruraux de Thatta et Badin.

En quelques heures seulement, l'équipe de Gadaab a traité 279 patients, en grande majorité des enfants. "A cause des eaux stagnantes, beaucoup d'entre eux souffrent d'infections gastro-intestinales, d'infections des voies respiratoires, d'affections de la peau et de refroidissements", précise le docteur Warsi.

Les camps de secours ont essaimé autour de la ville et les pouvoirs publics tentent désespérément de rétablir l'alimentation en eau et en électricité afin que les sinistrés puissent retrouver des conditions d'existence supportables.

Dans l'intervalle, des secteurs du district de Dadu, au nord de Karachi, ont été coupés du monde extérieur par les inondations et l'état d'urgence a été déclenché. Une quinzaine de villages ont été envahis par les eaux suite au débordement de canaux d'irrigation. Le Croissant-Rouge du Pakistan a déjà expédié des secours d'urgence pour une cinquantaine de familles de la région.

Déluge sur le Baluchistan

Cependant que les habitants de Karachi commencent à respirer à nouveau, la province voisine du Baluchistan est à son tour noyée sous des trombes d'eau. Les routes vers Turbat et le port de Gwadar ont été coupées le 27 juin suite à des inondations à grande échelle. Quelque 8000 personnes ont dû abandonner leurs foyers à Turbat et on signale au moins 14 morts dans les zones côtières de la province.

Le Croissant-Rouge du Pakistan a dépêché une équipe d'évaluation d'urgence à Turbat depuis le siège provincial de Quetta et expédié 200 colis familiaux contenant des tentes, des bâches goudronnées, des jerricans et des lampes-tempête. Un autre lot de 200 colis de secours a été envoyé dans une zone côtière voisine.

Selon Asar ul Haq, responsable de la gestion des catastrophes à la délégation de la Fédération internationale, les communautés du littoral sont extrêmement vulnérables aux inondations.

"Les habitants de ces régions sont pauvres et n'ont pas l'habitude des pluies violentes. C'est pourquoi leurs habitations sont généralement bâties en terre ou installées à proximité des lits de rivières à sec. Face à un tel déluge, ils sont totalement impuissants", explique-t-il.

Le principal défi consiste à présent à accéder aux zones sinistrées, des portions entières de l'autoroute côtière et de nombreux ponts ayant été balayés par le typhon.